AMT : sociétés. Chaque semaine, par des sujets de fond, nous posons notre regard sur les réalités du monde noir. 
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Rites

Deuil et funérailles, le deuxième fléau de l’Afrique !
 

Il y a tout juste quelques semaines, j’avais écrit, « La famille, pire ennemi de l’Africain ». Cet article a été repris et commenté à mon grand étonnement sur une bonne dizaine de blogs, sites et forum africains dans différents pays francophones du continent en particulier au Togo, en Côte d’Ivoire et au Sénégal. N’ayant été critiqué outre mesure par les lecteurs africains, je récidive ce jour avec, ce qui est à mon avis la deuxième plaie du continent. J’ai d’ailleurs eu la surprise de constater que cet article a essuyé nettement moins de critiques de la part de lecteurs que sur Agoravox.
 

Le deuil et les funérailles pénalisent gravement l’économie et la productivité de l’Afrique sub-saharienne. En plus de l’aspect économique non négligeable, les rites et pratiques funéraires maintiennent l’Africain dans la peur de l’irrationnel et la dépendance psychologique. Le domaine des morts interfère de façon très négative dans le quotidien des gens au point de leur pourrir la vie et leur couter des fortunes.

L’auteur de ces lignes s’appuie sur son expérience personnelle de plus de trente ans au contact de nombreuses ethnies du Congo, ex-Zaïre, du Sud-Soudan, du Rwanda, Ouganda et Kenya. Il sera pris en exemple l’ethnie bantoue du Nord-Kivu, les Banande dont les membres sont connus sous le terme de Bakonjo dans l’ouest de l’Ouganda. Cependant, en dehors de certains particularismes et d’une idiosyncrasie propre à chaque tribu, de nombreux points communs se retrouvent sur toute l’étendue du continent au niveau sub-saharien. La lecture d’ethnopsychiatres comme Ortiguès, Ibrahim Sow, Coulomb et l’école de Dakar, confirme l’auteur dans son interprétation, même si la symbiose islam et cultures sahélienne donne une dimension particulière au deuil en Afrique de l’Ouest, légèrement différente de la perception bantoue et nilotique.

Pour de nombreux Africains, la mort naturelle n’existe pas. De nos jours, certains intellectuels réfutent cette croyance, mais elle est encore bien enracinée dans les mentalités. Comme l’esprit du défunt peut interférer, le plus souvent de façon négative, il faut lui faire des funérailles qui le respectent et le satisfasse afin qu’il ne vienne par la suite perturber les vivants. Le modernisme, les religions importées et l’éducation tendent à minimiser ces croyances, mais elles perdurent au minimum au titre de tradition. Cependant, de nombreux Africains croient encore au pouvoir néfaste des morts.

La mort naturelle n’existe pas, elle survient pour trois raisons principales.

- Le mort a été empoisonné par un sorcier, un mulosi chez les Banande, qui a administré une substance toxique de son propre chef, par jalousie ou sur commande d’un tiers. Le poison est réel, ce n’est pas une vue de l’esprit, mais la peur d’être empoisonné dépasse souvent la réalité des faits. Ainsi bon nombre d’Africains ne boiront une bière que si la bouteille a été ouverte devant eux. Il est ainsi fréquent de lire cet écriteau dans les petits bars « toute boisson sera servie avec sa capsule ».
 

Tous les évêques Zaïrois décédés depuis trois ou quatre décennies, même à un age canonique, sont supposés avoir été empoisonnés. D’abord, Mrg. Malula par Mobutu en personne, pour les évêques de Butembo, il ne peut s’agir que des ‘Rwandais’ (comprendre des Tutsi ou des Banyamulenge), ennemis jurés des Bantous de l’est du Congo. Et les religieuses de l’ethnie de l’évêque y croient dur comme fer. Elles protégeaient bec et ongles leur Monseigneur de toute intrusion supposée malveillante à son égard. Il ne s’agit pas là de la lubie d’une seule ethnie, les évêques de Goma, Bukavu et Uvira sont aussi supposés avoir été empoisonnés. Et en dehors des membres du clergé tout décès de politicien qui n’est pas assassiné est obligatoirement considéré comme suspect. Il y a toujours quelqu’un désigné comme « profitant du crime ».

- Le mort a été victime d’un mauvais sort de la part de wali, terme employé pour désigner les sorcières dans l’ethnie prise comme référence, ou femmes capables d’interférer sur la vie ou la santé mentale d’autrui, non par le poison, mais par la pensée. La sorcière n’a pas besoin d’un substrat chimique pour être nuisible, contrairement au féticheur qui mélange sorcellerie et pharmacopée toxique. C’est ce qu’on appelle communément jeter un sort. Et ce sort peut faire perdre l’amour, rater un examen, tomber malade, entrer dans la folie ou même mourir. Il semble que ce soit la jalousie qui soit à l’origine de cette croyance, pour mourir il faut nécessairement quelqu’un qui vous en veut. On en arrive à ce paradoxe qu’aucun Africain n’ose cependant pas franchir, celui qui n’aurait pas d’ennemi pourrait devenir immortel !

- Enfin, celui qui n’est ni empoisonné ou victime d’un mauvais sort, peut décéder du fait de la volonté d’un esprit défunt qui pour des raisons qui lui sont propres viendra tourmenter un vivant pour se venger.

Malgré l’omniprésence du christianisme et de l’islam qui condamnent ces croyances, elles continent à exister même en milieu urbain. L’esprit scientifique en arrive à être contourné. Tel ce laborantin, dont le métier était de rechercher au microscope des parasites causant la malaria et qui disait : « Certes, on retrouve des plasmodiums falciparum dans le sang du malade, mais qui dit que ce n’est pas un esprit mal intentionné qui a utilisé un moustique pour contaminer le patient ? »

Le deuil et les funérailles sont aussi l’occasion de grands rassemblements qui ont un coût. Les Bakongo du Bas-Congo, à ne pas confondre avec les Bakonjo, organisent dans le Mayombe des cérémonies funéraires rassemblant des centaines de personnes qu’il faut nourrir et dépensent des fortunes en pierres tombales et stèles qu’ils mettent des années à financer. Ce sont d’ailleurs d’impressionnants monuments funéraires quelquefois inspirés des Portugais qui colonisèrent la région il ya plus de cinq siècles.
 

Les funérailles ne se conçoivent pas sans consommation de viande. La viande par excellence étant celle des bovins, mais dans certaines ethnies, on se contente de chèvre ou de porc. Et comme il faut satisfaire tout le monde, on commence les repas collectifs de deuil par les plats de légumes et de féculents pour qu’une fois l’estomac plein des invités puisse recevoir la viande et ne se plaigne pas qu’il n’y en a pas assez. Des convives insatisfaits pourraient irriter le défunt et le faire intervenir négativement. La viande est tellement impérative, consubstantielle au deuil, soulignant ainsi l’importance de la nourriture pour célébrer le passage des morts, qu’on peut voir un père égorgeant une chèvre dans l’heure suivant le décès d’un enfant en bas âge, avant même de penser à le pleurer.
 

Enfin, il est une composante réelle et non négligeable des funérailles qui n’est pas spécifiquement africaine. Il s’agit de la présence de pique-assiettes qui viennent se goberger et se gaver aux frais des défunts, certains n’hésitant pas à partir avec un sac de victuailles à la fin des repas.

Les funérailles s’accompagnent de rituels variant d’une ethnie à l’autre, elles sont très souvent défavorables aux veuves. Dans certaines tribus du Kasaï, on met du piment dans les yeux de la veuve pour qu’on la voie pleurer pour de bon. Si cela ne suffit pas, les belles-sœurs viendront battre celle qui fut l’épouse de leur frère. La veuve, qui a toujours quelque chose à se reprocher devra corrompre son défunt époux en lui glissant subrepticement dans la main du cadavre un billet de banque pour qu’ensuite, il lui foute la paix. Le jeu veut que les femmes de la famille du défunt fassent tout pour empêcher cette manœuvre. Et puis il y a la famille qui vient piller la maison de la veuve qui se retrouve quelquefois avec rien si ce n’est les vêtements qu’elle a sur le dos.
 

La présence de pleureuses, comme en Méditerranée, est plus un rituel, qu’une marque réelle de chagrin, surtout quand il s’agit d’un vieillard ou que celles qui pleurent connaissaient à peine le défunt.
 

Mais comme les funérailles rassemblent souvent des centaines de personnes venues des alentours, mais aussi de la ville ou de la capitale, voire de l’étranger, elles sont aussi l’occasion de consommation de boisson alcoolisées traditionnelles ou non ; D’ailleurs, souvent protestants non buveurs et musulmans réservent un petit coin spécifique pour que certains invités puissent boire selon la tradition. Et qui dit alcool, dit débordements sexuels. Les funérailles sont aussi l’occasion de grossesses non désirées et de maladies vénériennes.

Répercussions économiques

Outre les dépenses en frais funéraires, en cercueil et en restauration des convives que l’on retrouve dans toutes les cultures, l’impact de ces deuils a aussi des répercussions sur l’économie des pays. La tradition d’arrêter les travaux agricoles à la mort d’un chef pour une durée pouvant atteindre quarante jours a tendance à disparaitre. En effet, les nouveaux chefs, souvent éduqués prennent désormais souvent la décision d’un deuil symbolique. Ce fut le cas lors du décès des derniers mwamis, chefs coutumiers des Banande. Après réunion du conseil des anciens, il fut décidé de limites les obligations coutumières, mais certains rituels furent compulsivement respectés.
 

En ville, il n’est pas un jour qu’un employé d’une moyenne entreprise ne soit absent pour motif de funérailles. Et puis, il faut aussi compter sur le coût des déplacements, sur le rapatriement des corps par avion de l’étranger. Sans compter les travaux différés, les signatures de contrats reportées, les réunions annulées pour cause de deuil. A l’échelle d’un pays, la perte de productivité se chiffrer en millions.

La peur d’être accusé

Chacun se doit d’assister aux funérailles d’un membre de sa famille élargie et par extension d’un collègue de travail, d’un voisin ou d’une vague relation. Ne pas le faire, c’est enfreindre un tabou ou plutôt un interdit coutumier, un erilolo chez les Banande, et s’exposer à la vindicte populaire, ou du moins à l’opprobre et à la suspicion. Car celui qui ne vient pas aux funérailles a quelque chose à se reprocher, de là à dire qu’il est tout en partie responsable du décès, il n’y a qu’un pas que l’entourage du défunt est souvent prêt à franchir. Personne n’a envie d’être considéré comme un sorcier ou un jeteur de sorts. Aussi vient-on la main forcée aux enterrements et célébrations qui suivent.

Syncrétisme

L’Afrique est désormais chrétienne ou musulmane. Les purs animistes sont de plus en plus rares et ne se retrouvent qu’au cœur de la forêt équatoriale ou dans des régions isolées du Sud-Soudan ou des régions reculées du Sud-ouest de l’Ethiopie. Cependant, chrétiens et musulmans n’ont pas totalement abandonné les anciennes croyances, mais les ont intégrées à leur foi monothéiste. Au Sahel, le maraboutage a encore un sens et la peur des djinnsest omniprésente, tout comme les rituels d’exorcisme souvent islamisés. Le recours au zar, forme de désenvoutement, au nord Soudan quasi totalement arabisé est encore très pratiqué, ainsi que le kujur au sud. Malgré l’intervention des religieux des deux grands courants monothéistes, l’ensemble des croyants n’a pas encore abandonné ces pratiques. La peur des morts existe, elle se traduit par le respect de rituels teintés de superstitions préjudiciable à la santé mentale de bon nombre de gens, à leur libre arbitre et à leurs économies.

Que reste-t-il de ces croyances ?

L’Afrique n’est ni monolithique ni immuable. La modernité s’installe au contact des autres civilisations. Cependant, la crainte ou le respect des morts, c’est selon comme on se veut d’interpréter ce phénomène de société est encore très prégnant dans les sociétés africaines tant rurales qu’urbaines. Ces pratiques qui ne seraient qu’une légère perte de temps dans une économie prospère de type européen, entrainent des dommages difficiles à quantifier mais qui sont bien réels. Ajoutés au parasitisme social de la famille élargie, il y a de quoi paralyser un pays, du mois freiner son développement. Tout n’est pas bon en Occident, mais tout non plus n’est pas à rejeter. L’être humain a besoin de rituel pour exorciser la mort et confirmer son appartenance à une identité culturelle. Mais il y a des limites qui lorsqu’elles sont dépassées sont préjudiciables à toute la société. En particulier, les dépenses funéraires ne devraient en aucun cas prendre le pas sur les frais de santé et d’éducation, cela n’est hélas pas toujours le cas.

Georges Yang

Au fil de l'actualité
 
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La pub et les ghettos 
Quelles places les Noirs ont-ils 
dans la publicité ? 

par Gilles Lugrin & Stephanie Pahud 

Globalisation, mondialisation, centralisation, délocalisation, etc. Tant de mots qui troublent, qui inquiètent, qui traumatisent parfois. Et avec cette circulation de capitaux et d’individus vient son lot de problèmes :accentuation des différences entre pauvres et riches, entre Sud et Nord, entre majorités et minorités. Ainsi, que ce soient les répercussions du post-communisme (conflits en ex-Yougoslavie, Tchéchénie) ou celles de la globalisation (conflits interraciaux à Los Angels, augmentation des groupuscules d’extrême droite, attaques terroristes contre la première puissance mondiale), cette fin de siècle a plus que jamais marqué notre société du sceau du conflit.

Mais cette fin de siècle est également le symbole de la victoire, peut-être chimérique, du modèle démocratique sur les autres modèles sociaux. Tant en Amérique Latine, dans les pays de l’Est qu’en Afrique, le modèle démocratique s’impose inéluctablement face aux systèmes dictatoriaux. Avec elle, c’est un souffle de liberté qui semble parcourir la
planète. Et la publicité commerciale dans tout cela ? Quelle rôle a-t-elle joué dans cet élan de démocratisation ? Surtout, quels sont ses devoirs et ses impératifs aujourd’hui ? En nous interrogeant sur la manière dont certaines populations minoritaires ont été et sont aujourd’hui représentées dans la publicité commerciale, nous souhaitons réfléchir au rôle que joue cette dernière dans leur processus de reconnaissance et d’intégration. Ce volet se concentrera sur la représentation des noirs. La publicité est-elle révélatrice d’un état de la société qui la produit et qui la consomme ? 

Bien que la publicité soit un reflet kaléidoscopique, réducteur et déformant de la société à laquelle elle s’adresse, elle reste cependant un discours plus proche et plus représentatif de la perception sociale que le discours journalistique ou le discours politique. Sensiblement épurée de priorités éthiques ou politiques, garante du discours dominant, elle se veut proche de sa cible, ce qui en fait un discours particulièrement sensible aux caricatures sociales. En passant en revue successivement la représentation des noirs et des homosexuels, nous souhaitons attirer l’attention sur le rôle de la publicité dans la sphère sociale et en particulier sur son importance dans l’intégration ou, au contraire, dans le clivage qu’elle peut engendrer ou renforcer entre minorités et majorités. Puisant son inspiration dans le réservoir social de clichés, poncifs et lieux communs, la publicité vient à son tour renforcer ces préjugés. 

Les Noirs

En ne retenant que les Noirs, nous sommes conscients d’évincer nombre d’autres minorités, comme les asiatiques, les juifs, les maghrébins, les handicapés, etc.Les Noirs ont vécu l’esclavagisme, l’animalisation, la lutte pour son émancipation et, aujourd’hui, le combat pour sa reconnaissance. Elle constitue une minorité basée strictement sur des différences physiques. Ainsi, chaque minorité possède des traits qui lui sont propres (traits physiques, croyances religieuses, pratiques sexuelles, etc.) mais qui varient d’un pays à l’autre, d’une culture à l’autre. La publicité va ainsi se servir du noir pour transmettre un message de tolérance, va scénariser l’homosexuel pour véhiculer une pensée d’avant-garde, etc. Lorsqu’elle ne s’adresse pas directement à la dite minorité —publicité représentant des noirs pour une cible noire — chaque minorité sert une image, voire un territoire de marque. 

À chaque période son lot de stéréotypes

Contrairement à d’autres minorités, les noirs traversent l’ensemble de l’histoire publicitaire contemporaine. Cette dernière est marquée par trois courants principaux, qui, par moments, se superposent : d’abord, l’image de l’esclave noir, qu’il soit originaire d’Amérique ou des Antilles ; ensuite, celle du bon sauvage africain ; enfin, celle de l’apprenti civilisé occidentalisé. L’esclave a longtemps été une image bienséante dans la publicité. Les champs de canne à sucre ou de coton d’une part, et les pantalons rayés rouge et blanc d’autre part, ont en été les symboles. La publicité pour le chocolat a été l’un des lieux de prédilection de la représentation des noirs. Dans celle-ci, le rôle de boy est caractéristique d’une des fréquentes images du noir immigré en Occident. 

De l’esclave au bon sauvage 

C’est en exhibant certains stigmates, en vérité très peu représentatifs, que l’on a très longtemps représenté l’homme noir. À l’image d’une publicité pour un Minstrel’s Show, le noir a été assez systématiquement représenté avec de grosses lèvres, de gros yeux ronds, des oreilles généralement affublées de boucles d’oreille, des cheveux crépus, un nez empâté et un faciès prognathe. Deux tendances majeures se sont d’autre part manifestées. D’abord, la mouche posée sur la langue du personnage central ressuscite le caractère cannibale, clairement évoqué dans une annonce pour un extincteur !  Ensuite, le bon sauvage s’oppose à la technologie occidentale. Une publicité pour l’aéromaritime oppose ainsi la technologie à la tradition séculaire. 

Des produits de prédilection 

Aux différentes périodes qui ont marqué la représentation des noirs correspondent des transformations radicales dans les produits mis en jeu, très hétérogènes. Certains d’entre eux en ont cependant connu un usage plus suivi : chocolat (Banania), rhum (Negrita), riz (Uncle Ben’s), institutions (SOS Racisme), etc. Mais l’image des noirs est surtout porteuse pour certains types de produits (alimentation exotique, tourisme, et, à une certaine époque, produits d’entretien et de nettoyage) alors qu’elle ne l’a jamais été pour d’autres (électroménager, voiture, etc.). Si certains de ces usages peuvent se justifier, d’autres sont beaucoup plus discutables, tant pour les traitements qui y sont faits que pour les produits qu’ils servent à promouvoir. Une annonce pour du chocolat mettait en scène un noir caricatural se regardant dans un miroir et se comparant ainsi à une plaque de chocolat. 
Mais le paroxysme écœurant de ces publicités dénigrantes se joue sans aucun doute dans des annonces pour cirages et pour produits de lessive. Une annonce mettait en scène deux personnages, un noir et un asiatique, chacun démontrant l’efficacité d’un cirage sur leur propre peau ! Pire, à l’instar d’une annonce pour le Savon Perdrix , de nombreuses publicités démontraient leur efficacité en " blanchissant " des noirs. Dans cette dernière, la caricature du personnage ne fait que renforcer sa situation dégradante. 

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Le publicitaire a longtemps été un homme blanc. On comprend dès lors la représentation biaisée tant de la femme que de certaines minorités. Mais l’évocation de ce manque d’objectivité ignore trop souvent les prérogatives marketing, c’est-à-dire la nature de l’acheteur-consommateur : en général, les publicités montrent la cible à laquelle le produit s’adresse et parlent aux masses plutôt qu’aux minorités. S’il a longtemps été principalement l’homme blanc, le marché ayant depuis lors évolué, la publicité a suivi. 

Ainsi, tout en conservant certaines caractéristiques reflétant des différences culturelles, la publicité qui s’adresse à la société noire tient un discours sensiblement identique à celui visant la société blanche : que ce soit une carte de crédit, une voiture de luxe ou un cognac, tous communiquent à la manière occidentale. Des agences de publicité se sont même spécialisées dans le marketing ethnique. 

Des inadéquations pourtant édifiantes 

Reste qu’en dépit de l’apparition du marketing ethnique, tout n’est pas résolu. Pour illustrer au mieux les possibles inadéquations entre représentation des noirs dans la publicité et réalité, l’exemple des couples mixtes, qui se retrouvera de manière similaire
dans la publicité homosexuelle, est édifiant. Alors qu’historiquement, le couple mixte dominant a longtemps été l’homme blanc avec la femme noire, la publicité a assez systématiquement mis en scène la femme blanche avec l’homme noir, répondant ainsi certainement plus à un fantasme masculin qu’à une réalité sociale. 

Un message social 

Enfin, en guise de contre-exemple, les nombreuses associations anti-racistes ont fréquemment utilisé l’image du noir pour dénoncer le racisme ambiant. À cela s’ajoutent les entreprises qui ont choisi, comme McDonald’s, la poste ou encore Diesel , de se positionner localement dans le débat social. À ce propos, Jean-Marie Dru porte un regard intéressant sur Benetton. Il se dit favorable à ce discours engagé en faveur de la tolérance entre ethnies, dont " United Colors of Benetton " est le symbole. Il regrette cependant que Benetton se soit ensuite dispersé en s’attaquant à de trop nombreux problèmes (violence, sexe, sida, peine de mort, etc.), au lieu de se concentrer sur ce premier message de tolérance. 

Pour en savoir plus :  Bachollet R., Debost J.-B. & Lelieur, A.-Cl. : Négripub. l'image des Noirs dans la publicité, Paris : Ed. Somogy, 1992.  MINOT, Fr. 2001 : Quand l’image se fait publicitaire,  Paris, L’harmattan, pp. 201-241

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"On pense encore à toi, oh Bwana"
 

au temps béni des colonies : le mépris d'une culture

De l'Indochine au Congo en passant par l'Algérie, les «colonies» revivent sous nos yeux en 160 pages et une foule d'images grâce à Charles-Henri Favrod. Grand voyageur, connaisseur pointu de l'Afrique et de l'Asie, le journaliste et écrivain suisse se penche sur ce passé récent à un moment où celui-ci renoue avec l'actualité. 

Le rôle positif de la colonisation? «Incongru»!

En 1976, «Le temps des colonies», c'était une chanson de Michel Sardou qui défrayait la chronique. Après «Les Ricains», mais surtout «Je suis pour», la pensée bienséante accusait le chanteur de tous les maux. Quitte à en perdre le sens de l'humour.  «Moi monsieur j'ai fait la colo, Dakar, Conakry, Bamako. Moi monsieur, j'ai eu la belle vie, au temps béni des colonies. Les guerriers m'appelaient Grand Chef, au temps glorieux de l'A.O.F. J'avais des ficelles au képi, au temps béni des colonies.» Et plus loin: «Pour moi monsieur, rien n'égalait les tirailleurs sénégalais, qui mouraient tous pour la patrie, au temps béni des colonies.» Comment a-t-on pu lire cela au premier degré, prendre la charge pour une apologie, et voir ainsi en Sardou un apôtre du néo-colonialisme, le mystère reste entier. Trente ans plus tard, «Le temps des colonies», c'est un ouvrage du journaliste et écrivain Charles-Henri Favrod*. Un livre qui tombe en plein débat en France sur les rapatriés et les harkis et qui évoque le «rôle positif de la présence française» notamment «en Afrique du Nord» «On pense encore à toi, oh Bwana», disait le refrain de la chanson...Si Sardou et Delanoë avaient clairement  voulu donner dans l'humour à la fin des années 70, avec une finesse discutable on en conviendra,ce n'est vraisemblablement pas le cas de la législation française. 

Un livre d'images

Deux phrases expliquent bien la démarche de Charles-Henri Favrod. Dans la préface, une citation du photographe de  l'Ouest américain Henry Jackson: «L'importance de la photographie vient de ce qu'elle a l'importance d'un fait». Et, dans l'avant-propos, une phrase de Favrod lui-même: «Ces images témoignent, au fil du texte, d'une histoire d'il était une fois.Ce qu'il fallait démontrer». Le lecteur peut alors embarquer dans un voyage qui va l'amener de la Louisiane à la Nouvelle- Calédonie en passant par l'Afrique du Nord, l'Afrique occidentale, Madagascar, l'Afrique orientale, puis  l'Inde,Ceylan, l'Indonésie, l'Asie du Sud-Est... Une déferlante d'images évoquent le choc – parfois silencieux, parfois tonitruant – entre des civilisations millénaires et la démarche à la fois impérialiste et paternaliste de l'Europe toute puissante. Il y a ce petit cireur, à Alger en 1900, agenouillé devant un Européen en complet et chapeau. Les Africains de Guinée, charmants «sauvages» invités à l'exposition universelle de Paris en 1867. Ou la flotte marchande occidentale traversant un canal de Suez flambant neuf. Il y a ces représentants d'une mission catholique de Brazzaville mettant en joue, théâtralement, un léopard déjà allongé à terre. Les portraits ethnographico-exotiques de ces êtres étranges dont regorge  la planète: jeunes filles zouloues aux seins nus, notables cinghalais impassibles, prostituées de Saïgon douces comme des poupées, miliciens annamites... Il y a, éclatant de blanc – uniformes, casques coloniaux - le «passage du Gouvernement Général en Gare de Bamako». Ou, saisissante, cette carte postale que l'expéditeur a signée et annotée d'un très cordial «Bien des choses». On croit rêver. 

Un livre de mots

Au fil des pages, Charles-Henri Favrod raconte, à travers les photos (toutes proviennent de sa collection privée), et à travers ses propres mots, qui témoignent de sa large érudition. Une érudition d'historien, mais aussi d'homme de terrain.  L'historien évoque le passage du comptoir à la colonie, les soldats couvrant les marchands, puis l'intrusion de l'Eglise avec, sur ses talons, l'administration, et l'exploitation, souvent la coupe en règle, d'une région. Il place en opposition ces royaumes qui, durant des millénaires, «durèrent, paisibles, ignorés», lorsqu'il évoque par exemple la région des sources du Nil. Et emmêle habilement les regards d'alors et son propre regard. Car Charles-Henri Favrod sait décrire un lieu, ses vibrations, son âme. Ainsi, à propos de Zanzibar: «Prisonniers de l'île, peut-être? On avait peine à s'en arracher. Cette éternité de beau fixe, cette souplesse des palmes, cette immobilité de l'air sucré, cette poussière des siècles, tout composait une sorte de philtre paralysant, à la fois bienheureux et maléfique. Où était-on, d'ailleurs? En Afrique, en Asie, hors du temps dynamique. Les horloges s'étaient arrêtées» 

«Améliorer leur condition»

A la différence de la loi française de février dernier, qui propose un jugement de valeur dans un cadre dont la subjectivité est en principe exclue, Charles-Henri Favrod écrit un texte personnel, éminemment ressenti, mais qui ne juge pas. Un texte qui raconte et montre. Comme la photo raconte et montre. Même si, bien sûr, le cadrage d'une image n'est  jamais totalement impartial non plus...Et ce n'est donc pas un hasard si l'ouvrage du fondateur du Musée de l'Elysée à Lausanne se conclut sur ces 'Instructions à La Pérouse, recopiées et annotées par Loui XVI, qui datent de 1785: «Il prescrira à tous les gens des équipages de vivre en bonne intelligence avec les naturels, de chercher à se concilier leur amitié par les bons procédés et les égards ; et il leur défendra, sous les peines les plus rigoureuses, de ne jamais employer la force pour enlever aux habitants ce que ceux-ci refuseraient de céder volontairement. Le Sieur de La Pérouse, dans toutes les occasions, en usera avec beaucoup de douceur et d'humanité envers les différents peuples  qu'il visitera dans le cours de son voyage. Il s'occupera avec zèle et intérêt de tous les moyens qui peuvent améliorer leur condition.» 

Bernard Léchot 

Charles-Henri Favrod est né en 1927 à Montreux. Etudes de Lettres à l'Université de Lausanne. Journaliste, il arpente les continents et publie notamment «Une certaine Asie», «Le Poids de l'Afrique», «Le Défi du désert, suivi de Retour au Yémen». Il collabore à la presse et à la télévision françaises.- Il est l'un des intermédiaires officieux entre la France et le FLN algérien à l'aube des Accords d'Evian (1961).- Il fonde en 1985 à Lausanne le prestigieux Musée de l'Elysée, dédié à la photographie.Depuis, il a été le maître d'oeuvre de deux nouveaux musées de la photographie,  l'un à Florence, l'autre à Trieste.

 
Dossier
Interdire l'excision féminine : la prudence de la Suisse

Entre 6000 et 7000 femmes excisées ou menacées de l'être vivent en Suisse. Ces chiffres ont été avancés dans un récent rapport de l'UNICEF section Suisse, sur la base d'une enquête menée auprès des gynécologues, sages-femmes, pédiatres et services sociaux. Entre ces chiffres et le drame de l’excision, il existe une série de mesures axées sur la prévention et l'information. Appuyée en cela par l'imminente intervention de la loi, non sans faire grincer des dents. Notre dossier.

27 juin 2008: un premier procès vient de sanctionner un acte de mutilation génitale en Suisse. Un couple de somaliens reconnaît avoir fait exciser leur fille de deux ans, en 1996, à leur domicile à Zurich.  Appuyant la proposition du procureur, le Ministère public avait requis, en l’endroit du couple somalien, deux ans de prison avec sursis. « Peut mieux faire », ont estimé les défenseurs des droits de la femme et de l'enfant pour qui "le sursis ne se justifie pas parce que basé sur une simple déclaration des criminels qui prétendent ne pas savoir que l'excision est un crime que la loi réprime." La raison de cette légère peine a été donnée par la justice : « les parents ignoraient, à l'époque, que leur acte tombait sous le coup de la loi en Suisse ». Selon l'accusation, l'excision avait été pratiquée au domicile des parents par un Somalien de passage. Ce dernier n'avait pas été identifié. A la suite de cette sanction, ce procès a fait jurisprudence. Deux autres procès, de grande gravité, ont été prononcés, ces dernières années, en Suisse.
Pratique d'un autre temps
L'excision des jeunes femmes est une pratique qui remonterait à l’Antiquité. A cette époque, on aurait retrouvé, des momies excisées dans des tombeaux de l’Egypte ancienne. Au fil des années, des Hadiths ont essayé de la justifier, s'appuyant sur le coran, sans jamais convaincre. Dans plusieurs cultures, on essaie de justifier l’excision quand bien même les sociétés et les mentalités ont évolué. C’est dire que l'excision est loin de disparaître définitivement. Cette pratique consiste en l'ablation partielle ou totale du clitoris voire des petites lèvres, sans anesthésie et sans asepsie. Sa version la plus cruelle, l'infibulation, complète une mutilation de l'ensemble des organes génitaux que vivent des millions de femmes dans le monde. Certes, l’infibulation et l’excision se confondent. Mais, ils restent, non seulement des mots, mais également une réalité cruelle.
Elles sont, de plus en plus jeunes (voire des bébés), sans défense, des jeunes femmes contraintes à subir l'excision. Officiellement ou clandestinement. Avec ou sans la bénédiction des autorités politiques locales. Celles et ceux qui justifient sa raison d'être ne sont pas à court d’arguments. L'opération vise à débarrasser le sexe féminin de tout ce qui peut rappeler le masculin, à «rendre la femme complètement femme». Il s'agirait d'une tradition rituelle en mesure de relier chaque communauté à ses ancêtres, en réalité, elle opérerait la soumission du corps féminin à un « marquage symbolique » qui l'influencerait secrètement et signerait l'appartenance à une communauté. Il s’agirait surtout d'un rite de passage vers l'âge adulte; d'une coutume qui permet à la jeune femme d'affronter la douleur de l'accouchement; d’un rite qui permettrait à la femme de faire face aux souffrances de la vie ou de parer à toute situation d'infidélité. Il semblerait que si la jeune fille n'est pas excisée, elle adopterait, dans sa vie future, une attitude libertaire par rapport à la sexualité. Elle serait incapable de maîtriser ses pulsions sexuelles et, par conséquent, elle aimerait les hommes sans retenue. Depuis des lustres, cette façon de « vivre » s’est ancrée dans le subconscient collectif que, dans certaines sociétés, certains hommes refusent, jusqu’à aujourd'hui, d'épouser des femmes non excisées.
Celles et ceux qui se battent contre l’excision mettent en avant son côté archaïque : une tradition immémoriale qui engendre des suites néfastes sur la santé physique ou psychique de femmes qui la subissent. Ils dénoncent le fait que durant toute leur vie, les victimes doivent surmonter un traumatisme psychologique en plus d'être conditionnées pour servir la communauté et réprimer leurs envies. Non seulement les filles excisées gardent la marque d’une blessure intérieure grave, mais également, elles sont l'objet d'infections successives de la vessie ou des voies urinaires. Il arrive que leur future vie conjugale en fasse les frais.  Elles peuvent refuser à leur mari des rapports sexuels difficiles au risque de s’exposer à un éventuel divorce. Dans tous les cas, l'excision est une absurdité. Elle ne sert à rien sinon qu'à marginaliser la femme; à porter atteinte aux droits fondamentaux qui lui reviennent ; à la sous-estimer.
Des ferventes oppositions
Aux quatre coins du monde, on se mobiliser pour faire passer le message contre cette forme de violence. En effet, de plus en plus de personnes, d'associations, de relais, de groupes de paroles et d'ONG haussent le ton devant ce qu'il est convenu d'appeler des pratiques moyenâgeuses, relevant plus de la barbarie que des coutumes. Leur mobilisation est une réponse à une façon de vivre qui prend de l'ampleur, horrifie, scandalise en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie et, aujourd'hui, en Europe où sont installés les communautés arabo-africaines, par la voie des migrations. Actuellement, les rapports internationaux estiment que 150 millions de femmes dans le monde ont fait l'objet de ces mutilations, dont 3 millions de cas chaque année. Or donc, cette mobilisation se heurte à la résistance de celles et ceux qui en tirent profit. Elle se heurte à l'incapacité et à l’absence de volonté des pouvoirs publics de mettre en œuvre les moyens d'action pour freiner, si pas, interdire carrément l'excision. Dans les milieux migratoires, l'excision est "un thème tabou" estime Monika Hürlimann, coordinatrice au Service de médiation pour la prévention contre l'excision des filles, chez Caritas Suisse (Zurich). Chose étonnante, selon elle, "les réticences sont plus grandes chez les spécialistes en Suisse que chez les familles migrantes. D'aucuns ont peur d'aborder la question; de parler de la sexualité avec des Africaines."  Dans certains  milieux, on évite d'en parler, pour ne pas froisser et culpabiliser les personnes attachées à cette coutume très ancienne, et pour ne pas créer des animosités de voisinage. La Suisse se bat, lentement mais sûrement pour que médecins et sages-femmes sensibilisent les travailleurs sociaux et les éducatrices de la petite enfance autour de la question.
Le journaliste Jean-Claude Boz, humaniste au grand coeur, spécialiste en politique et géopolitique, responsable d'un réseau résolument engagé contre toute forme de mutilation ne mâche pas ses mots : "J’ai derrière moi un groupe très efficace de militants de défense des droits de l’homme, de la   femme et de l’enfant. Nous soutenons par conséquent toutes actions humanitaires, en ayant conscience que  celles-ci, naturellement nécessaires, autant dans l’urgence que dans la durée, n’ont pas vocation à changer l’ordre du monde. Notre campagne contre l’excision n’est qu’un combat parmi d’autres, sur lesquels nous sommes engagés. Sur la question des mutilations sexuelles je suis intervenu directement par courrier auprès de l’actuel Président de la République française, en lui joignant copie de mon dernier texte. Nous souhaitons, par exemple, impliquer l’Islam de France dans cette campagne par le biais de ses plus hauts représentants, puisque tant les exciseuses que sont les parents des petites victimes se réclament de cette religion,  alors qu’en réalité ces pratiques pré islamiques n’ont rien à voir avec l’Islam qui les tolère sans plus. Ainsi par les prêches des Imams, le message serait passé dans toutes les mosquées, sur l’ensemble du territoire national. Cette pratique perdure au nom de traditions ancestrales, s’appuyant sur la complicité des clans ethniques, parfois restreints aux seuls cercles familiaux, parfois sur des communautés plus larges régies par la loi du silence. Je considère que chacun d’entre nous peut contribuer à son niveau à changer le monde, faire en sorte qu’il soit demain un peu moins répugnant d’égoïsme qu’il ne l’est aujourd’hui. La souffrance de chacun devrait être ressentie comme étant l’affaire de tous."
En Europe et en Suisse
En dehors de la Suisse, la campagne contre l'excision de femmes ne fléchit pas. Elle se fonde sur une seule philosophie : « Il faut agir également au plan international, car comment empêcher qu’une mineure soit emmenée au pays d’origine des parents pour y être excisée ? En agissant ainsi ils ont toutes facilités de contourner les lois européennes qui interdisent ces mutilations chez nous et ils le savent pertinemment ». En effet, pendant des années l’Europe a été superficiellement informée sur la question des MGF-excision. Ce n'est que dans les années 80 qu’elle prendra conscience de l’existence de leur pratique sur son continent. Ont vu le jour, depuis cette date, au niveau européen, des réseaux de lutte contre les MGF pratiquées en dehors du continent africain. Leur mise en place ont nécessité plusieurs réunions et discussions des personnes qui se battent contre les mutilations pratiquées, sur les jeunes filles, en terre d'exil. Ces réseaux comprennent leurs statuts, des chartes, des textes fondateurs et des comités de direction élus. Il y a une dizaine d'années, l’Union européenne s’impliquait dans la lutte contre les MGF-excision. En décembre 2001, le Parlement européen organisait à Bruxelles, un colloque international sur la question dénommé "STOP MGF". Elle débloquait 100 000 Euros pour appuyer les activités de prévention et d’élimination de l'excision. Un réseau européen de prévention des MGF visant à coordonner les actions des divers groupes de lutte contre les MGF à travers l’Europe a vu le jour.
En Suisse, des pressions et des actions sociales essaient de dénoncer la pratique de l'excision. Elles se présentent sous plusieurs formes. Restent mobilisés, les médiateurs culturels issus des communautés concernées, les pédiatres et les médecins régulièrement au contact d'enfants exposés. Les gynécologues et les mères d'enfants menacés sont également mis à contribution : ils ont la possibilité d'intervenir, par des discussions constructives, dans des soirées organisées autour du sujet.  En plus des séances d'informations, il y a des brochures.
"Femmes mutilées, plus jamais", tel est l'intitulé d'un film documentaire sorti dernièrement en Suisse. Élaboré par l'Institut International des droits de l'enfant, en sigle IDE, basé à Sion, ce documentaire fournit des informations sur l'excision en milieux à risque, particulièrement des ressortissants de Somalie et Erythrée, dans la Corne de l'Afrique. Le film s'accompagne d'un manuel pratique destiné aux professionnels concernés, de près ou de loin, par la question. Il met en exergue les conséquences de l'excision sur la santé et sa perception dans l'arsenal législatif national et international. Il donne des recommandations sur la façon d'aborder ce grave sujet qu'est l'excision.
Pour les fillettes déjà excisées en Suisse ou au pays d’origine de leurs parents, à l'occasion d’une période de vacances, il existe l'ultime recours à la chirurgie réparatrice. Ancienne conseillère nationale, ancienne députée, ancienne directrice du Service de promotion de l’égalité entre homme et femme,  militante féministe et directrice générale de l'Office des droits humains à Genève, Fabienne Bugnon a créé une association qui vient en aide aux femmes excisées. Elle se charge de leur opération réparatrice. Elle essaie d'obtenir des assurances la prise en charge des interventions chirurgicales. Et après une intervention ? Aucume structure de suivi psychologique n'existe réellement en Suisse.
Si campagne il y a, celle de la section suisse de l'Unicef marque les esprits, chaque année, le 6 février, à l'occasion de la Journée internationale de la lutte contre l'excision.  Intitulée "Halte à l'excision, en Suisse aussi" elle dénonce, par des lectures publiques, des courriers d'information, des échanges et des annonces dans la presse, le sort fait aux "petites filles excisées dans des conditions peu hygiéniques au moyen de couteaux émoussés, de tessons ou de lames de rasoirs, à l’ombre d’un arbre ou dans une hutte." Et surtout, le fait que ces "petites filles sont dépouillées du droit à leur intégrité physique. La MGF blesse la dignité humaine, se pratique sans son consentement et s’accompagne toujours de risques importants pour la santé."
Pour que ces enfants aient une enfance digne et préservée, l’Unicef se mobilise contre l’excision depuis des années. C’est en 1985 que le Fonds des Nations Unies pour l’enfance collabore avec des organisations partenaires au niveau international, national et régional. En 2001, dans la vue de renforcer son travail d’information et de sensibilisation, l'Unicef insiste sur la réalité d'une Suisse où les petites filles ne sont pas suffisamment protégées contre une excision. A ce jour, l'organisme a mis à jour deux publications, à savoir : « La mutilation génitale en Suisse », de Stefan Trechsel et Regula Schlauri; et «A propos de la punissabilité de la mutilation génitale féminine de type l et lV» de M.A. Niggli et Anne Berkemeier. A chaque campagne, l'Unicef a toujours émis le souhait de voir inscrite, un jour, la mention explicite de mutilation génitale féminine dans le Code pénal suisse. Ceci aurait un effet préventif non négligeable et constituerait un signal clair.
Ne pas confondre tatouage et excision
Or donc, le souhait de l'Unicef a été entendu dans les sphères politiques suisses. En effet, il y a exactement une année que Berne planche sur la loi visant à condamner et à sanctionner tout acte de mutilation génitale sur les filles. Il s'agira de punir les excisions et autres mutilations commises en Suisse. Leurs auteurs pourront encourir jusqu'à dix ans de prison. A cette exception près qu'un alinéa de cette loi envisage d'autoriser ces mutilations sur les femmes majeures, dès 18 ans. A l'origine de cette initiative parlementaire, la conseillère nationale (députée) socialiste Maria Roth-Bernasconi affirmait que "pendant les travaux, les juristes nous ont signalé que si on punit les mutilations sexuelles, il faudrait du même coup prohiber le piercing du clitoris ou les opérations de chirurgie esthétiques des organes génitaux..." Simpliste, cet argument ne prenait pas la mesure de la gravité de l'acte d'exciser. A savoir que le piercing ou les opérations de chirurgie esthétique ont cette différence avec l'excision, que les personnes sur lesquelles on les pratique en font le choix. La petite fille malienne ou somalienne qui tombe sous le rasoir de l'exciseuse ne fait pas, elle, ce choix. Moins encore, elle n'a aucun moyen de se défendre. Cette disposition avait surpris nombre de personnes et organisations engagées dans le combat contre l'excision et la protection de la femme et des enfants. Ils y ont vu non seulement une libéralisation de cette pratique, mais également un appel à un "tourisme des mutilations génitales".
La polémique est loin d'être close, tandis que la loi susdite devait entrer en vigueur au début de 2011. Soutenue par la majorité des partis politiques suisses, elle a été adoptée à l'unanimité par la commission des affaires juridiques du parlement (Conseil national). Dans tous les cas, en Suisse, l'acte de mutiler est devenu un délit (même si il a été commis à l'étranger). En cas de soupçon fondé, les autorités sont en droit de sévir. 
Adresses utiles : -Comité suisse pour l'UNICEF, Baumackerstrasse 24 CH 8050 Zürich; -Caritas Suisse, service de médiation pour la prévention contre l'excision des filles en Suisse, Löwenstrasse 3 CH 6002 Lucerne; -Institut international des Droits de l'enfant, cp 4176 CH 1950 Sion; -INTERPRET, Monbijoustr. 61 CH 3007 Berne; -Office des droits humains, Boulevard Helvétique 27 (5ème étage) 1207 Genève
 
Cikuru Batumike
Actuel
 

Voyage au fond de moi-même. 
par Jonas Rano

J’étais toujours assis sur la borne esquintée, route nationale sept (entre Trois-Rivières et Saint-Luce, en Martiique), voyageant à la rencontre de moi-même. Densité et légèreté ; nombre d’images défilaient, suivant leur rythme propre dans mon esprit. Cela dans une totale dualité. Nuit, lumière. Profondeur, étendue. Ombre, jour. 

J’étais bien là, Moi qui accordait au jour et à la nuit la faculté de figurer un troisième monde : le voyage au fond de moi-même. J’étais convaincu en ce « lieu » que ma pensée, loin d’être un lieu commun, rejoignait d’autres pensées, celles du monde ; une pensée du monde. J’y voyais depuis toujours la substance tangible du métissage ; la sève de notre vie, la substantifique moelle de notre créolitude.
J’avais le sentiment, tout à coup, de m’emporter envers ceux qui portent toute agression contre plus faible que pauvre. Des hommes de courage ? Présidents, ministres, professeurs ou directeurs de quelque chose, ne sont-ils pas tous, tout-puissants ! Ignorent-ils que ceux qui s’élèvent en juges auront eux-mêmes la gorge tranchée par leurs bourreaux ? Les peuples qui pleurent, les peuples qui souffrent, les peuples qui sont colonisés ne sont pas ignorants ; ils n’ignorent pas que le grain séparé de l’ivraie nourrit le Tout-monde.

Un des principes fondamentaux de la liberté est de penser, de dire, de créer. Et que toute restriction qui y est apportée devrait être justifiée aux regards des principes supérieurs qui garantissent contre l’arbitraire : or, les savants barbares ont de plus en plus tendance à vouloir substituer leur volonté et leurs cultures à celles des Afro-créoles. Certes, ces Barbares sont des gens de bonne volonté, bien-pensants, mais à la démarche plus ou moins colonialiste. En fait, ils répugnent à voir grandir les Créoles comme les Africains, dont les Racines des malheurs n’ont jamais été mises en lumière avec honnêteté. Au regard des réflexions abouties par les intellectuels du monde afro-créole, j’essaye de ne pas laisser quelque conformisme s’installer et faire partager de nouveaux champs d’information en contrepoint de la curiosité des sciences exotiques, qui sont aujourd’hui le plus politique qui soit. Certes, quand nos « Savants-Vieux » défendent bec et ongles leur « immortalité », ils détiennent, par-devers nous, les clefs de notre affirmation évidente. Grognons, ils ne communiquent pas ou si peu, ne transmettent pas ou si peu, et cautionnent de facto la démarche nihiliste des savants-barbares. Forcément, notre espace de liberté individuelle s’en trouve restreint. Et nous nous retrouvons, chaque jour, un peu plus orphelins, hors champ, noyés dans le triste nivellement voulu par l’Inhumain-législateur. C’est une injure faite au peuple créole. Qui s’en émeut ? Et c’est ainsi que l’hégémonie de la culture de masse massacre l’identité dans la culture traditionnelle.

Tous aux urgences ! Il nous faut donc préserver nos racines créoles et, africaines, en refusant dorénavant le « rabotage » sournois de toute culture singulière ou traditionnelle. C’est ainsi… De ce point de vue, j’affirme que les Initiés, comme les gens d’avant-garde, ne sont pas forcément dans les rangs de la protestation, ils conçoivent autrement. En m’intéressant à l’histoire de ma créolitude sans chercher à réveiller la frustration des vieux démons de la négritude, ou de la spiritualité, en évoquant – ou invoquant – des esprits malins, je m’appesantis simplement mais suffisamment sur la nécessité d’une approche de la littérature créole sachant s’inscrire dans l’histoire des techniques interprétatives. Très loin de la cacophonie médiatique de mes pairs, de l’écholalie de mes compères créoles, il me semble avoir expliqué ce qu’est ma créolitude : un état d’être. Je me sens bien dans ces moments où la beauté de la vie, celle de la nature, celle de l’esprit, n’en font qu’une ; cette beauté qui sans cesse vient me cueillir. Lorsque l’homme a rencontré la Beauté, pour lui, plus rien désormais n’a le même goût. Il ne lui reste plus qu’à aimer cette beauté et mourir. Le plus tard possible, j’en conviens. C’est dans ces moments que le fonds de moi-même remonte à la vie dans une interpénétration de ma raison libérée, décolonisée. C’est la forme de ma nature vraie. Il est alors une communication, plus encore une communion, avec la nature environnante. Et comme le fonds de notre vie, cette nature vraie remonte avec force, nous retrouvons notre véritable personnalité. Notre être primordial. Dès cet équilibre atteint, avec humilité, nous pouvons étouffer, avec modestie, toutes les pensées parasites qui nous assaillent pour ne nous consacrer qu’à une seule : comment être soi sans se fermer au monde et comment s’ouvrir au monde sans se perdre soi-même ?
 
 

La mendicité à Dakar
par Ibrahima Séne


scène quotidienne à dakar
Photo : Ji-Elle

Le Gouvernement du Sénégal vient, de nouveau, de s’aplatir sous les injonctions des Bailleurs de Fonds, pour nettoyer Dakar de la mendicité infantile. Désormais, les enfants de moins de cinq ans, sont interdits de « quémander » devant les artères de la capitale, et par ricochet, tous les autres mendiants supposés faire du « trafic d’enfants », pour exprimer la volonté du Gouvernement, de respecter son engagement à mener la « lutte contre le trafic d’ humains » dans son territoire.

Mais, cette exigence des bailleurs de fonds ne s’inscrit que dans leurs rapports de « Maître à sujet », pour lui demander des comptes, avec tout le financement qu’il a reçu dans le cadre des deux « Documents de Réduction de la Pauvreté » (DSRP I, 2003/2005, et DSRP II, 2006/2010). La mendicité à Dakar, s’est étalée « comme l’expression de la face hideuse de l’échec de la politique économique et sociale de Wade, particulièrement dans son contenu « Programme de Réduction de la Pauvreté ». Mais, pour éviter que l’opinion associe la mendicité à l’extrême pauvreté, le gouvernement a eu recours à un subterfuge qui laisse croire que la mendicité des enfants est le produit du « trafic d’humains », combattus par la communauté internationale. Le pouvoir avait besoin de cet amalgame, pour justifier sa nouvelle croisade contre les couches populaires pauvres de notre pays, et obtenir ainsi le soutien de l’opinion publique et d’organisations de la Société civile. En fait, l’assimilation de la mendicité au « trafic d’humains » n’est fondé ni en Droit, ni dans les caractéristiques de ce phénomène social. En effet, le « trafic d’humains » suppose qu’une personne échange, avec un tiers, un enfant, en vue d’une rémunération. C’est un esclavage des temps modernes. Cependant, s’il n’est pas juste de nier une telle pratique au Sénégal et dans la sous région, il n’est pas aussi fondé de l’assimiler à la mendicité, qui, elle, résulte du fait de « confier son enfant à un tiers, pour son éducation coranique », ou de son « instrumentalisation, dans la rue, pour nourrir la famille ».

Même l’utilisation de l’enfant dans la mendicité par le Maitre coranique, abusivement appelé « Marabout », au lieu de « Serigne Darah », pour se nourrir, à la place d’une rémunération du parent pour l’éducation qu’il dispense, ne devrait aucunement être considérée comme du « trafic d’humains ». Cette utilisation des enfants dans la mendicité relève donc de l’exploitation des mineurs par des adultes », qui est, certes un délit, mais ne relève aucunement du « trafic d’humains », qui est un crime. Cette mendicité qui est enfantée, par l’extrême pauvreté, est le résultat de la liquidation de la filière arachidière qui a ruiné le monde rural, et de l’échec de la « généralisation de l’éducation de base », comme l’un des axes stratégiques des « Programmes de réduction de la Pauvreté ». La ruine du monde rural a jeté des milliers de familles dans l’exode vers Dakar pour espérer vivre de la solidarité islamique des urbains, à travers la mendicité, y compris de leurs enfants. De même, la faillite de l‘Ecole publique, particulièrement dans sa partie « Education de base », s’est traduite en milieu rural, par des problèmes de fournitures de manuels scolaires pour 47% des ménages, contre 21% à Dakar. L’ objectif, proclamé du pouvoir et des bailleurs de fonds, de « généralisation de l’éducation de base », est donc handicapé par cette privatisation de l’Education nationale, mais aussi, par des considérations religieuses, dans certaines parties du pays, que le pouvoir, pour des considérations de clientélisme politique n’ose pas affronter, même si ces zones sont fortement pourvoyeuses de mendiants à Dakar. Ce n’est donc pas en envoyant la « troupe » chasser des mendiants des artères de Dakar, que l’on va remédier aux effets sociaux désastreux, puisque cumulatifs, de la ruine du monde rural et de l’échec de l’Ecole Républicaine.

Cela est d’autant plus vrai, que l’échec de l’Education de base et le chômage ont fait que les résidents de Dakar ne sont pas épargns de la pauvreté, dont l’extrême pauvreté, qui engendre quotidiennement la mendicité. En effet, Dakar a le plus fort taux de chômage des jeunes de 15 à 24 ans, soit 21,7 % contre 14,8% en moyenne au Sénégal. De même, il a le plus fort taux d’abandons scolaires entre 7 et 14 ans, avec un taux de 9,7 %, contre 8,4 % en moyenne au Sénégal. Ainsi, Dakar comptait déjà en 2005/05, 39,9 % d’individus vivant en dessous du seuil de pauvreté, répartis entre, 17% dans le Département de Dakar, 45,8% dans le Pikine et Guediawaye, et 40,6% dans le Département de Rufisque, contre 50,6 % au niveau national. Toutes ces données chiffrées sont de 2005/06 quand le Sénégal avait un taux de croissance de 5,6% ! (cf : Document ANSD d’août 2008 sur la « Situation Economique et Sociale à Dakar en 2007 ») Mais, depuis lors, la situation sociale du pays s’est fortement dégradée, à causse de l’effondrement du taux de croissance de notre PIB. C’est ainsi que le taux de croissance du Pib est tombé à 2,5% en 2006, puis est monté à 4,7 % en 2007, avant de plonger à 2,5 % en 2008 et à 1,5 % en 2009 !  Mais, la mendicité est aussi encouragée par les traditions fétichistes des musulmans Sénégalais, qui sont convaincus que donner l’aumône leur porte chance ou leur conjure le mauvais sort. (cf : la grève des batu » de Aminata Sow Fal)

C’est tout cela qui a porté « l’encombrement humain » des artères de Dakar à un niveau tel, qu’il n’est plus supportable par les bailleurs, au point qu’ils exigent du pouvoir « d’ôter hors de leur vue », ces images insoutenables d’enfants mendiants autour des artères de Dakar, malgré les centaines de milliards qu’ils ont fournis à Wade pour réduire la pauvreté. Le pouvoir s’est donc exécuté en tenant, d’urgence, un Conseil inter ministériel sur la question. Le Sénégal venait , ainsi, par le comportement du pouvoir et par sa politique économique et sociale, de perdre le peu de « dignité nationale » qui lui restait, en se faisant rappeler, par ses bailleurs, sous la menace de sanctions, le devoir constitutionnel de Wade et de son gouvernement à prendre en charge les problèmes sociaux et de survie de sa population la plus déshéritée. Avec l’aggravation de la pauvreté et de l’extrême pauvreté sous leur magistère, Wade et son gouvernement ont atteint le seuil indépassable de l’infamie et de l’ignominie, pour avoir jeté une bonne partie de leur peuple, dans les tréfonds et bas fonds de la condition humaine. Mais, le gouvernent est soucieux de faire croire que la mendicité est tout juste un acte de délinquance des parents, qu’il faut réprimer sans état d’âme. C’est pour cette raison qu’il envisage d’envoyer la « troupe » pour sillonner les artères de Dakar, de traquer les mendiants, et de nettoyer la ville de ceux que L. S. Senghor appelait d’ « encombrements humains ». Aujourd’hui, la seule différence, avec ce passé, est que, ce ne sont plus seulement les handicapés moteurs et visuels que L. S. Senghor voulait débarrasser des rues de Dakar, mais, ce sont, aussi, des personnes sans aucun handicap physique, avec leur progéniture, qui squattent les rues de la capitale en quête d’aumône. La « troupe » va - t - elle , à coups de « matraque » ou de « gaz lacrymogène » les pourchasser dans les rues de Dakar , les arrêter et les jeter en prison pour « délit de mendicité « ? Ou bien, comme d’autres le réclament déjà, faire comme Sarkozy, extirper les mendiants étrangers et les expulser vers leurs pays d’origine ! Ceux qui soutiennent une telle dérive policière, pour résoudre les problèmes sociaux du pays, dont la mendicité, ne se rendent pas compte qu’ils cautionnent les tendances lourdes du pouvoir à « envoyer la troupe », au lieu de se concerter avec les concernés, pour chercher les solutions les plus appropriées à leurs préoccupations. Dans le cas de la mendicité de tous âges et de toutes conditions physiques à Dakar, il est clair que cette caution rend complice de l’échec patent de la politique économique et sociale de Wade, particulièrement dans son volet « DSRP ».

Conscients d’être mis devant leur responsabilité par les bailleurs de fonds, Wade et son gouvernement, ont atteint leurs limites sociales, et ne peuvent recourir qu’à la violence à tout problème social. C’est pour cela qu’il faut exiger le départ immédiat de Wade du pouvoir, pour arrêter la « troupe » et ouvrir , au tour de la problématique de la mendicité, une large concertation nationale, impliquant les services sociaux de l’Etat (éducation, santé, action sociale) , les collectivités locales, les partis politiques, les syndicats, et les organisations de la société civile, y compris les organisations des handicapés, et les représentants des Maitres coraniques. Il est évident, aujourd’hui, que la loi d’orientation sociale, qui avait soulevé beaucoup d’espoir chez les populations démunies, et beaucoup d’enthousiasme chez des organisations de la société civile, sera vide de tout progrès social pour ces catégories de citoyens, tant que Wade ne partira pas pour qu’une telle concertation nationale puisse être organisée. C’est le seul moyen d’éviter à notre peuple, de sombrer dans l’abime de la misère vers lequel Wade et son régime le poussent inexorablement.

Polygamie : L’Islam traîné dans la boue par des musulmans


 

De nos jours, on constate que les détracteurs de l’Islam sont de plus en plus suivis par des musulmans « modernes » qui prétendent éveiller ou éduquer leurs frères et sœurs, alors qu’ils ne s’adressent qu’aux non musulmans à qui ils semblent dire : « Eux sont des sauvages. Moi, je pense comme vous. »  Décernons la palme d’or à Ayaan Hirsi Ali, cette somalienne d’origine qui se proclame défenseuse des femmes musulmanes qu’elle veut sortir d’une forme de vie archaïque. Ah ! Comme elle est émouvante quand elle raconte les monstruosités qu’elle a subies en tant que femme parmi les musulmans ! Devenue députée en Hollande où elle dénigrait l’Islam sur les plateaux de télé, elle est allée jusqu’à déclarer que personne ne peut prier cinq fois par jour pendant plus d’une semaine, lançant ce défi à ses auditeurs conquis d’avance et ravis de voir une « musulmane » apporter de l’eau à leur moulin : « Essayez voir, vous n’y arriverez pas. C’est impossible, vous dis-je. » Elle a fait adopter un projet de loi pour réprimer l’excision. Bravo ! Puis, comme « gaalu dof du teer », elle a prôné l’interdiction de la circoncision. Là, nul n’a applaudi car les juifs seraient dans le lot des barbares. 

Dans ses livres, elle s’attaque entre autres, aux mariages précoces, à la polygamie, au port du voile... Un beau jour, Allah a mis fin à la comédie, la presse révélant que pour obtenir le droit d’asile, elle s’était inventé un passé de martyre chez les adeptes d’« une religion hostile aux femmes »... N’empêche, elle a reçu à Paris le prix Simone de Beauvoir pour « son combat pour la liberté des femmes ». La polygamie est présentée comme une tare de l’Islam, un asservissement de la femme, une pratique d’un autre âge, quelque chose de répugnant et de méprisable. Des pourfendeurs l’accusent de créer des rivalités et jalousies sordides qui ne lui sont hélas pas spécifiques parce qu’ancrées dans nos mentalités et infestant la vie sociale à tous les niveaux. Même des collègues et voisins se font des coups bas, chacun se voulant au-dessus de l’autre. 

Dans les familles polygames, avance-t-on, chaque femme fait tout pour avoir plus d’enfants que ses coépouses. Comment ça ? Nos grands-mères, à ce que je sache, n’avaient pas des recettes miracles. A chacune ses « nuits », et la nature appliquait ses lois. Polygamie ou pas, même résultat : des bébés jusqu’à la ménopause. J’ai ouï dire que la polygamie est cause d’émigration, chaque mère poussant son fils à prendre le chemin de l’Eldorado. Quelle mère ne voudrait pas que son fils réussisse ? Si elle est convaincue que l’Europe ou l’Amérique est la seule solution, que voulez-vous qu’elle lui dise ? Et l’émigration n’a-t-elle pas d’autres causes plus sérieuses ?  La polygamie contribuerait aussi à nous maintenir dans le sous-développement. Elle a bon dos. Le sida faisant des ravages en Afrique, elle est encore pointée du doigt, comme si l’écrasante majorité des malades et des porteurs du virus ne se trouvaient pas chez ceux qui s’adonnent à l’homosexualité, la prostitution, la fornication et l’adultère. La critique tombe dans l’absurde quand on laisse croire que pour un polygame, « une nouvelle épouse, c’est moins cher qu’une bonne », présentant la femme comme une bête de somme. En tout cas, ce n’est pas le nombre d’épouses qui dispense le mari de payer une bonne. Par ailleurs, peut-on imputer à la polygamie le fait que nos femmes se décarcassent pour contribuer au fonctionnement du foyer qui repose en grande partie sur leurs épaules ? 

Ça me fait tout drôle d’entendre des sœurs clamer : « La polygamie ? Jamais de la vie ! Ce n’est pas bon. Que Dieu nous en préserve ! » Ha ! Ha ! Ha ! Qui a permis la polygamie ? Est-ce Lui qui a dit que c’est mauvais ? Prenant leurs cas pour des généralités, elles affirment sans sourciller qu’aucune femme ne peut être heureuse en polygamie. Auraient-elles rechigné à faire partie de nos Mères, les épouses du Prophète (Psl) ? Etaient-elles malheureuses, ces proches de l’élu ?  A travers la polygamie, c’est généralement l’Islam qui est visé. On en fait son apanage, or cette pratique a ses racines dans presque tous les peuples et aucune religion révélée ne l’interdit. Dans la sainte Bible, le premier homme qui prit deux femmes est Lémec (Genèse 4 : 19). Il était fils de Metuschaël, fils de Mehujaël, fils d’Irad, fils de Hénoc, fils de Caïn, fils aîné d’Adam et Eve. Il y a donc très longtemps de cela. Ibrahim, l’ami de Dieu, le père du monothéisme, et bon nombre de prophètes étaient polygames. Dans la Torah, il est interdit d’avoir en même temps deux sœurs comme épouses (dans le Coran aussi), mais le nombre de femmes n’est pas limité. Plus Tard, des rabbins interdiront la polygamie. Les chrétiens sont majoritairement monogames, mais ce sont des hommes de l’Eglise, et non l’Evangile, qui ont interdit la polygamie. Dans les livres sacrés de l’Inde, le père de Rama avait plusieurs épouses et Krishna était polygame. Des prêtres hindous limiteront le nombre de femmes à une.

L’Islam a permis la polygamie tout en lui fixant des conditions. Ne pas excéder le nombre de quatre épouses, pratiquer l’équité entre elles, être capable de les prendre en charge, elles et leurs enfants, ne pas les faire cohabiter dans la même maison sans leur accord. Une femme ne peut être forcée à devenir une seconde épouse et la première femme a le droit de demander le divorce si elle ne veut pas de coépouse.  « Il est permis d'épouser deux, trois ou quatre, parmi les femmes qui vous plaisent, mais, si vous craignez de n'être pas justes avec celles-ci, alors une seule, ou des esclaves que vous possédez. Cela afin de ne pas faire d'injustice. » (Sourate 4, verset 3) Le Prophète (Psl) est le seul musulman à qui il fut permis d’avoir plus de quatre épouses. Personne d’autre que lui n’a ce droit. Il en eut onze. Deux d’entre elles moururent de son vivant et les neuf autres lui survécurent. Quand ce verset lui fut révélé, il avait déjà toutes ses femmes et il lui fut interdit d’en épouser d’autres. « Il ne t’est plus permis désormais de prendre d’autres femmes, ni de changer d’épouses, même si leur beauté te plaît. » (Sourate 33 : 52) 

Pour ne pas hurler avec les loups, ne condamnons pas la polygamie permise par Dieu, mais le mauvais usage qu’on a fait. Au Sénégal par exemple, nous avons apparemment des réincarnations du fils d’Abdullah pour qui cinq épouses est un minimum. Des harems où l’on rivalise de jeunesse, de bijoux et de « xeesal ». Il y en a qui prennent plusieurs femmes juste pour donner une certaine image sociale. D’autres, tirant le diable par la queue, se permettent d’épouser plusieurs femmes et comptent sur la providence en se disant : « A chaque bouche que Dieu ouvre, Il donne sa pitance ». On en voit qui, après avoir vécu des décennies avec une épouse, lui amènent une « petite sœur » dont elle pourrait être la mère, voire la grand-mère, sachant qu’avec sa ribambelle de mômes, elle ne peut qu’accepter avec résignation.  D’après les lois de la République, il faut, lors du premier mariage, choisir entre polygamie pleine (quatre épouses maximum), polygamie limitée (deux ou trois épouses) et monogamie. La femme doit donner son consentement. Le mari peut à tout moment revenir sur ce choix en diminuant le nombre, mais ne peut pas en rajouter. Résultat, ceux qui n’y songeaient même pas, sont tentés de signer polygamie pleine, au cas où. D’aucuns signent monogamie pour une raison ou pour une autre, et vont prendre une seconde épouse à la mosquée, parfois à l’insu de celle qui est à la maison. Qu’y peut la loi ? Le mariage civil n’étant pas obligatoire et n’emballant qu’une minorité, même ceux qui ont plus de quatre épouses ne sont pas inquiétés. Et signalons que dans certains pays « civilisés » que nous singeons si maladroitement, le mariage civil a été institué pour contrecarrer le mariage religieux et permet aujourd’hui d’officialiser des liaisons homosexuelles.  
        
Le Prophète (Psl) a dit qu’à la fin des temps, « les hommes diminueront en nombre et les femmes augmenteront en nombre à un point tel qu'un homme sera en charge de cinquante femmes. » (Hadith rapporté par Bukhari) Il y a déjà dans le monde plus de femmes que d’hommes. Il y a aussi de plus en plus de femmes célibataires, ce qui signifie plus de tentations et plus de débauche, surtout quand la prostitution épouse toutes ses formes. C’est l’époque des copines et maitresses, ces objets sexuels jetables et remplaçables à souhait et dont les enfants ne connaissent pas toujours leur père. De plus en plus d’hommes n’ont pas les moyens de prendre une femme, et de plus en plus de femmes ne veulent pas de maris pauvres ni de coépouses, tandis que d’autres usent de toutes leurs armes pour être deuxièmes, troisièmes ou quatrièmes, préférant la polygamie dans un minimum d’aisance à la monogamie dans l’indigence. Il y a aussi des femmes qui gagnent bien leur vie, mais à qui la polygamie ne pose aucun problème.  Quoi qu’il en soit, n’oublions pas que Dieu n’avait accordé qu’une épouse à Adam. Le Christ ne fut pas marié. Le prophète Muhammad (Psl) fut monogame pendant les vingt-cinq années que dura son premier mariage, et ne prit d’autres épouses qu’après le décès de notre Mère Khadija. 

Bathie Ngoye Thiam 
 

Analyse
Logique entre langue créole et créolité 
par Jonas Daniel Rano

Aujourd'hui, des écrivains antillais, Jean Bernabé,Raphaël Confiant, Patrick Chamoiseau, et d'autres non moins connus cherchent à impulser une nouvelle  idéologie qui bouscule l'Antillanité de Edouard Glissant et la Négritude Césairienne, que l'on appelerait la Créolité. N'en déplaise à quelques irréductibles, il serait  là le langage d'une nouvelle génération ou simplement une volonté de se démarquer par rapport aux aînés, qui ont à leur tour, de manière plus urgente, à leur époque, éveillé la conscience collective universelle. La bonne critique devrait servir le tout monde. Permettez-moi de poser cette question: la seule querelle qui vaille pour le Nègre, serait-elle justement ce que désignait Léopold Sédar-Senghor: "l'émotion est nègre et la raison héllène", ou devrait-elle s'affirmer: que la modestie forçant la prospective perfectible et triomphante est la seule voie qui conduise à la sagesse, par conséquent à la vraie connaissance ? De dieu nègre, je ne connais que le Christ ! puisque les initiés l'appelent l'Agneau. J'apprécie l'intention qu'il y a derrière la valorisation, la revalorisation de la créolité et c'est un peu la même chose qui se passe, s'est passé en Afrique au sujet des tentatives de revalorisation des langues africaines, puisque le français comme l'anglais sont des langues des anciens colonisateurs.

Créolité: combat d'arrière-garde ? 

Donc, la créolité s'identifie à quelque combat de reconnaissance identitaire. Peu importe, mais qui se veut comme support le créole. Mais le créole n'a plus valeur de devenir une langue universelle comme le français comme l'anglais. Alors quel crédit donner vraiment à cette forme renaissante de revendications et de révoltes qui s'inscrivent dans le cadre de la créolité ?  Dans un premier temps, j'encourage très fortement ceux qui oeuvrent pour revaloriser le créole. Cependant, Césaire exprimait déjà dans sa revue"Tropiques"qui avait paru au moment de la guerre dans les années quarante, il y disait précisément que le créole est une langue que lui ne maîtrise pas. Il a eu l'honnêteté de l'affirmer. Je crains que la créolité, dans son expression actuelle, ne soit un combat d'arrière-garde, du moins du point de vue des défenseurs du créole. Mais c'est une  réalité qu'avant d'être écrivain, il faut d'abord maîtriser son outil d'écrivain qui est la langue. Quand Chamoiseau est capable d'écrire correctement en créole au point de gagner un prix important, le Goncourt, ça veut dire qu'il a un mérite que je n'ai aucune intention de lui contester, n'est-ce pas !

Raphaël Confiant et Patrick Chamoiseau sont de bons illustrateurs de la langue créole en littérature, ou plutôt d'un mélange créole-français. Car, mon honnêteté intellectuelle m'oblige à respecter le travail de Chamoiseau sans ses préoccupations concernat la langue créole. Mais en ce qui me concerne personnellement en tant qu'individu, en tant que poète, qu'écrivain, je considère que c'est une conception culturelle rétrograde des actions à conduire. C'est un fait ! Je conçois très aisément, qu'un Césaire ait pu dire, qu'il ne maîtrisait pas du tout le créole dans les années quarante déjà, mais, qu'il laissait le soin à ceux qui le maîtrisent de l'illustrer. A cet égard justement, beaucoup d'écrivains antillais,  principalement à travers leurs oeuvres, magnifient une forme de réduction en ce qui concerne la créolie, parce que le créole ce n'est pas simplement la Martinique, la Guadeloupe, n'en déplaise donc aux tenants de cette thèse, c'est aussi la Guyane, des pays de la Caraïbe où l'on parle anglais, mais également créole. Mais c'est aussi le cas de la Réunion, de l'Ile Maurice, et des Seychelles, de ces îles qui peuplent l'Océan Indien. Alors, à ce sujet, le combat que mène le triumvirat de la créolité est tout bonnement une forme d'utopie refondatrice, à l'instar de cela même qu'ils reprochent à Aimé Césaire. 

Prix Goncourt: entre exotisme et réalité littéraire

Si Patrick Chamoiseau n'avait pas obtenu le prix Goncourt, je me serais permis d'être plus critique à son égard en tant que créateur, qu'utilisateur de la langue. Il s'est voulu le théoricien de la créolité, et en tant qu'illustrateur, il a parfaitement le droit de choisir la langue qui lui appartient. Cependant il existe une variété de créole qui puisse être la langue littéraire créole dont le dialecte martiniquais ne reflète pas l'usage.  Je mets en relief, le fait que le prix Goncourt 1992 n'ait été autre chose qu'un prix esthétique, a priori, encourageant une forme d'exotisme plutôt qu'une forme de réalité littéraire. A vrai dire, je mets en question la nécessité d'ériger le créole, comment dire, de prôner le créole comme langue d'écriture pour les Martiniquais pour les Antillais notamment, pour les auteurs des pays où le créole est parlé. Le yatus en quelque sorte. Je préfère évoquer la part des choses. Mais cela n'empêche point que sur un problème de fond, le fait que Patrick Chamoiseau ait eu ce prix-là, ne change strictement rien à la réalité qui démontre que le créole, n'est pas encore maîtrisé par beaucoup d'auteurs. Loin de moi toute intention de polémique. Qu'il est  évident que pour valoriser une oeuvre, il faut en extraire les vices de forme et ne serait-ce que les a priori que véhiculent d'autres intellectuels à propos de cette même oeuvre. Il est important pour nous de situer une oeuvre en rapport avec une langue, le créole dans un contexte actuel. Aujourd'hui, des langues parlées qui prennent une forme de transaction économique, sociale et culturelle sont l'anglais, le français, l'allemand, l'espagnol, le portugais, et bientôt je dirais, des langues média-asiatiques.  A partir de ce moment-là, on comprend très bien que mettre le créole comme langue première des individus, qui n'ont d'avenir que l'horizon indéfini, est une des raisons pour lesquelles je souhaiterais que nous remettions le créole et la créolité et l'oeuvre de nos amis dans une forme de réalité qui est: que pouvons-nous faire avec un créole qui n'est pas porteur ? Projection que l'on ne peut pas rejeter. C'est pour cela que j'insistais pour ne pas donner l'impression que je voulais dévaloriser l'oeuvre de Chamoiseau-Confiant-Bernabé. Le problème, n'est pas de décourager les efforts qui sont faits par certains auteurs, pour rédiger leurs textes dans des langues minoritaires parce que là est le vrai problème. Il y a relativement peu de personnes qui parlent le créole, à plus forte raison qui le lisent encore moins, sont capables de l'écrire, n'est-ce pas ? Mais pour la petite minorité capable de le maîtriser, on ne peut que les encourager en espérant que les traducteurs, dûment qualifiés, pourront se charger de le traduire dans les langues universellement répandues, qu'ils sachent lui conserver son authenticité créatrice.

Hors des frontières nationales 

En dehors de ce problème, l'oeuvre littéraire a vocation à être universelle, à être lue par le plus grand nombre possible. Il est là une ambiguïté qui implique une question ouverte. La créolité est indubitablement une forme subtile de la négritude, car la négritude dans son combat actuel, son état actuel, sa prospective actuelle souffre encore d'une certaine méconnaissance liée au respect que nous vouons à nos aînés pour leurs oeuvres et pour la préoccupation constante des intérêts de la race noire dont ils font preuve. Aujourd'hui, la négritude avec sa majuscule portée à bout des bras par Aimé Césaire semble rencontrer un grand nombre de contestations. Les auteurs de la négritude eux-mêmes sont tout à fait lucides à cet égard, ils sont également critiques. Je pense à Césaire qui disait dans une interview à Lilyan Kesteloot:  "Je refuse absolument cet espèce de pannégrisme idyllique à force de confusionnisme, parce que je ne voudrais pas qu'on mêle au nom de la négritude, qu'on prenne la défense de tout ce qui est noir". Parce qu'au nom de la négritude on aurait pu défendre la dictature haïtienne par exemple, celle des Duvallier. L.S.Senghor, également, apprécie les critiques qui sont faites vis-à-vis de la négritude, mais il demande simplement que les critiques de la négritude proposent quelque chose d'autre, quelque chose qui fasse la différence. Je ne voudrais pas céder à l'habitude qui consiste à opposer les uns et les autres, les trésors de la négritude ou nos intellectuels Antillais, Africains, qui encore, nos aînés. Je crois, ce préambule fait, que le principal reproche que l'on puisse faire à la négritude, le seul d'ailleurs, c'est qu'elle est datée. La négritude est née dans les années 1930 et elle est l'oeuvre de nos illustres aînés, que je respecte. Mais de nos jours... Quand paraissait Le Cahier d'un retour au pays natal d'Aimée Césaire, les Etats africains étaient encore des colonies, dans leur majorité, et, depuis 1960, l'Afrique est indépendante.

Nous avons d'autres combats et c'est pour cela que les critiques vis-à-vis de la négritude ne peuvent à mon avis, pour être recevables, qu'être des critiques qui relativisent sa portée en fonction des exigences de l'heure, du temps, du présent que nous avons, qui nous appartient, qui nous revient de constuire en même temps que l'avenir naturellement.Parce que la négritude, qui a vu le jour dans les années trente sur les bords de la Seine à Paris, qui s'est nourrie des apports des influences issues de la négro-renaissance américaine et des indigénistes haïtiens des années 1870, est datée, je me ressasse. C'est un mouvement qui parfaitement justifié à l'époque ne correspond plus aux réalités auxquelles nous sommes confrontés. Il nous appartient de définir notre avenir. Mais, c'est un mouvement envers lequel nous devons être justes encore une fois. Je me réfère, une dernière fois, à Césaire qui disait, après avoir affirmé qu'il refusait absolument cet espèce de pannégrisme idyllique à force de confusionnisme, il ajoutait: "mais je demande aux jeunes d'avoir présent dans l'esprit ceci. C'est que ces jeunes-là qui se font aujourd'hui de belles dents sur la Négritude sont nés eux-mêmes dans la négritude". Aujourd'hui au regard de l'Humanité, on est en droit de se demander quel avenir nous réserve le monde actuel, la société actuelle face aux contraintes nées du racisme un peu partout. Je crois qu'il est utile de concevoir une nouvelle forme de langage propre à remplacer les anciennes. En effet, les vocables négritude, antillanité et créolité sont d'un autre temps...

                                                                                 Jonas Daniel Rano
 

 
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Femmes du Congo-Kinshasa. Défis, acquis et visibilité de genre
de Cikuru Batumike. 
Collection : études africaines. Editions L'Harmattan, mai 2009, Paris. Poids : 120 g 100 pages. ISBN : 978-2-296-07779-9. Prix public TTC : 11,00 €; frais de port et emballage : 1,50 € pour la Suisse. Réservez votre exemplaire auprès de l'auteur : cikurubatumike@hotmail.com ou par un simple courriel aux éditions l'Harmattan, service de diffusion : presse.harmattan5@wanadoo.fr

Lettres...
Les correspondances entre deux personnes aux origines culturelles éloignées, en terme géographique, se suivent mais ne se ressemblent pas. Les lettres de Marie Ito et de Cikuru Batumike, réunies ici, gardent un ton original. Au lieu d’être une perception née d’un choc de cultures, elles révèlent un échange qui ne se limite pas au seul cadre des référents culturels. 
Lettres à (de) l’amie qui me veut du bien, Nb de pages : 88, aux Editions Baudelaire, avril 2009. ISBN : 9782355081170 Achat par correspondance : 13 € + 3 € de port.

Idées

 
 

Beau livre :
Photographies aux Éditions ORPHIE. Format 280 x 220 à l’italienne.
192 pages.  ISBN 2-87763-237-7.

 Jean-Claude Nourault

Jean Claude Nourault est issu d’une famille de photographes depuis plusieurs générations, il travaille dès son plus jeune âge en laboratoire. À 13 ans, il s’intéresse à la prise de vue comme photographe ambulant. À l’âge de 22 ans, il part pour Madagascar dont il réalisera plusieurs ouvrages ainsi que sur la Réunion, les Seychelles, les Comores ou l’île Maurice. Il entreprendra 14 fois la traversée du Sahara en voiture et réalisera plusieurs ouvrages sur le Maroc, la Côte-d’Ivoire et Djibouti. Il édite des cartes postales sur Madagascar, la Réunion, le Mali, la Côte-d’Ivoire, le Bénin, le Togo, le Niger, la Mauritanie et le Burkina Faso. Dans les caraïbes, il entreprend des cartes postales et réalise un ouvrage sur la Martinique. Il se spécialise dans la carte postale et des livres touristiques sur la Côte d’Azur. À 69 ans, il a toujours la même passion pour la photographie, la nature, l’aventure et les voyages. Il travaille maintenant en collaboration avec ses deux fils sur la Corse, les Antilles, l’Afrique et l’Océan Indien.Attiré par la beauté mystérieuse des grands déserts d’Afrique, le photographe Jean-Claude Nourault a parcouru le continent pour aller à la rencontre des peuples mythiques, pour la plupart nomades, de ces régions arides. « Scènes de Djibouti » est le témoignage du regard fasciné du photographe au contact de ce petit territoire de 23 000 km2 recelant une diversité incroyable de paysages et de visages. A cheval entre la mer et le désert, située à mi-distance entre Addis Abeba en Éthiopie et Sana’a au Yémen, Djibouti possède le caractère si particulier de cette région pluriculturelle qu’est la corne de l’Afrique.  Ce beau livre d’images, comptant 236 photographies représente les différents aspects de la vie du pays. Il est magnifiquement illustré. Le parfait piqué du moyen format donne ici sa pleine mesure : densité de couleurs et modelé traduisent rigoureusement la grandeur et la splendeur naturelle des sites ainsi que la fierté et la dignité de ces hommes et de ces femmes qui vivent comme les seigneurs des grands espaces. D’un format de 22 x 28 cm à l’italienne, cet ouvrage et ses 146 pages de plaisir éveilleront, sans aucun doute, l’envie de se rapprocher des charmes de ce pays mal connu.

 

Le quotidien

La Société tribale est-elle un atout ou un handicap pour l'Afrique? 
par Ola Balogun





L'évolution politique de plusieurs pays africains s'est caractérisée, au cours des années qui ont suivi leur indépendance, par des tensions internes pouvant aller jusqu'à des confrontations intra-ethniques, voire de véritables guerres civiles. On peut citer comme tristes exemples de tels évènements la guerre civile entre le Nigéria et le Biafra de 1967 à 1970, les luttes internes et prolongées qui ont fait rage pendant plus de vingt-cinq ans au Tchad à partir de 1963, les trente années de guerre civile en Ethiopie qui ont récemment abouti à l'indépendance de l'Erythrée, les multiples bouleversements qui ont secoué le Zaïre depuis 1960, les conflits réguliers entre Tutsis et Hutus au Rwanda et Burundi qui ont fait de nombreuses victimes au cours des trois dernières décennies, et les ravages causés par le régime meurtrier d'Idi Amin en Ouganda. Un passé plus récent nous met face aux immenses tragédies humaines et matérielles engendrées par la guerre civile incessante qui sévit au Soudan, en Somalie, au Mozambique et en Angola. En Afrique du sud, les heurts sanglants qui surviennent régulièrement entre le mouvement Inkatha, exclusivement zoulou, et le reste de la population noire sont une menace permanente pour l'évolution de ce pays vers une démocratie multipartite.

A un niveau comparativement moins dramatique, de nombreuses carences des structures administratives et gouvernementales sont attribuées, en Afrique, à un facteur qualifié de manière assez floue de "tribalisme", terme générique généralement utilisé pour désigner le népotisme basé sur des considérations ethniques. Il existe dans la plupart des pays africains un sentiment général (que l'expérience ne manque hélas pas de confirmer) selon lequel les nominations aux postes gouvernementaux et administratifs clés se basent davantage sur des considérations ethniques que sur la qualification ou la compétence. Dans cette perspective, mieux vaut donc - pour obtenir des postes élevés dans certains pays africains - appartenir au "bon" groupe ethnique que  d'être qualifié pour le poste, une situation qui engendre fréquemment l'inefficacité et la démotivation au sein des services publics. Par ailleurs, les efforts déployés par un certain nombre de gouvernements africains pour donner une apparance d'équité aux nominations officielles par le biais d'un système de quota (du type de celui qu'applique le Nigéria sous le nom "d'équilibre ethnique") ont suscité la controverse dans la mesure où ces systèmes de quota sont inévitablement perçus comme une manière de mettre des obstacles sur le chemin de personnes qualifiées dont le seul péché est d'appartenir au "mauvais" groupe ethnique.

Toute  une série de raisons (dont le risque de conflit constitue l'élément majeur) font donc que les malheurs actuels de l'Afrique sont largement attribués au facteur ethnique, tant par les observateurs africains que non africains. Mais le rôle de ce facteur ethnique est-il vraiment aussi négatif qu'on le dit? Et, si ce n'était pas le cas, des circonstances particulières peuvent-elles faire de cet "impératif ethnique" une menace pour la création des nouveaux Etats africains? La réponse à ces deux questions exige une définition préalable du phénomène tribal (ou ethnique) dans son contexte africain pour tenter ensuite de comprendre son impact sur le paysage politique et socio-culturel de l'afrique d'aujourd'hui. Tout d'abord, qu'est-ce qu'une tribu? Aussi étonnant que cela puisse paraître, cette question apparamment banale a suscité longtemps une vive controverse et une totale incompré- hension mutuelle de la part des commentateurs. La confusion souvent associée au terme est parfaitement illustrée par l'Oxford Dictionary qui commence par définir la tribu comme "un groupe de gens à un stade primitif et barbare de développement, reconnaissant l'autorité d'un chef et se considérant généralement comme ayant un ancêtre commun" avant de passer à une seconde définition libellée comme suit: "sorte d'unité politique dans certaines nations anciennes"...

De toute évidence, la première définition témoigne d'un préjugé largement répandu parmi ceux qui estiment que l'Etat-nation actuel est le seul modèle valable d'organisation politique et sociale pour l'humanité, et que toute autre forme est primitive ou archaïque, voire "barbare" comme l'affirme carrément l'Oxford Dictionary. La seconde définition fait preuve d'un plus grand souci d'objectivité en cherchant à intégrer qu'une tribu est essentiellement une unité politique. Elle nous met ainsi sur la bonne voie puisque la tribu est avant tout une unité organisationnelle couvrant un groupe humain dont les membres s'identifient les uns aux autres sur la base d'une culture commune. En règle générale, les membres d'une même tribu parlent la même langue et ont des ancêtres communs (ou font remonter leur lignée jusqu'au même mythe ancestral). Historiquement, en Afrique, une tribu ou un groupe ethnique suffisamment important pouvait constituer un royaume ou un Etat en soi; mais la tribu a le plus souvent fait partie d'une entité politique plus vaste couvrant plusieurs groupes ethniques, même si l'un d'eux était dominant. Ainsi, par exemple, la tribu des Soninkés a formé le groupe ethnique central de l'ancien royaume de Wagadu (ou Ghana) qui a exercé le pouvoir sur le Soudan occidental entre le onzième et le douzième siècle pour être ensuite absorbée par l'Etat du Mali (dont l'origine est une entité où prédominait les Maninkas) avec des segments d'autres groupes ethniques.

Il arrive également, par contre, que les membres d'un même groupe ethnique soient divisés entre des entités politiques rivales qui coexistent pacifiquement ou qui sont en conflit armé - comme ce fut le cas des diverses branches des tribus Ngunis d'afrique du Sud avant que l'Empire zoulou soit regroupé sous le leadership énergique de Chaka. De même, les populations parlant le yorouba dans le Nigéria et la République du Bénin d'aujourd'hui se sont ramifiées en plusieurs royaumes indépendants au 16ème siècle bien qu'elles se reconnaissent une origine commune et partagent la même culture et la même langue.

La perception de la tribu dans cette perspective nous amène à un certain nombre de conclusions. Il nous faut premièrement constater que la création d'Etats ou de Royaumes en Afrique précoloniale n'a nullement empêché l'existence d'entités tribales ou ethniques au sein de ces Etats. En d'autres termes, l'émergence d'Etats en tant qu'instances politiques plus larges n'a pas nié l'existence d'unités tribales. Chaque Etat a, bien au contraire, cherché à appuyer sa gestion sur la structure organisationnelle des groupes ethniques ou des tribus qui le composaient. La seconde conclusion est l'absence de toute connotation "primitive" ou "archaïque" liée au facteur ethnique, que ce soit en Afrique ou ailleurs, même si le groupe ethnique a cessé de jouer, en tant qu'unité socio-culturelle, un rôle majeur dans le monde occidental par suite de la création d'Etats-nations à partir du 18ème siècle. "L'ethnicité" n'est rien d'autre qu'une réalité indissociable du besoin des hommes de créer des institutions pour structurer leur vie et leur organisation sur le plan social, allant de pair avec des organes tels que le noyau familial, la famille étendue, l'unité villageoise, l'entité régionale ou l'Etat industriel moderne. Il est sans doute vrai que le facteur ethnique a été plus déterminant dans certaines cultures que dans d'autres mais il faut éviter une vision "ethnocentrique" du monde par laquelle tout ce qui diffère de son propre
héritage culturel est "rétrograde" ou "barbare".

Troisièmement, il nous faut reconnaître que le contexte ethnique ou tribal constitue une dimension essentielle des modes d'organisation et de perception de soi en Afrique. Sur le plan historique, c'est le cadre ethnique ou tribal qui a assuré (et continue d'assurer) la structure fondamemtale de l'héritage culturel, spirituel et artistique des populations africaines. Le bagage ethnique de l'Africain moyen consiste essentiellement en un mode de vie et une perception du monde, comme peuvent l'être les structures de l'Etat dans les sociétés où la nationalité et l'élément ethnique ont fusionné en une entité commune.

Le dilemme et la tragédie de l'Afrique d'aujourd'hui résultent de la mise en place, suite à la conquête coloniale du continent par des puissances extérieures au 19ème siècle, d'entités administratives réunissant différents groupes ethniques de manière arbitraire et à l'intérieur de frontières qu'ils n'avaient pas eux-mêmes fixées. En règle générale, ces nouvelles entités administratives n'ont tenu aucun compte des structures antérieures des sociétés qu'elles régissaient, allant parfois jusqu'à faire éclater certains groupes ethniques occupant des territoires voisins mais régis par des puissances coloniales distinctes. Pour arranger les choses, les nouvelles structures administratives nées de l'occupation coloniale de l'Afrique et organisées dans un rapport autoritaire, offraient le cadre fondamental de la création de nouveaux Etats-nations qui prirent leur indépendance à partir des années 1960. Les nouveaux Etats africains ont donc été formés sur une base ne prenant nullement en considération l'héritage culturel et historique des populations qui les composent, tandis que les formes d'organisation politique empruntées au style occidental (ou au type "socialiste" de l'Est) ne laissent aucune place à une représentation des habitants de ces nouvelles nations dans une perspective réellement démocratique, ni même dans l'esprit dans lequel les groupes ethniques avaient fusionné dans le passé - par conquête ou association - pour former des Etats en Afrique. En d'autres termes, les nouvelles structures étatiques étaient totalement étrangères à l'Afrique sur le plan de leur conception et de leur organisation, et n'avaient aucune chance de constituer une base valable permettant de mobiliser la loyauté et l'énergie des populations concernées.

Le "tribalisme" en tant que maladie sociale et nationale a donc été davantage la conséquence inévitable de l'incapacité des structures étatiques de réfleter la nature profonde de la société africaine, ainsi que d'un leadership corrompu et vain dans les nouveaux Etats-nations d'afrique, que du facteur ethnique en soi. Ce n'est pas "l'ethnicité" qui est responsable des malheurs de l'Afrique mais le clientélisme, le népotisme et l'incompétence de l'élite qui dirige le continent. L'origine de bon nombre des conflits internes dont souffrent les Etats africains depuis leur indépendance réside dans l'exploitation pure et simple des différences ethniques par une élite cupide et avide de pouvoir, le plus souvent armée et encouragée en coulisses par des forces extérieures cherchant à capitaliser sur les ressources africaines ou à empêcher la naissance d'un leadership véritablement indépendant et nationaliste en Afrique. Les bouleverements que connaît actuellement le Zaïre, depuis les heurts ethniques qui ont entraîné l'éviction et l'assassinat de Patrice Lumumba en 1961 jusqu'aux massacres intra-ethniques en cours dans la province du Shaba et ailleurs, en passant par la sécession du Katanga, sont le résultat immédiat d'une intervention extérieure associée aux plans d'une classe dirigeante kleptocratique et ne veillant qu'à ses propres intérêts. Un autre triste exemple de ce phénomène nous est fourni par la guerre civile absolument tragique qui a dévasté le Mozambique et l'Angola à l'instigation de forces étrangères bénéficiant de bonnes volontés locales en la personne de leaders politiques qui ne demandaient qu'à massacrer leurs propres populations dans une soif insatiable de pouvoir et de richesse...

En définitive, loin d'être la cause de l'instabilité actuelle de l'Afrique, le facteur ethnique pourrait, s'il était valablement géré, jouer un rôle déterminant dans l'indispensable réorganisation des nations africaines; il pourrait, en effet, assurer une véritable participation populaire aux prises de décisions politiques. Loin d'être archaïques et rétrogrades comme certains le prétendent, les racines ethniques et culturelles des peuples africains offrent une voie privilégiée de mobilisation de leur fidélité et de leur énergie en vue de l'édification des nations, à condition que la dimension ethnique de leur vie soit réellement intégrée à la structure de l'Etat. Ce dont l'Afrique a besoin aujourd'hui, ce n'est pas d'un refus de l'héritage social, culturel et historique des peuples qui la forment mais d'une intégration créatrice de ces éléments du passé - qui constituent une base extrêmement valable d'organisation sociale - dans les nouveaux projets d'édification des nations. Pour prospérer et progresser les nouveaux Etats africains devront être des fédérations de populations ayant part aux décisions qui forgent leur propre destinée, plutôt que des entités artificielles basées sur les limites stériles d'institutions n'ayant aucune racine en Afrique. Ainsi donc, dans la perspective de la mise en place de valeurs significatives et de la sauvegarde de l'héritage du passé, la dimension ethnique de la vie en Afrique reste un atout qui doit être reconnu et valablement exploité, et non arbitrairement rejeté.