AMT : sociétés. Chaque semaine, par des sujets de fond, nous posons notre regard sur les réalités du monde noir. 
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CINEMA
QUAND LE CINEMA FRANCAIS BLANCHIT ALEXANDRE DUMAS

On ne peut qu’être admiratif devant le talent de Gérard Depardieu qui a, dans sa longue et riche carrière, incarné, avec une facilité déconcertante, de grands personnages historiques à la perfection : de Danton à Vatel, de Christophe Colomb à Vidocq. 

Un côté caméléon et une aisance prodigieuse qui pourraient, à eux seuls, expliquer le choix du réalisateur Safy Nebbou de lui confier le rôle de l’écrivain Alexandre Dumas dans son film "L’Autre Dumas", sorti ces jours-ci. Un choix néanmoins étonnant, au moment où la France se gargarise de diversité et de promotion des minorités visibles. Que personne n’ait trouvé à redire à ce tour de passe passe est encore plus surprenant. Que n’aurait-on pas dit, à l’inverse, si, pour les besoins d’un film, Denzel Washington avait incarné Jean Moulin, si Pascal Legitimus avait donné son visage à Molière, et si Sonia Rolland s’était prise pour Jeanne D’arc ? Peu de gens le savent aujourd'hui, mais le célèbre écrivain avait un père métis: Thomas Alexandre Davy-Dumas de la Pailleterie, fils d'une esclave et d'un petit propriétaire de Saint-Domingue. Grâce à son courage au combat, il devint général sous la révolution et fut même considéré un moment comme un rival potentiel du général Bonaparte.
Alexandre Dumas se décrivait, d’ailleurs, lui-même, dans ses "Mémoires", comme un "nègre", avec des "cheveux crépus", et un "accent légèrement créole". Tout l’inverse, à l’évidence, de… Gérard Depardieu. 

En gommant ces traits, le film de Safy Nebbou occulte un aspect essentiel de la vie de l’auteur du Comte de Monte Cristo : le racisme. En 2002, lors du transfert des cendres de Dumas au Panthéon, Jacques Chirac, avait rappelé que ce "fils de mulâtre, sang mêlé de bleu et de noir" avait dû "affronter les regards d’une société française" qui "lui fera grief de tout : son teint bistre, ses cheveux crépus, à quoi trop de caricaturistes de l’époque voudront le réduire". Le cinéma a pris, par le passé, la liberté de confier des rôles de Noirs à des acteurs blancs qu’on prenait soin de grimer. "L’Autre Dumas" s’inscrit dans cette veine négationniste qui, quand elle ne blanchit pas, occulte, de la mémoire collective, les grands hommes issus de l’Outre-Mer : le Chevalier de Saint Georges, Gaston Monnerville, Félix Eboué. Sans parler de ces grands oubliés que sont les Tirailleurs Sénégalais qui ont pourtant "sauvé" la France. En blanchissant Dumas, le film de Safy Nebbou rate une occasion de combler une lacune chez ceux qui le verront et qui ignorent, pour la plupart, que l’auteur des "Trois Mousquetaires" était un "nègre". Ce "détail" risquait-il de troubler les spectateurs voire d’affecter la commercialisation de l’œuvre quand on sait que, pour le cinéma tricolore, un acteur français, métis ou noir, n’est pas "bankable" ? Safy Nebbou avait, avec ce film, l’opportunité également de donner un signal fort, à l’heure où ce pays s’embourbe dans un débat sur l'identité nationale, faisant sournoisement la part belle à tout ce qui est "blanc et catholique". Une insulte à Dumas, dont le génie, tout français qu’il était, plongeait, profondément, ses racines Outre-Mer et en Afrique. Là, où il repose, et où la couleur de la peau n'a, fort heureusement, plus beaucoup d'importance, Alexandre Dumas ne doit pas pour autant se retourner dans sa tombe. Il en a vu d'autres. Mais, il est regrettable, qu’aujourd’hui, sur cette terre de France, la couleur soit encore un problème au point qu'on préfère la… gommer.

Emmanuel Goujon et Serge Bilé

Au fil de l'actualité
 
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La pub et les ghettos 
Quelles places les Noirs ont-ils 
dans la publicité ? 

par Gilles Lugrin & Stephanie Pahud 

Globalisation, mondialisation, centralisation, délocalisation, etc. Tant de mots qui troublent, qui inquiètent, qui traumatisent parfois. Et avec cette circulation de capitaux et d’individus vient son lot de problèmes :accentuation des différences entre pauvres et riches, entre Sud et Nord, entre majorités et minorités. Ainsi, que ce soient les répercussions du post-communisme (conflits en ex-Yougoslavie, Tchéchénie) ou celles de la globalisation (conflits interraciaux à Los Angels, augmentation des groupuscules d’extrême droite, attaques terroristes contre la première puissance mondiale), cette fin de siècle a plus que jamais marqué notre société du sceau du conflit.

Mais cette fin de siècle est également le symbole de la victoire, peut-être chimérique, du modèle démocratique sur les autres modèles sociaux. Tant en Amérique Latine, dans les pays de l’Est qu’en Afrique, le modèle démocratique s’impose inéluctablement face aux systèmes dictatoriaux. Avec elle, c’est un souffle de liberté qui semble parcourir la
planète. Et la publicité commerciale dans tout cela ? Quelle rôle a-t-elle joué dans cet élan de démocratisation ? Surtout, quels sont ses devoirs et ses impératifs aujourd’hui ? En nous interrogeant sur la manière dont certaines populations minoritaires ont été et sont aujourd’hui représentées dans la publicité commerciale, nous souhaitons réfléchir au rôle que joue cette dernière dans leur processus de reconnaissance et d’intégration. Ce volet se concentrera sur la représentation des noirs. La publicité est-elle révélatrice d’un état de la société qui la produit et qui la consomme ? 

Bien que la publicité soit un reflet kaléidoscopique, réducteur et déformant de la société à laquelle elle s’adresse, elle reste cependant un discours plus proche et plus représentatif de la perception sociale que le discours journalistique ou le discours politique. Sensiblement épurée de priorités éthiques ou politiques, garante du discours dominant, elle se veut proche de sa cible, ce qui en fait un discours particulièrement sensible aux caricatures sociales. En passant en revue successivement la représentation des noirs et des homosexuels, nous souhaitons attirer l’attention sur le rôle de la publicité dans la sphère sociale et en particulier sur son importance dans l’intégration ou, au contraire, dans le clivage qu’elle peut engendrer ou renforcer entre minorités et majorités. Puisant son inspiration dans le réservoir social de clichés, poncifs et lieux communs, la publicité vient à son tour renforcer ces préjugés. 

Les Noirs

En ne retenant que les Noirs, nous sommes conscients d’évincer nombre d’autres minorités, comme les asiatiques, les juifs, les maghrébins, les handicapés, etc.Les Noirs ont vécu l’esclavagisme, l’animalisation, la lutte pour son émancipation et, aujourd’hui, le combat pour sa reconnaissance. Elle constitue une minorité basée strictement sur des différences physiques. Ainsi, chaque minorité possède des traits qui lui sont propres (traits physiques, croyances religieuses, pratiques sexuelles, etc.) mais qui varient d’un pays à l’autre, d’une culture à l’autre. La publicité va ainsi se servir du noir pour transmettre un message de tolérance, va scénariser l’homosexuel pour véhiculer une pensée d’avant-garde, etc. Lorsqu’elle ne s’adresse pas directement à la dite minorité —publicité représentant des noirs pour une cible noire — chaque minorité sert une image, voire un territoire de marque. 

À chaque période son lot de stéréotypes

Contrairement à d’autres minorités, les noirs traversent l’ensemble de l’histoire publicitaire contemporaine. Cette dernière est marquée par trois courants principaux, qui, par moments, se superposent : d’abord, l’image de l’esclave noir, qu’il soit originaire d’Amérique ou des Antilles ; ensuite, celle du bon sauvage africain ; enfin, celle de l’apprenti civilisé occidentalisé. L’esclave a longtemps été une image bienséante dans la publicité. Les champs de canne à sucre ou de coton d’une part, et les pantalons rayés rouge et blanc d’autre part, ont en été les symboles. La publicité pour le chocolat a été l’un des lieux de prédilection de la représentation des noirs. Dans celle-ci, le rôle de boy est caractéristique d’une des fréquentes images du noir immigré en Occident. 

De l’esclave au bon sauvage 

C’est en exhibant certains stigmates, en vérité très peu représentatifs, que l’on a très longtemps représenté l’homme noir. À l’image d’une publicité pour un Minstrel’s Show, le noir a été assez systématiquement représenté avec de grosses lèvres, de gros yeux ronds, des oreilles généralement affublées de boucles d’oreille, des cheveux crépus, un nez empâté et un faciès prognathe. Deux tendances majeures se sont d’autre part manifestées. D’abord, la mouche posée sur la langue du personnage central ressuscite le caractère cannibale, clairement évoqué dans une annonce pour un extincteur !  Ensuite, le bon sauvage s’oppose à la technologie occidentale. Une publicité pour l’aéromaritime oppose ainsi la technologie à la tradition séculaire. 

Des produits de prédilection 

Aux différentes périodes qui ont marqué la représentation des noirs correspondent des transformations radicales dans les produits mis en jeu, très hétérogènes. Certains d’entre eux en ont cependant connu un usage plus suivi : chocolat (Banania), rhum (Negrita), riz (Uncle Ben’s), institutions (SOS Racisme), etc. Mais l’image des noirs est surtout porteuse pour certains types de produits (alimentation exotique, tourisme, et, à une certaine époque, produits d’entretien et de nettoyage) alors qu’elle ne l’a jamais été pour d’autres (électroménager, voiture, etc.). Si certains de ces usages peuvent se justifier, d’autres sont beaucoup plus discutables, tant pour les traitements qui y sont faits que pour les produits qu’ils servent à promouvoir. Une annonce pour du chocolat mettait en scène un noir caricatural se regardant dans un miroir et se comparant ainsi à une plaque de chocolat. 
Mais le paroxysme écœurant de ces publicités dénigrantes se joue sans aucun doute dans des annonces pour cirages et pour produits de lessive. Une annonce mettait en scène deux personnages, un noir et un asiatique, chacun démontrant l’efficacité d’un cirage sur leur propre peau ! Pire, à l’instar d’une annonce pour le Savon Perdrix , de nombreuses publicités démontraient leur efficacité en " blanchissant " des noirs. Dans cette dernière, la caricature du personnage ne fait que renforcer sa situation dégradante. 

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Le publicitaire a longtemps été un homme blanc. On comprend dès lors la représentation biaisée tant de la femme que de certaines minorités. Mais l’évocation de ce manque d’objectivité ignore trop souvent les prérogatives marketing, c’est-à-dire la nature de l’acheteur-consommateur : en général, les publicités montrent la cible à laquelle le produit s’adresse et parlent aux masses plutôt qu’aux minorités. S’il a longtemps été principalement l’homme blanc, le marché ayant depuis lors évolué, la publicité a suivi. 

Ainsi, tout en conservant certaines caractéristiques reflétant des différences culturelles, la publicité qui s’adresse à la société noire tient un discours sensiblement identique à celui visant la société blanche : que ce soit une carte de crédit, une voiture de luxe ou un cognac, tous communiquent à la manière occidentale. Des agences de publicité se sont même spécialisées dans le marketing ethnique. 

Des inadéquations pourtant édifiantes 

Reste qu’en dépit de l’apparition du marketing ethnique, tout n’est pas résolu. Pour illustrer au mieux les possibles inadéquations entre représentation des noirs dans la publicité et réalité, l’exemple des couples mixtes, qui se retrouvera de manière similaire
dans la publicité homosexuelle, est édifiant. Alors qu’historiquement, le couple mixte dominant a longtemps été l’homme blanc avec la femme noire, la publicité a assez systématiquement mis en scène la femme blanche avec l’homme noir, répondant ainsi certainement plus à un fantasme masculin qu’à une réalité sociale. 

Un message social 

Enfin, en guise de contre-exemple, les nombreuses associations anti-racistes ont fréquemment utilisé l’image du noir pour dénoncer le racisme ambiant. À cela s’ajoutent les entreprises qui ont choisi, comme McDonald’s, la poste ou encore Diesel , de se positionner localement dans le débat social. À ce propos, Jean-Marie Dru porte un regard intéressant sur Benetton. Il se dit favorable à ce discours engagé en faveur de la tolérance entre ethnies, dont " United Colors of Benetton " est le symbole. Il regrette cependant que Benetton se soit ensuite dispersé en s’attaquant à de trop nombreux problèmes (violence, sexe, sida, peine de mort, etc.), au lieu de se concentrer sur ce premier message de tolérance. 

Pour en savoir plus :  Bachollet R., Debost J.-B. & Lelieur, A.-Cl. : Négripub. l'image des Noirs dans la publicité, Paris : Ed. Somogy, 1992.  MINOT, Fr. 2001 : Quand l’image se fait publicitaire,  Paris, L’harmattan, pp. 201-241

 

On en parle

RDC: Le lac Kivu,une bombe à retardement ou une source d'énergie ?

 NDLR/Le lac Kivu est l'un des Grands Lacs d'Afrique. Il se situe entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. Le lac Kivu se vide par la rivière Ruzizi, qui alimente au sud le lac Tanganyika. Il a gagné une triste notoriété lors du génocide au Rwanda de 1994, de nombreuses victimes y ayant été jetées.Le lac couvre une superficie totale de 2.700 km² et se situe à une altitude de 1 460 mètres au dessus du niveau de la mer. Il se situe dans une zone volcanique. Du méthane a été découvert à plus de 300 mètres de fond).Le premier européen ayant accédé au lac fut un allemand, le Conte Adolf vonGötzen, en 1894. Les villes congolaises de Goma et Bukavu sont voisines du lac. Au Rwanda ce sont Gisenyi, Kibuye et Cyangugu.

Avec IRIN/Lorsqu'ils étaient enfants et jouaient sur les rives du lac Kivu, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), Kevin et ses amis s'entendaient souvent dire de ne pas jouer dans l'eau. « Ma mère nous demandait toujours de ne pas tremper de choses comme des clés ou des bagues, ou tout autre objet métallique dans le lac », s'est-il souvenu. « Elle disait que les métaux réagiraient avec un gaz et qu'ils pourraient causer une explosion ». Kevin ne la croyait peut-être pas à l'époque, mais les préoccupations de sa mère reflètent un phénomène que les scientifiques étudient depuis un certain nombre d'années - les taux de gaz dissous dans le lac et la possibilité que ces gaz soient une source de préoccupation. Le lac Kivu fait partie des Grands Lacs africains, situés à la frontière entre la RDC et le Rwanda. Il est une source d'approvisionnement en eau, en poissons et en sable pour deux millions de personnes, et assure l'indispensable liaison entre les ports de Goma et de Bukavu en RDC et de Gisenyi, Kibuye et Cyangugu au Rwanda.

Augmentation du taux de gaz
Le professeur Boniface Kaningini, biologiste et directeur général de l'Institut supérieur pédagogique de Bukavu (ISO-Bukavu), une université, a passé au moins 20 ans à faire des recherches sur le lac Ki Bien que selon certaines études, l'augmentation de ces gaz soit le résultat de l'activité volcanique, pour M. Kaningini, l'introduction de la sardine Limnothrissa miodon - connue, dans la région, sous le nom de Ndakala - dans le lac pourrait être un autre facteur.  « La présence de méthane dans le lac date d'il y a 40 ans, lorsque ce poisson, provenant du lac Tanganyika, a été introduit dans le lac Kivu », a-t-il dit. Depuis lors, selon M. Kaningini, les pêcheurs du lac ont observé une fluctuation progressive de la pêche. Un certain nombre d'études différentes sont menées pour examiner ces changements, a expliqué M. Kaningini. Pour sa part, l'Institut fédéral suisse des sciences et de la technologie aquatiques (Eawag) a conclu que « l'introduction du Limnothrissa miodon, premier poisson pélagique et planctophage du lac Kivu, pourrait être responsable de changements significatifs des flux de nutriments ».

Risques potentiels
Le rapport de l'Eawag explique également que la densité et les différentes couches de l'eau agissent comme un couvercle flexible, piégeant les gaz échappés du manteau terrestre ainsi que ceux provenant des sédiments situés en dessous du lac. Selon les experts en eaux lacustres du Conseil consultatif sur la mise en valeur et l'habitat du saumon (SEHAB), un phénomène potentiellement catastrophique du nom « d'éruption limnique » risquerait de se produire si l'activité volcanique ou sismique faisait circuler les eaux du lac, soulevant ainsi ce « couvercle ». Un nuage de gaz se libèrerait alors et asphyxierait toutes les populations lacustres. « Les deux seules "éruptions limniques" connues et observées se sont produites, l'une dans le lac Monoun, au Cameroun en 1984 - l'incident avait fait 37 victimes - l'autre, plus catastrophique, en 1986, près du lac Nyos. Au lac Nyos, plus de 80 millions de mètres cubes de dioxyde de carbone contenus dans les profondeurs du lac ont été libérés dans l'atmosphère », selon une étude réalisée en 2006 par le SEHAB. Les lacs Kivu, Nyos et Monoun ont reçu le nom de « lacs tueurs d'Afrique » dans le rapport publié en 2006 par le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE). Selon ce rapport, le lac Kivu reste une source de « graves préoccupations », puisque environ deux millions de personnes vivent dans le bassin du lac. « Du fait du creusement progressif d'un rift dans la zone, une faille se rapproche petit à petit du fond du lac. Si de grandes quantités de lave bouillante venaient à s'écouler dans le lac, cela serait plus que suffisant pour déclencher une circulation considérable, qui libèrerait d'énormes quantités de dioxyde de carbone, un gaz mortel », peut-on lire dans le rapport. « En outre, les eaux contiennent de grandes quantités de méthane susceptibles de provoquer des explosions au-dessus du lac ».

Activité volcanique
En 2003, le Mont Nyiragongo, un volcan situé près de Goma, la capitale de la province du Nord Kivu, est entré en éruption. Malgré tout, selon Pascal Isumbisho, un biologiste dont la thèse de doctorat porte sur l'écologie zooplanctonique du lac Kivu, il n'existe pas de preuve directe du lien entre l'augmentation du méthane et l'activité volcanique. « La question est : est-ce que ce qui s'est produit dans un lac du Cameroun [le lac Nyos] il y a 20 ans peut se répéter ici, à Kivu? », a expliqué M. Isumbisho, qui dirige le département de biologie de l'ISP-Bukavu. Selon M. Kaningini, le risque d'un autre lac Nyos est minime et jusqu'ici, les taux de gaz n'ont eu d'impact que sur la quantité de poissons pêchés, pas sur la qualité des prises. « Je pense que les gens qui vivent aux alentours du lac n'ont pas à s'inquiéter ; en revanche, nous devons faire davantage de recherches et mieux collaborer avec le ministère de l'Environnement de même qu'avec d'autres parties prenantes pour comprendre ce phénomène », a-t-il estimé.

Exploiter le gaz
Quelle que soit la source du méthane, les scientifiques s'accordent à dire que la solution consiste à exploiter le gaz comme source d'énergie plutôt que risquer une catastrophe. Selon Salif Diop, chef de projets et directeur de la section Ecosystèmes de la division de pré-alerte et d'évaluation (DEWA) du PNUE, dégazer le lac - une méthode actuellement utilisée au lac Nyos - est une option viable et avantageuse d'un point de vue économique. Des recherches montrent que les eaux profondes du lac contiendraient environ 65 milliards de mètres cubes de méthane, l'équivalent de 50 millions de tonnes de pétrole. Selon les estimations du PNUE, le Kivu contient assez de méthane pour alimenter les Etats-Unis pendant un mois, et cinq fois plus de dioxyde de carbone - soit environ 200 kilomètres cubes. En 2003, le magazine New Scientist a rapporté que ces réserves pouvaient suffire à combler les besoins énergétiques du Rwanda pendant 400 ans, et permettraient ainsi de supplanter la combustion du bois, première source d'énergie de l'époque. A Bralirwa, une usine de bière, on a déjà pris conscience du potentiel du méthane qui se trouve au fond du lac : l'extraire permet à l'usine de satisfaire ses besoins en gaz et en électricité depuis les années 1980. Aujourd'hui, explique M. Diop, « les pays lacustres doivent examiner les ressources nécessaires pour que le dégazage du lac Kivu devienne une réalité ».

 
Le trafic de drogue et sa consommation se féminisent

Par Jimmy Jean-Louis

Port-Louis avec Gender Links-Le trafic de drogue et sa consommation sont en train de prendre un visage féminin à Maurice. Les trafiquants misent sur la pauvreté ou les difficultés financières des femmes pour les appâter et les utiliser comme passeuses. Parfois, il arrive aussi qu’elles soient le cerveau dudit trafic.

Si la magistrate Padmini Mauree, siégeant en Cour de Grand Port, a refusé la liberté provisoire à Stellarice Louise Hariniana, c’est que cette Malgache est soupçonnée d’être un maillon important dans le trafic de drogue entre Madagascar et Maurice. 

Etablie à Maurice, Stellarice Louise Hariniana est mère de deux enfants en bas âge, soit huit mois et deux ans respectivement.  Le bébé vit avec elle à la prison tandis que le second vit avec sa grand-mère. Lors de l’audience en Cour, Hariniana a expliqué que cette dernière, qui a plus de 60 ans, tombe souvent malade et doit être hospitalisée. De plus, a-t-elle ajouté, son mari l’a abandonnée. Son avocat a soutenu que la plaignante a toujours respecté les conditions qui lui ont été imposées par la Cour. 

De plus, elle n’a pas été identifiée par les deux passeuses. Seul objet incriminant à son encontre, un portable qui n’est pourtant pas à son nom et dont elle affirme l’avoir prêté à une personne qui aurait fait des appels aux passeuses. 

Stellarice Louise Hariniana a été interpellée en août 2009 après l’arrestation de deux passeuses malgaches, qui ont restitué 160 boulettes d’héroïne d’une valeur marchande de Rs 10 millions, soit 2.5 millions de rands. Cette drogue, ont-elles, dit, était destinée à Hariniani. 

Or, cette dernière était déjà en liberté sous caution pour une affaire d’importation de cannabis. La magistrate Mauree a craint les récidives, malgré l’imposition de conditions, et c’est ce qui explique qu’elle ait objecté à la remise en liberté de la Malgache. 

En août dernier, une quinquagénaire malgache  et sa fille de 35 ans, ont été interpellées à leur descente d’avion avec 800 grammes d’héroïne dissimulés dans leurs parties intimes. Au moment de leur arrestation, elles étaient accompagnées d’un garçonnet de sept ans, fils de la plus jeune. Ce dernier a été rapatrié grâce à l’intervention de l’ambassade malgache. Dans la Grande Ile, Marcel Velotsara, le chef de la police judiciaire malgache, estime que le cerveau serait un Mauricien établi à Tananarive, qui leurre ces pauvres femmes en les encourageant à intégrer son réseau.

Au cours du même mois, les limiers de la brigade anti-drogue ont interpellé une dame venue réceptionner une robe de mariée en provenance de La Réunion qui contenait Rs 8 millions d’héroïne, soit 2 millions de rands. Elle aurait suivi les instructions de son mari qui est déjà incarcéré à la prison de Beau-Bassin. Cette énième arrestation est la preuve que les caïds utilisent de plus en plus de femmes comme relais dans le trafic de drogue. 

Et c’est pareil pour Marie-Anne Roseanne et Bibi Safina Jaffur. Elles ont été arrêtées en novembre dernier au Champ de Mars avec 250 grammes d’héroïne. La valeur marchande de la drogue est estimée à 2.5 millions de roupies, soit 625 000 rands. La première dit avoir agi suite à un appel de son mari actuellement en détention. 

La prison, c’est justement ce qui attend Cindy Legallant si elle perd son appel en Cour Suprême. L’an dernier, la justice mauricienne l’a condamnée à trois ans et quatre mois d’emprisonnement. Cindy Legallant est arrivée à Maurice le 23 juillet 2008 et a été arrêtée par des membres de la brigade anti-drogue. Elle avait en sa possession 21 755 comprimés de Subutex, médicament de sevrage utilisée comme drogue par les usagers de drogue par voie intraveineuse et dont la valeur marchande tourne autour de Rs 22 millions, soit 5 millions et demi de rands. 

Dans sa déposition à l’époque, elle avait impliqué Sada Curpen, un Mauricien établi en France, comme étant le cerveau du trafic. Ce dernier est mêlé à d’autres affaires de Subutex.  Diététicienne, Cindy Legallant avait ouvert un centre de diététique. Cependant, elle devait se retrouver dans une situation financière précaire. C’est alors qu’elle aurait été approchée pour transporter du Subutex et cela, avec la suite que l’on sait.

En janvier 2010, la brigade anti-drogue de Plaine-Verte a frappé un grand coup. Des limiers de cette unité ont arrêté Yasmine Gureebun, qui avait en sa possession plus de 200 sachets contenant du gandia et une quarantaine de rouleaux de cette drogue, le tout estimé à Rs 400 000. La suspecte s’apprêtait à effectuer la livraison quand elle a été ‘cueillie’ par la police. Elle est détenue à des fins d’enquête. 

Ce phénomène de féminisation du trafic de drogue et de sa consommation par voie intraveineuse inquiète les diverses organisations non-gouvernementales qui luttent contre la propagation de la drogue et ses conséquences sur la population. En 2004, la Rapid Situation Assessment de la National Agency for the Treatment and Rehabilitation of Substance Abuse estimait à plus de 6000 le nombre d’usagères de drogues injectables. Au fil des années, ce nombre aurait augmenté et elles ont même rajeuni. Certaines seraient des adolescentes à peine sorties de l’enfance. 

Les raisons expliquant ce phénomène sont multiples. Parfois, ces femmes et ces jeunes filles se laissent entraîner dans la drogue sous la pression d’amis. Souvent ce sont sous les encouragements de leurs conjoints ou partenaires, eux-mêmes déjà usagers de drogue par voie intraveineuse. Une fois dépendantes, plusieurs d'entre elles sont poussées vers le travail sexuel ou dans d'autres rouages inhumains. C'est d’ailleurs à travers l’injection de drogue par voie intraveineuse que plusieurs femmes ont été contaminées par le VIH/SIDA. 

«Valeur du jour, l’unique centre pour les usagères de drogue par voie intraveineuse, La Chrysalide, n’est capable de traiter annuellement que 30 femmes alors que l’on sait que le pays compte plusieurs centaines de femmes directement affectées par la drogue», soutient Nicolas Ritter, le fondateur et directeur de l’organisation non-gouvernementale Prévention (ONG), Information et Lutte contre le Sida. Mais, selon Marlène Ladine, directrice de La Chrysalide, «il ne faut pas occulter le fait que nombre de victimes de dépendances, hommes comme femmes, soient physiquement et psychologiquement faibles». 

Citant le rapport de la United Nations Office on Drugs and Crime (UNODC), le travailleur social Ally Lazer qui mène un combat acharné contre les barons de la drogue, rappelle que "Maurice est le deuxième au monde et le premier en Afrique en matière de consommation d'héroïne, substance que nous ne produisons même pas!»

En octobre dernier, le Collectif Urgence Toxida, autre  ONG, a affirmé que «le trafic de drogue est l’unique  secteur économique croissant de ces 40 dernières années!»

Sortir de l’enfer de la toxicomanie, c’est pourtant possible. Rebecca Bégué, 23 ans, ex-toxicomane, a présenté en juin dernier son album intitulé «L'amour interdit ». Elle qui a été traitée à la méthadone est «la preuve vivante et l’espoir que l'on peut sortir de l'enfer de la drogue", souligne Imran Dhannoo, directeur du centre Idrice Goomany. 

«Rebecca émet un cri du cœur. Cette souffrance qu'elle et ses parents, ses proches et ses enfants ont connue, elle n'est pas différente et elle est vécue de la même manière par toutes les victimes de la drogue, peu importe leur couleur de peau ou leur appartenance ethnique», explique Ally Lazer.

Certaines initiatives ont été prises pour que les femmes happées par le trafic ou la consommation de drogue puissent s’en sortir. Cinquante femmes ex-toxicomanes ont en effet bénéficié d’aides financières afin de pouvoir se mettre à leur compte et être financièrement autonomes. Pendant quatre mois, ces femmes ont suivi une formation en coiffure et en cuisine et à l’issue de ces cours, un certificat leur a été remis, ainsi que du matériel scolaire pour leurs enfants. Sur ces 50 bénéficiaires, cinq ont obtenu un capital de Rs 200 000 et 45 ont perçu chacune Rs 40 000 qui leur permettront de monter leurs propres entreprises. 

Il est à souligner que le pamphlet de sensibilisation intitulé "Fam dibout lor to lipie" (femme, relève toi et soit indépendante) a été lancé récemment. Ce document qui relate les avantages du traitement à la méthadone, est désormais disponible dans les différents centres de réhabilitation, dans les bureaux et dans les ministères, histoire de montrer aux femmes dépendantes de ces substances, qu’une porte de sortie existe. 
 
Cette semaine
Suisse : les affiches de choc de la droite populiste décryptées

L'Union démocratique du centre (UDC) est l'initiatrice du référendum suisse portant sur l'interdiction de construction de nouveaux minarets sur le territoire helvétique. Ce parti de la droite populiste, très largement représenté au Conseil national, où il dispose de plus du quart des sièges, est un habitué des coups d'éclat politiques et notamment des affiches de choc. La dernière en date, montrant une femme en burqa sur fond de drapeau suisse envahi par des minarets, n'échappe pas à la règle. Pascal Sciarini, directeur du département de science politique de l'Université de Genève, décrypte quelques unes de ces affiches à scandale et l'utilisation de l'imagerie politique par l'UDC.

26 septembre 2004 : référendum sur la naturalisation simplifiée

"Les affiches de l'UDC jouent sur les peurs, les boucs émissaires, les abuseurs du système. Ce peut être les réfugiés qui abusent du système social, ou les étrangers naturalisés qui tenteraient de "piller" l'identité suisse. Voyez ces mains, toutes plus ou moins basanées, qui veulent s'emparer du passeport suisse. L'UDC met en scène dans ses affiches un environnement changeant – la globalisation, les flux migratoires – qui remet en cause le modèle suisse et ses traditions."

Janvier 2007 : campagne contre la dépénalisation du cannabis

"Cette affiche joue sur la peur des dealers. Elle reprend l'image de Guillaume Tell, un des mythes fondateurs suisses. Bien que l'Histoire a montré qu'il n'était pas suisse, il symbolise la résistance contre l'envahisseur austro-hongrois, David contre Goliath. L'UDC détourne le symbole de l'arbalète, qui selon le mythe, avait réussi à faire tomber la pomme posée sur la tête de son fils, sauvant ainsi les cantons suisses. Ici, l'arbalète est remplacée par la seringue. Guillaume Tell n'a plus rien de rassurant et représente au contraire un danger pour les enfants. C'est le mythe retourné à l'envers : au lieu d'être un symbole de protection contre l'extérieur, Guillaume Tell devient l'image de la menace extérieure qui s'impose en Suisse et se transmet via les dealers."

10 juillet 2007 : initiative populaire sur le "renvoi des étrangers criminels"

"Cette affiche est sortie au début de l'été, lorsque l'UDC cherchait à occuper le terrain médiatique. Le parti avait lancé un référendum d'initiative populaire visant le renvoi d'étrangers récidivistes. D'où le mouton noir. Cette affiche a fait beaucoup de bruit. On a accusé l'UDC d'enfreindre la loi contre l'antisémitisme et le racisme en Suisse. Une plainte a même été déposée, mais n'a pas abouti. Cette campagne était à la fois dure dans son message et suffisamment subtile dans sa forme pour que l'UDC se réfugie derrière des arguments limites. En substance, l'UDC a dit : 'Ce ne sont pas les étrangers que nous visons, et pour qui nous demandons l'expulsion, mais les 'moutons noirs' en général. Tout le monde connaît la parabole des moutons noirs.' On voyait très bien de quoi il s'agissait, mais l'attaque n'était pas aussi frontale que si l'UDC avait représenté directement des étrangers sur l'affiche."

21 octobre 2007 : campagne pour les élections provinciales

"L'attaque est ici en revanche beaucoup plus frontale. Elle n'émanait pas de l'UDC nationale, mais de la section du Valais. L'UDC a pour coutume de jouer avec la ligne rouge. Mais ce qui la distingue d'un parti comme le Front national en France, c'est que vous ne trouverez pas de discours ouvertement raciste ou ouvertement antisémite venant de l'UDC. Il y a clairement, parmi ses membres, des racistes et des antisémites, mais ils le sont de manière suffisamment 'subtile' pour que ce ne soit pas punissable. Dans le cas de cette affiche, toutefois, l'UDC valaisane a clairement franchi la ligne rouge. Le discours est extrêmement blessant pour les musulmans, puisqu'on nous montre leurs fesses et on nous dit, 'votez avec la tête'. Ce discours n'a d'ailleurs pas été repris par l'UDC national."

5 octobre 2009 : publicité parue dans La Tribune de Genève

"Cette publicité est une initiative personnelle du directeur de l'UDC genevoise, Soli Pardo, qui a financé lui-même cet encart. Elle a été critiquée, non seulement par l'UDC nationale, mais aussi par l'UDC Genève. Cette publicité fait un amalgame entre la construction d'un train en direction d'Annemasse et une éventuelle invasion de la "racaille" frontalière. Elle a beaucoup choqué en France. C'est le risque quand on flirte avec la ligne rouge pour gagner des voix électorales. A Genève, l'UDC s'est fait déborder sur sa droite par le Mouvement citoyen genevois (MCG), lancé par des dissidents qui ont fortement thématisé la question des frontaliers, les rendant responsables de tous les maux dont souffre Genève. L'UDC, voyant qu'elle perdait du terrain face à la MCG, a lancé cette réaction de dernière minute, pour contrecarrer le mouvement de voix. Sans succès ici, puisque la MCG est arrivée en tête de l'élection cantonale genevoise du 11 octobre. Mais au niveau suisse, l'UDC ne cesse de progresser. Depuis 1991, elle a multiplié son score par 2,5. De plus petit parti gouvernemental, elle est devenue le plus grand parti avec plus de 30 % des voix. Pendant longtemps, la Suisse francophone était épargnée ; ce n'est plus le cas. Le parti a capitalisé sur un nouveau clivage ouverture-fermeture, avec succès."

29 novembre 2009 : initiative populaire contre la construction de minarets en Suisse

"L'initiative anti-minarets est plus qu'un succès électoral. C'est assez rare que l'UDC, seule contre tous, arrive à gagner un vote populaire. Si les autres partis font bloc, l'UDC ne gagne généralement pas. Même ceux favorables à l'initiative ont été surpris, parfois négativement, par l'ampleur du succès. C'est tout le paradoxe. Pour le parti, l'objectif, plutôt que de remporter le scrutin, était surtout de faire un bon score, faire parler, et engendrer de nouvelles voix pour les prochaines élections. Il y a un amalgame entre la question du minaret, qui est un pur symbole, et celle de l'islam radical, symbolisé sur cette affiche par la femme en burqa. Via les minarets, ce qui est en jeu, c'est la soi-disant islamisation de la Suisse. Il y a certes plus de musulmans qu'avant en Suisse – 400 000 pour une population de 7 millions d'habitants – mais dans une très large majorité, ce sont des musulmans modérés. L'initiative se trompait de cible : sous couvert de combattre les minarets, on a voulu combattre l'islamisme radical, le terrorisme, le problème des otages suisses en Libye. C'est totalement contre-productif, puisque ce vote va ternir l'image de la Suisse et éventuellement exacerber les messages contre le pays."

Propos recueillis par Mathilde Gérard

Cette semaine

 "On pense encore à toi, oh Bwana"

au temps béni des colonies : le mépris d'une culture

De l'Indochine au Congo en passant par l'Algérie, les «colonies» revivent sous nos yeux en 160 pages et une foule d'images grâce à Charles-Henri Favrod. Grand voyageur, connaisseur pointu de l'Afrique et de l'Asie, le journaliste et écrivain suisse se penche sur ce passé récent à un moment où celui-ci renoue avec l'actualité. 

Le rôle positif de la colonisation? «Incongru»!

En 1976, «Le temps des colonies», c'était une chanson de Michel Sardou qui défrayait la chronique. Après «Les Ricains», mais surtout «Je suis pour», la pensée bienséante accusait le chanteur de tous les maux. Quitte à en perdre le sens de l'humour.  «Moi monsieur j'ai fait la colo, Dakar, Conakry, Bamako. Moi monsieur, j'ai eu la belle vie, au temps béni des colonies. Les guerriers m'appelaient Grand Chef, au temps glorieux de l'A.O.F. J'avais des ficelles au képi, au temps béni des colonies.» Et plus loin: «Pour moi monsieur, rien n'égalait les tirailleurs sénégalais, qui mouraient tous pour la patrie, au temps béni des colonies.» Comment a-t-on pu lire cela au premier degré, prendre la charge pour une apologie, et voir ainsi en Sardou un apôtre du néo-colonialisme, le mystère reste entier. Trente ans plus tard, «Le temps des colonies», c'est un ouvrage du journaliste et écrivain Charles-Henri Favrod*. Un livre qui tombe en plein débat en France sur les rapatriés et les harkis et qui évoque le «rôle positif de la présence française» notamment «en Afrique du Nord» «On pense encore à toi, oh Bwana», disait le refrain de la chanson...Si Sardou et Delanoë avaient clairement  voulu donner dans l'humour à la fin des années 70, avec une finesse discutable on en conviendra,ce n'est vraisemblablement pas le cas de la législation française. 

Un livre d'images

Deux phrases expliquent bien la démarche de Charles-Henri Favrod. Dans la préface, une citation du photographe de  l'Ouest américain Henry Jackson: «L'importance de la photographie vient de ce qu'elle a l'importance d'un fait». Et, dans l'avant-propos, une phrase de Favrod lui-même: «Ces images témoignent, au fil du texte, d'une histoire d'il était une fois.Ce qu'il fallait démontrer». Le lecteur peut alors embarquer dans un voyage qui va l'amener de la Louisiane à la Nouvelle- Calédonie en passant par l'Afrique du Nord, l'Afrique occidentale, Madagascar, l'Afrique orientale, puis  l'Inde,Ceylan, l'Indonésie, l'Asie du Sud-Est... Une déferlante d'images évoquent le choc – parfois silencieux, parfois tonitruant – entre des civilisations millénaires et la démarche à la fois impérialiste et paternaliste de l'Europe toute puissante. Il y a ce petit cireur, à Alger en 1900, agenouillé devant un Européen en complet et chapeau. Les Africains de Guinée, charmants «sauvages» invités à l'exposition universelle de Paris en 1867. Ou la flotte marchande occidentale traversant un canal de Suez flambant neuf. Il y a ces représentants d'une mission catholique de Brazzaville mettant en joue, théâtralement, un léopard déjà allongé à terre. Les portraits ethnographico-exotiques de ces êtres étranges dont regorge  la planète: jeunes filles zouloues aux seins nus, notables cinghalais impassibles, prostituées de Saïgon douces comme des poupées, miliciens annamites... Il y a, éclatant de blanc – uniformes, casques coloniaux - le «passage du Gouvernement Général en Gare de Bamako». Ou, saisissante, cette carte postale que l'expéditeur a signée et annotée d'un très cordial «Bien des choses». On croit rêver. 

Un livre de mots

Au fil des pages, Charles-Henri Favrod raconte, à travers les photos (toutes proviennent de sa collection privée), et à travers ses propres mots, qui témoignent de sa large érudition. Une érudition d'historien, mais aussi d'homme de terrain.  L'historien évoque le passage du comptoir à la colonie, les soldats couvrant les marchands, puis l'intrusion de l'Eglise avec, sur ses talons, l'administration, et l'exploitation, souvent la coupe en règle, d'une région. Il place en opposition ces royaumes qui, durant des millénaires, «durèrent, paisibles, ignorés», lorsqu'il évoque par exemple la région des sources du Nil. Et emmêle habilement les regards d'alors et son propre regard. Car Charles-Henri Favrod sait décrire un lieu, ses vibrations, son âme. Ainsi, à propos de Zanzibar: «Prisonniers de l'île, peut-être? On avait peine à s'en arracher. Cette éternité de beau fixe, cette souplesse des palmes, cette immobilité de l'air sucré, cette poussière des siècles, tout composait une sorte de philtre paralysant, à la fois bienheureux et maléfique. Où était-on, d'ailleurs? En Afrique, en Asie, hors du temps dynamique. Les horloges s'étaient arrêtées» 

«Améliorer leur condition»

A la différence de la loi française de février dernier, qui propose un jugement de valeur dans un cadre dont la subjectivité est en principe exclue, Charles-Henri Favrod écrit un texte personnel, éminemment ressenti, mais qui ne juge pas. Un texte qui raconte et montre. Comme la photo raconte et montre. Même si, bien sûr, le cadrage d'une image n'est  jamais totalement impartial non plus...Et ce n'est donc pas un hasard si l'ouvrage du fondateur du Musée de l'Elysée à Lausanne se conclut sur ces 'Instructions à La Pérouse, recopiées et annotées par Loui XVI, qui datent de 1785: «Il prescrira à tous les gens des équipages de vivre en bonne intelligence avec les naturels, de chercher à se concilier leur amitié par les bons procédés et les égards ; et il leur défendra, sous les peines les plus rigoureuses, de ne jamais employer la force pour enlever aux habitants ce que ceux-ci refuseraient de céder volontairement. Le Sieur de La Pérouse, dans toutes les occasions, en usera avec beaucoup de douceur et d'humanité envers les différents peuples  qu'il visitera dans le cours de son voyage. Il s'occupera avec zèle et intérêt de tous les moyens qui peuvent améliorer leur condition.» 

Bernard Léchot 

Charles-Henri Favrod est né en 1927 à Montreux. Etudes de Lettres à l'Université de Lausanne. Journaliste, il arpente les continents et publie notamment «Une certaine Asie», «Le Poids de l'Afrique», «Le Défi du désert, suivi de Retour au Yémen». Il collabore à la presse et à la télévision françaises.- Il est l'un des intermédiaires officieux entre la France et le FLN algérien à l'aube des Accords d'Evian (1961).- Il fonde en 1985 à Lausanne le prestigieux Musée de l'Elysée, dédié à la photographie.Depuis, il a été le maître d'oeuvre de deux nouveaux musées de la photographie,  l'un à Florence, l'autre à Trieste.

Analyse
Logique entre langue créole et créolité 
par Jonas Daniel Rano

Aujourd'hui, des écrivains antillais, Jean Bernabé,Raphaël Confiant, Patrick Chamoiseau, et d'autres non moins connus cherchent à impulser une nouvelle  idéologie qui bouscule l'Antillanité de Edouard Glissant et la Négritude Césairienne, que l'on appelerait la Créolité. N'en déplaise à quelques irréductibles, il serait  là le langage d'une nouvelle génération ou simplement une volonté de se démarquer par rapport aux aînés, qui ont à leur tour, de manière plus urgente, à leur époque, éveillé la conscience collective universelle. La bonne critique devrait servir le tout monde. Permettez-moi de poser cette question: la seule querelle qui vaille pour le Nègre, serait-elle justement ce que désignait Léopold Sédar-Senghor: "l'émotion est nègre et la raison héllène", ou devrait-elle s'affirmer: que la modestie forçant la prospective perfectible et triomphante est la seule voie qui conduise à la sagesse, par conséquent à la vraie connaissance ? De dieu nègre, je ne connais que le Christ ! puisque les initiés l'appelent l'Agneau. J'apprécie l'intention qu'il y a derrière la valorisation, la revalorisation de la créolité et c'est un peu la même chose qui se passe, s'est passé en Afrique au sujet des tentatives de revalorisation des langues africaines, puisque le français comme l'anglais sont des langues des anciens colonisateurs.

Créolité: combat d'arrière-garde ? 

Donc, la créolité s'identifie à quelque combat de reconnaissance identitaire. Peu importe, mais qui se veut comme support le créole. Mais le créole n'a plus valeur de devenir une langue universelle comme le français comme l'anglais. Alors quel crédit donner vraiment à cette forme renaissante de revendications et de révoltes qui s'inscrivent dans le cadre de la créolité ?  Dans un premier temps, j'encourage très fortement ceux qui oeuvrent pour revaloriser le créole. Cependant, Césaire exprimait déjà dans sa revue"Tropiques"qui avait paru au moment de la guerre dans les années quarante, il y disait précisément que le créole est une langue que lui ne maîtrise pas. Il a eu l'honnêteté de l'affirmer. Je crains que la créolité, dans son expression actuelle, ne soit un combat d'arrière-garde, du moins du point de vue des défenseurs du créole. Mais c'est une  réalité qu'avant d'être écrivain, il faut d'abord maîtriser son outil d'écrivain qui est la langue. Quand Chamoiseau est capable d'écrire correctement en créole au point de gagner un prix important, le Goncourt, ça veut dire qu'il a un mérite que je n'ai aucune intention de lui contester, n'est-ce pas !

Raphaël Confiant et Patrick Chamoiseau sont de bons illustrateurs de la langue créole en littérature, ou plutôt d'un mélange créole-français. Car, mon honnêteté intellectuelle m'oblige à respecter le travail de Chamoiseau sans ses préoccupations concernat la langue créole. Mais en ce qui me concerne personnellement en tant qu'individu, en tant que poète, qu'écrivain, je considère que c'est une conception culturelle rétrograde des actions à conduire. C'est un fait ! Je conçois très aisément, qu'un Césaire ait pu dire, qu'il ne maîtrisait pas du tout le créole dans les années quarante déjà, mais, qu'il laissait le soin à ceux qui le maîtrisent de l'illustrer. A cet égard justement, beaucoup d'écrivains antillais,  principalement à travers leurs oeuvres, magnifient une forme de réduction en ce qui concerne la créolie, parce que le créole ce n'est pas simplement la Martinique, la Guadeloupe, n'en déplaise donc aux tenants de cette thèse, c'est aussi la Guyane, des pays de la Caraïbe où l'on parle anglais, mais également créole. Mais c'est aussi le cas de la Réunion, de l'Ile Maurice, et des Seychelles, de ces îles qui peuplent l'Océan Indien. Alors, à ce sujet, le combat que mène le triumvirat de la créolité est tout bonnement une forme d'utopie refondatrice, à l'instar de cela même qu'ils reprochent à Aimé Césaire. 

Prix Goncourt: entre exotisme et réalité littéraire

Si Patrick Chamoiseau n'avait pas obtenu le prix Goncourt, je me serais permis d'être plus critique à son égard en tant que créateur, qu'utilisateur de la langue. Il s'est voulu le théoricien de la créolité, et en tant qu'illustrateur, il a parfaitement le droit de choisir la langue qui lui appartient. Cependant il existe une variété de créole qui puisse être la langue littéraire créole dont le dialecte martiniquais ne reflète pas l'usage.  Je mets en relief, le fait que le prix Goncourt 1992 n'ait été autre chose qu'un prix esthétique, a priori, encourageant une forme d'exotisme plutôt qu'une forme de réalité littéraire. A vrai dire, je mets en question la nécessité d'ériger le créole, comment dire, de prôner le créole comme langue d'écriture pour les Martiniquais pour les Antillais notamment, pour les auteurs des pays où le créole est parlé. Le yatus en quelque sorte. Je préfère évoquer la part des choses. Mais cela n'empêche point que sur un problème de fond, le fait que Patrick Chamoiseau ait eu ce prix-là, ne change strictement rien à la réalité qui démontre que le créole, n'est pas encore maîtrisé par beaucoup d'auteurs. Loin de moi toute intention de polémique. Qu'il est  évident que pour valoriser une oeuvre, il faut en extraire les vices de forme et ne serait-ce que les a priori que véhiculent d'autres intellectuels à propos de cette même oeuvre. Il est important pour nous de situer une oeuvre en rapport avec une langue, le créole dans un contexte actuel. Aujourd'hui, des langues parlées qui prennent une forme de transaction économique, sociale et culturelle sont l'anglais, le français, l'allemand, l'espagnol, le portugais, et bientôt je dirais, des langues média-asiatiques.  A partir de ce moment-là, on comprend très bien que mettre le créole comme langue première des individus, qui n'ont d'avenir que l'horizon indéfini, est une des raisons pour lesquelles je souhaiterais que nous remettions le créole et la créolité et l'oeuvre de nos amis dans une forme de réalité qui est: que pouvons-nous faire avec un créole qui n'est pas porteur ? Projection que l'on ne peut pas rejeter. C'est pour cela que j'insistais pour ne pas donner l'impression que je voulais dévaloriser l'oeuvre de Chamoiseau-Confiant-Bernabé. Le problème, n'est pas de décourager les efforts qui sont faits par certains auteurs, pour rédiger leurs textes dans des langues minoritaires parce que là est le vrai problème. Il y a relativement peu de personnes qui parlent le créole, à plus forte raison qui le lisent encore moins, sont capables de l'écrire, n'est-ce pas ? Mais pour la petite minorité capable de le maîtriser, on ne peut que les encourager en espérant que les traducteurs, dûment qualifiés, pourront se charger de le traduire dans les langues universellement répandues, qu'ils sachent lui conserver son authenticité créatrice.

Hors des frontières nationales 

En dehors de ce problème, l'oeuvre littéraire a vocation à être universelle, à être lue par le plus grand nombre possible. Il est là une ambiguïté qui implique une question ouverte. La créolité est indubitablement une forme subtile de la négritude, car la négritude dans son combat actuel, son état actuel, sa prospective actuelle souffre encore d'une certaine méconnaissance liée au respect que nous vouons à nos aînés pour leurs oeuvres et pour la préoccupation constante des intérêts de la race noire dont ils font preuve. Aujourd'hui, la négritude avec sa majuscule portée à bout des bras par Aimé Césaire semble rencontrer un grand nombre de contestations. Les auteurs de la négritude eux-mêmes sont tout à fait lucides à cet égard, ils sont également critiques. Je pense à Césaire qui disait dans une interview à Lilyan Kesteloot:  "Je refuse absolument cet espèce de pannégrisme idyllique à force de confusionnisme, parce que je ne voudrais pas qu'on mêle au nom de la négritude, qu'on prenne la défense de tout ce qui est noir". Parce qu'au nom de la négritude on aurait pu défendre la dictature haïtienne par exemple, celle des Duvallier. L.S.Senghor, également, apprécie les critiques qui sont faites vis-à-vis de la négritude, mais il demande simplement que les critiques de la négritude proposent quelque chose d'autre, quelque chose qui fasse la différence. Je ne voudrais pas céder à l'habitude qui consiste à opposer les uns et les autres, les trésors de la négritude ou nos intellectuels Antillais, Africains, qui encore, nos aînés. Je crois, ce préambule fait, que le principal reproche que l'on puisse faire à la négritude, le seul d'ailleurs, c'est qu'elle est datée. La négritude est née dans les années 1930 et elle est l'oeuvre de nos illustres aînés, que je respecte. Mais de nos jours... Quand paraissait Le Cahier d'un retour au pays natal d'Aimée Césaire, les Etats africains étaient encore des colonies, dans leur majorité, et, depuis 1960, l'Afrique est indépendante.

Nous avons d'autres combats et c'est pour cela que les critiques vis-à-vis de la négritude ne peuvent à mon avis, pour être recevables, qu'être des critiques qui relativisent sa portée en fonction des exigences de l'heure, du temps, du présent que nous avons, qui nous appartient, qui nous revient de constuire en même temps que l'avenir naturellement.Parce que la négritude, qui a vu le jour dans les années trente sur les bords de la Seine à Paris, qui s'est nourrie des apports des influences issues de la négro-renaissance américaine et des indigénistes haïtiens des années 1870, est datée, je me ressasse. C'est un mouvement qui parfaitement justifié à l'époque ne correspond plus aux réalités auxquelles nous sommes confrontés. Il nous appartient de définir notre avenir. Mais, c'est un mouvement envers lequel nous devons être justes encore une fois. Je me réfère, une dernière fois, à Césaire qui disait, après avoir affirmé qu'il refusait absolument cet espèce de pannégrisme idyllique à force de confusionnisme, il ajoutait: "mais je demande aux jeunes d'avoir présent dans l'esprit ceci. C'est que ces jeunes-là qui se font aujourd'hui de belles dents sur la Négritude sont nés eux-mêmes dans la négritude". Aujourd'hui au regard de l'Humanité, on est en droit de se demander quel avenir nous réserve le monde actuel, la société actuelle face aux contraintes nées du racisme un peu partout. Je crois qu'il est utile de concevoir une nouvelle forme de langage propre à remplacer les anciennes. En effet, les vocables négritude, antillanité et créolité sont d'un autre temps...

                                                                                      Jonas Daniel Rano
 

 

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Femmes du Congo-Kinshasa. Défis, acquis et visibilité de genre
de Cikuru Batumike. 
Collection : études africaines. Editions L'Harmattan, mai 2009, Paris. Poids : 120 g 100 pages. ISBN : 978-2-296-07779-9. Prix public TTC : 11,00 €; frais de port et emballage : 1,50 € pour la Suisse. Réservez votre exemplaire auprès de l'auteur : cikurubatumike@hotmail.com ou par un simple courriel aux éditions l'Harmattan, service de diffusion : presse.harmattan5@wanadoo.fr

Lettres...
Les correspondances entre deux personnes aux origines culturelles éloignées, en terme géographique, se suivent mais ne se ressemblent pas. Les lettres de Marie Ito et de Cikuru Batumike, réunies ici, gardent un ton original. Au lieu d’être une perception née d’un choc de cultures, elles révèlent un échange qui ne se limite pas au seul cadre des référents culturels. 
Lettres à (de) l’amie qui me veut du bien, Nb de pages : 88, aux Editions Baudelaire, avril 2009. ISBN : 9782355081170 Achat par correspondance : 13 € + 3 € de port.

Idées
Voyage au fond de moi-même. 
par Jonas Rano

J’étais toujours assis sur la borne esquintée, route nationale sept (entre Trois-Rivières et Saint-Luce, en Martiique), voyageant à la rencontre de moi-même. Densité et légèreté ; nombre d’images défilaient, suivant leur rythme propre dans mon esprit. Cela dans une totale dualité. Nuit, lumière. Profondeur, étendue. Ombre, jour. 

J’étais bien là, Moi qui accordait au jour et à la nuit la faculté de figurer un troisième monde : le voyage au fond de moi-même. J’étais convaincu en ce « lieu » que ma pensée, loin d’être un lieu commun, rejoignait d’autres pensées, celles du monde ; une pensée du monde. J’y voyais depuis toujours la substance tangible du métissage ; la sève de notre vie, la substantifique moelle de notre créolitude.
J’avais le sentiment, tout à coup, de m’emporter envers ceux qui portent toute agression contre plus faible que pauvre. Des hommes de courage ? Présidents, ministres, professeurs ou directeurs de quelque chose, ne sont-ils pas tous, tout-puissants ! Ignorent-ils que ceux qui s’élèvent en juges auront eux-mêmes la gorge tranchée par leurs bourreaux ? Les peuples qui pleurent, les peuples qui souffrent, les peuples qui sont colonisés ne sont pas ignorants ; ils n’ignorent pas que le grain séparé de l’ivraie nourrit le Tout-monde.

Un des principes fondamentaux de la liberté est de penser, de dire, de créer. Et que toute restriction qui y est apportée devrait être justifiée aux regards des principes supérieurs qui garantissent contre l’arbitraire : or, les savants barbares ont de plus en plus tendance à vouloir substituer leur volonté et leurs cultures à celles des Afro-créoles. Certes, ces Barbares sont des gens de bonne volonté, bien-pensants, mais à la démarche plus ou moins colonialiste. En fait, ils répugnent à voir grandir les Créoles comme les Africains, dont les Racines des malheurs n’ont jamais été mises en lumière avec honnêteté. Au regard des réflexions abouties par les intellectuels du monde afro-créole, j’essaye de ne pas laisser quelque conformisme s’installer et faire partager de nouveaux champs d’information en contrepoint de la curiosité des sciences exotiques, qui sont aujourd’hui le plus politique qui soit. Certes, quand nos « Savants-Vieux » défendent bec et ongles leur « immortalité », ils détiennent, par-devers nous, les clefs de notre affirmation évidente. Grognons, ils ne communiquent pas ou si peu, ne transmettent pas ou si peu, et cautionnent de facto la démarche nihiliste des savants-barbares. Forcément, notre espace de liberté individuelle s’en trouve restreint. Et nous nous retrouvons, chaque jour, un peu plus orphelins, hors champ, noyés dans le triste nivellement voulu par l’Inhumain-législateur. C’est une injure faite au peuple créole. Qui s’en émeut ? Et c’est ainsi que l’hégémonie de la culture de masse massacre l’identité dans la culture traditionnelle.

Tous aux urgences ! Il nous faut donc préserver nos racines créoles et, africaines, en refusant dorénavant le « rabotage » sournois de toute culture singulière ou traditionnelle. C’est ainsi… De ce point de vue, j’affirme que les Initiés, comme les gens d’avant-garde, ne sont pas forcément dans les rangs de la protestation, ils conçoivent autrement. En m’intéressant à l’histoire de ma créolitude sans chercher à réveiller la frustration des vieux démons de la négritude, ou de la spiritualité, en évoquant – ou invoquant – des esprits malins, je m’appesantis simplement mais suffisamment sur la nécessité d’une approche de la littérature créole sachant s’inscrire dans l’histoire des techniques interprétatives. Très loin de la cacophonie médiatique de mes pairs, de l’écholalie de mes compères créoles, il me semble avoir expliqué ce qu’est ma créolitude : un état d’être. Je me sens bien dans ces moments où la beauté de la vie, celle de la nature, celle de l’esprit, n’en font qu’une ; cette beauté qui sans cesse vient me cueillir. Lorsque l’homme a rencontré la Beauté, pour lui, plus rien désormais n’a le même goût. Il ne lui reste plus qu’à aimer cette beauté et mourir. Le plus tard possible, j’en conviens. C’est dans ces moments que le fonds de moi-même remonte à la vie dans une interpénétration de ma raison libérée, décolonisée. C’est la forme de ma nature vraie. Il est alors une communication, plus encore une communion, avec la nature environnante. Et comme le fonds de notre vie, cette nature vraie remonte avec force, nous retrouvons notre véritable personnalité. Notre être primordial. Dès cet équilibre atteint, avec humilité, nous pouvons étouffer, avec modestie, toutes les pensées parasites qui nous assaillent pour ne nous consacrer qu’à une seule : comment être soi sans se fermer au monde et comment s’ouvrir au monde sans se perdre soi-même ?
 
 

Beau livre :
Photographies aux Éditions ORPHIE. Format 280 x 220 à l’italienne.
192 pages.  ISBN 2-87763-237-7.

 Jean-Claude Nourault

Jean Claude Nourault est issu d’une famille de photographes depuis plusieurs générations, il travaille dès son plus jeune âge en laboratoire. À 13 ans, il s’intéresse à la prise de vue comme photographe ambulant. À l’âge de 22 ans, il part pour Madagascar dont il réalisera plusieurs ouvrages ainsi que sur la Réunion, les Seychelles, les Comores ou l’île Maurice. Il entreprendra 14 fois la traversée du Sahara en voiture et réalisera plusieurs ouvrages sur le Maroc, la Côte-d’Ivoire et Djibouti. Il édite des cartes postales sur Madagascar, la Réunion, le Mali, la Côte-d’Ivoire, le Bénin, le Togo, le Niger, la Mauritanie et le Burkina Faso. Dans les caraïbes, il entreprend des cartes postales et réalise un ouvrage sur la Martinique. Il se spécialise dans la carte postale et des livres touristiques sur la Côte d’Azur. À 69 ans, il a toujours la même passion pour la photographie, la nature, l’aventure et les voyages. Il travaille maintenant en collaboration avec ses deux fils sur la Corse, les Antilles, l’Afrique et l’Océan Indien.Attiré par la beauté mystérieuse des grands déserts d’Afrique, le photographe Jean-Claude Nourault a parcouru le continent pour aller à la rencontre des peuples mythiques, pour la plupart nomades, de ces régions arides. « Scènes de Djibouti » est le témoignage du regard fasciné du photographe au contact de ce petit territoire de 23 000 km2 recelant une diversité incroyable de paysages et de visages. A cheval entre la mer et le désert, située à mi-distance entre Addis Abeba en Éthiopie et Sana’a au Yémen, Djibouti possède le caractère si particulier de cette région pluriculturelle qu’est la corne de l’Afrique.  Ce beau livre d’images, comptant 236 photographies représente les différents aspects de la vie du pays. Il est magnifiquement illustré. Le parfait piqué du moyen format donne ici sa pleine mesure : densité de couleurs et modelé traduisent rigoureusement la grandeur et la splendeur naturelle des sites ainsi que la fierté et la dignité de ces hommes et de ces femmes qui vivent comme les seigneurs des grands espaces. D’un format de 22 x 28 cm à l’italienne, cet ouvrage et ses 146 pages de plaisir éveilleront, sans aucun doute, l’envie de se rapprocher des charmes de ce pays mal connu.

 

Le quotidien

Bukavu : les enfants dits sorciers fêtent Noël avec les casques bleus de la Monuc
 
 

Enfants dits sorciers de Bukavu

Les enfants dits sorciers hébergés au Foyer Ek'abana à Bukavu ont fêté Noël dans l'allégresse, vendredi après-midi, en compagnie du contingent chinois de la Monuc de l'hôpital de niveau 2. La section chargée de la protection de l'enfant, qui a initié la rencontre, se réjouit de ce rapprochement entre ces soldats de paix et ces enfants rejetés par leurs propres familles, rapporte radiookapi.net
 

Le personnel de l'hôpital chinois, conduit par un staff local de la section protection de l'enfant Monuc-Bukavu, s'est rendu au Foyer Ek'abana dans la commune de Kadutu. L'accueil y a été chaleureux, en ce jour de noël, «jour de fraternité universelle», selon les responsables du Foyer. Cette visite a constitué un motif de satisfaction aussi pour la religieuse Italienne, qui a créé ce centre qui encadre les enfants marginalisés.

Ces enfants ont partagé la danse avec leurs hôtes. Pour le chef de la délégation chinoise, le Major Zhang Jianjun, «la protection de l'enfance est un sujet d'intérêt commun pour tout le monde. Sachez que vous n'êtes pas des enfants que le monde a oubliés. La preuve en est aujourd'hui que nous vous visitons et apportons pour vous la nourriture, quelques effets pour l'éducation et le sport. Nous souhaitons que notre geste d'amour rende votre vie meilleure et vous offre un avenir brillant», a-t-il déclaré à l’intention des enfants dits sorciers. 

Il a aussi émis les voeux de voir d'autres contingents de la Monuc s'activer à visiter ces enfants, qui ont besoin des contacts extérieurs pour les remettre en confiance avec la communauté.

 

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