Rites
Deuil et funérailles, le deuxième fléau
de l’Afrique !
Il y a tout juste quelques semaines, j’avais écrit, « La
famille, pire ennemi de l’Africain ». Cet article a été
repris et commenté à mon grand étonnement sur une
bonne dizaine de blogs, sites et forum africains dans différents
pays francophones du continent en particulier au Togo, en Côte d’Ivoire
et au Sénégal. N’ayant été critiqué
outre mesure par les lecteurs africains, je récidive ce jour avec,
ce qui est à mon avis la deuxième plaie du continent. J’ai
d’ailleurs eu la surprise de constater que cet article a essuyé
nettement moins de critiques de la part de lecteurs que sur Agoravox.
Le deuil et les funérailles pénalisent gravement l’économie
et la productivité de l’Afrique sub-saharienne. En plus de l’aspect
économique non négligeable, les rites et pratiques funéraires
maintiennent l’Africain dans la peur de l’irrationnel et la dépendance
psychologique. Le domaine des morts interfère de façon très
négative dans le quotidien des gens au point de leur pourrir la
vie et leur couter des fortunes.
L’auteur de ces lignes s’appuie sur son expérience personnelle
de plus de trente ans au contact de nombreuses ethnies du Congo, ex-Zaïre,
du Sud-Soudan, du Rwanda, Ouganda et Kenya. Il sera pris en exemple l’ethnie
bantoue du Nord-Kivu, les Banande dont les membres sont connus sous le
terme de Bakonjo dans l’ouest de l’Ouganda. Cependant, en dehors de certains
particularismes et d’une idiosyncrasie propre à chaque tribu, de
nombreux points communs se retrouvent sur toute l’étendue du continent
au niveau sub-saharien. La lecture d’ethnopsychiatres comme Ortiguès,
Ibrahim Sow, Coulomb et l’école de Dakar, confirme l’auteur dans
son interprétation, même si la symbiose islam et cultures
sahélienne donne une dimension particulière au deuil en Afrique
de l’Ouest, légèrement différente de la perception
bantoue et nilotique.
Pour de nombreux Africains, la mort naturelle n’existe pas. De nos jours,
certains intellectuels réfutent cette croyance, mais elle est encore
bien enracinée dans les mentalités. Comme l’esprit du défunt
peut interférer, le plus souvent de façon négative,
il faut lui faire des funérailles qui le respectent et le satisfasse
afin qu’il ne vienne par la suite perturber les vivants. Le modernisme,
les religions importées et l’éducation tendent à minimiser
ces croyances, mais elles perdurent au minimum au titre de tradition. Cependant,
de nombreux Africains croient encore au pouvoir néfaste des morts.
La mort naturelle n’existe pas, elle survient pour trois raisons principales.
- Le mort a été empoisonné par un sorcier, un mulosi
chez les Banande, qui a administré une substance toxique de son
propre chef, par jalousie ou sur commande d’un tiers. Le poison est réel,
ce n’est pas une vue de l’esprit, mais la peur d’être empoisonné
dépasse souvent la réalité des faits. Ainsi bon nombre
d’Africains ne boiront une bière que si la bouteille a été
ouverte devant eux. Il est ainsi fréquent de lire cet écriteau
dans les petits bars « toute boisson sera servie avec sa capsule
».
Tous les évêques Zaïrois décédés
depuis trois ou quatre décennies, même à un age canonique,
sont supposés avoir été empoisonnés. D’abord,
Mrg. Malula par Mobutu en personne, pour les évêques de Butembo,
il ne peut s’agir que des ‘Rwandais’ (comprendre des Tutsi ou des Banyamulenge),
ennemis jurés des Bantous de l’est du Congo. Et les religieuses
de l’ethnie de l’évêque y croient dur comme fer. Elles protégeaient
bec et ongles leur Monseigneur de toute intrusion supposée malveillante
à son égard. Il ne s’agit pas là de la lubie d’une
seule ethnie, les évêques de Goma, Bukavu et Uvira sont aussi
supposés avoir été empoisonnés. Et en dehors
des membres du clergé tout décès de politicien qui
n’est pas assassiné est obligatoirement considéré
comme suspect. Il y a toujours quelqu’un désigné comme «
profitant du crime ».
- Le mort a été victime d’un mauvais sort de la part de
wali, terme employé pour désigner les sorcières dans
l’ethnie prise comme référence, ou femmes capables d’interférer
sur la vie ou la santé mentale d’autrui, non par le poison, mais
par la pensée. La sorcière n’a pas besoin d’un substrat chimique
pour être nuisible, contrairement au féticheur qui mélange
sorcellerie et pharmacopée toxique. C’est ce qu’on appelle communément
jeter un sort. Et ce sort peut faire perdre l’amour, rater un examen, tomber
malade, entrer dans la folie ou même mourir. Il semble que ce soit
la jalousie qui soit à l’origine de cette croyance, pour mourir
il faut nécessairement quelqu’un qui vous en veut. On en arrive
à ce paradoxe qu’aucun Africain n’ose cependant pas franchir, celui
qui n’aurait pas d’ennemi pourrait devenir immortel !
- Enfin, celui qui n’est ni empoisonné ou victime d’un mauvais
sort, peut décéder du fait de la volonté d’un esprit
défunt qui pour des raisons qui lui sont propres viendra tourmenter
un vivant pour se venger.
Malgré l’omniprésence du christianisme et de l’islam qui
condamnent ces croyances, elles continent à exister même en
milieu urbain. L’esprit scientifique en arrive à être contourné.
Tel ce laborantin, dont le métier était de rechercher au
microscope des parasites causant la malaria et qui disait : « Certes,
on retrouve des plasmodiums falciparum dans le sang du malade, mais qui
dit que ce n’est pas un esprit mal intentionné qui a utilisé
un moustique pour contaminer le patient ? »
Le deuil et les funérailles sont aussi l’occasion de grands rassemblements
qui ont un coût. Les Bakongo du Bas-Congo, à ne pas confondre
avec les Bakonjo, organisent dans le Mayombe des cérémonies
funéraires rassemblant des centaines de personnes qu’il faut nourrir
et dépensent des fortunes en pierres tombales et stèles qu’ils
mettent des années à financer. Ce sont d’ailleurs d’impressionnants
monuments funéraires quelquefois inspirés des Portugais qui
colonisèrent la région il ya plus de cinq siècles.
Les funérailles ne se conçoivent pas sans consommation
de viande. La viande par excellence étant celle des bovins, mais
dans certaines ethnies, on se contente de chèvre ou de porc. Et
comme il faut satisfaire tout le monde, on commence les repas collectifs
de deuil par les plats de légumes et de féculents pour qu’une
fois l’estomac plein des invités puisse recevoir la viande et ne
se plaigne pas qu’il n’y en a pas assez. Des convives insatisfaits pourraient
irriter le défunt et le faire intervenir négativement. La
viande est tellement impérative, consubstantielle au deuil, soulignant
ainsi l’importance de la nourriture pour célébrer le passage
des morts, qu’on peut voir un père égorgeant une chèvre
dans l’heure suivant le décès d’un enfant en bas âge,
avant même de penser à le pleurer.
Enfin, il est une composante réelle et non négligeable
des funérailles qui n’est pas spécifiquement africaine. Il
s’agit de la présence de pique-assiettes qui viennent se goberger
et se gaver aux frais des défunts, certains n’hésitant pas
à partir avec un sac de victuailles à la fin des repas.
Les funérailles s’accompagnent de rituels variant d’une ethnie
à l’autre, elles sont très souvent défavorables aux
veuves. Dans certaines tribus du Kasaï, on met du piment dans les
yeux de la veuve pour qu’on la voie pleurer pour de bon. Si cela ne suffit
pas, les belles-sœurs viendront battre celle qui fut l’épouse de
leur frère. La veuve, qui a toujours quelque chose à se reprocher
devra corrompre son défunt époux en lui glissant subrepticement
dans la main du cadavre un billet de banque pour qu’ensuite, il lui foute
la paix. Le jeu veut que les femmes de la famille du défunt fassent
tout pour empêcher cette manœuvre. Et puis il y a la famille qui
vient piller la maison de la veuve qui se retrouve quelquefois avec rien
si ce n’est les vêtements qu’elle a sur le dos.
La présence de pleureuses, comme en Méditerranée,
est plus un rituel, qu’une marque réelle de chagrin, surtout quand
il s’agit d’un vieillard ou que celles qui pleurent connaissaient à
peine le défunt.
Mais comme les funérailles rassemblent souvent des centaines
de personnes venues des alentours, mais aussi de la ville ou de la capitale,
voire de l’étranger, elles sont aussi l’occasion de consommation
de boisson alcoolisées traditionnelles ou non ; D’ailleurs, souvent
protestants non buveurs et musulmans réservent un petit coin spécifique
pour que certains invités puissent boire selon la tradition. Et
qui dit alcool, dit débordements sexuels. Les funérailles
sont aussi l’occasion de grossesses non désirées et de maladies
vénériennes.
Répercussions économiques
Outre les dépenses en frais funéraires, en cercueil et
en restauration des convives que l’on retrouve dans toutes les cultures,
l’impact de ces deuils a aussi des répercussions sur l’économie
des pays. La tradition d’arrêter les travaux agricoles à la
mort d’un chef pour une durée pouvant atteindre quarante jours a
tendance à disparaitre. En effet, les nouveaux chefs, souvent éduqués
prennent désormais souvent la décision d’un deuil symbolique.
Ce fut le cas lors du décès des derniers mwamis, chefs coutumiers
des Banande. Après réunion du conseil des anciens, il fut
décidé de limites les obligations coutumières, mais
certains rituels furent compulsivement respectés.
En ville, il n’est pas un jour qu’un employé d’une moyenne entreprise
ne soit absent pour motif de funérailles. Et puis, il faut aussi
compter sur le coût des déplacements, sur le rapatriement
des corps par avion de l’étranger. Sans compter les travaux différés,
les signatures de contrats reportées, les réunions annulées
pour cause de deuil. A l’échelle d’un pays, la perte de productivité
se chiffrer en millions.
La peur d’être accusé
Chacun se doit d’assister aux funérailles d’un membre de sa famille
élargie et par extension d’un collègue de travail, d’un voisin
ou d’une vague relation. Ne pas le faire, c’est enfreindre un tabou ou
plutôt un interdit coutumier, un erilolo chez les Banande, et s’exposer
à la vindicte populaire, ou du moins à l’opprobre et à
la suspicion. Car celui qui ne vient pas aux funérailles a quelque
chose à se reprocher, de là à dire qu’il est tout
en partie responsable du décès, il n’y a qu’un pas que l’entourage
du défunt est souvent prêt à franchir. Personne n’a
envie d’être considéré comme un sorcier ou un jeteur
de sorts. Aussi vient-on la main forcée aux enterrements et célébrations
qui suivent.
Syncrétisme
L’Afrique est désormais chrétienne ou musulmane. Les purs
animistes sont de plus en plus rares et ne se retrouvent qu’au cœur de
la forêt équatoriale ou dans des régions isolées
du Sud-Soudan ou des régions reculées du Sud-ouest de l’Ethiopie.
Cependant, chrétiens et musulmans n’ont pas totalement abandonné
les anciennes croyances, mais les ont intégrées à
leur foi monothéiste. Au Sahel, le maraboutage a encore un sens
et la peur des djinnsest omniprésente, tout comme les rituels d’exorcisme
souvent islamisés. Le recours au zar, forme de désenvoutement,
au nord Soudan quasi totalement arabisé est encore très pratiqué,
ainsi que le kujur au sud. Malgré l’intervention des religieux des
deux grands courants monothéistes, l’ensemble des croyants n’a pas
encore abandonné ces pratiques. La peur des morts existe, elle se
traduit par le respect de rituels teintés de superstitions préjudiciable
à la santé mentale de bon nombre de gens, à leur libre
arbitre et à leurs économies.
Que reste-t-il de ces croyances ?
L’Afrique n’est ni monolithique ni immuable. La modernité s’installe
au contact des autres civilisations. Cependant, la crainte ou le respect
des morts, c’est selon comme on se veut d’interpréter ce phénomène
de société est encore très prégnant dans les
sociétés africaines tant rurales qu’urbaines. Ces pratiques
qui ne seraient qu’une légère perte de temps dans une économie
prospère de type européen, entrainent des dommages difficiles
à quantifier mais qui sont bien réels. Ajoutés au
parasitisme social de la famille élargie, il y a de quoi paralyser
un pays, du mois freiner son développement. Tout n’est pas bon en
Occident, mais tout non plus n’est pas à rejeter. L’être humain
a besoin de rituel pour exorciser la mort et confirmer son appartenance
à une identité culturelle. Mais il y a des limites qui lorsqu’elles
sont dépassées sont préjudiciables à toute
la société. En particulier, les dépenses funéraires
ne devraient en aucun cas prendre le pas sur les frais de santé
et d’éducation, cela n’est hélas pas toujours le cas.
Georges Yang |
Au fil de l'actualité
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La pub et les ghettos
Quelles places les
Noirs ont-ils
dans la publicité
?
par Gilles Lugrin & Stephanie Pahud
Globalisation, mondialisation, centralisation, délocalisation,
etc. Tant de mots qui troublent, qui inquiètent, qui traumatisent
parfois. Et avec cette circulation de capitaux et d’individus vient son
lot de problèmes :accentuation des différences entre pauvres
et riches, entre Sud et Nord, entre majorités et minorités.
Ainsi, que ce soient les répercussions du post-communisme (conflits
en ex-Yougoslavie, Tchéchénie) ou celles de la globalisation
(conflits interraciaux à Los Angels, augmentation des groupuscules
d’extrême droite, attaques terroristes contre la première
puissance mondiale), cette fin de siècle a plus que jamais marqué
notre société du sceau du conflit.
Mais cette fin de siècle est également le
symbole de la victoire, peut-être chimérique, du modèle
démocratique sur les autres modèles sociaux. Tant en Amérique
Latine, dans les pays de l’Est qu’en Afrique, le modèle démocratique
s’impose inéluctablement face aux systèmes dictatoriaux.
Avec elle, c’est un souffle de liberté qui semble parcourir la
planète. Et la publicité commerciale dans
tout cela ? Quelle rôle a-t-elle joué dans cet élan
de démocratisation ? Surtout, quels sont ses devoirs et ses impératifs
aujourd’hui ? En nous interrogeant sur la manière dont certaines
populations minoritaires ont été et sont aujourd’hui représentées
dans la publicité commerciale, nous souhaitons réfléchir
au rôle que joue cette dernière dans leur processus de reconnaissance
et d’intégration. Ce volet se concentrera sur la représentation
des noirs. La publicité est-elle révélatrice d’un
état de la société qui la produit et qui la consomme
?
Bien que la publicité soit un reflet kaléidoscopique,
réducteur et déformant de la société à
laquelle elle s’adresse, elle reste cependant un discours plus proche et
plus représentatif de la perception sociale que le discours journalistique
ou le discours politique. Sensiblement épurée de priorités
éthiques ou politiques, garante du discours dominant, elle se veut
proche de sa cible, ce qui en fait un discours particulièrement
sensible aux caricatures sociales. En passant en revue successivement la
représentation des noirs et des homosexuels, nous souhaitons attirer
l’attention sur le rôle de la publicité dans la sphère
sociale et en particulier sur son importance dans l’intégration
ou, au contraire, dans le clivage qu’elle peut engendrer ou renforcer entre
minorités et majorités. Puisant son inspiration dans le réservoir
social de clichés, poncifs et lieux communs, la publicité
vient à son tour renforcer ces préjugés.
Les Noirs
En ne retenant que les Noirs, nous sommes conscients d’évincer
nombre d’autres minorités, comme les asiatiques, les juifs, les
maghrébins, les handicapés, etc.Les Noirs ont vécu
l’esclavagisme, l’animalisation, la lutte pour son émancipation
et, aujourd’hui, le combat pour sa reconnaissance. Elle constitue une minorité
basée strictement sur des différences physiques. Ainsi, chaque
minorité possède des traits qui lui sont propres (traits
physiques, croyances religieuses, pratiques sexuelles, etc.) mais qui varient
d’un pays à l’autre, d’une culture à l’autre. La publicité
va ainsi se servir du noir pour transmettre un message de tolérance,
va scénariser l’homosexuel pour véhiculer une pensée
d’avant-garde, etc. Lorsqu’elle ne s’adresse pas directement à la
dite minorité —publicité représentant des noirs pour
une cible noire — chaque minorité sert une image, voire un territoire
de marque.
À chaque période son lot de stéréotypes
Contrairement à d’autres minorités, les
noirs traversent l’ensemble de l’histoire publicitaire contemporaine. Cette
dernière est marquée par trois courants principaux, qui,
par moments, se superposent : d’abord, l’image de l’esclave noir, qu’il
soit originaire d’Amérique ou des Antilles ; ensuite, celle du bon
sauvage africain ; enfin, celle de l’apprenti civilisé occidentalisé.
L’esclave a longtemps été une image bienséante dans
la publicité. Les champs de canne à sucre ou de coton d’une
part, et les pantalons rayés rouge et blanc d’autre part, ont en
été les symboles. La publicité pour le chocolat a
été l’un des lieux de prédilection de la représentation
des noirs. Dans celle-ci, le rôle de boy est caractéristique
d’une des fréquentes images du noir immigré en Occident.
De l’esclave au bon sauvage
C’est en exhibant certains stigmates, en vérité
très peu représentatifs, que l’on a très longtemps
représenté l’homme noir. À l’image d’une publicité
pour un Minstrel’s Show, le noir a été assez systématiquement
représenté avec de grosses lèvres, de gros yeux ronds,
des oreilles généralement affublées de boucles d’oreille,
des cheveux crépus, un nez empâté et un faciès
prognathe. Deux tendances majeures se sont d’autre part manifestées.
D’abord, la mouche posée sur la langue du personnage central ressuscite
le caractère cannibale, clairement évoqué dans une
annonce pour un extincteur ! Ensuite, le bon sauvage s’oppose à
la technologie occidentale. Une publicité pour l’aéromaritime
oppose ainsi la technologie à la tradition séculaire.
Des produits de prédilection
Aux différentes périodes qui ont marqué
la représentation des noirs correspondent des transformations radicales
dans les produits mis en jeu, très hétérogènes.
Certains d’entre eux en ont cependant connu un usage plus suivi : chocolat
(Banania), rhum (Negrita), riz (Uncle Ben’s), institutions (SOS Racisme),
etc. Mais l’image des noirs est surtout porteuse pour certains types de
produits (alimentation exotique, tourisme, et, à une certaine époque,
produits d’entretien et de nettoyage) alors qu’elle ne l’a jamais été
pour d’autres (électroménager, voiture, etc.). Si certains
de ces usages peuvent se justifier, d’autres sont beaucoup plus discutables,
tant pour les traitements qui y sont faits que pour les produits qu’ils
servent à promouvoir. Une annonce pour du chocolat mettait en scène
un noir caricatural se regardant dans un miroir et se comparant ainsi à
une plaque de chocolat.
Mais le paroxysme écœurant de ces publicités
dénigrantes se joue sans aucun doute dans des annonces pour cirages
et pour produits de lessive. Une annonce mettait en scène deux personnages,
un noir et un asiatique, chacun démontrant l’efficacité d’un
cirage sur leur propre peau ! Pire, à l’instar d’une annonce pour
le Savon Perdrix , de nombreuses publicités démontraient
leur efficacité en " blanchissant " des noirs. Dans cette dernière,
la caricature du personnage ne fait que renforcer sa situation dégradante.
Qu’en est-il aujourd’hui ?
Le publicitaire a longtemps été un homme
blanc. On comprend dès lors la représentation biaisée
tant de la femme que de certaines minorités. Mais l’évocation
de ce manque d’objectivité ignore trop souvent les prérogatives
marketing, c’est-à-dire la nature de l’acheteur-consommateur : en
général, les publicités montrent la cible à
laquelle le produit s’adresse et parlent aux masses plutôt qu’aux
minorités. S’il a longtemps été principalement l’homme
blanc, le marché ayant depuis lors évolué, la publicité
a suivi.
Ainsi, tout en conservant certaines caractéristiques
reflétant des différences culturelles, la publicité
qui s’adresse à la société noire tient un discours
sensiblement identique à celui visant la société blanche
: que ce soit une carte de crédit, une voiture de luxe ou un cognac,
tous communiquent à la manière occidentale. Des agences de
publicité se sont même spécialisées dans le
marketing ethnique.
Des inadéquations pourtant édifiantes
Reste qu’en dépit de l’apparition du marketing
ethnique, tout n’est pas résolu. Pour illustrer au mieux les possibles
inadéquations entre représentation des noirs dans la publicité
et réalité, l’exemple des couples mixtes, qui se retrouvera
de manière similaire
dans la publicité homosexuelle, est édifiant.
Alors qu’historiquement, le couple mixte dominant a longtemps été
l’homme blanc avec la femme noire, la publicité a assez systématiquement
mis en scène la femme blanche avec l’homme noir, répondant
ainsi certainement plus à un fantasme masculin qu’à une réalité
sociale.
Un message social
Enfin, en guise de contre-exemple, les nombreuses associations
anti-racistes ont fréquemment utilisé l’image du noir pour
dénoncer le racisme ambiant. À cela s’ajoutent les entreprises
qui ont choisi, comme McDonald’s, la poste ou encore Diesel , de se positionner
localement dans le débat social. À ce propos, Jean-Marie
Dru porte un regard intéressant sur Benetton. Il se dit favorable
à ce discours engagé en faveur de la tolérance entre
ethnies, dont " United Colors of Benetton " est le symbole. Il regrette
cependant que Benetton se soit ensuite dispersé en s’attaquant à
de trop nombreux problèmes (violence, sexe, sida, peine de mort,
etc.), au lieu de se concentrer sur ce premier message de tolérance.
Pour en savoir plus : Bachollet R., Debost J.-B.
& Lelieur, A.-Cl. : Négripub. l'image des Noirs dans la publicité,
Paris : Ed. Somogy, 1992. MINOT, Fr. 2001 : Quand l’image se fait
publicitaire, Paris, L’harmattan, pp. 201-241 |
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"On
pense encore à toi, oh Bwana"
au temps béni des colonies : le mépris d'une culture
De l'Indochine au Congo en passant par l'Algérie,
les «colonies» revivent sous nos yeux en 160 pages et une foule
d'images grâce à Charles-Henri Favrod. Grand voyageur, connaisseur
pointu de l'Afrique et de l'Asie, le journaliste et écrivain suisse
se penche sur ce passé récent à un moment où
celui-ci renoue avec l'actualité.
Le rôle positif de la colonisation? «Incongru»!
En 1976, «Le temps des colonies», c'était
une chanson de Michel Sardou qui défrayait la chronique. Après
«Les Ricains», mais surtout «Je suis pour», la
pensée bienséante accusait le chanteur de tous les maux.
Quitte à en perdre le sens de l'humour. «Moi monsieur
j'ai fait la colo, Dakar, Conakry, Bamako. Moi monsieur, j'ai eu la belle
vie, au temps béni des colonies. Les guerriers m'appelaient Grand
Chef, au temps glorieux de l'A.O.F. J'avais des ficelles au képi,
au temps béni des colonies.» Et plus loin: «Pour moi
monsieur, rien n'égalait les tirailleurs sénégalais,
qui mouraient tous pour la patrie, au temps béni des colonies.»
Comment a-t-on pu lire cela au premier degré, prendre la charge
pour une apologie, et voir ainsi en Sardou un apôtre du néo-colonialisme,
le mystère reste entier. Trente ans plus tard, «Le temps des
colonies», c'est un ouvrage du journaliste et écrivain Charles-Henri
Favrod*. Un livre qui tombe en plein débat en France sur les rapatriés
et les harkis et qui évoque le «rôle positif de la présence
française» notamment «en Afrique du Nord» «On
pense encore à toi, oh Bwana», disait le refrain de la chanson...Si
Sardou et Delanoë avaient clairement voulu donner dans l'humour
à la fin des années 70, avec une finesse discutable on en
conviendra,ce n'est vraisemblablement pas le cas de la législation
française.
Un livre d'images
Deux phrases expliquent bien la démarche de Charles-Henri
Favrod. Dans la préface, une citation du photographe de l'Ouest
américain Henry Jackson: «L'importance de la photographie
vient de ce qu'elle a l'importance d'un fait». Et, dans l'avant-propos,
une phrase de Favrod lui-même: «Ces images témoignent,
au fil du texte, d'une histoire d'il était une fois.Ce qu'il fallait
démontrer». Le lecteur peut alors embarquer dans un voyage
qui va l'amener de la Louisiane à la Nouvelle- Calédonie
en passant par l'Afrique du Nord, l'Afrique occidentale, Madagascar, l'Afrique
orientale, puis l'Inde,Ceylan, l'Indonésie, l'Asie du Sud-Est...
Une déferlante d'images évoquent le choc – parfois silencieux,
parfois tonitruant – entre des civilisations millénaires et la démarche
à la fois impérialiste et paternaliste de l'Europe toute
puissante. Il y a ce petit cireur, à Alger en 1900, agenouillé
devant un Européen en complet et chapeau. Les Africains de Guinée,
charmants «sauvages» invités à l'exposition universelle
de Paris en 1867. Ou la flotte marchande occidentale traversant un canal
de Suez flambant neuf. Il y a ces représentants d'une mission catholique
de Brazzaville mettant en joue, théâtralement, un léopard
déjà allongé à terre. Les portraits ethnographico-exotiques
de ces êtres étranges dont regorge la planète:
jeunes filles zouloues aux seins nus, notables cinghalais impassibles,
prostituées de Saïgon douces comme des poupées, miliciens
annamites... Il y a, éclatant de blanc – uniformes, casques coloniaux
- le «passage du Gouvernement Général en Gare de Bamako».
Ou, saisissante, cette carte postale que l'expéditeur a signée
et annotée d'un très cordial «Bien des choses».
On croit rêver.
Un livre de mots
Au fil des pages, Charles-Henri Favrod raconte, à
travers les photos (toutes proviennent de sa collection privée),
et à travers ses propres mots, qui témoignent de sa large
érudition. Une érudition d'historien, mais aussi d'homme
de terrain. L'historien évoque le passage du comptoir à
la colonie, les soldats couvrant les marchands, puis l'intrusion de l'Eglise
avec, sur ses talons, l'administration, et l'exploitation, souvent la coupe
en règle, d'une région. Il place en opposition ces royaumes
qui, durant des millénaires, «durèrent, paisibles,
ignorés», lorsqu'il évoque par exemple la région
des sources du Nil. Et emmêle habilement les regards d'alors et son
propre regard. Car Charles-Henri Favrod sait décrire un lieu, ses
vibrations, son âme. Ainsi, à propos de Zanzibar: «Prisonniers
de l'île, peut-être? On avait peine à s'en arracher.
Cette éternité de beau fixe, cette souplesse des palmes,
cette immobilité de l'air sucré, cette poussière des
siècles, tout composait une sorte de philtre paralysant, à
la fois bienheureux et maléfique. Où était-on, d'ailleurs?
En Afrique, en Asie, hors du temps dynamique. Les horloges s'étaient
arrêtées»
«Améliorer leur condition»
A la différence de la loi française de février
dernier, qui propose un jugement de valeur dans un cadre dont la subjectivité
est en principe exclue, Charles-Henri Favrod écrit un texte personnel,
éminemment ressenti, mais qui ne juge pas. Un texte qui raconte
et montre. Comme la photo raconte et montre. Même si, bien sûr,
le cadrage d'une image n'est jamais totalement impartial non plus...Et
ce n'est donc pas un hasard si l'ouvrage du fondateur du Musée de
l'Elysée à Lausanne se conclut sur ces 'Instructions à
La Pérouse, recopiées et annotées par Loui XVI, qui
datent de 1785: «Il prescrira à tous les gens des équipages
de vivre en bonne intelligence avec les naturels, de chercher à
se concilier leur amitié par les bons procédés et
les égards ; et il leur défendra, sous les peines les plus
rigoureuses, de ne jamais employer la force pour enlever aux habitants
ce que ceux-ci refuseraient de céder volontairement. Le Sieur de
La Pérouse, dans toutes les occasions, en usera avec beaucoup de
douceur et d'humanité envers les différents peuples
qu'il visitera dans le cours de son voyage. Il s'occupera avec zèle
et intérêt de tous les moyens qui peuvent améliorer
leur condition.»
Bernard Léchot
Charles-Henri Favrod est né en 1927 à
Montreux. Etudes de Lettres à l'Université de Lausanne. Journaliste,
il arpente les continents et publie notamment «Une certaine Asie»,
«Le Poids de l'Afrique», «Le Défi du désert,
suivi de Retour au Yémen». Il collabore à la presse
et à la télévision françaises.- Il est l'un
des intermédiaires officieux entre la France et le FLN algérien
à l'aube des Accords d'Evian (1961).- Il fonde en 1985 à
Lausanne le prestigieux Musée de l'Elysée, dédié
à la photographie.Depuis, il a été le maître
d'oeuvre de deux nouveaux musées de la photographie, l'un
à Florence, l'autre à Trieste. |
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Dossier
Interdire l'excision féminine
: la prudence de la Suisse
Entre 6000 et 7000
femmes excisées ou menacées de l'être vivent en Suisse.
Ces chiffres ont été avancés dans un récent
rapport de l'UNICEF section Suisse, sur la base d'une enquête menée
auprès des gynécologues, sages-femmes, pédiatres et
services sociaux. Entre ces chiffres et le drame de l’excision, il existe
une série de mesures axées sur la prévention et l'information.
Appuyée en cela par l'imminente intervention de la loi, non sans
faire grincer des dents. Notre dossier.
27 juin 2008: un
premier procès vient de sanctionner un acte de mutilation génitale
en Suisse. Un couple de somaliens reconnaît avoir fait exciser leur
fille de deux ans, en 1996, à leur domicile à Zurich.
Appuyant la proposition du procureur, le Ministère public avait
requis, en l’endroit du couple somalien, deux ans de prison avec sursis.
« Peut mieux faire », ont estimé les défenseurs
des droits de la femme et de l'enfant pour qui "le sursis ne se justifie
pas parce que basé sur une simple déclaration des criminels
qui prétendent ne pas savoir que l'excision est un crime que la
loi réprime." La raison de cette légère peine
a été donnée par la justice : « les parents
ignoraient, à l'époque, que leur acte tombait sous le coup
de la loi en Suisse ». Selon l'accusation, l'excision avait été
pratiquée au domicile des parents par un Somalien de passage. Ce
dernier n'avait pas été identifié. A la suite de cette
sanction, ce procès a fait jurisprudence. Deux autres procès,
de grande gravité, ont été prononcés, ces dernières
années, en Suisse.
Pratique
d'un autre temps
L'excision des jeunes
femmes est une pratique qui remonterait à l’Antiquité. A
cette époque, on aurait retrouvé, des momies excisées
dans des tombeaux de l’Egypte ancienne. Au fil des années, des Hadiths
ont essayé de la justifier, s'appuyant sur le coran, sans jamais
convaincre. Dans plusieurs cultures, on essaie de justifier l’excision
quand bien même les sociétés et les mentalités
ont évolué. C’est dire que l'excision est loin de disparaître
définitivement. Cette pratique consiste en l'ablation partielle
ou totale du clitoris voire des petites lèvres, sans anesthésie
et sans asepsie. Sa version la plus cruelle, l'infibulation, complète
une mutilation de l'ensemble des organes génitaux que vivent des
millions de femmes dans le monde. Certes, l’infibulation et l’excision
se confondent. Mais, ils restent, non seulement des mots, mais également
une réalité cruelle.
Elles sont, de plus
en plus jeunes (voire des bébés), sans défense, des
jeunes femmes contraintes à subir l'excision. Officiellement ou
clandestinement. Avec ou sans la bénédiction des autorités
politiques locales. Celles et ceux qui justifient sa raison d'être
ne sont pas à court d’arguments. L'opération vise à
débarrasser le sexe féminin de tout ce qui peut rappeler
le masculin, à «rendre la femme complètement femme».
Il s'agirait d'une tradition rituelle en mesure de relier chaque communauté
à ses ancêtres, en réalité, elle opérerait
la soumission du corps féminin à un « marquage symbolique
» qui l'influencerait secrètement et signerait l'appartenance
à une communauté. Il s’agirait surtout d'un rite de passage
vers l'âge adulte; d'une coutume qui permet à la jeune femme
d'affronter la douleur de l'accouchement; d’un rite qui permettrait à
la femme de faire face aux souffrances de la vie ou de parer à toute
situation d'infidélité. Il semblerait que si la jeune fille
n'est pas excisée, elle adopterait, dans sa vie future, une attitude
libertaire par rapport à la sexualité. Elle serait incapable
de maîtriser ses pulsions sexuelles et, par conséquent, elle
aimerait les hommes sans retenue. Depuis des lustres, cette façon
de « vivre » s’est ancrée dans le subconscient collectif
que, dans certaines sociétés, certains hommes refusent, jusqu’à
aujourd'hui, d'épouser des femmes non excisées.
Celles et ceux qui
se battent contre l’excision mettent en avant son côté archaïque
: une tradition immémoriale qui engendre des suites néfastes
sur la santé physique ou psychique de femmes qui la subissent. Ils
dénoncent le fait que durant toute leur vie, les victimes doivent
surmonter un traumatisme psychologique en plus d'être conditionnées
pour servir la communauté et réprimer leurs envies. Non seulement
les filles excisées gardent la marque d’une blessure intérieure
grave, mais également, elles sont l'objet d'infections successives
de la vessie ou des voies urinaires. Il arrive que leur future vie conjugale
en fasse les frais. Elles peuvent refuser à leur mari des
rapports sexuels difficiles au risque de s’exposer à un éventuel
divorce. Dans tous les cas, l'excision est une absurdité. Elle ne
sert à rien sinon qu'à marginaliser la femme; à porter
atteinte aux droits fondamentaux qui lui reviennent ; à la sous-estimer.
Des
ferventes oppositions
Aux quatre coins
du monde, on se mobiliser pour faire passer le message contre cette forme
de violence. En effet, de plus en plus de personnes, d'associations, de
relais, de groupes de paroles et d'ONG haussent le ton devant ce qu'il
est convenu d'appeler des pratiques moyenâgeuses, relevant plus de
la barbarie que des coutumes. Leur mobilisation est une réponse
à une façon de vivre qui prend de l'ampleur, horrifie, scandalise
en
Afrique, au Moyen-Orient, en Asie et, aujourd'hui, en Europe où
sont installés les communautés arabo-africaines, par la voie
des migrations. Actuellement, les rapports internationaux estiment que
150
millions de femmes dans le monde ont fait l'objet de ces mutilations,
dont 3 millions de cas chaque année. Or donc, cette mobilisation
se heurte à la résistance de celles et ceux qui en tirent
profit. Elle se heurte à l'incapacité et à l’absence
de volonté des pouvoirs publics de mettre en œuvre les moyens d'action
pour freiner, si pas, interdire carrément l'excision. Dans les milieux
migratoires, l'excision est "un thème tabou" estime Monika
Hürlimann, coordinatrice au Service de médiation pour la
prévention contre l'excision des filles, chez Caritas Suisse (Zurich).
Chose étonnante, selon elle, "les réticences sont plus
grandes chez les spécialistes en Suisse que chez les familles migrantes.
D'aucuns ont peur d'aborder la question; de parler de la sexualité
avec des Africaines." Dans certains milieux, on évite
d'en parler, pour ne pas froisser et culpabiliser les personnes attachées
à cette coutume très ancienne, et pour ne pas créer
des animosités de voisinage. La Suisse se bat, lentement mais sûrement
pour que médecins et sages-femmes sensibilisent les travailleurs
sociaux et les éducatrices de la petite enfance autour de la question.
Le journaliste Jean-Claude
Boz, humaniste au grand coeur, spécialiste en politique et géopolitique,
responsable d'un réseau résolument engagé contre toute
forme de mutilation ne mâche pas ses mots : "J’ai derrière
moi un groupe très efficace de militants de défense des droits
de l’homme, de la femme et de l’enfant. Nous soutenons par
conséquent toutes actions humanitaires, en ayant conscience que
celles-ci, naturellement nécessaires, autant dans l’urgence que
dans la durée, n’ont pas vocation à changer l’ordre du monde.
Notre campagne contre l’excision n’est qu’un combat parmi d’autres, sur
lesquels nous sommes engagés. Sur la question des mutilations sexuelles
je suis intervenu directement par courrier auprès de l’actuel Président
de la République française, en lui joignant copie de mon
dernier texte. Nous souhaitons, par exemple, impliquer l’Islam de France
dans cette campagne par le biais de ses plus hauts représentants,
puisque tant les exciseuses que sont les parents des petites victimes se
réclament de cette religion, alors qu’en réalité
ces pratiques pré islamiques n’ont rien à voir avec l’Islam
qui les tolère sans plus. Ainsi par les prêches des Imams,
le message serait passé dans toutes les mosquées, sur l’ensemble
du territoire national. Cette pratique perdure au nom de traditions ancestrales,
s’appuyant sur la complicité des clans ethniques, parfois restreints
aux seuls cercles familiaux, parfois sur des communautés plus larges
régies par la loi du silence. Je considère que chacun d’entre
nous peut contribuer à son niveau à changer le monde, faire
en sorte qu’il soit demain un peu moins répugnant d’égoïsme
qu’il ne l’est aujourd’hui. La souffrance de chacun devrait être
ressentie comme étant l’affaire de tous."
En Europe et en Suisse
En dehors de la Suisse, la campagne contre
l'excision de femmes ne fléchit pas. Elle se fonde sur une seule
philosophie : « Il faut agir également au plan international,
car comment empêcher qu’une mineure soit emmenée au pays d’origine
des parents pour y être excisée ? En agissant ainsi ils ont
toutes facilités de contourner les lois européennes qui interdisent
ces mutilations chez nous et ils le savent pertinemment ». En
effet, pendant des années l’Europe a été superficiellement
informée sur la question des MGF-excision. Ce n'est que dans les
années 80 qu’elle prendra conscience de l’existence de leur pratique
sur son continent. Ont vu le jour, depuis cette date, au
niveau européen, des réseaux de lutte contre les MGF pratiquées
en dehors du continent africain. Leur mise en place ont nécessité
plusieurs réunions et discussions des personnes qui se battent contre
les mutilations pratiquées, sur les jeunes filles, en terre d'exil.
Ces réseaux comprennent leurs statuts, des chartes, des textes fondateurs
et des comités de direction élus. Il y a une dizaine d'années,
l’Union européenne s’impliquait dans la lutte contre les MGF-excision.
En décembre 2001, le Parlement européen organisait à
Bruxelles, un colloque international sur la question dénommé
"STOP MGF". Elle débloquait 100 000 Euros pour appuyer les activités
de prévention et d’élimination de l'excision. Un réseau
européen de prévention des MGF visant à coordonner
les actions des divers groupes de lutte contre les MGF à travers
l’Europe a vu le jour.
En Suisse, des pressions et des actions
sociales essaient de dénoncer la pratique de l'excision. Elles se
présentent sous plusieurs formes. Restent mobilisés, les
médiateurs culturels issus des communautés concernées,
les pédiatres et les médecins régulièrement
au contact d'enfants exposés. Les gynécologues et les mères
d'enfants menacés sont également mis à contribution
: ils ont la possibilité d'intervenir, par des discussions constructives,
dans des soirées organisées autour du sujet. En plus
des séances d'informations, il y a des brochures.
"Femmes mutilées, plus jamais",
tel est l'intitulé d'un film documentaire sorti dernièrement
en Suisse. Élaboré par l'Institut International des droits
de l'enfant, en sigle IDE, basé à Sion, ce documentaire fournit
des informations sur l'excision en milieux à risque, particulièrement
des ressortissants de Somalie et Erythrée, dans la Corne de l'Afrique.
Le film s'accompagne d'un manuel pratique destiné aux professionnels
concernés, de près ou de loin, par la question. Il met en
exergue les conséquences de l'excision sur la santé et sa
perception dans l'arsenal législatif national et international.
Il donne des recommandations sur la façon d'aborder ce grave sujet
qu'est l'excision.
Pour les fillettes déjà excisées
en Suisse ou au pays d’origine de leurs parents, à l'occasion d’une
période de vacances, il existe l'ultime recours à la chirurgie
réparatrice. Ancienne conseillère nationale, ancienne députée,
ancienne directrice du Service de promotion de l’égalité
entre homme et femme, militante féministe et directrice générale
de l'Office des droits humains à Genève, Fabienne Bugnon
a
créé une association qui vient en aide aux femmes excisées.
Elle se charge de leur opération réparatrice. Elle essaie
d'obtenir des assurances la prise en charge des interventions chirurgicales.
Et après une intervention ? Aucume structure de suivi psychologique
n'existe réellement en Suisse.
Si campagne il y a, celle de la section
suisse de l'Unicef marque les esprits, chaque année, le 6 février,
à l'occasion de la Journée internationale de la lutte
contre l'excision. Intitulée
"Halte à l'excision,
en Suisse aussi" elle dénonce, par des lectures publiques, des
courriers d'information, des échanges et des annonces dans la presse,
le sort fait aux "petites filles excisées dans des conditions
peu hygiéniques au moyen de couteaux émoussés, de
tessons ou de lames de rasoirs, à l’ombre d’un arbre ou dans une
hutte." Et surtout, le fait que ces "petites filles sont dépouillées
du droit à leur intégrité physique. La MGF blesse
la dignité humaine, se pratique sans son consentement et s’accompagne
toujours de risques importants pour la santé."
Pour que ces enfants aient une enfance
digne et préservée, l’Unicef se mobilise contre l’excision
depuis des années. C’est en 1985 que le Fonds des Nations Unies
pour l’enfance collabore avec des organisations partenaires au niveau international,
national et régional. En 2001, dans la vue de renforcer son travail
d’information et de sensibilisation, l'Unicef insiste sur la réalité
d'une Suisse où les petites filles ne sont pas suffisamment protégées
contre une excision. A ce jour, l'organisme a mis à jour deux publications,
à savoir : « La mutilation génitale en Suisse »,
de Stefan Trechsel et Regula Schlauri; et «A propos de la
punissabilité de la mutilation génitale féminine de
type l et lV» de M.A. Niggli et Anne Berkemeier. A chaque campagne,
l'Unicef a toujours émis le souhait de voir inscrite, un jour, la
mention explicite de mutilation génitale féminine dans le
Code pénal suisse. Ceci aurait un effet préventif non négligeable
et constituerait un signal clair.
Ne pas confondre tatouage
et excision
Or donc, le souhait de l'Unicef a été
entendu dans les sphères politiques suisses. En effet, il y a exactement
une année que Berne planche sur la loi visant à condamner
et à sanctionner tout acte de mutilation génitale sur les
filles. Il s'agira de punir les excisions et autres mutilations commises
en Suisse. Leurs auteurs pourront encourir jusqu'à dix ans de prison.
A cette exception près qu'un alinéa de cette loi envisage
d'autoriser ces mutilations sur les femmes majeures, dès 18 ans.
A l'origine de cette initiative parlementaire, la conseillère nationale
(députée) socialiste Maria Roth-Bernasconi affirmait
que "pendant les travaux, les juristes nous ont signalé que si
on punit les mutilations sexuelles, il faudrait du même coup prohiber
le piercing du clitoris ou les opérations de chirurgie esthétiques
des organes génitaux..." Simpliste, cet argument ne prenait
pas la mesure de la gravité de l'acte d'exciser. A savoir que le
piercing ou les opérations de chirurgie esthétique ont cette
différence avec l'excision, que les personnes sur lesquelles on
les pratique en font le choix. La petite fille malienne ou somalienne qui
tombe sous le rasoir de l'exciseuse ne fait pas, elle, ce choix. Moins
encore, elle n'a aucun moyen de se défendre. Cette disposition avait
surpris nombre de personnes et organisations engagées dans le combat
contre l'excision et la protection de la femme et des enfants. Ils y ont
vu non seulement une libéralisation de cette pratique, mais également
un appel à un "tourisme des mutilations génitales".
La polémique est loin d'être
close, tandis que la loi susdite devait entrer en vigueur au début
de 2011. Soutenue par la majorité des partis politiques suisses,
elle a été adoptée à l'unanimité par
la commission des affaires juridiques du parlement (Conseil national).
Dans tous les cas, en Suisse, l'acte de mutiler est devenu un délit
(même si il a été commis à l'étranger).
En cas de soupçon fondé, les autorités sont en droit
de sévir.
Adresses utiles : -Comité
suisse pour l'UNICEF, Baumackerstrasse 24 CH 8050 Zürich; -Caritas
Suisse, service de médiation pour la prévention contre
l'excision des filles en Suisse, Löwenstrasse 3 CH 6002 Lucerne; -Institut
international des Droits de l'enfant, cp 4176 CH 1950 Sion; -INTERPRET,
Monbijoustr. 61 CH 3007 Berne; -Office des droits humains, Boulevard
Helvétique 27 (5ème étage) 1207 Genève
Cikuru Batumike
Actuel
Voyage au fond de moi-même.
par Jonas Rano
J’étais toujours assis sur la borne esquintée, route
nationale sept (entre Trois-Rivières et Saint-Luce, en Martiique),
voyageant à la rencontre de moi-même. Densité et légèreté
; nombre d’images défilaient, suivant leur rythme propre dans mon
esprit. Cela dans une totale dualité. Nuit, lumière. Profondeur,
étendue. Ombre, jour.
J’étais bien là, Moi qui accordait au jour et à
la nuit la faculté de figurer un troisième monde : le voyage
au fond de moi-même. J’étais convaincu en ce « lieu
» que ma pensée, loin d’être un lieu commun, rejoignait
d’autres pensées, celles du monde ; une pensée du monde.
J’y voyais depuis toujours la substance tangible du métissage ;
la sève de notre vie, la substantifique moelle de notre créolitude.
J’avais le sentiment, tout à coup, de m’emporter envers ceux
qui portent toute agression contre plus faible que pauvre. Des hommes de
courage ? Présidents, ministres, professeurs ou directeurs de quelque
chose, ne sont-ils pas tous, tout-puissants ! Ignorent-ils que ceux qui
s’élèvent en juges auront eux-mêmes la gorge tranchée
par leurs bourreaux ? Les peuples qui pleurent, les peuples qui souffrent,
les peuples qui sont colonisés ne sont pas ignorants ; ils n’ignorent
pas que le grain séparé de l’ivraie nourrit le Tout-monde.
Un des principes fondamentaux de la liberté est de penser, de
dire, de créer. Et que toute restriction qui y est apportée
devrait être justifiée aux regards des principes supérieurs
qui garantissent contre l’arbitraire : or, les savants barbares ont de
plus en plus tendance à vouloir substituer leur volonté et
leurs cultures à celles des Afro-créoles. Certes, ces Barbares
sont des gens de bonne volonté, bien-pensants, mais à la
démarche plus ou moins colonialiste. En fait, ils répugnent
à voir grandir les Créoles comme les Africains, dont les
Racines des malheurs n’ont jamais été mises en lumière
avec honnêteté. Au regard des réflexions abouties par
les intellectuels du monde afro-créole, j’essaye de ne pas laisser
quelque conformisme s’installer et faire partager de nouveaux champs d’information
en contrepoint de la curiosité des sciences exotiques, qui sont
aujourd’hui le plus politique qui soit. Certes, quand nos « Savants-Vieux
» défendent bec et ongles leur « immortalité
», ils détiennent, par-devers nous, les clefs de notre affirmation
évidente. Grognons, ils ne communiquent pas ou si peu, ne transmettent
pas ou si peu, et cautionnent de facto la démarche nihiliste des
savants-barbares. Forcément, notre espace de liberté individuelle
s’en trouve restreint. Et nous nous retrouvons, chaque jour, un peu plus
orphelins, hors champ, noyés dans le triste nivellement voulu par
l’Inhumain-législateur. C’est une injure faite au peuple créole.
Qui s’en émeut ? Et c’est ainsi que l’hégémonie de
la culture de masse massacre l’identité dans la culture traditionnelle.
Tous aux urgences ! Il nous faut donc préserver nos racines créoles
et, africaines, en refusant dorénavant le « rabotage »
sournois de toute culture singulière ou traditionnelle. C’est ainsi…
De ce point de vue, j’affirme que les Initiés, comme les gens d’avant-garde,
ne sont pas forcément dans les rangs de la protestation, ils conçoivent
autrement. En m’intéressant à l’histoire de ma créolitude
sans chercher à réveiller la frustration des vieux démons
de la négritude, ou de la spiritualité, en évoquant
– ou invoquant – des esprits malins, je m’appesantis simplement mais suffisamment
sur la nécessité d’une approche de la littérature
créole sachant s’inscrire dans l’histoire des techniques interprétatives.
Très loin de la cacophonie médiatique de mes pairs, de l’écholalie
de mes compères créoles, il me semble avoir expliqué
ce qu’est ma créolitude : un état d’être. Je me sens
bien dans ces moments où la beauté de la vie, celle de la
nature, celle de l’esprit, n’en font qu’une ; cette beauté qui sans
cesse vient me cueillir. Lorsque l’homme a rencontré la Beauté,
pour lui, plus rien désormais n’a le même goût. Il ne
lui reste plus qu’à aimer cette beauté et mourir. Le plus
tard possible, j’en conviens. C’est dans ces moments que le fonds de moi-même
remonte à la vie dans une interpénétration de ma raison
libérée, décolonisée. C’est la forme de ma
nature vraie. Il est alors une communication, plus encore une communion,
avec la nature environnante. Et comme le fonds de notre vie, cette nature
vraie remonte avec force, nous retrouvons notre véritable personnalité.
Notre être primordial. Dès cet équilibre atteint, avec
humilité, nous pouvons étouffer, avec modestie, toutes les
pensées parasites qui nous assaillent pour ne nous consacrer qu’à
une seule : comment être soi sans se fermer au monde et comment s’ouvrir
au monde sans se perdre soi-même ?
La mendicité à Dakar
par Ibrahima Séne
scène quotidienne à dakar
Photo : Ji-Elle
Le Gouvernement du Sénégal vient, de nouveau, de s’aplatir
sous les injonctions des Bailleurs de Fonds, pour nettoyer Dakar de la
mendicité infantile. Désormais, les enfants de moins de cinq
ans, sont interdits de « quémander » devant les artères
de la capitale, et par ricochet, tous les autres mendiants supposés
faire du « trafic d’enfants », pour exprimer la volonté
du Gouvernement, de respecter son engagement à mener la «
lutte contre le trafic d’ humains » dans son territoire.
Mais, cette exigence des bailleurs de fonds ne s’inscrit que dans leurs
rapports de « Maître à sujet », pour lui demander
des comptes, avec tout le financement qu’il a reçu dans le cadre
des deux « Documents de Réduction de la Pauvreté »
(DSRP I, 2003/2005, et DSRP II, 2006/2010). La mendicité à
Dakar, s’est étalée « comme l’expression de la face
hideuse de l’échec de la politique économique et sociale
de Wade, particulièrement dans son contenu « Programme de
Réduction de la Pauvreté ». Mais, pour éviter
que l’opinion associe la mendicité à l’extrême pauvreté,
le gouvernement a eu recours à un subterfuge qui laisse croire que
la mendicité des enfants est le produit du « trafic d’humains
», combattus par la communauté internationale. Le pouvoir
avait besoin de cet amalgame, pour justifier sa nouvelle croisade contre
les couches populaires pauvres de notre pays, et obtenir ainsi le soutien
de l’opinion publique et d’organisations de la Société civile.
En fait, l’assimilation de la mendicité au « trafic d’humains
» n’est fondé ni en Droit, ni dans les caractéristiques
de ce phénomène social. En effet, le « trafic d’humains
» suppose qu’une personne échange, avec un tiers, un enfant,
en vue d’une rémunération. C’est un esclavage des temps modernes.
Cependant, s’il n’est pas juste de nier une telle pratique au Sénégal
et dans la sous région, il n’est pas aussi fondé de l’assimiler
à la mendicité, qui, elle, résulte du fait de «
confier son enfant à un tiers, pour son éducation coranique
», ou de son « instrumentalisation, dans la rue, pour nourrir
la famille ».
Même l’utilisation de l’enfant dans la mendicité par le
Maitre coranique, abusivement appelé « Marabout », au
lieu de « Serigne Darah », pour se nourrir, à la place
d’une rémunération du parent pour l’éducation qu’il
dispense, ne devrait aucunement être considérée comme
du « trafic d’humains ». Cette utilisation des enfants dans
la mendicité relève donc de l’exploitation des mineurs par
des adultes », qui est, certes un délit, mais ne relève
aucunement du « trafic d’humains », qui est un crime. Cette
mendicité qui est enfantée, par l’extrême pauvreté,
est le résultat de la liquidation de la filière arachidière
qui a ruiné le monde rural, et de l’échec de la « généralisation
de l’éducation de base », comme l’un des axes stratégiques
des « Programmes de réduction de la Pauvreté ».
La ruine du monde rural a jeté des milliers de familles dans l’exode
vers Dakar pour espérer vivre de la solidarité islamique
des urbains, à travers la mendicité, y compris de leurs enfants.
De même, la faillite de l‘Ecole publique, particulièrement
dans sa partie « Education de base », s’est traduite en milieu
rural, par des problèmes de fournitures de manuels scolaires pour
47% des ménages, contre 21% à Dakar. L’ objectif, proclamé
du pouvoir et des bailleurs de fonds, de « généralisation
de l’éducation de base », est donc handicapé par cette
privatisation de l’Education nationale, mais aussi, par des considérations
religieuses, dans certaines parties du pays, que le pouvoir, pour des considérations
de clientélisme politique n’ose pas affronter, même si ces
zones sont fortement pourvoyeuses de mendiants à Dakar. Ce n’est
donc pas en envoyant la « troupe » chasser des mendiants des
artères de Dakar, que l’on va remédier aux effets sociaux
désastreux, puisque cumulatifs, de la ruine du monde rural et de
l’échec de l’Ecole Républicaine.
Cela est d’autant plus vrai, que l’échec de l’Education de base
et le chômage ont fait que les résidents de Dakar ne sont
pas épargns de la pauvreté, dont l’extrême pauvreté,
qui engendre quotidiennement la mendicité. En effet, Dakar a le
plus fort taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans, soit
21,7 % contre 14,8% en moyenne au Sénégal. De même,
il a le plus fort taux d’abandons scolaires entre 7 et 14 ans, avec un
taux de 9,7 %, contre 8,4 % en moyenne au Sénégal. Ainsi,
Dakar comptait déjà en 2005/05, 39,9 % d’individus vivant
en dessous du seuil de pauvreté, répartis entre, 17% dans
le Département de Dakar, 45,8% dans le Pikine et Guediawaye, et
40,6% dans le Département de Rufisque, contre 50,6 % au niveau national.
Toutes ces données chiffrées sont de 2005/06 quand le Sénégal
avait un taux de croissance de 5,6% ! (cf : Document ANSD d’août
2008 sur la « Situation Economique et Sociale à Dakar en 2007
») Mais, depuis lors, la situation sociale du pays s’est fortement
dégradée, à causse de l’effondrement du taux de croissance
de notre PIB. C’est ainsi que le taux de croissance du Pib est tombé
à 2,5% en 2006, puis est monté à 4,7 % en 2007, avant
de plonger à 2,5 % en 2008 et à 1,5 % en 2009 ! Mais,
la mendicité est aussi encouragée par les traditions fétichistes
des musulmans Sénégalais, qui sont convaincus que donner
l’aumône leur porte chance ou leur conjure le mauvais sort. (cf :
la grève des batu » de Aminata Sow Fal)
C’est tout cela qui a porté « l’encombrement humain »
des artères de Dakar à un niveau tel, qu’il n’est plus supportable
par les bailleurs, au point qu’ils exigent du pouvoir « d’ôter
hors de leur vue », ces images insoutenables d’enfants mendiants
autour des artères de Dakar, malgré les centaines de milliards
qu’ils ont fournis à Wade pour réduire la pauvreté.
Le pouvoir s’est donc exécuté en tenant, d’urgence, un Conseil
inter ministériel sur la question. Le Sénégal venait
, ainsi, par le comportement du pouvoir et par sa politique économique
et sociale, de perdre le peu de « dignité nationale »
qui lui restait, en se faisant rappeler, par ses bailleurs, sous la menace
de sanctions, le devoir constitutionnel de Wade et de son gouvernement
à prendre en charge les problèmes sociaux et de survie de
sa population la plus déshéritée. Avec l’aggravation
de la pauvreté et de l’extrême pauvreté sous leur magistère,
Wade et son gouvernement ont atteint le seuil indépassable de l’infamie
et de l’ignominie, pour avoir jeté une bonne partie de leur peuple,
dans les tréfonds et bas fonds de la condition humaine. Mais, le
gouvernent est soucieux de faire croire que la mendicité est tout
juste un acte de délinquance des parents, qu’il faut réprimer
sans état d’âme. C’est pour cette raison qu’il envisage d’envoyer
la « troupe » pour sillonner les artères de Dakar, de
traquer les mendiants, et de nettoyer la ville de ceux que L. S. Senghor
appelait d’ « encombrements humains ». Aujourd’hui, la seule
différence, avec ce passé, est que, ce ne sont plus seulement
les handicapés moteurs et visuels que L. S. Senghor voulait débarrasser
des rues de Dakar, mais, ce sont, aussi, des personnes sans aucun handicap
physique, avec leur progéniture, qui squattent les rues de la capitale
en quête d’aumône. La « troupe » va - t - elle
, à coups de « matraque » ou de « gaz lacrymogène
» les pourchasser dans les rues de Dakar , les arrêter et les
jeter en prison pour « délit de mendicité « ?
Ou bien, comme d’autres le réclament déjà, faire comme
Sarkozy, extirper les mendiants étrangers et les expulser vers leurs
pays d’origine ! Ceux qui soutiennent une telle dérive policière,
pour résoudre les problèmes sociaux du pays, dont la mendicité,
ne se rendent pas compte qu’ils cautionnent les tendances lourdes du pouvoir
à « envoyer la troupe », au lieu de se concerter avec
les concernés, pour chercher les solutions les plus appropriées
à leurs préoccupations. Dans le cas de la mendicité
de tous âges et de toutes conditions physiques à Dakar, il
est clair que cette caution rend complice de l’échec patent de la
politique économique et sociale de Wade, particulièrement
dans son volet « DSRP ».
Conscients d’être mis devant leur responsabilité par les
bailleurs de fonds, Wade et son gouvernement, ont atteint leurs limites
sociales, et ne peuvent recourir qu’à la violence à tout
problème social. C’est pour cela qu’il faut exiger le départ
immédiat de Wade du pouvoir, pour arrêter la « troupe
» et ouvrir , au tour de la problématique de la mendicité,
une large concertation nationale, impliquant les services sociaux de l’Etat
(éducation, santé, action sociale) , les collectivités
locales, les partis politiques, les syndicats, et les organisations de
la société civile, y compris les organisations des handicapés,
et les représentants des Maitres coraniques. Il est évident,
aujourd’hui, que la loi d’orientation sociale, qui avait soulevé
beaucoup d’espoir chez les populations démunies, et beaucoup d’enthousiasme
chez des organisations de la société civile, sera vide de
tout progrès social pour ces catégories de citoyens, tant
que Wade ne partira pas pour qu’une telle concertation nationale puisse
être organisée. C’est le seul moyen d’éviter à
notre peuple, de sombrer dans l’abime de la misère vers lequel Wade
et son régime le poussent inexorablement. |
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Polygamie : L’Islam traîné dans la
boue par des musulmans
De nos jours, on constate que les détracteurs de l’Islam sont
de plus en plus suivis par des musulmans « modernes » qui prétendent
éveiller ou éduquer leurs frères et sœurs, alors qu’ils
ne s’adressent qu’aux non musulmans à qui ils semblent dire : «
Eux sont des sauvages. Moi, je pense comme vous. » Décernons
la palme d’or à Ayaan Hirsi Ali, cette somalienne d’origine qui
se proclame défenseuse des femmes musulmanes qu’elle veut sortir
d’une forme de vie archaïque. Ah ! Comme elle est émouvante
quand elle raconte les monstruosités qu’elle a subies en tant que
femme parmi les musulmans ! Devenue députée en Hollande où
elle dénigrait l’Islam sur les plateaux de télé, elle
est allée jusqu’à déclarer que personne ne peut prier
cinq fois par jour pendant plus d’une semaine, lançant ce défi
à ses auditeurs conquis d’avance et ravis de voir une « musulmane
» apporter de l’eau à leur moulin : « Essayez voir,
vous n’y arriverez pas. C’est impossible, vous dis-je. » Elle a fait
adopter un projet de loi pour réprimer l’excision. Bravo ! Puis,
comme « gaalu dof du teer », elle a prôné l’interdiction
de la circoncision. Là, nul n’a applaudi car les juifs seraient
dans le lot des barbares.
Dans ses livres, elle s’attaque entre autres, aux mariages précoces,
à la polygamie, au port du voile... Un beau jour, Allah a mis fin
à la comédie, la presse révélant que pour obtenir
le droit d’asile, elle s’était inventé un passé de
martyre chez les adeptes d’« une religion hostile aux femmes »...
N’empêche, elle a reçu à Paris le prix Simone de Beauvoir
pour « son combat pour la liberté des femmes ». La polygamie
est présentée comme une tare de l’Islam, un asservissement
de la femme, une pratique d’un autre âge, quelque chose de répugnant
et de méprisable. Des pourfendeurs l’accusent de créer des
rivalités et jalousies sordides qui ne lui sont hélas pas
spécifiques parce qu’ancrées dans nos mentalités et
infestant la vie sociale à tous les niveaux. Même des collègues
et voisins se font des coups bas, chacun se voulant au-dessus de l’autre.
Dans les familles polygames, avance-t-on, chaque femme fait tout pour
avoir plus d’enfants que ses coépouses. Comment ça ? Nos
grands-mères, à ce que je sache, n’avaient pas des recettes
miracles. A chacune ses « nuits », et la nature appliquait
ses lois. Polygamie ou pas, même résultat : des bébés
jusqu’à la ménopause. J’ai ouï dire que la polygamie
est cause d’émigration, chaque mère poussant son fils à
prendre le chemin de l’Eldorado. Quelle mère ne voudrait pas que
son fils réussisse ? Si elle est convaincue que l’Europe ou l’Amérique
est la seule solution, que voulez-vous qu’elle lui dise ? Et l’émigration
n’a-t-elle pas d’autres causes plus sérieuses ? La polygamie
contribuerait aussi à nous maintenir dans le sous-développement.
Elle a bon dos. Le sida faisant des ravages en Afrique, elle est encore
pointée du doigt, comme si l’écrasante majorité des
malades et des porteurs du virus ne se trouvaient pas chez ceux qui s’adonnent
à l’homosexualité, la prostitution, la fornication et l’adultère.
La critique tombe dans l’absurde quand on laisse croire que pour un polygame,
« une nouvelle épouse, c’est moins cher qu’une bonne »,
présentant la femme comme une bête de somme. En tout cas,
ce n’est pas le nombre d’épouses qui dispense le mari de payer une
bonne. Par ailleurs, peut-on imputer à la polygamie le fait que
nos femmes se décarcassent pour contribuer au fonctionnement du
foyer qui repose en grande partie sur leurs épaules ?
Ça me fait tout drôle d’entendre des sœurs clamer : «
La polygamie ? Jamais de la vie ! Ce n’est pas bon. Que Dieu nous en préserve
! » Ha ! Ha ! Ha ! Qui a permis la polygamie ? Est-ce Lui qui a dit
que c’est mauvais ? Prenant leurs cas pour des généralités,
elles affirment sans sourciller qu’aucune femme ne peut être heureuse
en polygamie. Auraient-elles rechigné à faire partie de nos
Mères, les épouses du Prophète (Psl) ? Etaient-elles
malheureuses, ces proches de l’élu ? A travers la polygamie,
c’est généralement l’Islam qui est visé. On en fait
son apanage, or cette pratique a ses racines dans presque tous les peuples
et aucune religion révélée ne l’interdit. Dans la
sainte Bible, le premier homme qui prit deux femmes est Lémec (Genèse
4 : 19). Il était fils de Metuschaël, fils de Mehujaël,
fils d’Irad, fils de Hénoc, fils de Caïn, fils aîné
d’Adam et Eve. Il y a donc très longtemps de cela. Ibrahim, l’ami
de Dieu, le père du monothéisme, et bon nombre de prophètes
étaient polygames. Dans la Torah, il est interdit d’avoir en même
temps deux sœurs comme épouses (dans le Coran aussi), mais le nombre
de femmes n’est pas limité. Plus Tard, des rabbins interdiront la
polygamie. Les chrétiens sont majoritairement monogames, mais ce
sont des hommes de l’Eglise, et non l’Evangile, qui ont interdit la polygamie.
Dans les livres sacrés de l’Inde, le père de Rama avait plusieurs
épouses et Krishna était polygame. Des prêtres hindous
limiteront le nombre de femmes à une.
L’Islam a permis la polygamie tout en lui fixant des conditions. Ne
pas excéder le nombre de quatre épouses, pratiquer l’équité
entre elles, être capable de les prendre en charge, elles et leurs
enfants, ne pas les faire cohabiter dans la même maison sans leur
accord. Une femme ne peut être forcée à devenir une
seconde épouse et la première femme a le droit de demander
le divorce si elle ne veut pas de coépouse. « Il
est permis d'épouser deux, trois ou quatre, parmi les femmes qui
vous plaisent, mais, si vous craignez de n'être pas justes avec celles-ci,
alors une seule, ou des esclaves que vous possédez. Cela afin de
ne pas faire d'injustice. » (Sourate 4, verset 3) Le Prophète
(Psl) est le seul musulman à qui il fut permis d’avoir plus de quatre
épouses. Personne d’autre que lui n’a ce droit. Il en eut onze.
Deux d’entre elles moururent de son vivant et les neuf autres lui survécurent.
Quand ce verset lui fut révélé, il avait déjà
toutes ses femmes et il lui fut interdit d’en épouser d’autres.
« Il ne t’est plus permis désormais de prendre d’autres femmes,
ni de changer d’épouses, même si leur beauté te plaît.
» (Sourate 33 : 52)
Pour ne pas hurler avec les loups, ne condamnons pas la polygamie permise
par Dieu, mais le mauvais usage qu’on a fait. Au Sénégal
par exemple, nous avons apparemment des réincarnations du fils d’Abdullah
pour qui cinq épouses est un minimum. Des harems où l’on
rivalise de jeunesse, de bijoux et de « xeesal ». Il y en a
qui prennent plusieurs femmes juste pour donner une certaine image sociale.
D’autres, tirant le diable par la queue, se permettent d’épouser
plusieurs femmes et comptent sur la providence en se disant : « A
chaque bouche que Dieu ouvre, Il donne sa pitance ». On en voit qui,
après avoir vécu des décennies avec une épouse,
lui amènent une « petite sœur » dont elle pourrait être
la mère, voire la grand-mère, sachant qu’avec sa ribambelle
de mômes, elle ne peut qu’accepter avec résignation.
D’après les lois de la République, il faut, lors du premier
mariage, choisir entre polygamie pleine (quatre épouses maximum),
polygamie limitée (deux ou trois épouses) et monogamie. La
femme doit donner son consentement. Le mari peut à tout moment revenir
sur ce choix en diminuant le nombre, mais ne peut pas en rajouter. Résultat,
ceux qui n’y songeaient même pas, sont tentés de signer polygamie
pleine, au cas où. D’aucuns signent monogamie pour une raison ou
pour une autre, et vont prendre une seconde épouse à la mosquée,
parfois à l’insu de celle qui est à la maison. Qu’y peut
la loi ? Le mariage civil n’étant pas obligatoire et n’emballant
qu’une minorité, même ceux qui ont plus de quatre épouses
ne sont pas inquiétés. Et signalons que dans certains pays
« civilisés » que nous singeons si maladroitement, le
mariage civil a été institué pour contrecarrer le
mariage religieux et permet aujourd’hui d’officialiser des liaisons homosexuelles.
Le Prophète (Psl) a dit qu’à la fin des temps, «
les hommes diminueront en nombre et les femmes augmenteront en nombre à
un point tel qu'un homme sera en charge de cinquante femmes. » (Hadith
rapporté par Bukhari) Il y a déjà dans le monde plus
de femmes que d’hommes. Il y a aussi de plus en plus de femmes célibataires,
ce qui signifie plus de tentations et plus de débauche, surtout
quand la prostitution épouse toutes ses formes. C’est l’époque
des copines et maitresses, ces objets sexuels jetables et remplaçables
à souhait et dont les enfants ne connaissent pas toujours leur père.
De plus en plus d’hommes n’ont pas les moyens de prendre une femme, et
de plus en plus de femmes ne veulent pas de maris pauvres ni de coépouses,
tandis que d’autres usent de toutes leurs armes pour être deuxièmes,
troisièmes ou quatrièmes, préférant la polygamie
dans un minimum d’aisance à la monogamie dans l’indigence. Il y
a aussi des femmes qui gagnent bien leur vie, mais à qui la polygamie
ne pose aucun problème. Quoi qu’il en soit, n’oublions pas
que Dieu n’avait accordé qu’une épouse à Adam. Le
Christ ne fut pas marié. Le prophète Muhammad (Psl) fut monogame
pendant les vingt-cinq années que dura son premier mariage, et ne
prit d’autres épouses qu’après le décès de
notre Mère Khadija.
Bathie Ngoye Thiam
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Analyse
Logique
entre langue créole et créolité
par
Jonas Daniel Rano
Aujourd'hui, des écrivains antillais, Jean Bernabé,Raphaël
Confiant, Patrick Chamoiseau, et d'autres non moins connus cherchent à
impulser une nouvelle idéologie qui bouscule l'Antillanité
de Edouard Glissant et la Négritude Césairienne, que l'on
appelerait la Créolité. N'en déplaise à quelques
irréductibles, il serait là le langage d'une nouvelle
génération ou simplement une volonté de se démarquer
par rapport aux aînés, qui ont à leur tour, de manière
plus urgente, à leur époque, éveillé la conscience
collective universelle. La bonne critique devrait servir le tout monde.
Permettez-moi de poser cette question: la seule querelle qui vaille pour
le Nègre, serait-elle justement ce que désignait Léopold
Sédar-Senghor: "l'émotion est nègre et la raison héllène",
ou devrait-elle s'affirmer: que la modestie forçant la prospective
perfectible et triomphante est la seule voie qui conduise à la sagesse,
par conséquent à la vraie connaissance ? De dieu nègre,
je ne connais que le Christ ! puisque les initiés l'appelent l'Agneau.
J'apprécie l'intention qu'il y a derrière la valorisation,
la revalorisation de la créolité et c'est un peu la même
chose qui se passe, s'est passé en Afrique au sujet des tentatives
de revalorisation des langues africaines, puisque le français comme
l'anglais sont des langues des anciens colonisateurs.
Créolité: combat d'arrière-garde ?
Donc, la créolité s'identifie à quelque
combat de reconnaissance identitaire. Peu importe, mais qui se veut comme
support le créole. Mais le créole n'a plus valeur de devenir
une langue universelle comme le français comme l'anglais. Alors
quel crédit donner vraiment à cette forme renaissante de
revendications et de révoltes qui s'inscrivent dans le cadre de
la créolité ? Dans un premier temps, j'encourage très
fortement ceux qui oeuvrent pour revaloriser le créole. Cependant,
Césaire exprimait déjà dans sa revue"Tropiques"qui
avait paru au moment de la guerre dans les années quarante, il y
disait précisément que le créole est une langue que
lui ne maîtrise pas. Il a eu l'honnêteté de l'affirmer.
Je crains que la créolité, dans son expression actuelle,
ne soit un combat d'arrière-garde, du moins du point de vue des
défenseurs du créole. Mais c'est une réalité
qu'avant d'être écrivain, il faut d'abord maîtriser
son outil d'écrivain qui est la langue. Quand Chamoiseau est capable
d'écrire correctement en créole au point de gagner un prix
important, le Goncourt, ça veut dire qu'il a un mérite que
je n'ai aucune intention de lui contester, n'est-ce pas !
Raphaël Confiant et Patrick Chamoiseau sont de bons
illustrateurs de la langue créole en littérature, ou plutôt
d'un mélange créole-français. Car, mon honnêteté
intellectuelle m'oblige à respecter le travail de Chamoiseau sans
ses préoccupations concernat la langue créole. Mais en ce
qui me concerne personnellement en tant qu'individu, en tant que poète,
qu'écrivain, je considère que c'est une conception culturelle
rétrograde des actions à conduire. C'est un fait ! Je conçois
très aisément, qu'un Césaire ait pu dire, qu'il ne
maîtrisait pas du tout le créole dans les années quarante
déjà, mais, qu'il laissait le soin à ceux qui le maîtrisent
de l'illustrer. A cet égard justement, beaucoup d'écrivains
antillais, principalement à travers leurs oeuvres, magnifient
une forme de réduction en ce qui concerne la créolie, parce
que le créole ce n'est pas simplement la Martinique, la Guadeloupe,
n'en déplaise donc aux tenants de cette thèse, c'est aussi
la Guyane, des pays de la Caraïbe où l'on parle anglais, mais
également créole. Mais c'est aussi le cas de la Réunion,
de l'Ile Maurice, et des Seychelles, de ces îles qui peuplent l'Océan
Indien. Alors, à ce sujet, le combat que mène le triumvirat
de la créolité est tout bonnement une forme d'utopie refondatrice,
à l'instar de cela même qu'ils reprochent à Aimé
Césaire.
Prix Goncourt: entre exotisme et réalité littéraire
Si Patrick Chamoiseau n'avait pas obtenu le prix Goncourt,
je me serais permis d'être plus critique à son égard
en tant que créateur, qu'utilisateur de la langue. Il s'est voulu
le théoricien de la créolité, et en tant qu'illustrateur,
il a parfaitement le droit de choisir la langue qui lui appartient. Cependant
il existe une variété de créole qui puisse être
la langue littéraire créole dont le dialecte martiniquais
ne reflète pas l'usage. Je mets en relief, le fait que le
prix Goncourt 1992 n'ait été autre chose qu'un prix esthétique,
a priori, encourageant une forme d'exotisme plutôt qu'une forme de
réalité littéraire. A vrai dire, je mets en question
la nécessité d'ériger le créole, comment dire,
de prôner le créole comme langue d'écriture pour les
Martiniquais pour les Antillais notamment, pour les auteurs des pays où
le créole est parlé. Le yatus en quelque sorte. Je préfère
évoquer la part des choses. Mais cela n'empêche point que
sur un problème de fond, le fait que Patrick Chamoiseau ait eu ce
prix-là, ne change strictement rien à la réalité
qui démontre que le créole, n'est pas encore maîtrisé
par beaucoup d'auteurs. Loin de moi toute intention de polémique.
Qu'il est évident que pour valoriser une oeuvre, il faut en
extraire les vices de forme et ne serait-ce que les a priori que véhiculent
d'autres intellectuels à propos de cette même oeuvre. Il est
important pour nous de situer une oeuvre en rapport avec une langue, le
créole dans un contexte actuel. Aujourd'hui, des langues parlées
qui prennent une forme de transaction économique, sociale et culturelle
sont l'anglais, le français, l'allemand, l'espagnol, le portugais,
et bientôt je dirais, des langues média-asiatiques.
A partir de ce moment-là, on comprend très bien que mettre
le créole comme langue première des individus, qui n'ont
d'avenir que l'horizon indéfini, est une des raisons pour lesquelles
je souhaiterais que nous remettions le créole et la créolité
et l'oeuvre de nos amis dans une forme de réalité qui est:
que pouvons-nous faire avec un créole qui n'est pas porteur ? Projection
que l'on ne peut pas rejeter. C'est pour cela que j'insistais pour ne pas
donner l'impression que je voulais dévaloriser l'oeuvre de Chamoiseau-Confiant-Bernabé.
Le problème, n'est pas de décourager les efforts qui sont
faits par certains auteurs, pour rédiger leurs textes dans des langues
minoritaires parce que là est le vrai problème. Il y a relativement
peu de personnes qui parlent le créole, à plus forte raison
qui le lisent encore moins, sont capables de l'écrire, n'est-ce
pas ? Mais pour la petite minorité capable de le maîtriser,
on ne peut que les encourager en espérant que les traducteurs, dûment
qualifiés, pourront se charger de le traduire dans les langues universellement
répandues, qu'ils sachent lui conserver son authenticité
créatrice.
Hors des frontières nationales
En dehors de ce problème, l'oeuvre littéraire
a vocation à être universelle, à être lue par
le plus grand nombre possible. Il est là une ambiguïté
qui implique une question ouverte. La créolité est indubitablement
une forme subtile de la négritude, car la négritude dans
son combat actuel, son état actuel, sa prospective actuelle souffre
encore d'une certaine méconnaissance liée au respect que
nous vouons à nos aînés pour leurs oeuvres et pour
la préoccupation constante des intérêts de la race
noire dont ils font preuve. Aujourd'hui, la négritude avec sa majuscule
portée à bout des bras par Aimé Césaire semble
rencontrer un grand nombre de contestations. Les auteurs de la négritude
eux-mêmes sont tout à fait lucides à cet égard,
ils sont également critiques. Je pense à Césaire qui
disait dans une interview à Lilyan Kesteloot: "Je refuse absolument
cet espèce de pannégrisme idyllique à force de confusionnisme,
parce que je ne voudrais pas qu'on mêle au nom de la négritude,
qu'on prenne la défense de tout ce qui est noir". Parce qu'au nom
de la négritude on aurait pu défendre la dictature haïtienne
par exemple, celle des Duvallier. L.S.Senghor, également, apprécie
les critiques qui sont faites vis-à-vis de la négritude,
mais il demande simplement que les critiques de la négritude proposent
quelque chose d'autre, quelque chose qui fasse la différence. Je
ne voudrais pas céder à l'habitude qui consiste à
opposer les uns et les autres, les trésors de la négritude
ou nos intellectuels Antillais, Africains, qui encore, nos aînés.
Je crois, ce préambule fait, que le principal reproche que l'on
puisse faire à la négritude, le seul d'ailleurs, c'est qu'elle
est datée. La négritude est née dans les années
1930 et elle est l'oeuvre de nos illustres aînés, que je respecte.
Mais de nos jours... Quand paraissait Le Cahier d'un retour au pays natal
d'Aimée Césaire, les Etats africains étaient encore
des colonies, dans leur majorité, et, depuis 1960, l'Afrique est
indépendante.
Nous avons d'autres combats et c'est pour cela que les
critiques vis-à-vis de la négritude ne peuvent à mon
avis, pour être recevables, qu'être des critiques qui relativisent
sa portée en fonction des exigences de l'heure, du temps, du présent
que nous avons, qui nous appartient, qui nous revient de constuire en même
temps que l'avenir naturellement.Parce que la négritude, qui a vu
le jour dans les années trente sur les bords de la Seine à
Paris, qui s'est nourrie des apports des influences issues de la négro-renaissance
américaine et des indigénistes haïtiens des années
1870, est datée, je me ressasse. C'est un mouvement qui parfaitement
justifié à l'époque ne correspond plus aux réalités
auxquelles nous sommes confrontés. Il nous appartient de définir
notre avenir. Mais, c'est un mouvement envers lequel nous devons être
justes encore une fois. Je me réfère, une dernière
fois, à Césaire qui disait, après avoir affirmé
qu'il refusait absolument cet espèce de pannégrisme idyllique
à force de confusionnisme, il ajoutait: "mais je demande aux jeunes
d'avoir présent dans l'esprit ceci. C'est que ces jeunes-là
qui se font aujourd'hui de belles dents sur la Négritude sont nés
eux-mêmes dans la négritude". Aujourd'hui au regard de l'Humanité,
on est en droit de se demander quel avenir nous réserve le monde
actuel, la société actuelle face aux contraintes nées
du racisme un peu partout. Je crois qu'il est utile de concevoir une nouvelle
forme de langage propre à remplacer les anciennes. En effet, les
vocables négritude, antillanité et créolité
sont d'un autre temps...
Jonas Daniel Rano
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Idées
Beau livre :
Photographies aux
Éditions ORPHIE. Format 280 x 220 à l’italienne.
192 pages.
ISBN 2-87763-237-7.
Jean-Claude
Nourault
Jean Claude Nourault est issu d’une famille de photographes
depuis plusieurs générations, il travaille dès son
plus jeune âge en laboratoire. À 13 ans, il s’intéresse
à la prise de vue comme photographe ambulant. À l’âge
de 22 ans, il part pour Madagascar dont il réalisera plusieurs ouvrages
ainsi que sur la Réunion, les Seychelles, les Comores ou l’île
Maurice. Il entreprendra 14 fois la traversée du Sahara en voiture
et réalisera plusieurs ouvrages sur le Maroc, la Côte-d’Ivoire
et Djibouti. Il édite des cartes postales sur Madagascar, la Réunion,
le Mali, la Côte-d’Ivoire, le Bénin, le Togo, le Niger, la
Mauritanie et le Burkina Faso. Dans les caraïbes, il entreprend des
cartes postales et réalise un ouvrage sur la Martinique. Il se spécialise
dans la carte postale et des livres touristiques sur la Côte d’Azur.
À 69 ans, il a toujours la même passion pour la photographie,
la nature, l’aventure et les voyages. Il travaille maintenant en collaboration
avec ses deux fils sur la Corse, les Antilles, l’Afrique et l’Océan
Indien.Attiré par la beauté mystérieuse des grands
déserts d’Afrique, le photographe Jean-Claude Nourault a parcouru
le continent pour aller à la rencontre des peuples mythiques, pour
la plupart nomades, de ces régions arides. « Scènes
de Djibouti » est le témoignage du regard fasciné du
photographe au contact de ce petit territoire de 23 000 km2 recelant une
diversité incroyable de paysages et de visages. A cheval entre la
mer et le désert, située à mi-distance entre Addis
Abeba en Éthiopie et Sana’a au Yémen, Djibouti possède
le caractère si particulier de cette région pluriculturelle
qu’est la corne de l’Afrique. Ce beau livre d’images, comptant 236
photographies représente les différents aspects de la vie
du pays. Il est magnifiquement illustré. Le parfait piqué
du moyen format donne ici sa pleine mesure : densité de couleurs
et modelé traduisent rigoureusement la grandeur et la splendeur
naturelle des sites ainsi que la fierté et la dignité de
ces hommes et de ces femmes qui vivent comme les seigneurs des grands espaces.
D’un format de 22 x 28 cm à l’italienne, cet ouvrage et ses 146
pages de plaisir éveilleront, sans aucun doute, l’envie de se rapprocher
des charmes de ce pays mal connu.
|
Le
quotidien
La
Société tribale est-elle un atout ou un handicap pour l'Afrique?
par Ola Balogun
L'évolution politique de plusieurs pays
africains s'est caractérisée, au cours des années
qui ont suivi leur indépendance, par des tensions internes pouvant
aller jusqu'à des confrontations intra-ethniques, voire de véritables
guerres civiles. On peut citer comme tristes exemples de tels évènements
la guerre civile entre le Nigéria et le Biafra de 1967 à
1970, les luttes internes et prolongées qui ont fait rage pendant
plus de vingt-cinq ans au Tchad à partir de 1963, les trente années
de guerre civile en Ethiopie qui ont récemment abouti à l'indépendance
de l'Erythrée, les multiples bouleversements qui ont secoué
le Zaïre depuis 1960, les conflits réguliers entre Tutsis et
Hutus au Rwanda et Burundi qui ont fait de nombreuses victimes au cours
des trois dernières décennies, et les ravages causés
par le régime meurtrier d'Idi Amin en Ouganda. Un passé plus
récent nous met face aux immenses tragédies humaines et matérielles
engendrées par la guerre civile incessante qui sévit au Soudan,
en Somalie, au Mozambique et en Angola. En Afrique du sud, les heurts sanglants
qui surviennent régulièrement entre le mouvement Inkatha,
exclusivement zoulou, et le reste de la population noire sont une menace
permanente pour l'évolution de ce pays vers une démocratie
multipartite.
A un niveau comparativement moins dramatique,
de nombreuses carences des structures administratives et gouvernementales
sont attribuées, en Afrique, à un facteur qualifié
de manière assez floue de "tribalisme", terme générique
généralement utilisé pour désigner le népotisme
basé sur des considérations ethniques. Il existe dans la
plupart des pays africains un sentiment général (que l'expérience
ne manque hélas pas de confirmer) selon lequel les nominations aux
postes gouvernementaux et administratifs clés se basent davantage
sur des considérations ethniques que sur la qualification ou la
compétence. Dans cette perspective, mieux vaut donc - pour obtenir
des postes élevés dans certains pays africains - appartenir
au "bon" groupe ethnique que d'être qualifié pour le
poste, une situation qui engendre fréquemment l'inefficacité
et la démotivation au sein des services publics. Par ailleurs, les
efforts déployés par un certain nombre de gouvernements africains
pour donner une apparance d'équité aux nominations officielles
par le biais d'un système de quota (du type de celui qu'applique
le Nigéria sous le nom "d'équilibre ethnique") ont suscité
la controverse dans la mesure où ces systèmes de quota sont
inévitablement perçus comme une manière de mettre
des obstacles sur le chemin de personnes qualifiées dont le seul
péché est d'appartenir au "mauvais" groupe ethnique.
Toute une série de raisons (dont
le risque de conflit constitue l'élément majeur) font donc
que les malheurs actuels de l'Afrique sont largement attribués au
facteur ethnique, tant par les observateurs africains que non africains.
Mais le rôle de ce facteur ethnique est-il vraiment aussi négatif
qu'on le dit? Et, si ce n'était pas le cas, des circonstances particulières
peuvent-elles faire de cet "impératif ethnique" une menace pour
la création des nouveaux Etats africains? La réponse à
ces deux questions exige une définition préalable du phénomène
tribal (ou ethnique) dans son contexte africain pour tenter ensuite de
comprendre son impact sur le paysage politique et socio-culturel de l'afrique
d'aujourd'hui. Tout d'abord, qu'est-ce qu'une tribu? Aussi étonnant
que cela puisse paraître, cette question apparamment banale a suscité
longtemps une vive controverse et une totale incompré- hension mutuelle
de la part des commentateurs. La confusion souvent associée au terme
est parfaitement illustrée par l'Oxford Dictionary qui commence
par définir la tribu comme "un groupe de gens à un stade
primitif et barbare de développement, reconnaissant l'autorité
d'un chef et se considérant généralement comme ayant
un ancêtre commun" avant de passer à une seconde définition
libellée comme suit: "sorte d'unité politique dans certaines
nations anciennes"...
De toute évidence, la première définition
témoigne d'un préjugé largement répandu parmi
ceux qui estiment que l'Etat-nation actuel est le seul modèle valable
d'organisation politique et sociale pour l'humanité, et que toute
autre forme est primitive ou archaïque, voire "barbare" comme l'affirme
carrément l'Oxford Dictionary. La seconde définition fait
preuve d'un plus grand souci d'objectivité en cherchant à
intégrer qu'une tribu est essentiellement une unité politique.
Elle nous met ainsi sur la bonne voie puisque la tribu est avant tout une
unité organisationnelle couvrant un groupe humain dont les membres
s'identifient les uns aux autres sur la base d'une culture commune. En
règle générale, les membres d'une même tribu
parlent la même langue et ont des ancêtres communs (ou font
remonter leur lignée jusqu'au même mythe ancestral). Historiquement,
en Afrique, une tribu ou un groupe ethnique suffisamment important pouvait
constituer un royaume ou un Etat en soi; mais la tribu a le plus souvent
fait partie d'une entité politique plus vaste couvrant plusieurs
groupes ethniques, même si l'un d'eux était dominant. Ainsi,
par exemple, la tribu des Soninkés a formé le groupe ethnique
central de l'ancien royaume de Wagadu (ou Ghana) qui a exercé le
pouvoir sur le Soudan occidental entre le onzième et le douzième
siècle pour être ensuite absorbée par l'Etat du Mali
(dont l'origine est une entité où prédominait les
Maninkas) avec des segments d'autres groupes ethniques.
Il arrive également, par contre, que les
membres d'un même groupe ethnique soient divisés entre des
entités politiques rivales qui coexistent pacifiquement ou qui sont
en conflit armé - comme ce fut le cas des diverses branches des
tribus Ngunis d'afrique du Sud avant que l'Empire zoulou soit regroupé
sous le leadership énergique de Chaka. De même, les populations
parlant le yorouba dans le Nigéria et la République du Bénin
d'aujourd'hui se sont ramifiées en plusieurs royaumes indépendants
au 16ème siècle bien qu'elles se reconnaissent une origine
commune et partagent la même culture et la même langue.
La perception de la tribu dans cette perspective
nous amène à un certain nombre de conclusions. Il nous faut
premièrement constater que la création d'Etats ou de Royaumes
en Afrique précoloniale n'a nullement empêché l'existence
d'entités tribales ou ethniques au sein de ces Etats. En d'autres
termes, l'émergence d'Etats en tant qu'instances politiques plus
larges n'a pas nié l'existence d'unités tribales. Chaque
Etat a, bien au contraire, cherché à appuyer sa gestion sur
la structure organisationnelle des groupes ethniques ou des tribus qui
le composaient. La seconde conclusion est l'absence de toute connotation
"primitive" ou "archaïque" liée au facteur ethnique, que ce
soit en Afrique ou ailleurs, même si le groupe ethnique a cessé
de jouer, en tant qu'unité socio-culturelle, un rôle majeur
dans le monde occidental par suite de la création d'Etats-nations
à partir du 18ème siècle. "L'ethnicité" n'est
rien d'autre qu'une réalité indissociable du besoin des hommes
de créer des institutions pour structurer leur vie et leur organisation
sur le plan social, allant de pair avec des organes tels que le noyau familial,
la famille étendue, l'unité villageoise, l'entité
régionale ou l'Etat industriel moderne. Il est sans doute vrai que
le facteur ethnique a été plus déterminant dans certaines
cultures que dans d'autres mais il faut éviter une vision "ethnocentrique"
du monde par laquelle tout ce qui diffère de son propre
héritage culturel est "rétrograde"
ou "barbare".
Troisièmement, il nous faut reconnaître
que le contexte ethnique ou tribal constitue une dimension essentielle
des modes d'organisation et de perception de soi en Afrique. Sur le plan
historique, c'est le cadre ethnique ou tribal qui a assuré (et continue
d'assurer) la structure fondamemtale de l'héritage culturel, spirituel
et artistique des populations africaines. Le bagage ethnique de l'Africain
moyen consiste essentiellement en un mode de vie et une perception du monde,
comme peuvent l'être les structures de l'Etat dans les sociétés
où la nationalité et l'élément ethnique ont
fusionné en une entité commune.
Le dilemme et la tragédie de l'Afrique
d'aujourd'hui résultent de la mise en place, suite à la conquête
coloniale du continent par des puissances extérieures au 19ème
siècle, d'entités administratives réunissant différents
groupes ethniques de manière arbitraire et à l'intérieur
de frontières qu'ils n'avaient pas eux-mêmes fixées.
En règle générale, ces nouvelles entités administratives
n'ont tenu aucun compte des structures antérieures des sociétés
qu'elles régissaient, allant parfois jusqu'à faire éclater
certains groupes ethniques occupant des territoires voisins mais régis
par des puissances coloniales distinctes. Pour arranger les choses, les
nouvelles structures administratives nées de l'occupation coloniale
de l'Afrique et organisées dans un rapport autoritaire, offraient
le cadre fondamental de la création de nouveaux Etats-nations qui
prirent leur indépendance à partir des années 1960.
Les nouveaux Etats africains ont donc été formés sur
une base ne prenant nullement en considération l'héritage
culturel et historique des populations qui les composent, tandis que les
formes d'organisation politique empruntées au style occidental (ou
au type "socialiste" de l'Est) ne laissent aucune place à une représentation
des habitants de ces nouvelles nations dans une perspective réellement
démocratique, ni même dans l'esprit dans lequel les groupes
ethniques avaient fusionné dans le passé - par conquête
ou association - pour former des Etats en Afrique. En d'autres termes,
les nouvelles structures étatiques étaient totalement étrangères
à l'Afrique sur le plan de leur conception et de leur organisation,
et n'avaient aucune chance de constituer une base valable permettant de
mobiliser la loyauté et l'énergie des populations concernées.
Le "tribalisme" en tant que maladie sociale et
nationale a donc été davantage la conséquence inévitable
de l'incapacité des structures étatiques de réfleter
la nature profonde de la société africaine, ainsi que d'un
leadership corrompu et vain dans les nouveaux Etats-nations d'afrique,
que du facteur ethnique en soi. Ce n'est pas "l'ethnicité" qui est
responsable des malheurs de l'Afrique mais le clientélisme, le népotisme
et l'incompétence de l'élite qui dirige le continent. L'origine
de bon nombre des conflits internes dont souffrent les Etats africains
depuis leur indépendance réside dans l'exploitation pure
et simple des différences ethniques par une élite cupide
et avide de pouvoir, le plus souvent armée et encouragée
en coulisses par des forces extérieures cherchant à capitaliser
sur les ressources africaines ou à empêcher la naissance d'un
leadership véritablement indépendant et nationaliste en Afrique.
Les bouleverements que connaît actuellement le Zaïre, depuis
les heurts ethniques qui ont entraîné l'éviction et
l'assassinat de Patrice Lumumba en 1961 jusqu'aux massacres intra-ethniques
en cours dans la province du Shaba et ailleurs, en passant par la sécession
du Katanga, sont le résultat immédiat d'une intervention
extérieure associée aux plans d'une classe dirigeante kleptocratique
et ne veillant qu'à ses propres intérêts. Un autre
triste exemple de ce phénomène nous est fourni par la guerre
civile absolument tragique qui a dévasté le Mozambique et
l'Angola à l'instigation de forces étrangères bénéficiant
de bonnes volontés locales en la personne de leaders politiques
qui ne demandaient qu'à massacrer leurs propres populations dans
une soif insatiable de pouvoir et de richesse...
En définitive, loin d'être la cause
de l'instabilité actuelle de l'Afrique, le facteur ethnique pourrait,
s'il était valablement géré, jouer un rôle déterminant
dans l'indispensable réorganisation des nations africaines; il pourrait,
en effet, assurer une véritable participation populaire aux prises
de décisions politiques. Loin d'être archaïques et rétrogrades
comme certains le prétendent, les racines ethniques et culturelles
des peuples africains offrent une voie privilégiée de mobilisation
de leur fidélité et de leur énergie en vue de l'édification
des nations, à condition que la dimension ethnique de leur vie soit
réellement intégrée à la structure de l'Etat.
Ce dont l'Afrique a besoin aujourd'hui, ce n'est pas d'un refus de l'héritage
social, culturel et historique des peuples qui la forment mais d'une intégration
créatrice de ces éléments du passé - qui constituent
une base extrêmement valable d'organisation sociale - dans les nouveaux
projets d'édification des nations. Pour prospérer et progresser
les nouveaux Etats africains devront être des fédérations
de populations ayant part aux décisions qui forgent leur propre
destinée, plutôt que des entités artificielles basées
sur les limites stériles d'institutions n'ayant aucune racine en
Afrique. Ainsi donc, dans la perspective de la mise en place de valeurs
significatives et de la sauvegarde de l'héritage du passé,
la dimension ethnique de la vie en Afrique reste un atout qui doit être
reconnu et valablement exploité, et non arbitrairement rejeté. |
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