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JEAN METELLUS, "TEL UN ORGUE GENEREUX"...

par Guy ROUQUET. Président de l’Atelier Imaginaire


Au moment où le monde a le cœur serré en songeant à Haïti si tragiquement éprouvé par les convulsions de l’Histoire et de la Nature, la voix de Jean Métellus vibre « tel un orgue généreux ». Plurielle, essentiellement poétique, utilisant avec bonheur tout le clavier du langage, elle s’exprime dans une œuvre foisonnante où l’amour de la terre natale est inséparable de l’hommage rendu à la grandeur des humbles, de tous ceux qui, « flagellés par l’espoir », se lèvent « avant jour », « avec la lune pour complice », afin de « semer des graines contre la malice des hommes ». Chemin faisant, « entre les crocs du bien et du mal », elle délivre depuis plus de trente ans un chant universel, dont la mélodie, à la fois douce et tranchante, tumultueuse et cristalline, joyeuse et mélancolique, a suscité dès sa naissance l’étonnement émerveillé d’André Malraux, d’Aimé Césaire, de Maurice Nadeau et de Michel Leiris.


Intitulé « Au pipirite chantant », le premier livre de Jean Métellus a permis de découvrir une voix singulière, au service des enfants sans pain qui jouent « à cache-cache avec la misère » et ont « soif de grand jour », des femmes « sans sexe ni désir », des hommes « sans passé ni aurore », des êtres recrus de fatigue, mais, comme la fontaine, « souriant aux étoiles », étreignant « furieusement la vie » et , secouant « les chaînes tressées par les siècles », se dressent pour dire leur dignité, entonner l’hymne de la liberté et mettre fin aux oppressions de toute sorte. En exaltant l’âme du peuple haïtien, Jean Métellus déborde largement le cadre insulaire. Il donne à voir et à entendre celle de tous les déracinés, des fils meurtris de l’esclavage, des victimes de la barbarie d’hier et d’aujourd’hui, de l’humanité souffrante mais aussi rebelle, insurgée au nom de la Justice pour instaurer la démocratie et faire en sorte que chaque homme puisse décider de son destin. Il témoigne de ce qu’André Malraux appelait « l’honneur d’être homme ». Dans l’histoire des peuples, cet honneur est souvent incarné par des êtres que les circonstances et une lucidité farouche conduisent à s’élever au-dessus de la condition commune pour tailler dans les ténèbres un chemin d’espoir. A l’image des poètes pour lesquels l’action est sœur du rêve, ils connaissent la prison, la torture, l’exil, et quelquefois paient de leur vie le simple fait de résister à l’ordre imposé par le dictateur et de faire exister, dans les textes de loi et leur application quotidienne sur le terrain, l’esprit des Droits de l’homme et du citoyen.


En Haïti, ces êtres pétris d’idéal, de courage de ténacité et de sagesse, héritiers du « mystérieux savoir » de 1789, ont pour noms Toussaint Louverture et Dessalines, mais aussi Catherine Flon, celle-là même qui, « le cœur tourné vers l’Afrique », « chevauchée par les esprits du très vieux continent », savait « transformer en messages d’espoir les sanglots et les larmes » et, au moment de créer le drapeau national du premier pays noir libre du monde, supprima le blanc du drapeau français pour « coudre ensemble à l’aide de ses cheveux » le bleu et le rouge... Visages de femmes, voix nègres, voix rebelles… Ces expressions sont emblématiques de l’œuvre de l’écrivain, qui n’a de cesse de demander aux mots « le pouvoir essentiel » : « susciter l’allégresse, éveiller l’ardeur, allumer l’espérance, ouvrir à l’amour, témoigner du mystère de la foi… » A l’instar de celle de Victor Hugo, la plume de Jean Métellus ne cesse de semer la joie lors même qu’elle exprime la colère et la révolte, car elle puise sa force dans l’énergie vitale qui, jour après jour, conduit les esclaves d’hier, les rudes paysans d’aujourd’hui, les obscurs et les sans grade de tous les pays et de tous les temps, à « lever le talon contre la nuit » pour marcher, le front couronné de sueur, « vers les vergers de l’avenir ». Peuplée de plus de mille personnages répartis dans une cinquantaine de livres et de recueils, où le roman (La famille Vortex) côtoie le théâtre (Anacaona) , et où la poésie voisine avec l’essai , l’œuvre de Jean Metellus est avant tout celle d’un vates, dont la superbe particularité est d’être tout à la fois inspirée et inspiratrice. Visionnaire, elle met en pleine lumière les rêves traversés d’épouvante des peuples méprisés, dépossédés et outragés, mais qui, vêtus d’innocence et habités de grandes légendes intérieures, connaissent par le cœur et par la raison « les cachotteries de millénaires d’escroqueries » , et se trouvent ainsi, pour peu qu’une Parole les rassemble, en mesure d’illuminer « la poitrine du pays » d’un nouvel horizon, avec le concours d’une nature enchantée, de leur courage à mains nues et de leurs consciences délivrées des faux remords.


« La vie est dans le chant » dit Jean Métellus. Le sien célèbre la beauté sans cesse recommencée du monde, et témoigne de la dignité de ceux qui luttent, sans céder au fatalisme, malgré les trahisons de dirigeants trop vite enclins à céder au vertige de la cupidité et de l’autoritarisme Si Haïti est une nation pathétique comme l’exprime très bien le titre du premier grand essai de l’écrivain, « de grandes choses pures » continuent de tourner au fond de son ciel lorsqu’il est « à jeun », avant le jour… Aussi, en dépit des obstacles et des épreuves qui l’accablent, le peuple haïtien continue-t-il de garder l’espoir tatoué sur son cœur et, par là même, de donner une magnifique leçon de vie. « L’attachement viscéral » que Jean Métellus a pour Haïti, cette terre qu’il a quittée pour échapper aux bourreaux duvaliéristes alors qu’il était étudiant, ne saurait être dissocié de celui qu’il manifeste pour celui de l’humanité tout entière, car, s’il le fallait, il serait en mesure d’expliquer « le sort du monde actuel à partir du destin de son propre pays ». Un pays qu’il a entrepris de « faire connaître sous son plus beau jour » en revendiquant « pour lui le droit de parler au nom de tous les peuples, de tous les déshérités qui réclament le pain, la paix, la liberté ».


Puissante, fulgurante, torrentielle, brutale comme les éléments et les événements qui accablent trop souvent, sans crier gare, cette partie des Caraïbes, la plume de Jean Métellus sait se faire douce, paisible et sereine pour « semer sans se lasser » et « accueillir la pluie, amie des prairies, ennemie de l’incendie ». Si la colère est légitime, il faut en user les mailles, en effacer les nids, afin qu’elle ne se transforme pas en folie, « caprice du souvenir des négriers ». Le chant du juste doit être juste, animé par l’esprit de justice et de justesse. « Le déchirement de l’absence » a « réveillé » Jean Métellus, et le réveillant l’a révélé à lui-même mais aussi aux siens, les Haïtiens de l’intérieur et de la diaspora, aux autres également, tous les autres, à commencer par les amoureux de la langue, des mots gonflés de sens et de symboles, d’imaginaire et de connaissance, de songes et de semence. Jean Métellus est un artiste et un humaniste soucieux du style, qui écrit par nécessité, parce que « tout homme né sur la terre d’Haïti possède automatiquement le don de l’écriture », parce que telle est sa nature qu’il ne pourrait vivre sans épouser les attentes et les souffrances de son peuple, parce que du frottement des mots peut jaillir l’étincelle libératrice de la prise de conscience individuelle ou collective. C’est dire du même coup combien cette œuvre engagée sert la plus belle et la plus noble des causes, même lorsque, empruntant des chemins buissonniers, elle ne traite pas spécifiquement des « hommes de plein vent » et plante ses décors en Europe, par exemple à Paris, en racontant sous forme de fiction nourrie de faits, d’anecdotes, d’observations et de réflexions engrangés pendant sa formation de neurologue auprès d’un éminent spécialiste français, la seconde vie d’un grand médecin, Charles-Honoré Bonnefoy, entamée à l’âge de la retraite, tout aussi féconde que la première, pour peu que l’on comprenne qu’à chaque étape de l’existence correspondent « de nouvelles lois, exigences et habitudes » qu’il convient de connaître pour continuer d’exercer ses talents.


Pour ce qui le concerne, Jean Métellus a mené de front une double vie : d’écrivain et de médecin. De médecin spécialiste en neurologie, docteur en linguistique, auteur de plus de deux cents articles publiés dans des revues scientifiques. Deux vies distinctes par les horaires, leurs contraintes particulières mais toutes deux reliées par le besoin urgent de donner la parole à ceux qui en sont privés suite à un dysfonctionnement cérébral ou en raison de l’ignorance dans laquelle les ont plongés et les entretiennent bonimenteurs et spéculateurs. « Un homme qui ne peut pas parler n’existe pas » dit le médecin ; un peuple dont la voix est bâillonnée non plus, clame l’écrivain. Redonner la parole à celui qui l’a perdue, prêter sa voix au peuple qui en est dépourvu, cela ne fait qu’un. Grand rêveur, les sens, la conscience et l’intelligence à jamais fécondés par les visages, les rivages et les paysages de l’île natale, Jean Métellus est non seulement un éveilleur remarquable de la mémoire de son peuple mais encore le jardinier de ses secrets, de ses songes et de ses « frissons insomniaques ». Grand attentif, il ausculte le cœur du monde, avec le souci constant d’en comprendre et d’en restituer les pulsations. Dire, savoir dire et pouvoir dire demeurent un luxe pour l’immense majorité des hommes. Aussi, quand la précision du langage scientifique s’allie à la puissance non moins souveraine du verbe poétique, l’angoisse se dilue et l’avenir s’éclaire. Tonique, clairvoyante et généreuse, l’œuvre de Jean Métellus illumine les consciences.



Fanon, dans la peau d'un colonisé

Frantz Fanon disparaissait il y a cinquante ans. Il aura tout été: Martiniquais et Algérien, psychiatre, écrivain et militant, colonisé et libre. Il reste un auteur indispensable pour comprendre la violence contemporaine.

Cinquante ans après sa mort, le 6 décembre 1961, Frantz Fanon reste un auteur majeur: ses "Oeuvres" sont publiées en un volume, préfacé par Achille Mbembe, aux éditions la Découverte. (La Découverte)


Le 6 décembre 1961, hospitalisé depuis plusieurs semaines dans une clinique de Washington, Frantz Fanon meurt d’une leucémie. «Ce n’est pas ce qui me rendra ma moelle», avait-il dit peu de temps avant, recevant les premières recensions de son livre, «les Damnés de la terre», qui venait de paraître aux éditions Maspero. Le jour même de sa mort, à Paris, la police française commençait à saisir les exemplaires du livre devenu depuis le symbole de la lutte anticoloniale.

«Tiens, un nègre !»


A l’occasion des 50 ans de la disparition de Frantz Fanon, les éditions de la Découverte – qui ont pris la succession des éditions Maspero – publient un recueil des principaux textes du psychiatre martiniquais devenu militant du FLN. Ecrit à l’âge de 27 ans, «Peau noire, masques blancs», est une stupéfiante étude sur l’effet des discours raciaux sur les psychismes, qui frappe par les thèmes qu’il aborde – «la femme de couleur et le Blanc», «l’homme de couleur et la Blanche» - autant que par sa liberté de forme. Fanon discute aussi bien une remarque d’André Breton ou un texte du psychanalyste Octave Mannoni que sa propre expérience de jeune Martiniquais subissant le regard métropolitain, quand on disait: «Tiens, un nègre !», quand «dans le train, au lieu d’une, on [lui] laissait deux, trois places», quand il se demandait: «Où me situer? Ou, si vous voulez: où me fourrer? (...) Où me cacher?» «Les Damnés de la Terre» confirme la puissance d’écriture de Frantz Fanon et l’acuité de son regard. Lecteur de Hegel, de Sartre et de Merleau-Ponty (dont il allait écouter les cours quand il était étudiant en psychiatrie à Lyon), il s’y livre à une véritable phénoménologie (au sens: ce qui apparaît) de la condition du colonisé:


«Le colonisé est toujours sur le qui-vive, car déchiffrant difficilement les multiples signes du monde colonial, il ne sait jamais s’il a franchi ou non la limite. Face au monde arrangé par le colonialiste, le colonisé est toujours présumé coupable.» Ou encore: «La ville du colonisé ou du moins la ville indigène, le village nègre, la médina, la réserve est un lieu mal famé, peuplé d’hommes mal famés. On y naît n’importe où, n’importe comment. On y meurt n’importe où, n’importe comment. C’est un monde sans intervalles, les hommes y sont les uns sur les autres, les cases les unes sur les autres.»


«Abattre un Européen»

«Les Damnés de la terre» est précédé de la fameuse préface de Jean-Paul Sartre, celle où il explique qu’«en le premier temps de la révolte, il faut tuer ; abattre un Européen, c’est faire d’une pierre deux coups, supprimer en même temps un oppresseur et un opprimé.» Dans la biographie de Frantz Fanon que publient simultanément les éditions de la Découverte («Frantz Fanon, une vie», par David Macey), on apprend qu’en 1967, la veuve de Fanon avait demandé à François Maspero de retirer la préface de Sartre dans les éditions à venir, «en raison de la position pro-sioniste et pro-impérialiste de son auteur» (Sartre avait défendu Israël au moment de la guerre des Six Jours). Macey fait surtout le récit, très spectaculaire, de la rencontre Sartre-Beauvoir-Lanzmann-Fanon à Rome, l’été 1961: entamée au déjeuner, la conversation dure jusqu’au lendemain matin à 8 heures. A 2 heures du matin, Beauvoir avait suggérait que Sartre devait dormir un peu. «Je n’aime pas les gens qui s’économisent», avait répondu Fanon.


Le devenir de la violence

On pourra lire enfin, aux éditions Amsterdam, «Frantz Fanon, de l’anticolonialisme à la critique postcoloniale», par Mathieu Renault, qui illustre l’importance qu’occupe aujourd’hui Fanon dans le champ des études postcoloniales aux Etats-Unis et en France. S’attardant sur la théorie fanonienne de la violence, Renault en pointe le danger, qui est de «laisser irrésolue», voire de «rendre impossible à résoudre », la question du devenir de la violence (quand sort-on de la violence ?), ce qui atteste de l’empreinte de l’idéologie coloniale sur sa pensée ; mais il estime aussi en théorisant le conflit dans la situation post-coloniale, Fanon aide à penser les guerres postcoloniales contemporaines. Il faut donc réfléchir aujourd’hui à la fois «avec» et «contre» Fanon. Tri, déportation, incarcération, classement des individus selon leurs couleurs de peaux ou d’origines: la racialisation du monde n’a pas cessé de produire ses effets, rappelle le sociologue camerounais Achille Mbembe dans la préface des «Œuvres». «Comment s’étonner», ajoute-t-il, que le regain d’intérêt pour Fanon «commence, une nouvelle fois, par la critique de la violence et qu’elle se termine par celle de la vie en tant qu’épreuve sur soi et épreuve du monde? Prendre en charge la souffrance de l’homme qui lutte, la décrire et la comprendre de telle manière que de ce savoir et de cette lutte jaillisse un homme nouveau, tel fut en effet le projet de Fanon.»


Eric Aeschimann



Sylvie Kandé raconte l'épopée de la migration africaine
Par Tirthankar Chanda


Sylvie Kandé, professeur de littératures francophones aux Etats-Unis, s'est fait connaître en 2000 en publiant son premier livre Lagons, lagunes. Avec La Quête infinie de l’autre rive, la romancière franco-sénégalaise signe son deuxième ouvrage, au souffle épique. Un roman incantatoire, tout en vers, où le passé scande et éclaire l’actualité tragique du monde noir.

La quête infinie de l’autre rive, par Sylvie Kandé. Editions Gallimard, coll. « Continents noirs ». 107 pages. Paru en mars, La Quête infinie de l’autre rive de Sylvie Kandé est un objet littéraire étonnant et original. Une « épopée en trois chants », selon l’auteure, à mi-chemin entre récit historique, tragédie de la dérive d’une jeunesse contemporaine et roman poétique... La richesse et la musicalité de sa langue et la puissance d’une imagination où la mythologie se mêle à l’histoire en font un des temps forts de la fin de cette saison littéraire. C’est un millefeuille d’histoires que propose Sylvie Kandé. Le récit principal s’inspire de la légende d’un souverain mandingue du 14e siècle qui entreprit une expédition navale de grande envergure sur l’Atlantique afin de percer le mystère de l’autre rive. Sans le savoir, il avait mis le cap sur l’Amérique.

Historienne et romancière


Sous la plume de Kandé, cette quête médiévale de l’ailleurs et de l’autre qui finira sur un désastre prévisible, devient la métaphore d’une traversée plus contemporaine, celle des clandestins miséreux du Sud qui viennent échouer sur les rives d’une Europe prospère et inhospitalière. C’est une mise en relation ambitieuse et cathartique qui secoue, bouleverse et surtout fait sens. Nous verrons comment. Mais d’abord deux mots sur l’auteur.

Sylvie Kandé est historienne de formation. Elle enseigne la littérature francophone aux Etats-Unis. Elle s’est fait connaître en 2000 en publiant son premier livre Lagon, Lagunes (Gallimard, coll. « Continents noirs »). Exploration poétique du métissage, ce premier récit mêlait déjà la narration romanesque et la poésie, l’historique et l’autobiographique. Au plus grand bonheur des lecteurs et des critiques littéraires qui avaient salué à l’époque l’entrée en scène de cette romancière talentueuse, mettant en avant à la fois l’exigence et la puissance d’une narration hors du commun. La postface d’Edouard Glissant, le chantre de la créolisation, avait tenu à attirer l’attention sur « l’insondable et l’imprévisible » de cette écriture nouvelle et vertigineuse. On éprouve le même vertige à la lecture du nouveau roman de Sylvie Kandé. Il y a dans les déclamations de la poétesse du Césaire du Cahier d’un retour au pays natal et surtout du Derek Walcot dans Omeros où se mêlent subtilement le récit postmoderne de la traversée homérique et la tragédie de la traite négrière.

Ouvrir le champ de l'imaginaire

Narration à trois temps, le roman de Kandé s’ouvre sur l’histoire de l’empereur Aboubakar II du Mali qui brûlait de l’envie de connaître l’extrême limite des océans. Héritier du légendaire Soundiata Keïta, l’homme était habité par son rêve de connaître l’autre rive. Curieux de se frotter à l’autre, moins en conquérant qu’en ethnologue de soi-même, il affréta deux mille bateaux et prit lui-même leur tête, laissant les rênes du royaume à son successeur. C’est à ce dernier qu’incomba la tâche de raconter le rêve de son père qui ne revint jamais pour raconter les péripéties de son voyage. Les livres d’histoire ne disent pas si les deux mille pirogues réussirent à atteindre l’autre rive, mais la mémoire collective garde le souvenir du courage et du goût d’aventure de ce souverain de légende. Kandé se situe dans le prolongement de cette mémoire collective en suggérant qu’Aboubakar II était peut-être un Christophe Colomb avant la lettre, proposition qui permet de renverser la réalité historique de la domination occidentale du monde et d’ouvrir le champ de l’imaginaire. « Aboubakar n’a peut-être jamais existé. Ce qui était intéressant pour moi dans ce récit totalement apocryphe, déclare l’auteur, c’était la possibilité qu’offrait cette histoire alternative de dépasser par la poésie la traite esclavagiste et la conquête coloniale dont sont prisonnières à tout jamais les relations entre les deux rives, en l’occurrence l’Afrique et l’Amérique ».


Le livre se clôt sur le troisième chant consacré à la traversée de l’Atlantique par les descendants lointains des Soundiata et d’Aboubakar. C’est par nécessité économique que ceux-ci se lancent à la conquête des mers turbulentes contre lesquelles finissent par se fracasser leurs pirogues frêles, tout comme leurs rêves et leurs espoirs. Le rapprochement entre les deux traversées est poétique, reliées par la logique de la faillite, comme l’explique Sylvie Kandé dans un entretien paru sur le site d’Afrik.com : « Il me semble que la signification du poème apparaît mieux si l’on commence la lecture au chant III ; on revient ensuite sur ses pas pour imaginer une aventure ancienne, porteuse de rêve et de liberté, qui fait naufrage ou ne laisse pas de trace écrite dans l’Histoire. »


Les résonances entre ces aventures ancienne et nouvelle passent aussi par le langage poétique de Sylvie Kandé, emprunté à la poésie médiévale. Il est scandé par la cadence hypnotique des rameurs qui imprègne tout le texte et lui donne son souffle épique. Fondée sur l’implicite, le symbolique, le poétique, la narration de Sylvie Kandé appelle une lecture attentive. « Ecrire est de divination. Lire ce qui fut écrit, c’est déchiffrer l’énigme », commentait Edouard Glissant dans la postface de son premier roman. Le commentaire demeure valable malgré les onze années qui séparent les deux livres.


Demain l'Afrique

Ngozi N. Okonjo-Iweala, la femme à solutions
La Nigériane est le numéro deux de la Banque mondiale.
Récompense d’une belle carrière au service du monde entier.
Par Chérif Elvalide Sèye


« Okonjo-Wahala ». En langue yorouba, l’une des principales ethnies du Nigeria, l’expression signifie « la femme à problèmes ». C’est vrai que des problèmes, elle en a causé. Mais pour la bonne cause. Dans le pays le plus grand d’Afrique, qui passe également pour l’un des plus corrompus au monde, son arrivée à la tête du Ministère de l’économie et des finances a envoyé en prison rien moins que le chef de la police nationale et fait révoquer trois ministres, deux juges, deux amiraux et un gouverneur. Elle est naturellement l’objet des pires menaces dans un pays où règne une insécurité endémique. Les problèmes, c’est plutôt pour ceux qui en causent à son pays, au chevet duquel l’a appelé le président nigérian Olusegun Obasanjo, qui venait d’être élu, à l’issue d’une élection démocratique qui refermait une longue page de dictature militaire.


Une anarchie totale

Obasanjo hérite d’un pays où l’Etat est quasi inexistant. L’informel absolu règne en maître dans l’économie. Nul ne songe à payer des impôts, les banques s’ouvrent partout dans une anarchie totale, la planche à billets fonctionne au rythme du déficit public à résorber. La masse monétaire s’est accrue de 21,5% en 2002 et de 24,2% en 2003. Le taux d’inflation est à deux chiffres. 23%. Le naira, la monnaie locale, a quatre différents taux de change. Alors que s’achève son premier mandat, le président décide de s’attaquer désormais au dossier économique. Pour remettre l’économie du pays sur les rails, il s’entoure d’une véritable « dream team ». Son conseiller économique, Charles Chukwuma Soludo, est nommé gouverneur de la Banque centrale. Nasir El-Rufai, autre brillant sujet, diplômé également de Harvard Business School et de Georgetown University, prend en charge l’Agence pour la privatisation. Du côté du secteur privé, Tony Elumelu, PDG de United Bank for Africa (UBA). « J’ai rarement vu quelqu’un d’aussi rude. » Elle parvient à ses fins. 60% de la dette du Nigeria au Club de Paris, soit 18 milliards de dollars, sont effacés. C’est la deuxième plus importante annulation de dette du Club de Paris en cinquante ans d’existence. Au gouvernement enfin, pour la première fois, une femme. Brillante tête d’œuf, Dr Ngozi Okonjo-Iweala, une économiste diplômée de Harvard et de l’Institut de technologie du Massachusetts. Iweala n’a pas fait que de brillantes études. Elle a surtout une expérience variée de tous les champs du développement et des finances. Entrée à la Banque mondiale en 1983, elle y a déjà tout fait. De 1989 à 1991, assistante spéciale principale du vice-président chargé des opérations, elle a l’occasion de se familiariser avec la formulation des politiques des pays. La Chine et le Burkina Faso sont ses premiers terrains d’expérimentation. Quand les pays de la Zone franc subissent leur première dévaluation, bien traumatisante, de 50% de leur monnaie, le franc CFA, elle vole à leur secours. Le Rwanda, sort-il du terrible génocide, Ngozi est à ses côtés. Dans le Moyen-Orient pétrolier, elle entreprend de développer l’agriculture. Elle n’entreprend pas tout cela dans ses bureaux douillets de Washington. Elle est sur le terrain pour se rendre compte par elle-même.


Empathie

« Ce n’est pas quelqu’un qui se réfugie dans les Hilton », se souvient Olivier Lafourcade, qui fut son supérieur à la banque. « Elle est en empathie avec le milieu rural », ajoute-t-il. Puis, pendant six ans, elle s’est occupée de l’Asie de l’Est, devenant directrice des opérations pour la Malaisie, la Mongolie, le Laos et le Cambodge, alors que ces pays sont confrontés à une grave crise financière. Après l’Asie, le Moyen-Orient de 2000 à 2003. Ngozi connaît aussi la vénérable maison de l’intérieur pour avoir été directrice en charge du changement institutionnel et de la stratégie de 1995 à1997, chargée à ce titre du programme de réforme institutionnelle de la banque. Secrétaire du conseil d’administration, elle apprend les subtilités de la gestion des hommes, des humeurs et des égos. « Un boulot infernal ! Il faut concilier les désirs des 24 administrateurs représentant les Etats membres de l’institution avec ceux de la direction. Elle y réussissait sans se fâcher avec personne », souligne Pierre Duquesne, ancien administrateur pour la France auprès de la Banque mondiale. Cette expérience multiforme ne lui sera pas de trop pour le nouveau défi qu’elle accepte. Le président de la banque, James Wolfensohn, est sollicité en 2000 par le président nigérian Obasanjo pour lui fournir un conseiller capable de l’aider à organiser et à rationaliser la gestion économique du pays. Le conseiller est tout trouvé, une Nigériane de surcroît. Mais peut-elle accepter une mission aussi casse-cou en laissant à Washington le calme douillet de sa vie de famille, son mari, le chirurgien Dr Ikemba-Iweala, et ses quatre enfants ? Le challenge ne lui fait pas peur. La voilà au Nigeria. Mission si bien remplie que lui est proposé le Ministère des finances en 2003. La tâche est d’une autre ampleur. Il s’agit de s’occuper de revenus gouvernementaux de plus de 45 milliards de dollars par an, du quotidien de plus de 150 millions d’habitants.


Tout ou rien

La mission a failli pourtant ne jamais commencer. Pour de mystérieuses raisons, Obasanjo lui enlève le Trésor et le Budget. Pas question. C’est tout ou rien. Ce sera tout. Elle ne perd pas une minute. Premier chantier, la privatisation des aciéries. Elles sont certes déficitaires, mais les syndicats y sont puissants. Il faut les affronter. Aucune hésitation. Idem pour les télécommunications. Le monopole étatique renchérit les coûts et plombe la qualité du service. Inimaginable, la ministre décide de rendre publiques les recettes du pétrole, dont le pays est le premier producteur africain avec environ deux millions de barils par jour. Les montants sont astronomiques, mais les populations n’en profitent guère. Ce n’est pas elle qui décide de l’affectation des recettes, prérogative du président qui doit arbitrer un savant partage entre budget fédéral, ristournes aux régions productrices, allocations aux collectivités locales. Mais la simple publication des recettes est pour elle une formidable pression pour que « l’argent du pétrole aille dans les écoles et les hôpitaux plutôt que dans les poches de quelques-uns ».


Piège de la dette

Elle n’a pas bataillé que contre les lobbies et autres pouvoirs établis de son pays. L’auteur de The Debt Trap in Nigeria : Towards a sustainable debt strategy (Le piège de la dette au Nigeria, vers une stratégie viable de la dette) s’attaque naturellement à la dette de son pays. 30 milliards au seul Club de Paris. Les négociations promettent d’être ardues. Pour se donner une plus grande marge de manœuvre, elle évite le Fonds monétaire international, voie obligée pour prendre langue avec le Club de Paris. Pas nécessairement. Il suffit d’avoir un programme encore plus rigoureux. Logique, mais encore fallait-il y penser. Cela ne suffit pas. Le pays a mauvaise réputation et d’importantes recettes pétrolières. Les créanciers n’ont pas trop envie d’alimenter un système corrompu. Cette corruption, au lieu de la handicaper, lui sert d’argument. « Vous avez prêté à des gens corrompus et vous osez réclamer le paiement de cette dette à l’un des pays les plus pauvres du monde ? Vous n’allez tout de même pas laisser tomber le premier gouvernement “propre” du Nigeria ? » Elle n’est pas qu’habile. Elle peut aussi démontrer sa détermination à changer le système en montrant les réformes courageuses entreprises. Malgré tout, les créanciers lui demandent de rembourser avant tout effacement. Elle leur oppose un argument contraire : « Annulez d’abord et nous rembourserons après. » Un des négociateurs se souvient : « J’ai rarement vu quelqu’un d’aussi rude. » Elle parvient à ses fins. 60% de la dette du Nigeria au Club de Paris, soit 18 milliards de dollars, sont effacés. C’est la deuxième plus importante annulation de dette du Club de Paris en cinquante ans d’existence. Elle la double d’un rachat innovateur de la dette au secteur privé. Au total, la dette extérieure du Nigeria passe de 35 à 5 milliards de dollars.


Bilan flatteur

La dette ainsi réduite, décidément insatiable, elle entreprend de faire noter son pays pour lui donner accès aux ressources financières du marché aux meilleures conditions. En janvier 2006, le pays, fort des réformes mises en œuvre, de son faible endettement, obtient la cote de crédit BB auprès de Fitch et Standard and Poors. Le Nigeria y est en bonne compagnie avec des pays émergents, le Brésil, le Venezuela, le Viêt Nam, les Philippines et la Turquie. Au bout de trois ans, Ngozi a grandement contribué à révolutionner l’économie nigériane. Le taux de croissance a triplé en trois ans avec une moyenne de 6% par an. Le produit intérieur brut a été multiplié presque par trois. Elle n’aura pas le loisir de poursuivre sa mission. Les élections s’annoncent. Préoccupé par la prolongation de son mandat, Obasanjo veut desserrer l’étau que Ngozi a imposé au pays. A moins que le président n’ait pris ombrage des nombreux pronostics qui en font son successeur tout désigné. Difficile toutefois de la limoger après un tel bilan. Les Affaires étrangères apparaissent au pouvoir l’endroit idéal où la confiner sans qu’elle ne mette son nez dans les petits arrangements entre politiciens. Elle a compris. L’agenda présidentiel a changé. Il n’est plus question de relever l’économie du pays. Il faut conserver le pouvoir. Ngozi réalise qu’elle n’y a plus sa place. Au bout de trois mois à peine, elle démissionne en août 2006 des Affaires étrangères. Elle ne chôme bien sûr pas. Elle crée un fonds de 50 millions de dollars pour les femmes africaines chefs d’entreprise, fonde un centre de recherche sur les politiques de développement africaines...Le président Robert Zoellick, connaissant sa valeur, la rappelle à la Banque mondiale. « Elle a combattu courageusement la corruption et n’oublie jamais les plus démunis qu’elle veut servir, non en les assistant, mais en les rendant autonomes », justifie-t-il. A peine réinstallée, elle continue une autre croisade contre la piètre réputation de son continent. « L’Afrique n’est plus un problème, dit-elle, mais un continent d’opportunités. Elle a connu un taux de croissance de 6% pendant plusieurs années et se porte mieux. C’est vrai, la crise est là, celle des prix des produits alimentaires notamment, et moins de 5% de nos terres sont irriguées, contre 40% en Asie du Sud. Mais il faut cesser de considérer l’Afrique comme un malade. » Si le président de la Banque mondiale cesse d’être, un jour, un homme, blanc et américain, Ngozi a ses chances. Qui dit mieux ?

Florence Tchitakumbi

Son nom évoque le choix porté à un style de musique, aux influences soul, afro et jazz. Elle les exprime par ses propres créations (en français, douala, anglais et umbundu). Des airs métissés planant sur un rythme entraînant que transportent une voix originale. Impossible d’ignorer cette artiste qui monte et convainc par son talent. Portrait d’une battante.

Il y a une vingtaine d’années, Florence Chitakumbi commençait sa carrière d’artiste d’une manière rassurante. On se souvient de ses débuts, lorsqu’en explorant le black-beat music, le funk, puis le blue-note, elle fit s’émerveiller un public, encore rare, en Suisse, amoureux de ces styles. De la sortie dans les bacs de son tout premier single, UNIQ, au plus récent REGARDS CROISES, que de bons échos ; que du chemin parcouru par Florence Chitakumbi. Chanteuse suisse d'origine angolaise, elle n’a rien oublié de ses débuts. Fièrement, elle parle d’une discipline embrassée avec beaucoup d’optimisme : « Adolescente, j’ai évolué dans des petits groupes, avant de fréquenter des ateliers de musique. J’ai passé une année au Conservatoire de musique de la Chaux-de-fonds. Puis, je fréquentais des clubs ; je me produisais dans des petites salles ; j’assurais les premières parties au Festival jazz de Montreux, au New Morning à Genève, au Plateau libre de Neuchâtel, etc. » Elle n’a pas oublié que bien avant de monter sur la scène musicale, elle avait côtoyer, pour l’aimer, la musique. Sa sensibilité s’aiguillait vers la musique congolaise. En même temps qu’elle découvrait des artistes féminins connues et reconnues : Chaka Khan, Anita Baker, Areta Franklin, Sarah Vaughan ou Ella Fitzgerald.



A dix huit ans, le chemin de Londres lui ouvre quelques perspectives : elle goutte aux sensibilités musicales d’origines diverses. Elle s’essaie sur la scène non sans un objectif arrêté. Faire de la musique sa vie ; s’impliquer ; s’engager et aller de l’avant. Elle se nourrit de jazz. Elle maîtrise la batterie, les claviers, la basse, la guitare et la percussion. Elle va jusqu’à prêter sa voix aux artistes déjà confirmés, que ce soit dans des studios d’enregistrement ou en concerts. Florence se laisse pousser les ailes parce qu’elle croit en son étoile. Elle compose et se produit en solo, mettant en exergue ses propres créations. Mais le moment le plus marquant de sa vie d’artiste demeure son retour en Suisse où, en 1989, elle se lance pour la première fois sous son propre nom, avec son propre répertoire, accompagnée, à l’occasion, des talents dont le percussionniste guadéloupéen René Dambury, père de ses enfants. Ses réguliers passages au BBL (Big Band de Lausanne) seront déterminants pour sa carrière.



C’est ici qu’elle rencontre les meilleurs. Elle se produit parmi de musiciens professionnels hors pair, dont des voix splendides et un répertoire original composé d'arrangements écrits par Duke Ellington pour Ella Fitzgerald. Ce qui ne l’empêche pas de se produire en collectif. Au fil du temps, son nom s’affiche dans des concerts tels le Festival de Nyon, le Cully Jazz festival, le Chat noir et le Paléo festival (en Suisse). Elle est au rendez-vous du Jazzcartoon à Paris ou à l’International Festival of Female Voices à Douala (Cameroun).



A 45 ans (2011), Florence Chitakumbi a trouvé sa place dans la galaxie des professionnels de la musique. Valeur sûre, elle jouit des mêmes considérations lorsqu’il s’agit de programmer son passage dans tel ou tel festival de musique. Elle voyage, sur invitation, loin des frontières d’une Suisse, son pays d’adoption, qui a parrainé ses premiers pas sur la scène musicale. L’Allemagne, l’Afrique du sud, le Mali, la France, pour ne citer que ces quelques pays, l’accueillent à bras ouverts ayant découvert son talent. Confiante, elle tente des nouvelles aventures. Entre 1995 et 1998, elle séjourne à Paris et s’inspire d’autres styles ; elle fait d’intéressantes rencontres, avant de s’imposer sur les scènes de Paris. Le séjour parisien lui est bénéfique à plus d’un titre. C’est là-bas qu’elle se produit en tant que choriste dans le groupe Atlantique et de Teri Moïse. Elle travaille avec des artistes de renoms tels Julien Clerc, Four Roses, Maciré Sylla et Jean-Pierre Cassel.


L’artiste compte, à ce jour, trois solides albums : Uniq , 6ème sens et Regards croisés. Ce dernier CD, le plus poétique, est une perle. Un véritable voyage dans les cieux du soul et de la musique africaine. Les morceaux à thématiques variables dont elle est co-auteur (excepté le titre Ce matin qu’elle signe seule) mettent en exergue les histoires d’un amour passé teinté d’un brin nostalgique, de solitude, de sentiments refoulés, d’espoir, de dévouement. Des mots qui chatouillent l’inconscient ou les faces cachées d’une relation humaine. Ces titres sont réunis autour de la voix de Florence, qu’accompagne le talent des artistes de premier plan : Laurent Poget et Yves Ndjock (guitares), N’Doumbe Djengue (basse) et Valery Lobe (percussion). Ils nous plongent dans une acoustique exceptionnelle. Dans cet environnement bercé par la guitare sèche, la basse veloutée est savamment exploitée et les percussions sont bien maîtrisées. Dans l’ensemble, les thèmes qu’elle propose traduisent bien le tempérament de l’artiste : femme de paix, femme qui donne de l’amour, femme qui aime cultiver la tolérance. Elle s’inspire des problèmes liés au quotidien, à l’exemple de la solitude et de l’individualisme. Artiste aux talents multiples, il lui arrive de surprendre son public en bien. En effet, en janvier 2010, Florence Chitacumbi était sur scène au Théâtre du Pommier (Centre culturel neuchâtelois) dans le spectacle intitulé Nanguali.


Un projet musical captivant, mis en scène par Anne-Cécile Moser. Entourée de ses musiciens, elle invitait le public à partager ses multiples expériences artistiques, à travers son aventure musicale faite de sonorités, de mots et d’images. Sa voix et sa prestance ont été appréciées en avril dernier au restaurant, bar et Club le China à Paris, milieu branché, s’il en faut où des airs Funk Soul world se font entendre. Le même spectacle avait eu lieu en Suisse, successivement, au mois de mai en zone piétonne de la Neuveville et au mois d’août aux Arcades de Sion. Dire que ce n’est pas fini et que la belle aventure artistique de Florence Chitakumbi se poursuit.


cikuru batumike

Slimane Benaïssa

Lauréat du Grand Prix Francophone de la SACD en 1993, Slimane Benaïssa a bénéficié de plusieurs bourses et résidences d’écriture : en 1991 pour Ida dans la tempête (Commission Internationale des Francophonies) ; en 1992 pour Les fantômes de Yat (Association Beaumarchais) ; en 1994 pour Marianne et le marabout à Epinay-sur-Seine (Maison du Théâtre et de la Danse) ; etc.Slimane Benaïssa, auteur, metteur en scène et acteur, est né à Guelma dans l’est algérien. Après une vingtaine d’années de théâtre en arabe algérien, il s’exile en France en février 1993. Créée à Alger en arabe puis en français, sa pièce Au-delà du voile le révèle au public français, notamment lors de son accueil dans le cadre du Festival International des Francophonies en Limousin et de la tournée qui suivra. Viendra ensuite Le conseil de discipline produite par le Magasin d’Ecriture Théâtrale de Bruxelles qui sera jouée un peu partout en France, notamment à l’initiative de la Ligue de l’Enseignement, et en Belgique. Mais c’est surtout Les fils de l’amertume qui lui vaudra la renommée dont il peut se prévaloir aujourd’hui.

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