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suppléments
La reprise culturelle à la Maison de la Poésie?
La reprise culturelle du printemps à la Maison de la Poésie, avant une 9ème édition du Festival International de Poésie en juin, nous promet de beaux moments de plaisir, d'intelligence et de réflexion!
De février à mars, la Maison de la Poésie et de la Langue française Wallonie-Bruxelles vous propose en effet une riche programmation artistique basée sur deux axes principaux.
Amour et féminité
À l'occasion de la Saint-Valentin, vous assisterez à une soirée Langue française en compagnie d'Agnès Pierron autour de son ouvrage "Dictionnaire des mots du sexe" ainsi qu’à des spectacles tels que "Louise Labé ou l'amour fou" par la Compagnie de l'Aube (France) et "Les lettres de la religieuse portugaise" de Guilleragues par Eveline Legrand, récitante, et Pascal Gallon, luthiste. Quant à la lecture-spectacle, "Emily B. et autres contes d'automne", de et par Dominique Jacques, elle vous sera présentée à l'occasion de la Journée de la femme (8 mars). Enfin, dans le cadre du Printemps des Poètes et de la Journée Mondiale de la Poésie, venez découvrir la poésie des troubadours grâce à la conférence donnée par Eric Brogniet et au concert de Roger Delogne autour de son dernier album "Courriel : l’esprit troubadour".
Témoignages et indignation face à la violence faite aux femmes et aux populations
Dans le cadre du Printemps des Poètes, vous pourrez également assister au spectacle de la Compagnie du Simorgh (Belgique), "Après nous, ne te souviens que de la vie…", d'après l'œuvre du poète palestinien Mahmoud Darwich, ainsi qu’à une soirée littéraire dédiée à la Palestine, avec d'une part, l'auteure namuroise Michèle Hicorne qui nous parlera de son ouvrage "Des mots pour la Palestine", et d'autre part, le poète tunisien Tahar Bekri qui nous livrera son expérience personnelle à travers son livre "Salam Gaza". Sur la même thématique, vous retrouverez le spectacle "Stabat Mater Furiosa" du poète Jean-Pierre Siméon, inspiré par la guerre au Liban, interprété par Sylvie Dorliat et mis en scène par Jean-Philippe Azéma et la Compagnie IKN (France). Insérés dans cette tonalité sensible et engagée, deux moments de pur délire verbal et de transe musicale avec le duo des comiques-troupiers oulipiens Jean-Luc De Meyer et Didier Czepczyk "Les oiseaux moqueurs" et la 4ème Nuit de la Chanson française avec la jeune chanteuse Léa Cohen et le groupe DJINN SaOUT! La Maison de la Poésie et de la Langue française, c'est aussi des rencontres et des ateliers, des formations pédagogiques, des programmes d'initiation à la poésie en milieu scolaire (du primaire au secondaire) et un Centre de documentation unique en Wallonie! Plus d'infos : 081/22.53.49 – info@maisondelapoesie.be – www.mplf.be
Le poète Adonis a reçu le prix Goethe
Le poète d'origine syrienne Adonis a reçu le prix Goethe, une récompense prestigieuse décernée tous les trois ans à un poète pour l'ensemble de son oeuvre. L'auteur défend une liberté de penser hors des traditions religieuses.
Le lauréat du prix Goethe de cette année est le poète Adonis, pseudonyme d'Ali Ahmed Said Esber. Il a remporté l'une des récompenses les plus prestigieuses du monde de la poésie. Elle est décernée tous les trois ans par la ville de Francfort-sur-le-Main et récompense l'ensemble des écrits d'un poète. Reuters rapporte que le comité de sélection a salué Adonis comme "le poète arabe le plus important de sa génération". Il précise qu'il "lui a attribué ce prix en raison de son oeuvre cosmopolite et de son apport à la littérature internationale." Ce fervent défenseur de la laïcité a créé des polémiques dans les pays arabes, en critiquant notamment vivement le port du voile.
De son vrai nom Ali Ahmed Saïd Esber, Adonis naît dans le nord de la Syrie en 1930 et commence à travailler dans les champs très jeune. Mais son père refuse de voir son fils se contenter de l'agriculture et l'incite à apprendre la poésie. En 1947, alors qu'il n'a que douze ans et que ses parents s'y opposent, il s'échappe pour rejoindre la ville voisine. Le président syrien s'y trouve et Adonis souhaite intégrer l'assemblée des poètes locaux, venus le célébrer. Ecarté, il décide tout de même de s'imposer et parvient à se faire entendre. Le gouvernement, comme la foule, est ébahi par la prose de l'enfant et tombe sous son charme. Le président décide d'ailleurs de lui offrir une bourse pour ses études. Il sort diplômé en 1954 avec une licence de philosophie. En 1955, son appartenance et son combat pour le Parti national syrien lui valent six mois de prison. Une fois libéré, il s'enfuit à Beyrouth et fonde avec le poète Youssouf al-Khl le magazine Chi'r, revue subversive et controversée. Mais peu à peu, Adonis abandonne le nationalisme militaire pour le panarabisme, mouvement visant à réunifier les peuples arabes. La littérature prend aussi une plus grande place dans sa vie et il commence à traduire en arabe de grands poètes comme Baudelaire. En 1980, Adonis doit fuir le Liban à cause de la guerre civile. Il se réfugie à Paris en 1985 et devient le représentant de la Ligue Arabe à l'UNESCO. Influent, autodidacte et talentueux, Adonis est l'un des plus célèbres poètes arabes.
Du Feu de l'Art – De l'Amour et autres Aphorismes sorciers
par Michel Camus
N'est pas libre celui qui n'est pas maître en puissance et en acte de son irrésistible besoin de la femme. Les trop humaines amours sont avant tout destinées à satisfaire la faim sexuelle et la faim affective dans l'illusoire espoir d'échapper à la solitude. La femme est l'épreuve de l'homme. Rien ne vaut la femme pour faire descendre l'homme dans ses propres enfers. Il est rare que l'homme ne passe pas par la femme, moins pour en arriver à se délivrer d'elle que pour se délivrer de soi. La femme est à la fois pour l'homme le passage obligé et l'impasse de l'amour. Un échec sans remède. Afin que l'échec des humaines trop humaines amours éveille la troisième faim, la faim métaphysique de l'Absolu. Degré insensé de l'amour où l'on ne sait plus qui aime qui. L'amour S'aime, écrivait Colette Thomas avant de perdre ses esprits. (Le Testament de la Fille morte).
L'homme est presque toujours l'esclave excessivement complaisant de des énergies sexuelles. L'intervention inspirée qui les maîtrise est une autre énergie qui, traversant l'homme à son appel, rend l'énergie sexuelle consciente d'elle-même. Toute métaphore est arbitraire pour faire allusion à la toute-puissance infinitésimale ou infiniséminale en jeu dans l'inspiration sexuelle. C'est de l'ordre du Mythe. C'est l'inviolable secret du Maître des Sources à la source des actes. N'en va-t-il pas de même de la génération spontanée de l'écriture?
Le feu sauvage qui vient des ténèbres du sexe n'apaise le paroxysme de son inflammation qu'en se liquéfiant dans sa propre lumière. Tout est lié: nuit, feu, chaleur, lumière. Qui le sait? Sinon l'autre feu du regard issu des mêmes ténèbres.
La pulsion sexuelle conduit l'homme à s'expulser, à sortir de soi, à perdre son moi séparé en perdant conscience de soi dans la trop vive fulgurance de l'orgasme. Les forces vitales archaïques l'emportent sur les pouvoirs du regard intérieur. C'est ça la petite mort. L'homme fait l'amour et se défait dans l'amour, faute de pouvoir s'identifier à l'éclair de l'amour. Renverser ce rapport de forces, longue patience qui renforce le degré d'intensité de la conscience, son pouvoir sorcier sur la puissance du serpent: métaphore tantrique pour désigner les forces originelles jaillissant de la racine du sexe. Traverser l'orgasme les yeux ouverts ou fermés importe peu dès l'instant que l'œil du cœur est ouvert: opération magique qui équivaut à traverser la mort. Opération alchimique toujours et toujours à refaire puisque l'œil du cœur n'est jamais infiniment ouvert.
En dehors de l'acte d'amour, l'homme est plus apte que la femme à imaginer que rien n'est plus naturel que l'intimité sexuelle de deux corps étrangers l'un à l'autre. En lui, le feu-de-la-nature-nue (celui du désir sexuel) éveille le feu-de-la-surnature: celui de la conscience intensifiée par les interactions intensificatrices des deux pôles magnétiques du sexe. Il y a changement d'état de conscience par déplacement du point d'assemblage lorsque la surnature jouit de la nature... sans moi. Ce qui nous reste toujours à conquérir: l'ouverture au vécu énigmatique de l'autre.
De l'adolescence à la sénescence pour ne pas dire à la mort, le besoin sexuel de l'homme est certes irrépressible, mais le besoin d'aimer et d'être aimé l'est tout autant. Seules exceptions: les moments de haute solitude plénière. Lorsque l'être est presque comblé par l'essence de l'amour, il est presque immunisé contre toute fièvre amoureuse. Reste que ce presque peut presque tout remettre en question, presque tout, sauf la conscience absolue que l'amour est l'essence la plus secrètement lumineuse du monde.
Comme la volupté charnelle, l'amour de la langue est la voie humide. La voie sèche c'est le silence, le feu du silence, l'abstraction du troisième feu: étincelle d'or de la lumière nature (Rimbaud). Tant que nous brûlons, le secret du feu-fixe-qui-ne-brûle-pas nous est étranger.
Le feu du sexe et le feu de la conscience procèdent d'un troisième feu secrètement inclus en eux. Seul le feu secret est solaire. Toute la nature est lunaire, y compris l'apparence réelle du soleil.
La joie dans l'exaltation de la paix, plus rarement la jubilation au comble de la félicité ne nous sont données que par miracle. Par instants seulement. Parfois inoubliables. Pour le reste, notre lot c'est la guerre. Un incessant conflit entre le corps et son double; entre la pesanteur de la matière vitale et l'immatérielle légèreté de la conscience. Le poète ne sait pas Qui tire les ficelles de son destin. Il ne sait pas. Il ne ressent que l'étirement.
On paye toujours le prix de l'éveil. Toute épreuve nous est offerte comme un don des dieux pour que nous puissions découvrir la source cachée, la parole perdue que Maître Eckhart appelle la troisième parole, celle qui n'est ni dite ni pensée, celle du vertical silence traversant la conscience. C'est là que se tient immobile le sens du sens.
Tout ce que nous voyons à première vue est mental: image indissociable de notre regard. On ne sort pas de l'ombilic des limbes. Il faut une seconde vue pour concevoir, au-delà des sens, l'énigme de l'apparence réelle de la matière. Une troisième vue (échappant au mental) pour voir les limites de notre propre vue – et, dans notre aveuglement, savoir que la vue infinie nous échappera toujours.
- L'éveil est un autre sommeil.
Michel CAMUS
in « Paroles poétiques, paroles prophétiques », Sources, n°15, février 1995
Parutions
Journal "Marché des lettres"
Créé en 1988 à l’occasion du Marché de la Poésie, ce "journal d’information de la petite édition" a vécu de façon "apériodique" : trois numéros entre 1988 et 1989 (dont deux avec Distique), il est réapparu en 2004 pour le 22e Marché de la Poésie, avec un supplément sur l’Espagne. Depuis, il est publié chaque année, uniquement à l’occasion du Marché de la Poésie. En 2005, avec le n° 5, il y eut un "supplément Cordoba", et en 2006, avec le n° 6, un "supplément Finlande". Le n° 7 a été consacré dans sa quasi exclusivité à la 25e édition du Marché, ainsi qu’à des comptes-rendus de revues littéraires. Il est accompagné d’un supplément autour de "Poégraphie : ralentir travaux d’élèves" consacré à une exposition réalisée avec les élèves de dernière année de l’Esag. Peut être lu au Marché de poésie de Saint-Sulpice.
Marché des Lettres est un journal gratuit.
Formé au lycée de Fort-de-France, Edouard Glissant continue ses études en Métropole à la Sorbonne. Il se spécialise en philosophie et en ethnologie au Musée de l'Homme. Poète dans l'âme, le jeune homme est très vite publié dans 'L' Anthologie de la poésie nouvelle' de Jean Paris et devient le symbole de la renaissance culturelle africaine. Son succès l'aide à devenir l'un des principaux collaborateurs de la revue Lettres nouvelles. En 1958, il publie son premier roman, 'La Lézarde' et remporte le prix Renaudot, consécration littéraire, publique et critique. Il co-fonde avec Paul Niger en 1959 le Front antillo-guyanais mais ses choix politiques ne sont pas du goût de tout le monde et Glissant est expulsé de Guadeloupe. Il réside alors en France et sort une pièce de théâtre : 'Monsieur Toussaint' en 1961 avant de réécrire un roman en 1964 'Le Quatrième siècle'. Un an après la sortie de son livre, il rentre en Martinique et crée un institut de recherche ainsi qu'une revue de sciences humaines, Acoma. Dès lors, sa plume littéraire ne cesse de gratter le papier et Edouard écrit, écrit encore et toujours : roman, poésie, essais (' Le Discours antillais'). Entre 1982 et 1988, il devient directeur du Courrier de l'Unesco et en 1989, son professorat en Louisiane lui vaut le titre de 'Distinguished University Professor', titre qu'il réaffirme en 1995 à New York. Grand homme de littérature, Edouard Glissant a su se faire un nom et une place au sein de la culture internationale. A commander dans toutes les meilleures librairies. Editions Galaade. 43, rue des Cloÿs 75018 Paris. En coédition avec l'Institut du Tout-monde et la Maison de l’Amérique latine. Et avec le soutien de la région Île-de-France. 352 pages. ISBN : 978-2-35176-086-4
Poème
Afrique, je pleure tes enfants calcinés
(L’histoire est en marche)
Zwelethu Mthethwa
Sur le sable fin des contours de ma ville martyr Kigali
Sur les plages misérables de mon jadis beau Abidjan
Sur les rives de mon amour torpillé par les missiles Tripoli
Dans les puits de sang de l’apartheid de mon bien aimé Soweto
Je suis le malheur des malheurs des intérêts égoïstes
Seul, dans le désert du Sahara, je suis la fleur dorée
Que toutes les abeilles désirent pour son nectar délicieux
Et pour qui on se bat pour tuer les branches et les feuilles
Et je pleure mes morts tombés sous les canons de la licorne
Sous les silences traîtres des prélats de paix
Pourtant chevalier de la désolation et de la mort
Je suis devant le tombeau de mes enfants réduits au
Silence dans une prairie de chauves souris
Qui dorment le jour et sortent la nuit en quête
De mensonges et de sang frais des pauvres innocents
Afrique, je pleure tes enfants morts,
Afrique, je pleure tes petits- fils dont les corps jonchent les rues
Tels les ordures qui attendent d’aller à la poubelle
Afrique, je pleure car j’ai tellement mal.
NOUMSI BOUOPDA
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on nous communique
4e Concours Andrée Chedid du poème chanté
Composez une chanson à partir du poème L'attrape-rêves de Michel Butor . Envoyez votre mp3 sur : concourschedid@printempsdespoetes.com. Clôture 15 janvier 2012.
L'attrape-rêves
Dormir avec toi retrouver
au moindre sursaut ton épaule
entendre ta respiration
mesure du temps qui me reste
Reste encore un peu près de moi
console-moi de ton absence
toutes les saisons de ta vie
teindront la roue de mes années
Tant d'autres fantômes défilent
dans les corridors du sommeil
Encore te voir et t'entendre
suivre tes conseils obéir
à tes subtiles suggestions
dans mes hésitations voraces
Moi qui suis si sec et si raide
cherchant à maintenir le masque
sans lequel je m'effondrerais
sans lequel je m'effondrerais
Tant d'autres fantômes défilent
dans les corridors du sommeil
montant descendant sans répit
les ascenseurs de la mémoire
Michel Butor
Jean-Pierre Siméon, directeur artistique du Printemps des Poètes : "En lançant le concours Andrée Chedid du poème chanté, sur une idée de Jean Morzadec, notre intention était, tout en rendant hommage à l'un des plus grands poètes contemporains intimement lié par goût personnel et par filiation au monde de la chanson, de redonner vigueur à la tradition originelle du poème chanté."
Le jury : Matthieu Chedid est président d'honneur . Marc Delhaye, Musicien / Emmanuel Hoog, président de l'AFP / Marcel Kanche, Auteur compositeur interprète / Nach, Auteur compositeur interprète / Alejandra Norambuena Skira, Fonds d'Action Sacem / Marjorie Risacher, Journaliste / Jean-Pierre Siméon, Printemps des Poètes.
Le Concert : Le lauréat se produira sur scène le 13 mars 2012 lors du concert événement à L'Alhambra 21 rue Yves Toudic, Paris 10e
5 > 18 mars 2012
L'intitulé du 14e Printemps des Poètes voudrait inviter à considérer quelle parole les poètes tiennent sur les commencements, apprentissage du monde entre blessures et émerveillements, appétit de vivre et affrontement à la « réalité rugueuse », comment leur écriture aussi garde mémoire du rapport premier, libre et créatif, à la langue. Ce sera aussi l'occasion de mettre en lumière cette poésie qui tient l'enfant pour un interlocuteur sinon exclusif, du moins premier, une « poésie pour la jeunesse » qui, fuyant tout didactisme, s'est profondément renouvelée au cours des dernières décennies. Ce 14e Printemps des Poètes sera l'occasion de mettre en avant dans le répertoire de poésie pour la jeunesse le travail novateur de quatre éditeurs : Cheyne (Poèmes pour grandir), L'Idée Bleue (Le farfadet bleu), Møtus (Pommes Pirates Papillons) et Rue du Monde.
Le poète et l'ordinateur
Le poète Jacques Donguy en performance à la ménagerie de verre en 2004, l’un des fondateurs de la “poésie numérique” et spécialiste des poésies expérimentales.
Il s’agit d’un texte de Norman Cousins, professeur de médecine à UCLA, l’université de Los Angeles, et il a été initialement publié dans le journal Spring de UCLA… Il s’intitule joliment “Le poète et l’ordinateur”. Je l’ai traduit dans son intégralité.
“Un poète, disait Aristote, a l’avantage d’exprimer l’universel ; le technicien ou le spécialiste n’expriment que le particulier. Le poète, par ailleurs, a le pouvoir de nous rappeler que l’énergie de l’homme ne lui vient pas de sa force physique, mais de ses rêves. Le lieu où l’homme devrait être, plutôt que celui où il se trouve ; la sortie hors des perspectives étroites ; l’annonce d’une immortalité possible grâce à l’art ; tout cela procède naturellement des rêves. Mais la qualité des rêves d’un homme ne peut être qu’un reflet de son inconscient. Ce qu’il met dans son inconscient est donc, littéralement, la nourriture la plus importante dans la vie.
Rien n’arrive réellement à l’homme qui ne soit inscrit dans son inconscient. C’est là où les événements et les sentiments deviennent de la mémoire, là où sont stockées les preuves de vie. Le poète – et je parle ici de tous ceux qui ont du respect pour l’esprit humain et parlent à l’esprit humain – peut fournir à l’inconscient du matériel pour améliorer sa sensibilité, il peut aider à la sauvegarde. Le poète peut aussi éviter à l’homme de se forger à l’image de ses merveilles électronique. Le danger est moins que l’homme soit un jour contrôlé par les ordinateurs, qu’il ne se mette à les imiter. Il fut un temps, dans l’histoire de cette société, où l’aptitude des gens à transmettre du sens était enrichie par la connaissance et l’accès au travail fourni par les créateurs des siècles antérieurs. Pas plus. Les conversations et les correspondances d’aujourd’hui, tout comme l’éducation, sont affaiblies par une focalisation sur ce qui est fonctionnel et purement contemporain. Le résultat est une mécanisation, pas seulement de la manière dont on vit, mais de la manière dont on pense, de l’esprit humain lui-même.
Les problèmes fondamentaux de l’être humain à l’âge informatique restent les mêmes que ce qu’ils ont toujours été. Le problème n’est pas seulement de savoir comment être plus productif, plus aisé, plus heureux, il est aussi d’être plus sensible, plus raisonnable, plus mesuré, plus vivant. L’ordinateur permet à l’homme de faire un bond phénoménal en termes de compétence, il abolit les barrières qui limitaient l’intelligence pratique, et même théorique. Mais la question persiste, et devient même plus urgente, de savoir si l’ordinateur permet plus facilement, ou plus difficilement, à l’homme de savoir qui il est, d’identifier ses vrais problèmes, de mieux répondre à la beauté, d’attribuer la bonne valeur à la vie, de rendre son monde plus sûr. Le cerveau électronique peut réduire la profusion des impasses dans la recherche d’un sens à la vie. En revanche, il ne permet pas d’éliminer la folie et le fléau guettant une vie qui ne fait l’objet d’aucun examen. Il ne permet pas non plus de mettre un homme en relation avec ce à quoi il doit être relié ; la possibilité d’un épanouissement créatif ; la mémoire de la race ; et les droits des générations à venir.
La raison pour laquelle ces problèmes sont importants à l’âge informatique est qu’il y a une tendance à prendre les données pour de la sagesse, à confondre la logique avec les valeurs, l’intelligence avec la perspicacité. Un accès libre aux faits peut apporter un bien illimité à la seule condition qu’il soit compensé par le désir et l’aptitude à comprendre ce que ces faits signifient et à quoi ils mènent. L’ordinateur peut donner un nombre juste, mais ce nombre peut n’avoir aucune pertinence avant que le jugement ne soit prononcé. Dans la mesure où l’homme échoue à faire la différence entre les opérations intermédiaires de l’intelligence électronique et les responsabilités ultimes de la décision humaine et de la conscience humaine, l’ordinateur pourrait cacher à l’homme le besoin qu’il a de se réconcilier avec lui-même. Cela pourrait encourager l’illusion que l’homme a de poser des questions fondamentales, alors qu’il ne pose que des questions fonctionnelles. Cela pourrait être considéré comme un substitut de l’intelligence, au lieu d’une extension. Cela pourrait promouvoir une confiance indue dans les réponses concrètes. “Si l’on commence avec des certitudes, disait Bacon, on a toutes les chances de finir dans le doute ; mais si l’on commence par les doutes, et qu’on patiente avec eux, on peut arriver à des certitudes.” Sans ne rien enlever aux techniciens, il serait fructueux d’effectuer une sorte de jonction entre l’informaticien et le poète. L’idée serait de poser aux merveilles de l’imagination créatrice le type de problème que l’on pose à l’électronique et aux transistors. La compagnie du poète peut permettre aux hommes de pousser les machines à élargir le spectre des possibles proposés par la technologie. La poète ramène l’homme à son unicité. Il n’est pas nécessaire de posséder la définition ultime de cette unicité. Spéculer est déjà bien.”
Norman Cousins
Traduit par Xavier de la Porte
Revue CCP N° 21, centre international de poésie de Marseille
par Matthieu Baumier
Collectif, revue CCP n° 21, Centre International de Poésie de Marseille, 2011, 310. 15 €
Le centre international de poésie de Marseille publie depuis dix ans une fort belle et importante revue semestrielle, laquelle vient d’une certaine manière prolonger le travail de rencontres, de lectures et de recherches qui se produit régulièrement en La Vieille Charité de Marseille. Elle est dirigée par un comité de rédaction composé par Jean-Pierre Boyer, Emmanuel Ponsart, Jean-François Bory, Jean Daive, Xavier Person, Marie-Laure Picot et Eric Pesty, ce dernier ayant par ailleurs créé une intéressante maison d’édition à son nom. En chacun de ses numéros, le beau volume s’ouvre sur un dossier consacré à une figure de la poésie. Ici, Bernard Noël, après que les n° 19 et 20 se soient penchés sur le travail de Bernard Heidsieck et de Charles Olson. L’œuvre de Bernard Noël bénéficie ainsi d’une promenade par textes interposés, parmi lesquels ceux de Jean-Luc Bayard, Jan Voss, Emmanuel Laugier entre autres. On y retrouve un poète tout entier hanté par l’aventure du Grand Jeu, et cela ne surprendra pas ceux qui connaissent La Guerre Sainte, poème de Daumal, l’un des plus beaux poèmes du 20e siècle. Le tout commence par un entretien passionnant avec le poète et est ponctué d’une bibliographie proposée par Emmanuel Ponsart. Du sérieux et du fort bel ouvrage en somme.
Mais la revue présente un second intérêt, très important pour tous les lecteurs de poésie. CCP est un « Cahier Critique de Poésie ». La revue comporte ainsi plus de 240 pages de critiques, recensant l’essentiel des publications de recueils du semestre. Pas tout bien sûr. Mais l’ensemble forme, numéro après numéro, un panorama utile et permet de sacrées découvertes, particulièrement du côté de la petite édition que l’on ne trouve plus guère en librairies. Il faut le dire : mener une revue de cette sorte, aujourd’hui, dans un monde devenu prose, est un acte de résistance. La poésie ou l’indignation, la vraie.
Coordonnées : CCP. Centre de la Vieille Charité. 2 rue de la Charité. 13236 Marseille cedex 02.
poètes en mouvement
un poème
Dans ta main, oh poète!
« Nous avons pour mission d’apprivoiser l’instant qui passe, de figer ce qui s’enfuit, de nommer ce qui va mourir » Bernard Mazo
Règne de l'insignifiant et du superflu
Nés de notre aveuglement.
Lieux où l’essentiel a été absorbé, immobilisé.
Bords de routes jonchés de cadavres
Les essentiels damnés mille fois.
S’en est allé le reflet des échos des cimes d'arbres.
L'appel d'un rayon de soleil a pris le large.
Agonise la préciosité des plus insignifiantes des choses.
S’en est allée la parole des cailloux.
La détresse du démuni nous indiffère.
Ci-gît l’empathie pour ceux dont le regard est perdu
A la suite du manque d'égards du prochain.
Règne de l'insignifiant et du superflu
Nés de notre inconscience.
Elles sont loin nos embrassades d’antan avec le vent.
Serrer entre ses bras le fleuve.
Frémir et essuyer plus une larme à la mort de la pluie.
On ne sait plus jouir du bruit des chutes de neige.
On n’épie plus ce moment magique de sa venue
Cette nuit prête à nous surprendre
A rendre la bonne humeur à cette terre non fleurie
A insuffler vie à ce bois qui saigne
Qui épousera les cimes des feuilles qui se meurent ?
Tant ses toiles de sang ne s’irriguent plus.
Qui caressera la pierre qui gèle d’un chaud insensé ?
Tant la main du poète est absente.
Rien qu’une rangée de mots, oh poète !
Abréger la souffrance de la vieille dame qui sanglote
Prête à comptabiliser son dernier instant.
C’est dans ta main, oh poète !
Cikuru Batumike
(inédit)
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