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Stérilité masculine: un tabou en Afrique?
qui de l'homme ou de la femme en souffre plus ?
Pendant des milliers d'années, la femme a toujours eu tort lorsqu'un couple était stérile. On s'est refusé pendant longtemps à considérer que l'homme pouvait avoir une part de responsabilité dans les problèmes de stérilité. "Quand tout allait bien, c'était grâce à l'homme, quand cela ne marchait pas, il y avait des problèmes chez la femme. Elle était répudiée ou soignée", rappelle fort justement le professeur Jean-Claude Czyba du laboratoire de biologie de la reproduction à l'hôpital Edouard-Herriot de Lyon. Dans toutes les sociétés, africaines, occidentales ou orientales, des raisons historiques et religieuses semblent expliquer cette responsabilité de la femme. N'est-ce pas elle qui porte l'enfant pendant neuf mois dans son ventre?
Toute stérilité chez elle est donc plus visible que chez l'homme. Depuis une dizaine d'années cependant, on a pris conscience que l'homme peut, lui aussi, être stérile. On pense maintenant qu'il est responsable de 50% des stérilités du couple. On commence donc à admettre que ce drame est un problème de couple et que plusieurs causes son toujours imbriquées: l'homme et la femme partagent la responsabilité et cela oblige à traiter le couple dans son ensemble. Si les mentalités ont évolué dans beaucoup de sociétés, les tabous de la stérilité masculine persistent encore et pour longtemps en Afrique: - une jeune camerounaise de vingt-cinq ans nous disait que chez elle, la femme est encore considérée comme seule responsable de la stérilité du couple. Pourtant, suspecter un homme de stérilité provoque de graves dissensions au sein des familles. Quand un couple est infertile, on en recherche tout de suite les causes dans la famille de la femme. On détecte tout esprit maléfique mécontent du partage de la dot versée par le mari: -"Après de multiples palabres, nous n'avions toujours pas d'enfants, confie une femme angolaise de cinquante ans; mon mari m'a alors répudiée. Quelque temps après, j'ai eu un enfant de mon second mari. Tout était clair, c'est lui qui était stérile..." Même si la stérilité masculine est formellement établie, elle est toujours niée. C'est le cas dans certaines régions des deux Congos où l'on tient à préserver l'image de marque du mari considéré comme étant le membre le plus important de la famille. On s'arrangera au besoin à faire enfanter la femme par le frère cadet du mari et cela dans la plus stricte discrétion. Ce refus catégorique de l'éventualité de la stérilité masculine semble s'expliquer notamment par un manque d'informations, source d'ignorance et de beaucoup de confusions. "Il est difficile que l'homme accepte sa stérilité, nous confiait un jeune ivoirien de trente ans, parce que beaucoup croient que ce sont les impuissants qui son stériles." C'est là en effet que semble se situer l'un des nœuds de ce problème: la confusion entre stérilité et impuissance. Dans beaucoup de milieux, accuser le mari de stérilité équivaut à jeter la suspicion sur sa virilité. Or pour le Docteur Jondet du laboratoire d'anatomie pathologique de la faculté de médecine de Paris, "il existe des impuissants que sont tout à fait fertiles et la majorité des hommes stériles sont tout à fait puissants. Il est donc faux de considérer qu'un homme est stérile parce que impuissant. - Dans son livre "La stérilité vaincue", le Docteur Bernard Séguy définit celle-ci comme étant l'absence de grossesse au bout de relations sexuelles régulières sans aucune précaution contraceptive. Peut-elle alors être considérée comme une maladie? Diverses opinions divergent à ce sujet. Certains spécialistes estiment que la stérilité n'est pas une maladie puisqu'elle met en déroute les lois de la médecine classique selon laquelle on recherche toujours une cause unique à un trouble. Or on sait maintenant que la stérilité est le fait de troubles présents chez l'homme aussi fréquemment que chez la femme. Les études et recherches concernent donc les couples et non, comme ce fut trop souvent le cas, les femmes seulement. Les responsabilités sont partagées comme le soulignait Marie Ange d'Adler: "...un sperme médiocre permettra de procréer si la femme est très fertile, un bon sperme restera sans effet si elle est peu féconde..."
Un constat compliqué
L'étude de la fertilité et de la sexualité masculine est restée longtemps en retard à cause des tabous qui les entouraient. - Il existe à présent, dans de nombreux hôpitaux, des équipes de médecins qui font de l'andrologie. Ces médecins spécialistes viennent d'horizons divers. Ils sont urologues, biologistes, endocrinologues, sexologues, etc... Les examens et les traitements de la stérilité demandent beaucoup de patience et de persévérance. L'infertilité de l'homme est établie et confirmée lorsqu'on ne trouve pas de spermatozoïdes lors de l'examen qu'on appelle "spermogramme". Le spermatozoïde est le petit animalcule produit par les testicules de l'homme. Il mesure de la tête à la fin de son flagelle environ 70 microns. Ce spermatozoïde passe dans ce que l'on appelle l'épididyme puis il va être éjaculé au moment du rapport sexuel. A partir de ce moment, il va monter progressivement dans les trompes de la femme où il va rencontrer l'ovule et la féconder. Si tout se passe bien, neuf mois plus tard, un enfant naîtra. Le spermogramme est donc cette analyse du liquide séminal qui renseigne sur le nombre de spermatozoïdes au cc, sur leur vitalité, et sur l'existence éventuelle d'anticorps. Il faut répéter plusieurs fois le spermogramme. Si l'absence de spermatozoïdes qu'on appelle l'azoospermie se confirme, on peut affirmer que l'homme est définitivement stérile. Un autre cas plus délicat se présente lors de ces investigations: - on trouve beaucoup de spermatozoïdes qui bougent très bien, tout est normal également chez la femme mais la femme n'arrive pas à avoir d'enfants. Il est difficile de donner des explications en laboratoire. On recoure dans ce cas à une nouvelle technique qui consiste à mettre en présence des ovules avec les spermatozoïdes. C'est la fécondation "in vitro". Si les spermatozoïdes fécondent l'ovocite au laboratoire, on peut dire que l'homme n'est pas stérile. Si par contre ces spermatozoïdes qui ont une apparence tout à fait normale n'arrivent pas à féconder un ovule, la stérilité du couple peut être imputée à l'homme. D'autres examens effectués pour un bilan de stérilité masculine - le test "post-coïtal" ou prélèvement de la glaire cervicale 4 à 20 heures après rapport. - Il est effectué sur la femme, pour étudier l'abondance et la vitalité des spermatozoïdes une fois "en situation". - et l'analyse du sang pour un bilan hormonal...
Des causes obscures.
Il n'y a pas une cause mais une multitude de causes à la stérilité masculine: "La plus importante et la plus gênante pour un médecin, dit le Docteur Jondet, c'est l'absence de causes, c'est-à-dire qu'on ne trouve pas de causes.-" Il est en effet fréquent de trouver des hommes qui n'ont pas de spermatozoïdes mais il est impossible de dire pourquoi. Parmi tant d'autres causes de la stérilité masculine, on peut retenir la variocèle qui est une dilatation des veines au-dessus du cordon testiculaire. Les varices gênent la fabrication des spermatozoïdes par le testicule. Il en existe d'autres qu'on pourrait qualifier d'endocriniennes c'est-à-dire une absence de maturation du testicule par l'hypophyse qui n'a pas envoyé suffisamment d'hormones. La tuberculose peut induire des scléroses et des obstructions complètes de la voie qui conduit le sperme vers l'éjaculat. Il existe des tuberculoses osseuses, rénales et urogénitales qui touchent aussi bien l'homme que la femme. Le pronostic est identique chez l'homme et la femme lorsqu'il y a une atteinte tubaire chez la femme, épididinaire ou épididimo-déférentielle chez l'homme. Le résultat se traduit par une stérilité définitive. Il y a aussi des causes congénitales: - l'absence de la voie sécrétrice du sperme. C'est ce que l'on appelle les agénésies déférentielles. Au moment de la vie embryonnaire et fœtale, il n'y a pas eu constitution du petit canal par lequel le sperme s'écoule du testicule jusque dans l'éjaculat.
Les oreillons qui surviennent après la puberté provoquent une stérilité en dehors de toute thérapeutique. On peut en rechercher aussi les causes dans les maladies transmissibles sexuellement. C'est le cas de la gonorrhée qui entraîne une obstruction de la voie différentielle. Il nous semble important d'attirer l'attention sur ces maladies transmissibles sexuellement et dont la recrudescence actuelle inquiète plus d'un spécialiste.-" Cette recrudescence malgré l'efficacité des médicaments et antibiotiques s'explique par une raison d'abord physique: Au contraire de chez l'homme, les organes génitaux de la femme sont en profondeur, hors de sa vue: elle ne s'aperçoit donc pas qu'elle est atteinte, ne se fait pas traiter et continue ainsi à contaminer ses partenaires. En outre, il est difficile pour les malades de préciser qui les a contaminés ou, se refusent, par égoïsme ou par respect humain, à prévenir leurs partenaires probablement atteints.
Ces MST sont essentiellement la syphilis et la gonococcie, mais d'autres s'en approchent, bien qu'elles ne soient pas obligatoirement vénériennes, c'est-à-dire, dues à un rapport sexuel: -blennorragies non gonococciques, trichomonase, candidose, pédiculose du pubis, gale, etc...La syphilis appelée communément "vérole" se contracte habituellement lors d'un rapport sexuel mais peut se transmettre aussi par le baiser, l'emploi du même verre. Elle est due au tréponème pâle. Non traitée, elle peut se transmettre à l'enfant. - Les blennorragies sont les suppurations génitales d'origine sexuelles, la plus importante étant la gonococcie, appelée communément "chaude pisse", due au gonocoque, comme son nom l'indique.
En Afrique, ces maladies ont en grande partie été à l'origine de ce que les démographes ont nommé "la ceinture de la stérilité" qui couvre le nord de la RDC, une partie de la RCA, du Soudan, du Cameroun, de la Guinée Équatoriale et surtout, en totalité, le Gabon. Dans une lettre adressée aux participants des récentes journées médicales du Gabon, le Docteur Anne Retel Laurentin, Maître de recherches au CNRS, écrivait à propos de la stérilité constatée chez un tiers des femmes dans certaines régions d'Afrique équatoriale: "Les zones d'infécondité sont liées aux coutumes de mobilité conjugale propres à certaines ethnies géographiquement exposées aux grands courants commerciaux, en particulier la traite des esclaves, qui introduisirent en un siècle les maladies vénériennes depuis les côtes jusqu'au cœur du continent..." On ne sait pas grand chose sur les stérilité d'origine psychique chez l'homme. Il est bien connu que, chez la femme, l'aménorrhée, c'est-à-dire l'absence de règles, peut avoir une origine psychologique. La jeune fille ou la femme qui vient de perdre un être cher peut avoir un arrêt assez long de ses menstruation. Ce phénomène pourrait se manifester chez l'homme mais il n'est pas encore prouvé. Toutefois, on a remarqué des cas cliniques de gens extrêmement "stressé" psychologiquement qui présentent des stérilités.
Comme on l'a vu, la stérilité est souvent conjugale. Il est difficile de faire la part de ce qui revient à chacun des époux. Si l'homme est psychologiquement troublé, cela peut retentir sur la femme. Si le couple est troublé psychologiquement, on peut parler d'une stérilité conjugale d'origine psychologique. Quant à l'andropause, elle n'existe pas, selon le Docteur David Elia dans son livre Les Hommes. - En effet, si, dans la vie des femmes, la ménopause est marquée de signes très nets dont l'interruption des fonctions du secteur hormonal, il ne se produit rien de semblable chez l'homme. - Les spermatozoïdes, équivalent des œufs féminins, sont produits en permanence pendant toute la vie. Sans doute leur pouvoir fécondant est-il moindre à soixante qu'à vingt ans, mais il autorise la paternité jusqu'à la mort.
Des remèdes aléatoires.
Les traitements des stérilités masculines sont encore trop souvent, et pour l'instant, décevants. En cas d'azoospermie sécrétoire par contre, le traitement est aléatoire. Il varie selon l'origine. Une affection congénitale des glandes reproductrices doit être opérée avant l'âge de 10 ans. Une anomalie des sécrétions de l'hypophyse, qui commandent celles des testicules, est définitive. Mais un traitement hormonal peut réussir en cas d'insuffisance de sécrétion de l'hormone mâle (testostérone). - Les infections se traitent par les classiques antibiotiques et anti-inflammatoires. Le variocèle est l'affection la plus facilement curable. On pratique une petite opération : une ligature des veines spermatiques, simple et anodine. Enfin, un produit original, le mestranol stimule la formation de spermatozoïdes. Au 2e congrès international d'andrologie de Tel-Aviv, on a admis que la plupart des stérilités masculines sont dues à un déficit des spermatozoïdes parfois en nombre mais le plus souvent en qualité. Cette insuffisance qualitative et quantitative peut néanmoins permettre une fécondation, maintenant qu'on sait améliorer, concentrer et conserver les spermatozoïdes dont, avec des médicaments, on peut augmenter aussi la mobilité qui joue un rôle essentiel dans la fertilité. - A part ces différents traitements hormonaux ou non hormonaux, plusieurs centres hospitaliers recourent à l'insémination artificielle. C'est pour les couples désireux d'avoir un enfant et qui découvrent chez l'homme une stérilité ou une forte diminution de la fertilité, une alternative à l'adoption. Cette insémination est pratiquée dans trois sortes de circonstances: dans les oligo-asthénospermies (déficiences en nombre et en mobilité de spermatozoïdes), où l'insémination est pratiquée après "enrichissement" par centrifugation par exemple du sperme du mari, trop pauvre en spermatozoïdes pour être fécondant en lui-même. On peut encore y procéder après conservation par le froid du sperme de patients dont les prélèvements sont intervenus avant un traitement chimio- ou radiothérapeutique qui risque d'altérer leurs capacités de reproduction. Enfin, l'insémination artificielle par donneur est pratiquée avec le sperme de donneurs anonymes. Il ne s'agit pas là, à proprement parler, de traitement d'une stérilité conjugale dans la mesure où si cette méthode permet à un couple stérile d'avoir des enfants, le père biologique de l'enfant demeure un donneur anonyme et non le mari. On est loin, on le voit, des esprits maléfiques de leur invulnérabilité. Face aux croyances populaires, la science et la médecine, parfois, ont du bon.
Tusevo Diasamvu
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"Moi, métis"
avec le nouvelobs
Les bien-pensants parlent d'enfants issus de la diversité. Dans la cour de l'école, il y a les "rebeus", les "renois", les "Chinois", les "babtous". Une enquête de Doan Bui.
C'est l’un des sketchs culte de son nouveau spectacle. Jamel Debbouze évoque son mariage avec Mélissa Theuriau, et la première rencontre entre les deux familles. « Eux ce sont des catholiques de l’Isère, nous on est des musulmans de Trappes. Elle,son père est saxophoniste, moi, le mien, il est schyzophréniste». Mélissa et Jamel, le prince et la princesses version 2011, ont eu un petit garçon. Devinette, comment s’appelle-t-il ? « Je voulais Zizou, mais elle a préféré Léon ». Va donc pour Léon. Sauf que…. « Je vois mon père, il me dit, c’est très beau Léon ! J’adore Léon ! Mais pour moi, ce sera Ali. Depuis, mon fils est devenu un peu schizophréniste, comme lui » . Leon Ali Debbouze a deux ans. Et déjà deux identités. Il est métis.
« Schyzophréniste » ? Deux ouvrages viennent de sortir sur la question métisse. Version pessimiste, voilà « Maudit Métis » (1), du journaliste Bertrand Dicale, un témoignage sur le mal-être du métis, écartelé entre deux cultures. Et condamné, selon Dicale, à devenir à terme la victime expiatoire d’une société « de plus en plus obsédée par la pureté identitaire ». Version rose, voilà « La question métisse » (2), de Fabrice Olivet, qui à partir du même constat, (« je suis noir et blanc, bref génétiquement situé dans le camp des victimes et des bourreaux »), rêve d’une République qui aurait inscrit le métissage dans son ADN. Une France dont la bande son serait : «.Je suis Métisse, un mélange de couleurs Oh oh »-, chanté par Yannick Noah et Disiz la Peste et le visage celui de la belle Noemie Lenoir (ou celui de l’égérie « bébé cadum », qui, en 2009, pour la première fois depuis sa création en 1924 , choisissait un enfant métis). Cette même France qui semble pourtant de plus en plus obsédée par les questions identitaires, et où, à trop vouloir définir cette fameuse identité nationale, on a tracé une ligne invisible entre les « français de souche » et les autres. Schyzophrénie, encore. « Très peu de travaux ont été réalisés sur les métis» dit le sociologue Pap Ndiaye « La sociologie est très imprégnée de Bourdieu, avec une grille de lectures unique, la lutte des classes. Evoquer le facteur racial a longtemps été tabou. Pourtant, même si la race n’existe pas d’un point de vue scientifique, elle existe, hélas, d’un point de vue social. ». La République préfère ainsi parler de « métissage », joli mot fourre-tout, que de « métis ».*
Jambon or not jambon ?
Isabelle, lorraine, et Sohil, d’origine algérienne n’ont pas ces fausses pudeurs. Pour eux, leur fils est métis, évidemment. « Je suis blonde aux yeux bleus, mon fils est très typé, alors on me prend parfois pour sa baby-sitter. Mais le choc, c’est quand mon patron m’a dit en plaisantant, il est mignon ton fils, il a une bonne petite tête d’arabe ». Le choix du prénom a été l’affaire d’âpres négociations. Le couple a opté pour Yanis, un mixte des deux cultures. Isabelle a rajouté Gilles en deuxième prénom, le prénom de son père, Sohil, a imposé Sankara, du nom d’un leader africain anti-impérialiste, en troisième prénom. Yanis, 3 ans, est déjà « schyzophréniste » à sa façon. « Il dit très fort devant son père, moi je ne suis pas arabe, je mange du saucisson. Et en même temps, il veut passer ses vacances avec son grand père paternel qui ne parle pas un mot de Français » raconte sa mère. A la maison, le petit mange du jambon, mais Isabelle vient de découvrir que son mari, en inscrivant Yanis à la cantine, a coché la case « enfant ne mangeant pas de porc ». Yanis fête l’Aïd et Noel « Là, cela ne me gêne pas, c’est une coutume qu’on rajoute.». Alors, Jambon or not Jambon ? C’était le pitch de la dernière comédie en date sur les unions mixtes, réalisée par Anne de Pétrini, sortie il y a quelques mois. On vous le disait, c’est l’air du temps, qui transforme « l’affaire » des burgers hallal de Quick en débat politique sensible.
Si tu n’es pas sage, « Ong tay » (monsieur le Français »), viendra te gronder !
Dis moi ce que tu manges et je te dirais qui tu es : la nourriture est en effet un lieu sensible de la transmission. Baguettes, nuoc-mam et pho : Bruno Trieu, 37 ans, Français d’origine vietnamienne, s’est fait un point d’honneur à familiariser très tôt son fils de trois ans à sa culture culinaire. Mais pour le prénom, il a délibérément choisi un prénom Français, Louis : « J’ai décidé de m’appeler Bruno quand j’ai commencé à bosser. Personne n’arrivait à prononcer ou retenir mon prénom vietnamien. Je ne voulais pas que mon fils ait les même tracas ». Vint ensuite le dilemme du nom de famille. « Fallait-il mettre mon nom ? Celui de sa mère, Dubois ? In fine, on a opté pour Dubois-Trieu. Je me suis dit que ce serait plus facile pour lui, quand il cherchera du travail. Je veux qu’il soit un Français comme les autres ». Pourtant, quand il a vu que son fils était devenu Louis Dubois, l’administration aimant la brièveté, il a regretté. « Je suis né en France, je ne parle pas vietnamien…Ma génération a tellement voulu s’assimiler que je me demande si à trop vouloir s’intégrer, on ne s’est pas désintégré ». Pour les immigrés de la deuxième génération, comme lui, souvent mariés avec des « Français de souche », la naissance d’enfant métis survient comme un catalyseur. « Qu’est ce qu’on va leur transmettre ? Que va-t-il rester de notre culture ? » s’interroge Lan, 40 ans, à Lyon. Lan se rappelle très bien que, petite, « ong tay », « monsieur le Français », est une espèce de croquemitaine, invoquée par sa grand-mère vietnamienne. « Elle nous parlait en vietnamien et me disait, si tu n’es pas sage, Ong Tay viendra te chercher ! » Dans sa famille, comme dans beaucoup de familles immigrées, il y a toujours eu « les Français ». Et « nous ». Il fallait « bien travailler à l’école », car, disait les parents « sinon, les Français te mépriseront ». Lan a bien travaillé, s’est bien intégrée, si bien d’ailleurs qu’elle ne parle plus vietnamien, comme beaucoup de cousins de sa génération. Tous ses copains étaient des « Français ». Comme son mari. « Quand ma fille Alice m’a dit qu’elle était Française comme son père, ça m’a fait bizarre. Elle a longtemps rejeté son côté asiatique. Elle refusait de manger avec des baguettes ». Alice s’est fait traiter de « chinoise ». Aussi bien par des « arabes » que des « Français ».
Babtous et renois
Que les vierges républicaines ne s’effarouchent pas…A l’école, on ne parle pas de « minorités visibles » ou d’enfants « issus de la diversité », ces euphémismes dont l’époque est friande. Il y a les « rebeus » ou « rabza » , les « renois », les « chinois » et les « babtous », les blancs. Les métis ne sont dans aucune case. Ce qui peut parfois être un avantage. « On est des caméléons » dit Hélène, métis, en 3e, qui vit dans le XIXe arrondissement à Paris, un quartier très mélangé. « Nous au moins, personne ne peut dire qu’on dire qu’on est des babtous ». Même si c’est le cas, puisque, Hélène l’avoue, elle s’est « toujours vue blanche ». Comme sa petite sœur Eloise, qui se dessinait d’ailleurs jadis avec des cheveux blonds.… « Je me suis rendue compte que ma couleur de peau était différente au primaire, parce qu’on me posait toujours des questions sur mon origine ». Dans la cour, la distinction sémantique entre les différents groupes ethniques est complexe. Il y a la couleur de peau, mais aussi tous les attributs et codes vestimentaires qui vont avec. « Par exemple, on dit renoi pour le garçons, mais fatou pour les filles » décode Hélène « Je pourrais être une fatou, si je le voulais, mais comme je ne m’habille pas comme elle, je suis plutôt assimilée babtou.». Si à l’origine, ces épithètes étaient plutôt péjoratives, elles sont passées dans le langage courant de l’école : « On va dire, tiens cette babtou elle est sympa, ou j’ai croisé Machine, tu sais la fatou, plutôt que de dire la fille au pullover bleu ou jaune. »
Choisir son camp
Si Helène se voit blanche, Mae 9 ans, se voit plutôt noir. Ainsi que sa sœur Nele, 6 ans. Nathalie, leur mère, une blonde aux yeux bleus constate: « Mes enfants se voient plutôt comme noirs, parce que c’est comme ça qu’on les voit à l’extérieur. ». Comme si le métissage se définissait d’abord à l’aune du regard de l’autre. « J’ai le teint clair. On me prend souvent pour une métisse et on me demande, comme si je devais me justifier, pourquoi je me revendique comme noire. » dit la journaliste Audrey Pulvar « C’est un malentendu total. Certes, mon père est Chabun – le nom donné aux teints clairs aux Antilles-, mais il s’est toujours considéré comme noir. Même si, évidemment, de part l’histoire, tous les martiniquais sont métissés. Dans ma généalogie, j’ai du sang noir et du sang blanc, celui du maître et de l’esclave ». La focalisation sur la couleur n’est pas que l’apanage de la métropole. « C’est une obsession dans les sociétés créoles ! Ce n’est d’ailleurs que quand je suis venu habiter en Guadeloupe à l’adolescence, après une enfance passée en banlieue parisienne, que j’ai vraiment réalisé que j’étais métis » explique le journaliste Bertrand Dicale. Aux Etats-Unis, pays pourtant également très « métissé », on doit en revanche « choisir » son camp. « C’est le fameux syndrome de la tâche » explique Pap Ndiaye « Si vous avez du sang noir, vous êtes considéré comme noir aux Etats-Unis. Le métis n’existe pas là bas. Depuis 2000, il est certes désormais possible de cocher la case multiracial, mais le poids de l’histoire est tel que pour l’instant, la plupart des Américains cochent noir, asiatique, caucasien etc etc… ». Même Obama, né d’une mère blanche du Kansas et d’un Kenyan, est perçu comme noir. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard. Beaucoup de hérauts de la cause Noire sont des métis. Comme Malcolm X, dont le grand père était écossais. Eberlué, quand on lui demanda, lors d’un voyage au Ghana, pourquoi un blanc comme lui s’intéressait aux Afro-américains… Ou encore Bob Marley, dont le père était un capitaine de la Navy, blanc.
« Sale blanc chez les noirs, sale noir chez les blancs »
Alors peut-on vraiment être des deux côtés à la fois ? Dans les forums de discussions sur le Net, le sujet déchaîne les passions. « Les Tissmé (métisses) revendiquent leur coté non blanc parce qu'en France on ne fait pas de distinction entre les tiss, les renoi ou les rebeu, ils sont en général mis dans le même sac », explique « Dri2x », tandis que « shiro » trouve qu’être « tissmé » c’est se « sentir chez soi nulle part, sale blanc chez les noirs, sale noir chez les blancs ». Même écho sur la page Facebook « Métis Franco-Chaoui » ( franco algérien) , qui plaide : « nous sommes métisse bien souvent d un père nord africain et d une mère francaise!!! nous sommes rejetés par les francais et les arabes. Les européens nous traite de sales arabes et les arabes de sales francais ». Le pédopsychiatre Jonathan Ahovi voit défiler beaucoup de ces adolescents en pleine quête identitaire : « Certains, en souffrance, choisissent de se radicaliser. Je me rappelle de cet ado dont le père d’origine africaine était agnostique, et qui s’est pourtant converti à l’islam dur. Sa manière à lui de réinterpréter l’histoire familiale et de retourner aux racines». La tentation du radicalisme ? Difficile de ne pas songer à Dieudonné, métis lui aussi, désormais abonné aux provocations et dérapages en tous genres… Pour Jonathan Ahovi, la pedo-psychiatrie, comme les sciences sociales, d’ailleurs, a trop longtemps ignoré le facteur ethnique. « Enfants d’immigrés, enfants adoptés, métis : ces enfants ont pourtant les même questionnements. Ils se sentent tiraillés, ont souvent l’impression de trahir d’un côté ou de l’autre. » Le médecin est cependant optimiste : « Il faut les laisser vivre cette phase de rejet pour se construire » Alice l’eurasienne a désormais 16 ans, et elle est plus sereine depuis qu’elle a eu la chance de partir en famille découvrir le pays d’origine de sa mère. « Elle a découvert une image inversée de la France, » dit Lan « Là bas c’était son père qui était l’étranger. Elle s’est rendu compte que son côté asiatique lui permettait de s’intégrer. Elle n’était plus minoritaire».
Doan Bui - Le Nouvel Observateur
(1) Maudit Métis, Bertrand Dicale, 2011, Editions JC Lattès
(2) La question métisse, Fabrice Olivet, Edition Fayard/ Mille et Une Nuits
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