CINEMA
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QUAND LE CINEMA
FRANCAIS BLANCHIT ALEXANDRE DUMAS
On ne peut qu’être admiratif devant le talent de Gérard
Depardieu qui a, dans sa longue et riche carrière, incarné,
avec une facilité déconcertante, de grands personnages historiques
à la perfection : de Danton à Vatel, de Christophe Colomb
à Vidocq.
Un côté caméléon et une aisance prodigieuse
qui pourraient, à eux seuls, expliquer le choix du réalisateur
Safy Nebbou de lui confier le rôle de l’écrivain Alexandre
Dumas dans son film "L’Autre Dumas", sorti ces jours-ci. Un choix néanmoins
étonnant, au moment où la France se gargarise de diversité
et de promotion des minorités visibles. Que personne n’ait trouvé
à redire à ce tour de passe passe est encore plus surprenant.
Que n’aurait-on pas dit, à l’inverse, si, pour les besoins d’un
film, Denzel Washington avait incarné Jean Moulin, si Pascal Legitimus
avait donné son visage à Molière, et si Sonia Rolland
s’était prise pour Jeanne D’arc ? Peu de gens le savent aujourd'hui,
mais le célèbre écrivain avait un père métis:
Thomas Alexandre Davy-Dumas de la Pailleterie, fils d'une esclave et d'un
petit propriétaire de Saint-Domingue. Grâce à son courage
au combat, il devint général sous la révolution et
fut même considéré un moment comme un rival potentiel
du général Bonaparte.
Alexandre Dumas se décrivait, d’ailleurs, lui-même, dans
ses "Mémoires", comme un "nègre", avec des "cheveux crépus",
et un "accent légèrement créole". Tout l’inverse,
à l’évidence, de… Gérard Depardieu.
En gommant ces traits, le film de Safy Nebbou occulte un aspect essentiel
de la vie de l’auteur du Comte de Monte Cristo : le racisme. En 2002, lors
du transfert des cendres de Dumas au Panthéon, Jacques Chirac, avait
rappelé que ce "fils de mulâtre, sang mêlé de
bleu et de noir" avait dû "affronter les regards d’une société
française" qui "lui fera grief de tout : son teint bistre, ses cheveux
crépus, à quoi trop de caricaturistes de l’époque
voudront le réduire". Le cinéma a pris, par le passé,
la liberté de confier des rôles de Noirs à des acteurs
blancs qu’on prenait soin de grimer. "L’Autre Dumas" s’inscrit dans cette
veine négationniste qui, quand elle ne blanchit pas, occulte, de
la mémoire collective, les grands hommes issus de l’Outre-Mer :
le Chevalier de Saint Georges, Gaston Monnerville, Félix Eboué.
Sans parler de ces grands oubliés que sont les Tirailleurs Sénégalais
qui ont pourtant "sauvé" la France. En blanchissant Dumas, le film
de Safy Nebbou rate une occasion de combler une lacune chez ceux qui le
verront et qui ignorent, pour la plupart, que l’auteur des "Trois Mousquetaires"
était un "nègre". Ce "détail" risquait-il de troubler
les spectateurs voire d’affecter la commercialisation de l’œuvre quand
on sait que, pour le cinéma tricolore, un acteur français,
métis ou noir, n’est pas "bankable" ? Safy Nebbou avait, avec ce
film, l’opportunité également de donner un signal fort, à
l’heure où ce pays s’embourbe dans un débat sur l'identité
nationale, faisant sournoisement la part belle à tout ce qui est
"blanc et catholique". Une insulte à Dumas, dont le génie,
tout français qu’il était, plongeait, profondément,
ses racines Outre-Mer et en Afrique. Là, où il repose, et
où la couleur de la peau n'a, fort heureusement, plus beaucoup d'importance,
Alexandre Dumas ne doit pas pour autant se retourner dans sa tombe. Il
en a vu d'autres. Mais, il est regrettable, qu’aujourd’hui, sur cette terre
de France, la couleur soit encore un problème au point qu'on préfère
la… gommer.
Emmanuel Goujon et Serge Bilé |
Au fil de l'actualité
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Image
La pub et les ghettos
Quelles places les
Noirs ont-ils
dans la publicité
?
par Gilles Lugrin & Stephanie Pahud
Globalisation, mondialisation, centralisation, délocalisation,
etc. Tant de mots qui troublent, qui inquiètent, qui traumatisent
parfois. Et avec cette circulation de capitaux et d’individus vient son
lot de problèmes :accentuation des différences entre pauvres
et riches, entre Sud et Nord, entre majorités et minorités.
Ainsi, que ce soient les répercussions du post-communisme (conflits
en ex-Yougoslavie, Tchéchénie) ou celles de la globalisation
(conflits interraciaux à Los Angels, augmentation des groupuscules
d’extrême droite, attaques terroristes contre la première
puissance mondiale), cette fin de siècle a plus que jamais marqué
notre société du sceau du conflit.
Mais cette fin de siècle est également le
symbole de la victoire, peut-être chimérique, du modèle
démocratique sur les autres modèles sociaux. Tant en Amérique
Latine, dans les pays de l’Est qu’en Afrique, le modèle démocratique
s’impose inéluctablement face aux systèmes dictatoriaux.
Avec elle, c’est un souffle de liberté qui semble parcourir la
planète. Et la publicité commerciale dans
tout cela ? Quelle rôle a-t-elle joué dans cet élan
de démocratisation ? Surtout, quels sont ses devoirs et ses impératifs
aujourd’hui ? En nous interrogeant sur la manière dont certaines
populations minoritaires ont été et sont aujourd’hui représentées
dans la publicité commerciale, nous souhaitons réfléchir
au rôle que joue cette dernière dans leur processus de reconnaissance
et d’intégration. Ce volet se concentrera sur la représentation
des noirs. La publicité est-elle révélatrice d’un
état de la société qui la produit et qui la consomme
?
Bien que la publicité soit un reflet kaléidoscopique,
réducteur et déformant de la société à
laquelle elle s’adresse, elle reste cependant un discours plus proche et
plus représentatif de la perception sociale que le discours journalistique
ou le discours politique. Sensiblement épurée de priorités
éthiques ou politiques, garante du discours dominant, elle se veut
proche de sa cible, ce qui en fait un discours particulièrement
sensible aux caricatures sociales. En passant en revue successivement la
représentation des noirs et des homosexuels, nous souhaitons attirer
l’attention sur le rôle de la publicité dans la sphère
sociale et en particulier sur son importance dans l’intégration
ou, au contraire, dans le clivage qu’elle peut engendrer ou renforcer entre
minorités et majorités. Puisant son inspiration dans le réservoir
social de clichés, poncifs et lieux communs, la publicité
vient à son tour renforcer ces préjugés.
Les Noirs
En ne retenant que les Noirs, nous sommes conscients d’évincer
nombre d’autres minorités, comme les asiatiques, les juifs, les
maghrébins, les handicapés, etc.Les Noirs ont vécu
l’esclavagisme, l’animalisation, la lutte pour son émancipation
et, aujourd’hui, le combat pour sa reconnaissance. Elle constitue une minorité
basée strictement sur des différences physiques. Ainsi, chaque
minorité possède des traits qui lui sont propres (traits
physiques, croyances religieuses, pratiques sexuelles, etc.) mais qui varient
d’un pays à l’autre, d’une culture à l’autre. La publicité
va ainsi se servir du noir pour transmettre un message de tolérance,
va scénariser l’homosexuel pour véhiculer une pensée
d’avant-garde, etc. Lorsqu’elle ne s’adresse pas directement à la
dite minorité —publicité représentant des noirs pour
une cible noire — chaque minorité sert une image, voire un territoire
de marque.
À chaque période son lot de stéréotypes
Contrairement à d’autres minorités, les
noirs traversent l’ensemble de l’histoire publicitaire contemporaine. Cette
dernière est marquée par trois courants principaux, qui,
par moments, se superposent : d’abord, l’image de l’esclave noir, qu’il
soit originaire d’Amérique ou des Antilles ; ensuite, celle du bon
sauvage africain ; enfin, celle de l’apprenti civilisé occidentalisé.
L’esclave a longtemps été une image bienséante dans
la publicité. Les champs de canne à sucre ou de coton d’une
part, et les pantalons rayés rouge et blanc d’autre part, ont en
été les symboles. La publicité pour le chocolat a
été l’un des lieux de prédilection de la représentation
des noirs. Dans celle-ci, le rôle de boy est caractéristique
d’une des fréquentes images du noir immigré en Occident.
De l’esclave au bon sauvage
C’est en exhibant certains stigmates, en vérité
très peu représentatifs, que l’on a très longtemps
représenté l’homme noir. À l’image d’une publicité
pour un Minstrel’s Show, le noir a été assez systématiquement
représenté avec de grosses lèvres, de gros yeux ronds,
des oreilles généralement affublées de boucles d’oreille,
des cheveux crépus, un nez empâté et un faciès
prognathe. Deux tendances majeures se sont d’autre part manifestées.
D’abord, la mouche posée sur la langue du personnage central ressuscite
le caractère cannibale, clairement évoqué dans une
annonce pour un extincteur ! Ensuite, le bon sauvage s’oppose à
la technologie occidentale. Une publicité pour l’aéromaritime
oppose ainsi la technologie à la tradition séculaire.
Des produits de prédilection
Aux différentes périodes qui ont marqué
la représentation des noirs correspondent des transformations radicales
dans les produits mis en jeu, très hétérogènes.
Certains d’entre eux en ont cependant connu un usage plus suivi : chocolat
(Banania), rhum (Negrita), riz (Uncle Ben’s), institutions (SOS Racisme),
etc. Mais l’image des noirs est surtout porteuse pour certains types de
produits (alimentation exotique, tourisme, et, à une certaine époque,
produits d’entretien et de nettoyage) alors qu’elle ne l’a jamais été
pour d’autres (électroménager, voiture, etc.). Si certains
de ces usages peuvent se justifier, d’autres sont beaucoup plus discutables,
tant pour les traitements qui y sont faits que pour les produits qu’ils
servent à promouvoir. Une annonce pour du chocolat mettait en scène
un noir caricatural se regardant dans un miroir et se comparant ainsi à
une plaque de chocolat.
Mais le paroxysme écœurant de ces publicités
dénigrantes se joue sans aucun doute dans des annonces pour cirages
et pour produits de lessive. Une annonce mettait en scène deux personnages,
un noir et un asiatique, chacun démontrant l’efficacité d’un
cirage sur leur propre peau ! Pire, à l’instar d’une annonce pour
le Savon Perdrix , de nombreuses publicités démontraient
leur efficacité en " blanchissant " des noirs. Dans cette dernière,
la caricature du personnage ne fait que renforcer sa situation dégradante.
Qu’en est-il aujourd’hui ?
Le publicitaire a longtemps été un homme
blanc. On comprend dès lors la représentation biaisée
tant de la femme que de certaines minorités. Mais l’évocation
de ce manque d’objectivité ignore trop souvent les prérogatives
marketing, c’est-à-dire la nature de l’acheteur-consommateur : en
général, les publicités montrent la cible à
laquelle le produit s’adresse et parlent aux masses plutôt qu’aux
minorités. S’il a longtemps été principalement l’homme
blanc, le marché ayant depuis lors évolué, la publicité
a suivi.
Ainsi, tout en conservant certaines caractéristiques
reflétant des différences culturelles, la publicité
qui s’adresse à la société noire tient un discours
sensiblement identique à celui visant la société blanche
: que ce soit une carte de crédit, une voiture de luxe ou un cognac,
tous communiquent à la manière occidentale. Des agences de
publicité se sont même spécialisées dans le
marketing ethnique.
Des inadéquations pourtant édifiantes
Reste qu’en dépit de l’apparition du marketing
ethnique, tout n’est pas résolu. Pour illustrer au mieux les possibles
inadéquations entre représentation des noirs dans la publicité
et réalité, l’exemple des couples mixtes, qui se retrouvera
de manière similaire
dans la publicité homosexuelle, est édifiant.
Alors qu’historiquement, le couple mixte dominant a longtemps été
l’homme blanc avec la femme noire, la publicité a assez systématiquement
mis en scène la femme blanche avec l’homme noir, répondant
ainsi certainement plus à un fantasme masculin qu’à une réalité
sociale.
Un message social
Enfin, en guise de contre-exemple, les nombreuses associations
anti-racistes ont fréquemment utilisé l’image du noir pour
dénoncer le racisme ambiant. À cela s’ajoutent les entreprises
qui ont choisi, comme McDonald’s, la poste ou encore Diesel , de se positionner
localement dans le débat social. À ce propos, Jean-Marie
Dru porte un regard intéressant sur Benetton. Il se dit favorable
à ce discours engagé en faveur de la tolérance entre
ethnies, dont " United Colors of Benetton " est le symbole. Il regrette
cependant que Benetton se soit ensuite dispersé en s’attaquant à
de trop nombreux problèmes (violence, sexe, sida, peine de mort,
etc.), au lieu de se concentrer sur ce premier message de tolérance.
Pour en savoir plus : Bachollet R., Debost J.-B.
& Lelieur, A.-Cl. : Négripub. l'image des Noirs dans la publicité,
Paris : Ed. Somogy, 1992. MINOT, Fr. 2001 : Quand l’image se fait
publicitaire, Paris, L’harmattan, pp. 201-241
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On
en parle |
RDC:
Le lac Kivu,une bombe à retardement ou une source d'énergie
?
NDLR/Le lac Kivu est l'un des Grands Lacs d'Afrique. Il se
situe entre la République démocratique du Congo et le Rwanda.
Le lac Kivu se vide par la rivière Ruzizi, qui alimente au sud le
lac Tanganyika. Il a gagné une triste notoriété lors
du génocide au Rwanda de 1994, de nombreuses victimes y ayant été
jetées.Le lac couvre une superficie totale de 2.700 km² et
se situe à une altitude de 1 460 mètres au dessus du niveau
de la mer. Il se situe dans une zone volcanique. Du méthane a été
découvert à plus de 300 mètres de fond).Le premier
européen ayant accédé au lac fut un allemand, le Conte
Adolf vonGötzen, en 1894. Les villes congolaises de Goma et Bukavu
sont voisines du lac. Au Rwanda ce sont Gisenyi, Kibuye et Cyangugu.
Avec IRIN/Lorsqu'ils étaient enfants et jouaient
sur les rives du lac Kivu, dans l'est de la République démocratique
du Congo (RDC), Kevin et ses amis s'entendaient souvent dire de ne pas
jouer dans l'eau. « Ma mère nous demandait toujours de ne
pas tremper de choses comme des clés ou des bagues, ou tout autre
objet métallique dans le lac », s'est-il souvenu. «
Elle disait que les métaux réagiraient avec un gaz et qu'ils
pourraient causer une explosion ». Kevin ne la croyait peut-être
pas à l'époque, mais les préoccupations de sa mère
reflètent un phénomène que les scientifiques étudient
depuis un certain nombre d'années - les taux de gaz dissous dans
le lac et la possibilité que ces gaz soient une source de préoccupation.
Le lac Kivu fait partie des Grands Lacs africains, situés à
la frontière entre la RDC et le Rwanda. Il est une source d'approvisionnement
en eau, en poissons et en sable pour deux millions de personnes, et assure
l'indispensable liaison entre les ports de Goma et de Bukavu en RDC et
de Gisenyi, Kibuye et Cyangugu au Rwanda.
Augmentation du taux de gaz
Le professeur Boniface Kaningini, biologiste et directeur
général de l'Institut supérieur pédagogique
de Bukavu (ISO-Bukavu), une université, a passé au moins
20 ans à faire des recherches sur le lac Ki Bien que selon certaines
études, l'augmentation de ces gaz soit le résultat de l'activité
volcanique, pour M. Kaningini, l'introduction de la sardine Limnothrissa
miodon - connue, dans la région, sous le nom de Ndakala - dans le
lac pourrait être un autre facteur. « La présence
de méthane dans le lac date d'il y a 40 ans, lorsque ce poisson,
provenant du lac Tanganyika, a été introduit dans le lac
Kivu », a-t-il dit. Depuis lors, selon M. Kaningini, les pêcheurs
du lac ont observé une fluctuation progressive de la pêche.
Un certain nombre d'études différentes sont menées
pour examiner ces changements, a expliqué M. Kaningini. Pour sa
part, l'Institut fédéral suisse des sciences et de la technologie
aquatiques (Eawag) a conclu que « l'introduction du Limnothrissa
miodon, premier poisson pélagique et planctophage du lac Kivu, pourrait
être responsable de changements significatifs des flux de nutriments
».
Risques potentiels
Le rapport de l'Eawag explique également que la
densité et les différentes couches de l'eau agissent comme
un couvercle flexible, piégeant les gaz échappés du
manteau terrestre ainsi que ceux provenant des sédiments situés
en dessous du lac. Selon les experts en eaux lacustres du Conseil consultatif
sur la mise en valeur et l'habitat du saumon (SEHAB), un phénomène
potentiellement catastrophique du nom « d'éruption limnique
» risquerait de se produire si l'activité volcanique ou sismique
faisait circuler les eaux du lac, soulevant ainsi ce « couvercle
». Un nuage de gaz se libèrerait alors et asphyxierait toutes
les populations lacustres. « Les deux seules "éruptions limniques"
connues et observées se sont produites, l'une dans le lac Monoun,
au Cameroun en 1984 - l'incident avait fait 37 victimes - l'autre, plus
catastrophique, en 1986, près du lac Nyos. Au lac Nyos, plus de
80 millions de mètres cubes de dioxyde de carbone contenus dans
les profondeurs du lac ont été libérés dans
l'atmosphère », selon une étude réalisée
en 2006 par le SEHAB. Les lacs Kivu, Nyos et Monoun ont reçu le
nom de « lacs tueurs d'Afrique » dans le rapport publié
en 2006 par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE).
Selon ce rapport, le lac Kivu reste une source de « graves préoccupations
», puisque environ deux millions de personnes vivent dans le bassin
du lac. « Du fait du creusement progressif d'un rift dans la zone,
une faille se rapproche petit à petit du fond du lac. Si de grandes
quantités de lave bouillante venaient à s'écouler
dans le lac, cela serait plus que suffisant pour déclencher une
circulation considérable, qui libèrerait d'énormes
quantités de dioxyde de carbone, un gaz mortel », peut-on
lire dans le rapport. « En outre, les eaux contiennent de grandes
quantités de méthane susceptibles de provoquer des explosions
au-dessus du lac ».
Activité volcanique
En 2003, le Mont Nyiragongo, un volcan situé près
de Goma, la capitale de la province du Nord Kivu, est entré en éruption.
Malgré tout, selon Pascal Isumbisho, un biologiste dont la thèse
de doctorat porte sur l'écologie zooplanctonique du lac Kivu, il
n'existe pas de preuve directe du lien entre l'augmentation du méthane
et l'activité volcanique. « La question est : est-ce que ce
qui s'est produit dans un lac du Cameroun [le lac Nyos] il y a 20 ans peut
se répéter ici, à Kivu? », a expliqué
M. Isumbisho, qui dirige le département de biologie de l'ISP-Bukavu.
Selon M. Kaningini, le risque d'un autre lac Nyos est minime et jusqu'ici,
les taux de gaz n'ont eu d'impact que sur la quantité de poissons
pêchés, pas sur la qualité des prises. « Je pense
que les gens qui vivent aux alentours du lac n'ont pas à s'inquiéter
; en revanche, nous devons faire davantage de recherches et mieux collaborer
avec le ministère de l'Environnement de même qu'avec d'autres
parties prenantes pour comprendre ce phénomène », a-t-il
estimé.
Exploiter le gaz
Quelle que soit la source du méthane, les scientifiques
s'accordent à dire que la solution consiste à exploiter le
gaz comme source d'énergie plutôt que risquer une catastrophe.
Selon Salif Diop, chef de projets et directeur de la section Ecosystèmes
de la division de pré-alerte et d'évaluation (DEWA) du PNUE,
dégazer le lac - une méthode actuellement utilisée
au lac Nyos - est une option viable et avantageuse d'un point de vue économique.
Des recherches montrent que les eaux profondes du lac contiendraient environ
65 milliards de mètres cubes de méthane, l'équivalent
de 50 millions de tonnes de pétrole. Selon les estimations du PNUE,
le Kivu contient assez de méthane pour alimenter les Etats-Unis
pendant un mois, et cinq fois plus de dioxyde de carbone - soit environ
200 kilomètres cubes. En 2003, le magazine New Scientist a rapporté
que ces réserves pouvaient suffire à combler les besoins
énergétiques du Rwanda pendant 400 ans, et permettraient
ainsi de supplanter la combustion du bois, première source d'énergie
de l'époque. A Bralirwa, une usine de bière, on a déjà
pris conscience du potentiel du méthane qui se trouve au fond du
lac : l'extraire permet à l'usine de satisfaire ses besoins en gaz
et en électricité depuis les années 1980. Aujourd'hui,
explique M. Diop, « les pays lacustres doivent examiner les ressources
nécessaires pour que le dégazage du lac Kivu devienne une
réalité ». |
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Le trafic de
drogue et sa consommation se féminisent
Par Jimmy Jean-Louis

Port-Louis avec Gender Links-Le trafic de drogue et sa consommation
sont en train de prendre un visage féminin à Maurice. Les
trafiquants misent sur la pauvreté ou les difficultés financières
des femmes pour les appâter et les utiliser comme passeuses. Parfois,
il arrive aussi qu’elles soient le cerveau dudit trafic.
Si la magistrate Padmini Mauree, siégeant en Cour de Grand Port,
a refusé la liberté provisoire à Stellarice Louise
Hariniana, c’est que cette Malgache est soupçonnée d’être
un maillon important dans le trafic de drogue entre Madagascar et Maurice.
Etablie à Maurice, Stellarice Louise Hariniana est mère
de deux enfants en bas âge, soit huit mois et deux ans respectivement.
Le bébé vit avec elle à la prison tandis que le second
vit avec sa grand-mère. Lors de l’audience en Cour, Hariniana a
expliqué que cette dernière, qui a plus de 60 ans, tombe
souvent malade et doit être hospitalisée. De plus, a-t-elle
ajouté, son mari l’a abandonnée. Son avocat a soutenu que
la plaignante a toujours respecté les conditions qui lui ont été
imposées par la Cour.
De plus, elle n’a pas été identifiée par les deux
passeuses. Seul objet incriminant à son encontre, un portable qui
n’est pourtant pas à son nom et dont elle affirme l’avoir prêté
à une personne qui aurait fait des appels aux passeuses.
Stellarice Louise Hariniana a été interpellée en
août 2009 après l’arrestation de deux passeuses malgaches,
qui ont restitué 160 boulettes d’héroïne d’une valeur
marchande de Rs 10 millions, soit 2.5 millions de rands. Cette drogue,
ont-elles, dit, était destinée à Hariniani.
Or, cette dernière était déjà en liberté
sous caution pour une affaire d’importation de cannabis. La magistrate
Mauree a craint les récidives, malgré l’imposition de conditions,
et c’est ce qui explique qu’elle ait objecté à la remise
en liberté de la Malgache.
En août dernier, une quinquagénaire malgache et sa
fille de 35 ans, ont été interpellées à leur
descente d’avion avec 800 grammes d’héroïne dissimulés
dans leurs parties intimes. Au moment de leur arrestation, elles étaient
accompagnées d’un garçonnet de sept ans, fils de la plus
jeune. Ce dernier a été rapatrié grâce à
l’intervention de l’ambassade malgache. Dans la Grande Ile, Marcel Velotsara,
le chef de la police judiciaire malgache, estime que le cerveau serait
un Mauricien établi à Tananarive, qui leurre ces pauvres
femmes en les encourageant à intégrer son réseau.
Au cours du même mois, les limiers de la brigade anti-drogue ont
interpellé une dame venue réceptionner une robe de mariée
en provenance de La Réunion qui contenait Rs 8 millions d’héroïne,
soit 2 millions de rands. Elle aurait suivi les instructions de son mari
qui est déjà incarcéré à la prison de
Beau-Bassin. Cette énième arrestation est la preuve que les
caïds utilisent de plus en plus de femmes comme relais dans le trafic
de drogue.
Et c’est pareil pour Marie-Anne Roseanne et Bibi Safina Jaffur. Elles
ont été arrêtées en novembre dernier au Champ
de Mars avec 250 grammes d’héroïne. La valeur marchande de
la drogue est estimée à 2.5 millions de roupies, soit 625
000 rands. La première dit avoir agi suite à un appel de
son mari actuellement en détention.
La prison, c’est justement ce qui attend Cindy Legallant si elle perd
son appel en Cour Suprême. L’an dernier, la justice mauricienne l’a
condamnée à trois ans et quatre mois d’emprisonnement. Cindy
Legallant est arrivée à Maurice le 23 juillet 2008 et a été
arrêtée par des membres de la brigade anti-drogue. Elle avait
en sa possession 21 755 comprimés de Subutex, médicament
de sevrage utilisée comme drogue par les usagers de drogue par voie
intraveineuse et dont la valeur marchande tourne autour de Rs 22 millions,
soit 5 millions et demi de rands.
Dans sa déposition à l’époque, elle avait impliqué
Sada Curpen, un Mauricien établi en France, comme étant le
cerveau du trafic. Ce dernier est mêlé à d’autres affaires
de Subutex. Diététicienne, Cindy Legallant avait ouvert
un centre de diététique. Cependant, elle devait se retrouver
dans une situation financière précaire. C’est alors qu’elle
aurait été approchée pour transporter du Subutex et
cela, avec la suite que l’on sait.
En janvier 2010, la brigade anti-drogue de Plaine-Verte a frappé
un grand coup. Des limiers de cette unité ont arrêté
Yasmine Gureebun, qui avait en sa possession plus de 200 sachets contenant
du gandia et une quarantaine de rouleaux de cette drogue, le tout estimé
à Rs 400 000. La suspecte s’apprêtait à effectuer la
livraison quand elle a été ‘cueillie’ par la police. Elle
est détenue à des fins d’enquête.
Ce phénomène de féminisation du trafic de drogue
et de sa consommation par voie intraveineuse inquiète les diverses
organisations non-gouvernementales qui luttent contre la propagation de
la drogue et ses conséquences sur la population. En 2004, la Rapid
Situation Assessment de la National Agency for the Treatment and Rehabilitation
of Substance Abuse estimait à plus de 6000 le nombre d’usagères
de drogues injectables. Au fil des années, ce nombre aurait augmenté
et elles ont même rajeuni. Certaines seraient des adolescentes à
peine sorties de l’enfance.
Les raisons expliquant ce phénomène sont multiples. Parfois,
ces femmes et ces jeunes filles se laissent entraîner dans la drogue
sous la pression d’amis. Souvent ce sont sous les encouragements de leurs
conjoints ou partenaires, eux-mêmes déjà usagers de
drogue par voie intraveineuse. Une fois dépendantes, plusieurs d'entre
elles sont poussées vers le travail sexuel ou dans d'autres rouages
inhumains. C'est d’ailleurs à travers l’injection de drogue par
voie intraveineuse que plusieurs femmes ont été contaminées
par le VIH/SIDA.
«Valeur du jour, l’unique centre pour les usagères de drogue
par voie intraveineuse, La Chrysalide, n’est capable de traiter annuellement
que 30 femmes alors que l’on sait que le pays compte plusieurs centaines
de femmes directement affectées par la drogue», soutient Nicolas
Ritter, le fondateur et directeur de l’organisation non-gouvernementale
Prévention (ONG), Information et Lutte contre le Sida. Mais, selon
Marlène Ladine, directrice de La Chrysalide, «il ne faut pas
occulter le fait que nombre de victimes de dépendances, hommes comme
femmes, soient physiquement et psychologiquement faibles».
Citant le rapport de la United Nations Office on Drugs and Crime (UNODC),
le travailleur social Ally Lazer qui mène un combat acharné
contre les barons de la drogue, rappelle que "Maurice est le deuxième
au monde et le premier en Afrique en matière de consommation d'héroïne,
substance que nous ne produisons même pas!»
En octobre dernier, le Collectif Urgence Toxida, autre ONG, a
affirmé que «le trafic de drogue est l’unique secteur
économique croissant de ces 40 dernières années!»
Sortir de l’enfer de la toxicomanie, c’est pourtant possible. Rebecca
Bégué, 23 ans, ex-toxicomane, a présenté en
juin dernier son album intitulé «L'amour interdit ».
Elle qui a été traitée à la méthadone
est «la preuve vivante et l’espoir que l'on peut sortir de l'enfer
de la drogue", souligne Imran Dhannoo, directeur du centre Idrice Goomany.
«Rebecca émet un cri du cœur. Cette souffrance qu'elle
et ses parents, ses proches et ses enfants ont connue, elle n'est pas différente
et elle est vécue de la même manière par toutes les
victimes de la drogue, peu importe leur couleur de peau ou leur appartenance
ethnique», explique Ally Lazer.
Certaines initiatives ont été prises pour que les femmes
happées par le trafic ou la consommation de drogue puissent s’en
sortir. Cinquante femmes ex-toxicomanes ont en effet bénéficié
d’aides financières afin de pouvoir se mettre à leur compte
et être financièrement autonomes. Pendant quatre mois, ces
femmes ont suivi une formation en coiffure et en cuisine et à l’issue
de ces cours, un certificat leur a été remis, ainsi que du
matériel scolaire pour leurs enfants. Sur ces 50 bénéficiaires,
cinq ont obtenu un capital de Rs 200 000 et 45 ont perçu chacune
Rs 40 000 qui leur permettront de monter leurs propres entreprises.
Il est à souligner que le pamphlet de sensibilisation intitulé
"Fam dibout lor to lipie" (femme, relève toi et soit indépendante)
a été lancé récemment. Ce document qui relate
les avantages du traitement à la méthadone, est désormais
disponible dans les différents centres de réhabilitation,
dans les bureaux et dans les ministères, histoire de montrer aux
femmes dépendantes de ces substances, qu’une porte de sortie existe.
Cette semaine
Suisse : les affiches de
choc de la droite populiste décryptées
L'Union démocratique du centre (UDC) est l'initiatrice du
référendum suisse portant sur l'interdiction de construction
de nouveaux minarets sur le territoire helvétique. Ce parti de la
droite populiste, très largement représenté au Conseil
national, où il dispose de plus du quart des sièges, est
un habitué des coups d'éclat politiques et notamment des
affiches de choc. La dernière en date, montrant une femme en burqa
sur fond de drapeau suisse envahi par des minarets, n'échappe pas
à la règle. Pascal Sciarini, directeur du département
de science politique de l'Université de Genève, décrypte
quelques unes de ces affiches à scandale et l'utilisation de l'imagerie
politique par l'UDC.
26 septembre 2004 : référendum sur la naturalisation
simplifiée
"Les affiches de l'UDC jouent sur les peurs, les boucs
émissaires, les abuseurs du système. Ce peut être les
réfugiés qui abusent du système social, ou les étrangers
naturalisés qui tenteraient de "piller" l'identité suisse.
Voyez ces mains, toutes plus ou moins basanées, qui veulent s'emparer
du passeport suisse. L'UDC met en scène dans ses affiches un environnement
changeant – la globalisation, les flux migratoires – qui remet en cause
le modèle suisse et ses traditions."
Janvier 2007 : campagne contre la dépénalisation du
cannabis
"Cette affiche joue sur la peur des dealers. Elle reprend
l'image de Guillaume Tell, un des mythes fondateurs suisses. Bien que l'Histoire
a montré qu'il n'était pas suisse, il symbolise la résistance
contre l'envahisseur austro-hongrois, David contre Goliath. L'UDC détourne
le symbole de l'arbalète, qui selon le mythe, avait réussi
à faire tomber la pomme posée sur la tête de son fils,
sauvant ainsi les cantons suisses. Ici, l'arbalète est remplacée
par la seringue. Guillaume Tell n'a plus rien de rassurant et représente
au contraire un danger pour les enfants. C'est le mythe retourné
à l'envers : au lieu d'être un symbole de protection contre
l'extérieur, Guillaume Tell devient l'image de la menace extérieure
qui s'impose en Suisse et se transmet via les dealers."
10 juillet 2007 : initiative populaire sur le "renvoi des étrangers
criminels"
"Cette affiche est sortie au début de l'été,
lorsque l'UDC cherchait à occuper le terrain médiatique.
Le parti avait lancé un référendum d'initiative populaire
visant le renvoi d'étrangers récidivistes. D'où le
mouton noir. Cette affiche a fait beaucoup de bruit. On a accusé
l'UDC d'enfreindre la loi contre l'antisémitisme et le racisme en
Suisse. Une plainte a même été déposée,
mais n'a pas abouti. Cette campagne était à la fois dure
dans son message et suffisamment subtile dans sa forme pour que l'UDC se
réfugie derrière des arguments limites. En substance, l'UDC
a dit : 'Ce ne sont pas les étrangers que nous visons, et pour qui
nous demandons l'expulsion, mais les 'moutons noirs' en général.
Tout le monde connaît la parabole des moutons noirs.' On voyait très
bien de quoi il s'agissait, mais l'attaque n'était pas aussi frontale
que si l'UDC avait représenté directement des étrangers
sur l'affiche."
21 octobre 2007 : campagne pour les élections provinciales
"L'attaque est ici en revanche beaucoup plus frontale.
Elle n'émanait pas de l'UDC nationale, mais de la section du Valais.
L'UDC a pour coutume de jouer avec la ligne rouge. Mais ce qui la distingue
d'un parti comme le Front national en France, c'est que vous ne trouverez
pas de discours ouvertement raciste ou ouvertement antisémite venant
de l'UDC. Il y a clairement, parmi ses membres, des racistes et des antisémites,
mais ils le sont de manière suffisamment 'subtile' pour que ce ne
soit pas punissable. Dans le cas de cette affiche, toutefois, l'UDC valaisane
a clairement franchi la ligne rouge. Le discours est extrêmement
blessant pour les musulmans, puisqu'on nous montre leurs fesses et on nous
dit, 'votez avec la tête'. Ce discours n'a d'ailleurs pas été
repris par l'UDC national."
5 octobre 2009 : publicité parue dans La Tribune de Genève
"Cette publicité est une initiative personnelle
du directeur de l'UDC genevoise, Soli Pardo, qui a financé lui-même
cet encart. Elle a été critiquée, non seulement par
l'UDC nationale, mais aussi par l'UDC Genève. Cette publicité
fait un amalgame entre la construction d'un train en direction d'Annemasse
et une éventuelle invasion de la "racaille" frontalière.
Elle a beaucoup choqué en France. C'est le risque quand on flirte
avec la ligne rouge pour gagner des voix électorales. A Genève,
l'UDC s'est fait déborder sur sa droite par le Mouvement citoyen
genevois (MCG), lancé par des dissidents qui ont fortement thématisé
la question des frontaliers, les rendant responsables de tous les maux
dont souffre Genève. L'UDC, voyant qu'elle perdait du terrain face
à la MCG, a lancé cette réaction de dernière
minute, pour contrecarrer le mouvement de voix. Sans succès ici,
puisque la MCG est arrivée en tête de l'élection cantonale
genevoise du 11 octobre. Mais au niveau suisse, l'UDC ne cesse de progresser.
Depuis 1991, elle a multiplié son score par 2,5. De plus petit parti
gouvernemental, elle est devenue le plus grand parti avec plus de 30 %
des voix. Pendant longtemps, la Suisse francophone était épargnée
; ce n'est plus le cas. Le parti a capitalisé sur un nouveau clivage
ouverture-fermeture, avec succès."
29 novembre 2009 : initiative populaire contre la construction de
minarets en Suisse
"L'initiative anti-minarets est plus qu'un succès
électoral. C'est assez rare que l'UDC, seule contre tous, arrive
à gagner un vote populaire. Si les autres partis font bloc, l'UDC
ne gagne généralement pas. Même ceux favorables à
l'initiative ont été surpris, parfois négativement,
par l'ampleur du succès. C'est tout le paradoxe. Pour le parti,
l'objectif, plutôt que de remporter le scrutin, était surtout
de faire un bon score, faire parler, et engendrer de nouvelles voix pour
les prochaines élections. Il y a un amalgame entre la question du
minaret, qui est un pur symbole, et celle de l'islam radical, symbolisé
sur cette affiche par la femme en burqa. Via les minarets, ce qui est en
jeu, c'est la soi-disant islamisation de la Suisse. Il y a certes plus
de musulmans qu'avant en Suisse – 400 000 pour une population de 7 millions
d'habitants – mais dans une très large majorité, ce sont
des musulmans modérés. L'initiative se trompait de cible
: sous couvert de combattre les minarets, on a voulu combattre l'islamisme
radical, le terrorisme, le problème des otages suisses en Libye.
C'est totalement contre-productif, puisque ce vote va ternir l'image de
la Suisse et éventuellement exacerber les messages contre le pays."
Propos recueillis par Mathilde Gérard |
Cette semaine |
"On
pense encore à toi, oh Bwana"
au temps béni des colonies : le mépris d'une culture
De l'Indochine au Congo en passant par l'Algérie,
les «colonies» revivent sous nos yeux en 160 pages et une foule
d'images grâce à Charles-Henri Favrod. Grand voyageur, connaisseur
pointu de l'Afrique et de l'Asie, le journaliste et écrivain suisse
se penche sur ce passé récent à un moment où
celui-ci renoue avec l'actualité.
Le rôle positif de la colonisation? «Incongru»!
En 1976, «Le temps des colonies», c'était
une chanson de Michel Sardou qui défrayait la chronique. Après
«Les Ricains», mais surtout «Je suis pour», la
pensée bienséante accusait le chanteur de tous les maux.
Quitte à en perdre le sens de l'humour. «Moi monsieur
j'ai fait la colo, Dakar, Conakry, Bamako. Moi monsieur, j'ai eu la belle
vie, au temps béni des colonies. Les guerriers m'appelaient Grand
Chef, au temps glorieux de l'A.O.F. J'avais des ficelles au képi,
au temps béni des colonies.» Et plus loin: «Pour moi
monsieur, rien n'égalait les tirailleurs sénégalais,
qui mouraient tous pour la patrie, au temps béni des colonies.»
Comment a-t-on pu lire cela au premier degré, prendre la charge
pour une apologie, et voir ainsi en Sardou un apôtre du néo-colonialisme,
le mystère reste entier. Trente ans plus tard, «Le temps des
colonies», c'est un ouvrage du journaliste et écrivain Charles-Henri
Favrod*. Un livre qui tombe en plein débat en France sur les rapatriés
et les harkis et qui évoque le «rôle positif de la présence
française» notamment «en Afrique du Nord» «On
pense encore à toi, oh Bwana», disait le refrain de la chanson...Si
Sardou et Delanoë avaient clairement voulu donner dans l'humour
à la fin des années 70, avec une finesse discutable on en
conviendra,ce n'est vraisemblablement pas le cas de la législation
française.
Un livre d'images
Deux phrases expliquent bien la démarche de Charles-Henri
Favrod. Dans la préface, une citation du photographe de l'Ouest
américain Henry Jackson: «L'importance de la photographie
vient de ce qu'elle a l'importance d'un fait». Et, dans l'avant-propos,
une phrase de Favrod lui-même: «Ces images témoignent,
au fil du texte, d'une histoire d'il était une fois.Ce qu'il fallait
démontrer». Le lecteur peut alors embarquer dans un voyage
qui va l'amener de la Louisiane à la Nouvelle- Calédonie
en passant par l'Afrique du Nord, l'Afrique occidentale, Madagascar, l'Afrique
orientale, puis l'Inde,Ceylan, l'Indonésie, l'Asie du Sud-Est...
Une déferlante d'images évoquent le choc – parfois silencieux,
parfois tonitruant – entre des civilisations millénaires et la démarche
à la fois impérialiste et paternaliste de l'Europe toute
puissante. Il y a ce petit cireur, à Alger en 1900, agenouillé
devant un Européen en complet et chapeau. Les Africains de Guinée,
charmants «sauvages» invités à l'exposition universelle
de Paris en 1867. Ou la flotte marchande occidentale traversant un canal
de Suez flambant neuf. Il y a ces représentants d'une mission catholique
de Brazzaville mettant en joue, théâtralement, un léopard
déjà allongé à terre. Les portraits ethnographico-exotiques
de ces êtres étranges dont regorge la planète:
jeunes filles zouloues aux seins nus, notables cinghalais impassibles,
prostituées de Saïgon douces comme des poupées, miliciens
annamites... Il y a, éclatant de blanc – uniformes, casques coloniaux
- le «passage du Gouvernement Général en Gare de Bamako».
Ou, saisissante, cette carte postale que l'expéditeur a signée
et annotée d'un très cordial «Bien des choses».
On croit rêver.
Un livre de mots
Au fil des pages, Charles-Henri Favrod raconte, à
travers les photos (toutes proviennent de sa collection privée),
et à travers ses propres mots, qui témoignent de sa large
érudition. Une érudition d'historien, mais aussi d'homme
de terrain. L'historien évoque le passage du comptoir à
la colonie, les soldats couvrant les marchands, puis l'intrusion de l'Eglise
avec, sur ses talons, l'administration, et l'exploitation, souvent la coupe
en règle, d'une région. Il place en opposition ces royaumes
qui, durant des millénaires, «durèrent, paisibles,
ignorés», lorsqu'il évoque par exemple la région
des sources du Nil. Et emmêle habilement les regards d'alors et son
propre regard. Car Charles-Henri Favrod sait décrire un lieu, ses
vibrations, son âme. Ainsi, à propos de Zanzibar: «Prisonniers
de l'île, peut-être? On avait peine à s'en arracher.
Cette éternité de beau fixe, cette souplesse des palmes,
cette immobilité de l'air sucré, cette poussière des
siècles, tout composait une sorte de philtre paralysant, à
la fois bienheureux et maléfique. Où était-on, d'ailleurs?
En Afrique, en Asie, hors du temps dynamique. Les horloges s'étaient
arrêtées»
«Améliorer leur condition»
A la différence de la loi française de février
dernier, qui propose un jugement de valeur dans un cadre dont la subjectivité
est en principe exclue, Charles-Henri Favrod écrit un texte personnel,
éminemment ressenti, mais qui ne juge pas. Un texte qui raconte
et montre. Comme la photo raconte et montre. Même si, bien sûr,
le cadrage d'une image n'est jamais totalement impartial non plus...Et
ce n'est donc pas un hasard si l'ouvrage du fondateur du Musée de
l'Elysée à Lausanne se conclut sur ces 'Instructions à
La Pérouse, recopiées et annotées par Loui XVI, qui
datent de 1785: «Il prescrira à tous les gens des équipages
de vivre en bonne intelligence avec les naturels, de chercher à
se concilier leur amitié par les bons procédés et
les égards ; et il leur défendra, sous les peines les plus
rigoureuses, de ne jamais employer la force pour enlever aux habitants
ce que ceux-ci refuseraient de céder volontairement. Le Sieur de
La Pérouse, dans toutes les occasions, en usera avec beaucoup de
douceur et d'humanité envers les différents peuples
qu'il visitera dans le cours de son voyage. Il s'occupera avec zèle
et intérêt de tous les moyens qui peuvent améliorer
leur condition.»
Bernard Léchot
Charles-Henri Favrod est né en 1927 à
Montreux. Etudes de Lettres à l'Université de Lausanne. Journaliste,
il arpente les continents et publie notamment «Une certaine Asie»,
«Le Poids de l'Afrique», «Le Défi du désert,
suivi
de Retour au Yémen». Il collabore à la presse et à
la télévision françaises.- Il est l'un des intermédiaires
officieux entre la France et le FLN algérien à l'aube des
Accords d'Evian (1961).- Il fonde en 1985 à Lausanne le prestigieux
Musée de l'Elysée, dédié à la photographie.Depuis,
il a été le maître d'oeuvre de deux nouveaux musées
de la photographie, l'un à Florence, l'autre à Trieste. |
Analyse
Logique
entre langue créole et créolité
par
Jonas Daniel Rano
Aujourd'hui, des écrivains antillais, Jean Bernabé,Raphaël
Confiant, Patrick Chamoiseau, et d'autres non moins connus cherchent à
impulser une nouvelle idéologie qui bouscule l'Antillanité
de Edouard Glissant et la Négritude Césairienne, que l'on
appelerait la Créolité. N'en déplaise à quelques
irréductibles, il serait là le langage d'une nouvelle
génération ou simplement une volonté de se démarquer
par rapport aux aînés, qui ont à leur tour, de manière
plus urgente, à leur époque, éveillé la conscience
collective universelle. La bonne critique devrait servir le tout monde.
Permettez-moi de poser cette question: la seule querelle qui vaille pour
le Nègre, serait-elle justement ce que désignait Léopold
Sédar-Senghor: "l'émotion est nègre et la raison héllène",
ou devrait-elle s'affirmer: que la modestie forçant la prospective
perfectible et triomphante est la seule voie qui conduise à la sagesse,
par conséquent à la vraie connaissance ? De dieu nègre,
je ne connais que le Christ ! puisque les initiés l'appelent l'Agneau.
J'apprécie l'intention qu'il y a derrière la valorisation,
la revalorisation de la créolité et c'est un peu la même
chose qui se passe, s'est passé en Afrique au sujet des tentatives
de revalorisation des langues africaines, puisque le français comme
l'anglais sont des langues des anciens colonisateurs.
Créolité: combat d'arrière-garde ?
Donc, la créolité s'identifie à quelque
combat de reconnaissance identitaire. Peu importe, mais qui se veut comme
support le créole. Mais le créole n'a plus valeur de devenir
une langue universelle comme le français comme l'anglais. Alors
quel crédit donner vraiment à cette forme renaissante de
revendications et de révoltes qui s'inscrivent dans le cadre de
la créolité ? Dans un premier temps, j'encourage très
fortement ceux qui oeuvrent pour revaloriser le créole. Cependant,
Césaire exprimait déjà dans sa revue"Tropiques"qui
avait paru au moment de la guerre dans les années quarante, il y
disait précisément que le créole est une langue que
lui ne maîtrise pas. Il a eu l'honnêteté de l'affirmer.
Je crains que la créolité, dans son expression actuelle,
ne soit un combat d'arrière-garde, du moins du point de vue des
défenseurs du créole. Mais c'est une réalité
qu'avant d'être écrivain, il faut d'abord maîtriser
son outil d'écrivain qui est la langue. Quand Chamoiseau est capable
d'écrire correctement en créole au point de gagner un prix
important, le Goncourt, ça veut dire qu'il a un mérite que
je n'ai aucune intention de lui contester, n'est-ce pas !
Raphaël Confiant et Patrick Chamoiseau sont de bons
illustrateurs de la langue créole en littérature, ou plutôt
d'un mélange créole-français. Car, mon honnêteté
intellectuelle m'oblige à respecter le travail de Chamoiseau sans
ses préoccupations concernat la langue créole. Mais en ce
qui me concerne personnellement en tant qu'individu, en tant que poète,
qu'écrivain, je considère que c'est une conception culturelle
rétrograde des actions à conduire. C'est un fait ! Je conçois
très aisément, qu'un Césaire ait pu dire, qu'il ne
maîtrisait pas du tout le créole dans les années quarante
déjà, mais, qu'il laissait le soin à ceux qui le maîtrisent
de l'illustrer. A cet égard justement, beaucoup d'écrivains
antillais, principalement à travers leurs oeuvres, magnifient
une forme de réduction en ce qui concerne la créolie, parce
que le créole ce n'est pas simplement la Martinique, la Guadeloupe,
n'en déplaise donc aux tenants de cette thèse, c'est aussi
la Guyane, des pays de la Caraïbe où l'on parle anglais, mais
également créole. Mais c'est aussi le cas de la Réunion,
de l'Ile Maurice, et des Seychelles, de ces îles qui peuplent l'Océan
Indien. Alors, à ce sujet, le combat que mène le triumvirat
de la créolité est tout bonnement une forme d'utopie refondatrice,
à l'instar de cela même qu'ils reprochent à Aimé
Césaire.
Prix Goncourt: entre exotisme et réalité littéraire
Si Patrick Chamoiseau n'avait pas obtenu le prix Goncourt,
je me serais permis d'être plus critique à son égard
en tant que créateur, qu'utilisateur de la langue. Il s'est voulu
le théoricien de la créolité, et en tant qu'illustrateur,
il a parfaitement le droit de choisir la langue qui lui appartient. Cependant
il existe une variété de créole qui puisse être
la langue littéraire créole dont le dialecte martiniquais
ne reflète pas l'usage. Je mets en relief, le fait que le
prix Goncourt 1992 n'ait été autre chose qu'un prix esthétique,
a priori, encourageant une forme d'exotisme plutôt qu'une forme de
réalité littéraire. A vrai dire, je mets en question
la nécessité d'ériger le créole, comment dire,
de prôner le créole comme langue d'écriture pour les
Martiniquais pour les Antillais notamment, pour les auteurs des pays où
le créole est parlé. Le yatus en quelque sorte. Je préfère
évoquer la part des choses. Mais cela n'empêche point que
sur un problème de fond, le fait que Patrick Chamoiseau ait eu ce
prix-là, ne change strictement rien à la réalité
qui démontre que le créole, n'est pas encore maîtrisé
par beaucoup d'auteurs. Loin de moi toute intention de polémique.
Qu'il est évident que pour valoriser une oeuvre, il faut en
extraire les vices de forme et ne serait-ce que les a priori que véhiculent
d'autres intellectuels à propos de cette même oeuvre. Il est
important pour nous de situer une oeuvre en rapport avec une langue, le
créole dans un contexte actuel. Aujourd'hui, des langues parlées
qui prennent une forme de transaction économique, sociale et culturelle
sont l'anglais, le français, l'allemand, l'espagnol, le portugais,
et bientôt je dirais, des langues média-asiatiques.
A partir de ce moment-là, on comprend très bien que mettre
le créole comme langue première des individus, qui n'ont
d'avenir que l'horizon indéfini, est une des raisons pour lesquelles
je souhaiterais que nous remettions le créole et la créolité
et l'oeuvre de nos amis dans une forme de réalité qui est:
que pouvons-nous faire avec un créole qui n'est pas porteur ? Projection
que l'on ne peut pas rejeter. C'est pour cela que j'insistais pour ne pas
donner l'impression que je voulais dévaloriser l'oeuvre de Chamoiseau-Confiant-Bernabé.
Le problème, n'est pas de décourager les efforts qui sont
faits par certains auteurs, pour rédiger leurs textes dans des langues
minoritaires parce que là est le vrai problème. Il y a relativement
peu de personnes qui parlent le créole, à plus forte raison
qui le lisent encore moins, sont capables de l'écrire, n'est-ce
pas ? Mais pour la petite minorité capable de le maîtriser,
on ne peut que les encourager en espérant que les traducteurs, dûment
qualifiés, pourront se charger de le traduire dans les langues universellement
répandues, qu'ils sachent lui conserver son authenticité
créatrice.
Hors des frontières nationales
En dehors de ce problème, l'oeuvre littéraire
a vocation à être universelle, à être lue par
le plus grand nombre possible. Il est là une ambiguïté
qui implique une question ouverte. La créolité est indubitablement
une forme subtile de la négritude, car la négritude dans
son combat actuel, son état actuel, sa prospective actuelle souffre
encore d'une certaine méconnaissance liée au respect que
nous vouons à nos aînés pour leurs oeuvres et pour
la préoccupation constante des intérêts de la race
noire dont ils font preuve. Aujourd'hui, la négritude avec sa majuscule
portée à bout des bras par Aimé Césaire semble
rencontrer un grand nombre de contestations. Les auteurs de la négritude
eux-mêmes sont tout à fait lucides à cet égard,
ils sont également critiques. Je pense à Césaire qui
disait dans une interview à Lilyan Kesteloot: "Je refuse absolument
cet espèce de pannégrisme idyllique à force de confusionnisme,
parce que je ne voudrais pas qu'on mêle au nom de la négritude,
qu'on prenne la défense de tout ce qui est noir". Parce qu'au nom
de la négritude on aurait pu défendre la dictature haïtienne
par exemple, celle des Duvallier. L.S.Senghor, également, apprécie
les critiques qui sont faites vis-à-vis de la négritude,
mais il demande simplement que les critiques de la négritude proposent
quelque chose d'autre, quelque chose qui fasse la différence. Je
ne voudrais pas céder à l'habitude qui consiste à
opposer les uns et les autres, les trésors de la négritude
ou nos intellectuels Antillais, Africains, qui encore, nos aînés.
Je crois, ce préambule fait, que le principal reproche que l'on
puisse faire à la négritude, le seul d'ailleurs, c'est qu'elle
est datée. La négritude est née dans les années
1930 et elle est l'oeuvre de nos illustres aînés, que je respecte.
Mais de nos jours... Quand paraissait Le Cahier d'un retour au pays natal
d'Aimée Césaire, les Etats africains étaient encore
des colonies, dans leur majorité, et, depuis 1960, l'Afrique est
indépendante.
Nous avons d'autres combats et c'est pour cela que les
critiques vis-à-vis de la négritude ne peuvent à mon
avis, pour être recevables, qu'être des critiques qui relativisent
sa portée en fonction des exigences de l'heure, du temps, du présent
que nous avons, qui nous appartient, qui nous revient de constuire en même
temps que l'avenir naturellement.Parce que la négritude, qui a vu
le jour dans les années trente sur les bords de la Seine à
Paris, qui s'est nourrie des apports des influences issues de la négro-renaissance
américaine et des indigénistes haïtiens des années
1870, est datée, je me ressasse. C'est un mouvement qui parfaitement
justifié à l'époque ne correspond plus aux réalités
auxquelles nous sommes confrontés. Il nous appartient de définir
notre avenir. Mais, c'est un mouvement envers lequel nous devons être
justes encore une fois. Je me réfère, une dernière
fois, à Césaire qui disait, après avoir affirmé
qu'il refusait absolument cet espèce de pannégrisme idyllique
à force de confusionnisme, il ajoutait: "mais je demande aux jeunes
d'avoir présent dans l'esprit ceci. C'est que ces jeunes-là
qui se font aujourd'hui de belles dents sur la Négritude sont nés
eux-mêmes dans la négritude". Aujourd'hui au regard de l'Humanité,
on est en droit de se demander quel avenir nous réserve le monde
actuel, la société actuelle face aux contraintes nées
du racisme un peu partout. Je crois qu'il est utile de concevoir une nouvelle
forme de langage propre à remplacer les anciennes. En effet, les
vocables négritude, antillanité et créolité
sont d'un autre temps...
Jonas Daniel Rano
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Idées
Voyage au fond de moi-même.
par Jonas Rano
J’étais toujours assis sur la borne esquintée, route
nationale sept (entre Trois-Rivières et Saint-Luce, en Martiique),
voyageant à la rencontre de moi-même. Densité et légèreté
; nombre d’images défilaient, suivant leur rythme propre dans mon
esprit. Cela dans une totale dualité. Nuit, lumière. Profondeur,
étendue. Ombre, jour.
J’étais bien là, Moi qui accordait au jour et à
la nuit la faculté de figurer un troisième monde : le voyage
au fond de moi-même. J’étais convaincu en ce « lieu
» que ma pensée, loin d’être un lieu commun, rejoignait
d’autres pensées, celles du monde ; une pensée du monde.
J’y voyais depuis toujours la substance tangible du métissage ;
la sève de notre vie, la substantifique moelle de notre créolitude.
J’avais le sentiment, tout à coup, de m’emporter envers ceux
qui portent toute agression contre plus faible que pauvre. Des hommes de
courage ? Présidents, ministres, professeurs ou directeurs de quelque
chose, ne sont-ils pas tous, tout-puissants ! Ignorent-ils que ceux qui
s’élèvent en juges auront eux-mêmes la gorge tranchée
par leurs bourreaux ? Les peuples qui pleurent, les peuples qui souffrent,
les peuples qui sont colonisés ne sont pas ignorants ; ils n’ignorent
pas que le grain séparé de l’ivraie nourrit le Tout-monde.
Un des principes fondamentaux de la liberté est de penser, de
dire, de créer. Et que toute restriction qui y est apportée
devrait être justifiée aux regards des principes supérieurs
qui garantissent contre l’arbitraire : or, les savants barbares ont de
plus en plus tendance à vouloir substituer leur volonté et
leurs cultures à celles des Afro-créoles. Certes, ces Barbares
sont des gens de bonne volonté, bien-pensants, mais à la
démarche plus ou moins colonialiste. En fait, ils répugnent
à voir grandir les Créoles comme les Africains, dont les
Racines des malheurs n’ont jamais été mises en lumière
avec honnêteté. Au regard des réflexions abouties par
les intellectuels du monde afro-créole, j’essaye de ne pas laisser
quelque conformisme s’installer et faire partager de nouveaux champs d’information
en contrepoint de la curiosité des sciences exotiques, qui sont
aujourd’hui le plus politique qui soit. Certes, quand nos « Savants-Vieux
» défendent bec et ongles leur « immortalité
», ils détiennent, par-devers nous, les clefs de notre affirmation
évidente. Grognons, ils ne communiquent pas ou si peu, ne transmettent
pas ou si peu, et cautionnent de facto la démarche nihiliste des
savants-barbares. Forcément, notre espace de liberté individuelle
s’en trouve restreint. Et nous nous retrouvons, chaque jour, un peu plus
orphelins, hors champ, noyés dans le triste nivellement voulu par
l’Inhumain-législateur. C’est une injure faite au peuple créole.
Qui s’en émeut ? Et c’est ainsi que l’hégémonie de
la culture de masse massacre l’identité dans la culture traditionnelle.
Tous aux urgences ! Il nous faut donc préserver nos racines créoles
et, africaines, en refusant dorénavant le « rabotage »
sournois de toute culture singulière ou traditionnelle. C’est ainsi…
De ce point de vue, j’affirme que les Initiés, comme les gens d’avant-garde,
ne sont pas forcément dans les rangs de la protestation, ils conçoivent
autrement. En m’intéressant à l’histoire de ma créolitude
sans
chercher à réveiller la frustration des vieux démons
de la négritude, ou de la spiritualité, en évoquant
– ou invoquant – des esprits malins, je m’appesantis simplement mais suffisamment
sur la nécessité d’une approche de la littérature
créole sachant s’inscrire dans l’histoire des techniques interprétatives.
Très loin de la cacophonie médiatique de mes pairs, de l’écholalie
de mes compères créoles, il me semble avoir expliqué
ce qu’est ma créolitude : un état d’être. Je me sens
bien dans ces moments où la beauté de la vie, celle de la
nature, celle de l’esprit, n’en font qu’une ; cette beauté qui sans
cesse vient me cueillir. Lorsque l’homme a rencontré la Beauté,
pour lui, plus rien désormais n’a le même goût. Il ne
lui reste plus qu’à aimer cette beauté et mourir. Le plus
tard possible, j’en conviens. C’est dans ces moments que le fonds de moi-même
remonte à la vie dans une interpénétration de ma raison
libérée, décolonisée. C’est la forme de ma
nature vraie. Il est alors une communication, plus encore une communion,
avec la nature environnante. Et comme le fonds de notre vie, cette nature
vraie remonte avec force, nous retrouvons notre véritable personnalité.
Notre être primordial. Dès cet équilibre atteint, avec
humilité, nous pouvons étouffer, avec modestie, toutes les
pensées parasites qui nous assaillent pour ne nous consacrer qu’à
une seule : comment être soi sans se fermer au monde et comment s’ouvrir
au monde sans se perdre soi-même ?
Beau livre :
Photographies aux
Éditions ORPHIE. Format 280 x 220 à l’italienne.
192 pages.
ISBN 2-87763-237-7.
Jean-Claude
Nourault
Jean Claude Nourault est issu d’une famille de photographes
depuis plusieurs générations, il travaille dès son
plus jeune âge en laboratoire. À 13 ans, il s’intéresse
à la prise de vue comme photographe ambulant. À l’âge
de 22 ans, il part pour Madagascar dont il réalisera plusieurs ouvrages
ainsi que sur la Réunion, les Seychelles, les Comores ou l’île
Maurice. Il entreprendra 14 fois la traversée du Sahara en voiture
et réalisera plusieurs ouvrages sur le Maroc, la Côte-d’Ivoire
et Djibouti. Il édite des cartes postales sur Madagascar, la Réunion,
le Mali, la Côte-d’Ivoire, le Bénin, le Togo, le Niger, la
Mauritanie et le Burkina Faso. Dans les caraïbes, il entreprend des
cartes postales et réalise un ouvrage sur la Martinique. Il se spécialise
dans la carte postale et des livres touristiques sur la Côte d’Azur.
À 69 ans, il a toujours la même passion pour la photographie,
la nature, l’aventure et les voyages. Il travaille maintenant en collaboration
avec ses deux fils sur la Corse, les Antilles, l’Afrique et l’Océan
Indien.Attiré par la beauté mystérieuse des grands
déserts d’Afrique, le photographe Jean-Claude Nourault a parcouru
le continent pour aller à la rencontre des peuples mythiques, pour
la plupart nomades, de ces régions arides. « Scènes
de Djibouti » est le témoignage du regard fasciné du
photographe au contact de ce petit territoire de 23 000 km2 recelant une
diversité incroyable de paysages et de visages. A cheval entre la
mer et le désert, située à mi-distance entre Addis
Abeba en Éthiopie et Sana’a au Yémen, Djibouti possède
le caractère si particulier de cette région pluriculturelle
qu’est la corne de l’Afrique. Ce beau livre d’images, comptant 236
photographies représente les différents aspects de la vie
du pays. Il est magnifiquement illustré. Le parfait piqué
du moyen format donne ici sa pleine mesure : densité de couleurs
et modelé traduisent rigoureusement la grandeur et la splendeur
naturelle des sites ainsi que la fierté et la dignité de
ces hommes et de ces femmes qui vivent comme les seigneurs des grands espaces.
D’un format de 22 x 28 cm à l’italienne, cet ouvrage et ses 146
pages de plaisir éveilleront, sans aucun doute, l’envie de se rapprocher
des charmes de ce pays mal connu.
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Le
quotidien
Bukavu
: les enfants dits sorciers fêtent Noël avec les casques bleus
de la Monuc
Enfants dits sorciers de Bukavu
Les enfants dits sorciers hébergés
au Foyer Ek'abana à Bukavu ont fêté Noël dans
l'allégresse, vendredi après-midi, en compagnie du contingent
chinois de la Monuc de l'hôpital de niveau 2. La section chargée
de la protection de l'enfant, qui a initié la rencontre, se réjouit
de ce rapprochement entre ces soldats de paix et ces enfants rejetés
par leurs propres familles, rapporte radiookapi.net
Le personnel de l'hôpital
chinois, conduit par un staff local de la section protection de l'enfant
Monuc-Bukavu, s'est rendu au Foyer Ek'abana dans la commune de Kadutu.
L'accueil y a été chaleureux, en ce jour de noël, «jour
de fraternité universelle», selon les responsables du Foyer.
Cette visite a constitué un motif de satisfaction aussi pour la
religieuse Italienne, qui a créé ce centre qui encadre les
enfants marginalisés.
Ces enfants ont partagé la
danse avec leurs hôtes. Pour le chef de la délégation
chinoise, le Major Zhang Jianjun, «la protection de l'enfance est
un sujet d'intérêt commun pour tout le monde. Sachez que vous
n'êtes pas des enfants que le monde a oubliés. La preuve en
est aujourd'hui que nous vous visitons et apportons pour vous la nourriture,
quelques effets pour l'éducation et le sport. Nous souhaitons que
notre geste d'amour rende votre vie meilleure et vous offre un avenir brillant»,
a-t-il déclaré à l’intention des enfants dits sorciers.
Il a aussi émis les voeux
de voir d'autres contingents de la Monuc s'activer à visiter ces
enfants, qui ont besoin des contacts extérieurs pour les remettre
en confiance avec la communauté. |
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