Au fil
de l'actualité
L'Afrique, nouveau terrain
de jeu des puissances économiques
Amady Aly Dieng

Face à l’arrivée de concurrents comme la Chine et le
Brésil, qui multiplient les initiatives diplomatiques et commerciales
en Afrique, les capitales européennes se trouvent de plus en plus
placées sur la défensive. Paris fait ainsi face à
une contestation croissante. Dans la lutte d’influence à laquelle
se livrent les puissances, Washington n’hésite pas à enrôler
des leaders noirs américains, anciens militants de droits civiques,
appelés sous les drapeaux de la guerre commerciale.
En effet, les relations internationales se sont étoffées
d’agents privés tels que les organisations non gouvernementales
(ONG), les cabinets de consultants ou les Eglises. Leur influence paraît
d’autant plus grande que le continent noir se trouve en situation de faiblesse
politique et humanitaire. C’est ainsi que les lobbies évangéliques
venus des Etats-Unis colonisent les milieux gouvernementaux, tandis que
les ONG déterminent les termes de débats cruciaux, comme
celui du Darfour. De plus en plus présente, la justice internationale
post-conflit exprime ces ambiguïtés entre impératifs
universels et nécessaire prise en compte des réalités
locales.
Etats-Unis, «black business, lobby évangélique
Né d’un père kényan, le président
Barack Obama a placé les relations entre les Etats-Unis et le continent
africain sur le devant de la scène. Celles-ci sont marquées
par le rôle croissant des leaders noirs américains qui, jadis
très actifs sur la question des inégalités sociales,
se sont mis au service des intérêts économiques de
Washington en Afrique. Dans les années 1980, le démocrate
Andrew Young fustigeait les «millionnaires noirs sans cœur».
Vingt ans plus tard, il était devenu l’un des «sorciers noirs»
de l’administration Bush. C’est le «black business» cynique
des Etats-Unis. Attirant moins l’attention médiatique que
les mouvements musulmans, les Eglises évangéliques ont fait
une percée notable en Afrique. Venues des Etats-Unis, elles établissent
un mélange détonant entre religion, argent et politique.
En Ouganda, leur influence suscite des polémiques. Ainsi l’Ouganda
découvre le lobby évangélique. Quelle place et quelle
identité pour les Eglises africaines dans la chrétienté
? Cette question taraude depuis longtemps les théologiens d’un continent
dont les cultures sont trop souvent méprisées. Durant le
très actif pontificat de Jean Paul II, elle a pris une acuité
particulière, provoquant d’intenses débats. Lors de son dernier
voyage, le pape a privilégié la mise en relief des éléments
«malsains» des traditions et des coutumes africaines, allant
jusqu’à déclarer que les traditions traditionnelles n’inclinaient
pas à l’amour et au culte de Dieu. Autrement dit, et pour conclure,
il faut cesser de penser la possibilité d’un christianisme africain.
Françafrique, Bolloré, Mosanto, Bruxelles et Pékin
Malgré les indépendances, la France n’a
jamais abandonné sa politique d’influence, et souvent d’ingérence,
dans ses anciennes colonies. Cependant, le discrédit croissant de
la «Françafrique», une politique migratoire bêtement
restrictive et la séduction exercée par de nouvelles puissances
minent lentement ses positions. Ami personnel du président Nicolas
Sarkozy, M. Vincent Bolloré est devenu le symbole du type de relations
entretenues par la France avec les pays africains. Les réseaux politiques
et médiatiques de l’homme d’affaires lui permettent en effet de
traverser les tempêtes de critiques suscitées par ses liens
peu scrupuleux sur le continent noir et d’obtenir de fort juteux contrats.
Soutenu par les autorités de Ouagadougou, le semencier Mosanto a
fait du Burkina Faso la tête de pont de son offensive commerciale
en Afrique de l’Ouest. Mais, comme leurs homologues occidentaux, les paysans
burkinabés se méfient des organismes génétiquement
modifiés et organisent la résistance. Avec la crise alimentaire,
l’agriculture se trouve à nouveau au centre des débats. Ecartant
toute remise en cause du libre-échange, les Etats-Unis prônent
une «révolution verte» qui fait la part belle aux intérêts
américains. Les fondations «philanthropiques» jouent
un rôle actif dans cette campagne. Dans la guerre mondiale pour les
matières premières, la République démocratique
du Congo constitue un objectif stratégique. Pékin y affronte
Bruxelles, Paris ou encore Ottawa. Mais les méthodes peu orthodoxes
de la Chine, qui recourt au troc, suscitent la réprobation du Fonds
Monétaire International. En quelques années, la Chine est
devenue le troisième partenaire commercial de l’Afrique. Cet essor
rapide est soutenu au plus niveau : depuis 2003, le président Hu
Jintao a effectué quatre voyages officiels sur le continent. Si
Pékin délaisse les discours tiers-mondistes, il tire avantage
par son non-ingérence dans les affaires intérieures de ses
partenaires. Les méthodes peu orthodoxes de la «Françafrique»,
de la Chine.
Pauvreté persistante, pandémie du sida, guerres...
Mais...
A première vue, la nouvelle donne mondiale ne produit
pas de changements spectaculaires dans le quotidien des populations : la
pauvreté reste endémique ; le continent est, au premier chef,
touché par la pandémie de sida ; et la guerre ravage toujours
certaines régions, comme le Darfour. Toutefois, les classes moyennes,
laminées par les plans d’ajustements structurels des années
1980, se reconstituent et pourraient «tirer» le développement.
En 2009, le Sud-Africain Nicky Oppenheimer est même le premier magnat
d’Afrique subsaharienne à entrer dans le classement Forbes des cent
premières fortunes du monde. De Johannesburg à Dakar, ces
événements avivent le débat politique et économique,
sur fond d’inégalités. Ils coïncident aussi avec une
volonté d’affirmation nouvelle du continent : des institutions panafricaines
se développent ; des gouvernements décident d’affronter les
multinationales prévaricatrices ; des Etats accèdent à
des forums mondiaux tels que le G20… Insensiblement, les cartes sont redistribuées.
Alors que seize pays fêteront, en 2010, les cinquante ans de leur
affranchissement colonial, certains voudraient y voir l’annonce d’une seconde
indépendance pour le continent.
En quelques années, le continent africain a subi
de profondes mutations. La fin de la guerre froide a transformé
le jeu politique, en répandant le multipartisme et en mettant fin
à des conflits alimentés de l’extérieur, comme en
Angola. D’autre part, le boom des matières premières coïncide
avec l’échec des plans d’ajustements structurels et provoque une
interrogation sur le modèle économique à suivre. Au-delà
des difficultés du quotidien, une nouvelle partie commence pour
l’Afrique, selon Anne-Cécile Robert. Les classes moyennes africaines
commencent à se reconstituer. Mais elles semblent moins préoccupées
de l’intérêt général que leurs aînées.
Grand échec de l’Organisation de l’unité africaine, la recherche
de la paix est l’un des objectifs prioritaires de l’Union africaine, qui
lui a succédé en 2002. La création du Conseil de la
paix et de sécurité innove dans ses principes fondateurs
et dans son mode de fonctionnement. Mais les blocages, notamment financiers,
demeurent. Si la présence de l’armée française est
ancienne et suscite des controverses sur place, les Etats-Unis développent
eux aussi leur implantation militaire sur le continent. Mais la création
du commandement américain Africom a suscité les réticences
des gouvernements locaux.
* Amady Aly Dieng est économiste. Il anime des chroniques
littéraires régulières dans la presse sénégalaises.
Les éléments développés dans cet articles sont
un résumé de l’édition «Indispensable Afrique
Manière de voir - Le Monde diplomatique Bimestriel - N° 108
décembre 2009-janvier 2010, 98 pages

Définition
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Le
créole, langue et culture.
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Le créole est, selon Milan KUNDERA, 'la dernière
des langues romanes'. Son élaboration est au coeur du processus
défini par Patrick CHAMOISEAU, Raphaël CONFIANT et Jean BERNABE
sous le terme de créolité. Par créolité, on
entend le processus culturel correspondant à la naissance d'une
civilisation mêlant des apports européens, africains, amérindiens
et asiatiques. Si on retrouve un pareil processus aux Iles Mascareignes
(La Réunion et l'Ile Maurice, dans l'Océan Indien), le monde
créole par excellence se situe autour de la Mer des Caraïbes,
du Nord de l'Amérique du Sud à la Louisiane, dans des pays
de langue anglaise, espagnole, française ou hollandaise. Le
créole proprement dit est né du métissage du vocabulaire
français des dix-septième et dix-huitième siècles
et des tournures syntaxiques d'origine africaine, pendant l'esclavage.
Arrachés à leur terre natale, les Africains déportés
aux Antilles étaient éparpillés sur diverses îles,
pour éviter que des tribus ne puissent se reconstituer et fomenter
des révoltes. Ainsi, confrontés à la nécessité
de survivre et de communiquer avec des compagnons parlant des langues différentes,
les Antillais de la première heure ont-ils 'bricolé' un idiome
commun, reprenant les mots français, quelques termes amérindiens
(noms de plantes et d'animaux essentiellement), et liant le tout avec une
syntaxe proche de celles des langues d'Afrique. Le temps a donné
à l'ensemble son unité, et s'est progressivement développée
toute une littérature orale créole, autour de contes, de
chants et de proverbes. Le créole a gardé de cette immédiateté
une spontanéité, qui transparaît dans le caractère
très imagé qui fait son génie. Le Créole se
retrouve avec des spécificités plus ou moins marqués
en Martinique, Guadeloupe et Guyane.
Cadences créoles
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Le
Lait de vache un aliment non spécifique à l'homme ?
Anne Laroche-Walter
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La glorieuse réputation du lait de vache comme boisson fortifiante
et reminéralisante par son calcium est-elle justifiée ? De
nombreuses recherches ont d'abord conduit médecins, hygiénistes
et chercheurs à soupçonner sa nocivité pour, aujourd'hui,
l'affirmer et considérer le lait de vache comme un aliment non spécifique
à l'homme. Cette idée heurte nos croyances. Pourtant, Anne
Laroche-Walter, naturopathe, ne manque pas d'arguments. Comment et pourquoi
le lait de vache est-il nocif pour la santé de l'être humain
?
Et jusqu'où cette nocivité peut-elle conduire
? Existe-t-il des solutions de substitution ? Comme les alcools, le tabac,
le sucre blanc, les graisses cuites, le lait de vache est un produit nocif.
Nous consommons et abusons de tous ces produits, ne voyant pas au-delà
de la satisfaction immédiate de nos besoins. Ne pouvant nous dégager
de nos habitudes alimentaires, il nous est difficile de repenser notre
assiette. Nous avons perdu cet instinct profond, garant de notre équilibre
et de notre intérêt vital. Ainsi, nous nous sommes habitués
progressivement à une alimentation carencée et non spécifique.
Après avoir accumulé de nombreuses informations scientifiques
relevant du domaine de la santé et de la nutrition, et au travers
de ma pratique d'hygiéniste nutritionniste, j'ai constaté
les changements très bénéfiques survenus chez mes
consultants, suite à l’abandon total de la consommation des produits
laitiers. Ces résultats sont, pour moi, des preuves irréfutables.
Cet article, bien évidemment, ne concerne pas les rares tribus d’Afrique
ou d'Amérique (Hunzas, Equatoriens, Caucasiens) qui subsistent encore
dans le monde et vivent d'une manière naturelle. Contrairement à
nous, ils ne consomment que très peu de laitages, se nourrissent
légèrement avec des aliments sains, sans adjonction de produits
chimiques ni additifs.
Ils respirent un air pur, boivent une eau non polluée,
et enfin ont une activité physique quotidienne, loin du stress et
de l'activisme. Ils entretiennent donc une vitalité et une endurance
les rendant souvent centenaires.Cet article s'adresse plutôt à
nous, victimes d'une surabondance et surconsommation alimentaire, propre
à notre société sédentaire. Le lait maternel
Avant de parler du lait de vache, il est souhaitable de parler d'abord
du lait maternel. L'allaitement maternel est la continuation de la fonction
du placenta. Le placenta a un rôle nutritif et surtout un rôle
de mise en place d'information qui participe à l'embryogenèse.
Après la naissance, le lait maternel perpétue cette information
en donnant au bébé des messages pour sa croissance. Il a
donc un rôle d'embryogenèse postnatal, et cette structuration,
cette mise en place, demande trois ans d'allaitement pour l’idéal,
six mois au minimum. Le sevrage se fera doucement à partir du sixième
mois, en introduisant progressivement légumes, fruits, céréales,
un peu d’oléagineux et de protéines. Le lait maternel est
un régulateur hormonal pour le bébé car il lui est
adapté, et il joue aussi un rôle immunitaire et anti-parasitaire.
Par exemple, grâce à une enzyme spécifique à
l'espèce humaine dont il est porteur, il est capable dee détruire
des parasites intestinaux tels que Cardia lamblia ainsi que l'amibe Entacmoba
histolytica. Son coslostrum des premiers jours est purgatif, favorise l’élimination
du méconium et diminue ainsi grandement les risques de jaunisse,
il protégera donc le bébé contre les infections. Le
lait maternel correspond exactement à la constitution biologique
du bébé. Il a de multiples fonctions : - stimulation de l'immunité,
- apport énergétique et nutritif, - équilibrage du
système nerveux par ses acides gras insaturés, - véhicule
de l'information de croissance adaptée par le message contenu dans
ses protéines.
J’ajouterai enfin une fonction qui n'est pas la moindre:
celle du lien d'amour et de la plénitude de la vie. Pourquoi dire
non au lait de vache ? Pourquoi le lait de vache est-il nocif pour la santé
de l’être humain ? En voici les principales réponses : 1.Code
génétique inadapté. Les hormones contenues dans le
lait de vache sont des véhicules d’informations et vont transmettre
à l’hypophyse du veau des informations adaptées à
cette espèce animale particulière. Imaginez une information
de croissance spécifique au veau, par exemple peser 500 kg à
six mois, reçu dans l’hypophyse d’un nourrisson qui, lui, dans le
même temps, ne doit peser que 7 à 8 kg ? que va-t-il se passer
? Tout simplement, cette information non spécifique, qui ne correspond
en rien à la croissance normale de l’être humain, va perturber
le mécanisme sensible du système hormonal réglé
par l’hypophyse et, de ce fait, déclencher toute une série
de conséquences fâcheuses pour le bon fonctionnement physiologique
de l’individu. Quand bien même, malgré cela, l’organisme humain
serait capable de s’adapter à cette désinformation, il le
ferait au détriment d’autres fonctions s’étalant sur la vie
entière de l’individu et même sur des générations.
C’est pourquoi le danger ne porte ni sur la quantité de produits
laitiers absorbés (bien que cela puisse provoquer des encrassements
du métabolisme, et nous en reparlerons plus lion), ni même
sur la quantité biologique : le lait de vache issu de l’agrobiologique
contient absolument les mêmes informations néfastes et non
adaptées à l’espèce humaine.
Une seule goutte de lait, même cachée dans
un gâteau, suffisait à dérégler le processus
du métabolisme. En conséquence, on constate, dans la plupart
des cas, des réactions négatives du bébé lors
du sevrage passant du lait maternel au lait de vache, ou aux laits dits
maternisés qui restent malgré tout spécifiques à
l’espèce animale car composée avec du lait de vache. Cette
information ne se trouve pas dans la viande de bœuf car n’ayant pas les
mêmes caractères d’information. Il est, à mon avis,
plus dangereux pour la santé de l’homme de consommer des laitages
que la viande de bonne qualité biologique.
Contrairement aux idées répandues parmi
les adeptes végétariens.
Du calcium inaccessible. Nous trouvons dans le
lait de vache, tout comme dans le lait maternel, du calcium. Celui-ci est
dosé suivant les besoins du veau ou du bébé. Non seulement
les besoins ne sont pas les mêmes, mais aussi grande que soit la
proportion de calcium dans le lait de vache, celui-ci ne pourra en aucun
cas être disponible à l’organisme humain. En effet, les protéines
spécifiques contenues dans le lait animal et ayant pour fonction
de transmettre l’information nécessaire à l élaboration
de l’osséine (filet sur cartilage pour retenir les minéraux)
ne seront pas adaptées à notre espèce, mais au veau,
donc totalement inopérantes pour l’être humain. C’est pourquoi
le bébé, l’enfant, ou l’adulte, auront très peu d’osséine
et par ce fait, retiendront mal les minéraux, entraînant une
déminéralisation progressive. En regroupant les constatations
de plusieurs chercheurs, médecins et hygiénistes, il semblerait
que l’organisme,d’une part se défait de ces sels minéraux
circulant dans le système sanguin, par défaut d’osséine,
et d’autre part accumule ces mêmes sels contenus en trop grande quantité
dans le lait de vache, dans des endroits tissulaires et organiques du corps.
Ceci entraînant indurations, kystes, calculs et becs de perroquet.
Des graisses saturées. Dans le lait maternel
, les graisses sont constituées essentiellement d’acides gras poly-insaturés.
Le lait de vache, lui contient essentiellement des acides gras saturés
à grosses molécules lipidiques que le foie de l’être
humain a du mal à digérer et à saponifier. Le système
biliaire se fatigue par une suractivité pour tenter de dissoudre
un produit incompatible avec le système digestif. Il est important
de savoir que le lait de vache a la propriété de fixer les
toxines déjà présentes dans le corps et principalement
celles qui viennent s’y ajouter par l’alimentation. C’est pourquoi lors
d’une maladie aiguë ou chronique ( grippe, angine infection) il est
indispensable de supprimer tous les produits laitiers afin d’en venir à
la guérison. De plus, les graisses qui ne sont pas éliminés
seront absorbées au niveau de l’intestin grêle, passant ainsi
dans le sang, ce qui est particulièrement nocif. Les graisses ont
une importance capitale pour le développement du cerveau et du système
nerveux. Le cerveau de l’être humain ayant une croissance plus rapide
que celui des autres mammifères, il est donc important de lui fournir
des graisses de bonne qualité, c’est-à-dire insaturées,
de provenance maternelle ou bien végétale. Et pour une croissance
harmonieuse du bébé, nous trouvons la lactoferrine dans les
protéines du lactosérum maternel.
Pauvreté en lactose. Le lait maternel, biologiquement
adapté à l’homme, contient 50 % et plus que le lait de vache.
Ses propriétés sont non seulement énergétiques
et déterminantes dans le processus de l’assimilation des minéraux
et de la constitution de la flore intestinale, mais aussi elles participent
grandement dans la protection contre les germes pathogènes.Aucun
lait d’origine animale ne protège l'homme contre les germes pathogènes
et autres parasites. Bien au contraire, ils en favorisent tous la prolifération
par modification du milieu digestif et intestinal qu’entraîne inévitablement
leur absorption. La fièvre de Malte et la brucellose en sont les
conséquences dont les risques ont été minimisés
avec la surveillance sanitaire et la vaccination. Mais la vaccination n'empêche
pas le passage d'autres toxines présentes dans le lait de vache
comme nous allons le voir plus loin. Les protéines du lactosérum
contenues dans le lait maternel contiennent des protéines anticorps
(lysosymes, gammaglobulines. immunoglobulines) qui jouent un rôle
de grande importance dans la lutte contre les infections, d'autant plus
que le nourrisson n'a pas établi sa barrière immunitaire
intestinale.D'où, une fois de plus, l'importance de nourrir l'enfant
au lait maternel et d'abandonner le lait de vache favorisant les parasites
en tous genres. 5. Des molécules géantes.Les éléments
constitutifs du lait de vache et du lait maternel sont différents,
notamment par la grosseur des molécules et des protéines
ainsi que par leur formule biochimique.Le milieu digestif est également
différent selon l'espèce: l'estomac du veau sécrétant
de la caillette et celui du bébé de la présure (réinine)
pour dégrader et coaguler leurs laits respectifs.
Ainsi, on constate que la caillette du veau est cent fois
plus puissante et active que la présure du nourrisson, et cela en
rapport avec les molécules constituantes du lait de vache qui sont
nettement plus grosses que celles du lait maternel. C'est donc un effort
considérable que nous demandons à notre foie pour dégrader
une trop grosse molécule d'origine animale. Diluer le lait de vache
avec de l'eau pour le rendre soi-disant plus digeste ne changera rien à
l'affaire car la formule biochimique restera la même. Le bébé
fabrique de la réinine jusqu'à l'âge de trois ans.
Au-delà de cet âge, si nous le forçons à boire
du lait de vache après son sevrage, son organisme se verra forcé
de fabriquer de la présure (lactase) pour digérer un aliment
qui ne lui est donc pas nécessaire, au détriment des autres
fonctions organiques. J’ajouterai que la présence de la lactase
dans l'intestin est responsable de gaz et de ballonnements (une flore intestinale
de bonne qualité est de nos jours très rare, il est donc
très important de ne pas la modifier ou de la remettre en bon état).
Les Africains possèdent très peu d'enzymes (réinine)
pour digérer le lait de vache. Ils sont donc plus exposés
que les Occidentaux à des dérèglements digestifs aux
conséquences fâcheuses. Le lait de vache et ses sous-Produits
( fromage, yaourt; beurre) sont contre-indiqués dans les pays tropicaux.
Les facteurs toxiques. Dans les cahiers de la nutrition
«Médecine officielle», il est noté que nos chercheurs
ont découvert dans le lait de vache une molécule hautement
toxique pour l’homme. Des recherches ont été effectuées
afin de retirer cette molécule du lait, au lieu d’en retirer tout
simplement la vente.Avec tous ses divers procédés de pasteurisation,
d'homogénéisation et de stérilisation UHT, le fait
de vache perd ce qui, à la rigueur, pourrait nous aider à
nous débarrasser assez vite de cette molécule toxique, c'est-à-dire
ses enzymes. Les enzymes sont des facteurs d'assimilation intervenant par
catalyse. Sous la chaleur des divers procédés de longue conservation
et de protection, le lait de vache se défait de ses enzymes qui
sont tous très sensibles et dont la survie est nulle à haute
température.Choisir entre un lait cru et sa facilité d'assimilation
et un lait cuit de longue conservation et sa facilité d'emploie,
je dirai que cuit ou cru, il vaut mieux s'abstenir. D’autant plus que dans
la fabrication de certains fromages , et plus spécialement les fromages
de hollande, l’ajout de tous les additifs conservateurs (polyphosphate,
nitrate), sont très dangereux pour la santé de l’homme. Les
phosphates ont une action inhibitrice sur la fixation du calcium, d’où
le nombre croissant de personnes atteintes de spasmophilie, consommant
du fromage ou des produits laitiers. Il faut donc se méfier de la
fausse information concernant l’apport de calcium par les laitages. Et
pour terminer, les vaches subissent divers traitements (hormones, vaccins,
antibiotiques). Elles sont elles-mêmes alimentées par des
produits forcés et traités qui transmettent une forte teneur
en toxines dans le lait, ajoutant à tous les facteurs déjà
énumérés un danger de plus pour la santé de
l’homme. (sans parler des farines de cadavres de mouton dont on les a longtemps
gavées et dont on commence à mesurer aujourd’hui les graves
conséquences sous le terme de « maladie de la vache folle
». Les produits laitiers d'Europe inondent le Marché et s'expatrient
vers les autres pays, notamment les pays tropicaux dont le climat ne permet
pas aux consommateurs leur assimilation : de nombreux problèmes
de santé en découlent sans en soupçonner leur origine.Pourquoi,
au moment où les médias dénoncent la viande contaminée
par la maladie de la vache folle, ne se préoccupe-t-on pas de la
qualité du lait de vache ? Et pourtant, il semble logique de se
poser , au moins la question.
Evolution pathologique. Le bébé supporte
très mal le sevrage lorsqu’on lui substitue au lait maternel du
lait de vache dit maternisé. Le rejet et les perturbations sont
immédiats. Ses premières manifestations seront des selles
qui s’éclaircissent (c’est une atteinte biliaire), des nausées
et des vomissements pouvant aller jusqu'à l'étouffement,
conséquence d'une intolérance au lait de vache, troublant
la fonction stomacale ou biliaire. Des rougeurs, des boutons, des croûtes
pourront surgir ainsi que des diarrhées. Les réactions du
bébé seront d'autant plus fortes que celui-ci aura de la
vitalité. La plupart des mamans, mal informées, persévèrent
dans cette pratique. Le bébé, par nécessité,
finit par s’adapter tant bien que mal à ce régime alimentaire
non spécifique. Petit à petit, les manifestations d'un dysfonctionnement
cesseront Le premier signal d'alarme se tait. On n'aura ni entendu ni supprimé
la cause. La mère s'imaginera que tout est rentré dans l'ordre
mais il n'en est rien. C'est grave, car le potentiel vital du bébé
en sera affaibli, l'amenant vers un terrain fragilisé de moindre
résistance. L’encrassement tissulaire commence dès le plus
jeune âge par des problèmes inflammatoires touchant la sphère
ORL (sinusite, amygdalite, conjonctivite, mastoïdite, méningite).
Si les inflammations catarrhales ne sont pas supprimées (allergie
au lait de vache par exemple), celles-ci atteindront l'enfant dans les
parties plus basses (cage thoracique) avec des pleurites, laryngites, trachéites,
bronchites.
A la puberté, l'adolescent, soumis à de
nouveaux processus hormonaux élimine tant bien que mal ses toxines
par le biais de la peau. C'est ce que l'on appelle l'acné juvénile,
qui passera progressivement comme les diarrhées du bébé
ont progressivement disparu.La cause demeurant, la situation reste inchangée.
Les signes de carences se manifestent par des déminéralisations
(dentaire et osseuse), des troubles du poids, d’attention, de vision, s’ajoutant
aux fatigues et nervosité. A l'âgé adulte, l'inflammation
se propagera vers la sphère digestive avec des gastrites, colites,
cystites, sigmoïdites. L'invasion inflammatoire se fait du haut vers
le bas avec une progression plus ou moins rapide suivant l'état
du terrain de chacun (potentiel vital fort, faible ou absent) et cette
pathologie sera d'autant plus tenace et envahissante que les moyens pour
arrêter sa progression ne feront qu'affaiblir le potentiel vital
par absorption de toxines supplémentaires (médicaments) et
fermeture des émonctoires (antibiotiques). Encore une fois, on essaie
de soigner les effets et non d'arrêter la cause qui reste ici une
intolérance à un aliment non spécifique. Cette progression
continuera tant qu'un redressement alimentaire correct ne viendra pas la
stopper.Toutes ces maladies chaudes inflammatoires, dites en ites, se transformeront
petit à petit en maladies froides, dites en oses (artérioscléroses,
tuberculoses, canceroses).Les maladies silencieuses sont les plus dangereuses
et les plus vicieuses. Elles progressent sans crier garde car le potentiel
vital de la personne s’est considérablement affaibli par la prise
de médicaments en plus de la continuation de la cause provoquant
la toxémie. La phase aiguë du début de la vie et sa
force d'élimination (diarrhée, vomissement fièvre,
acné, toux) vont peu à peu se transformer en phase silencieuse
chronique où la maladie s'installe et s'incruste en formant kystes,
polypes et indurations. Les processus des défenses immunitaires
seront grandement affaiblis et la pathologie accédera à un
stade irréversible. Cette finalité est d'autant plus triste
qu'elle aurait vu être facilement évitée. L’intoxication
à l’acide lactique A l'âge adulte, nous avons perdu la quasi-totalité
des lactases, enzymes indispensables à la digestion du lait.
Cette enzyme est présente chez le bébé
qui tête sa mère.Si malgré cela, l’adulte consomme
des produits laitiers, il va non seulement ne pas digérer cet aliment,
mais créer un état de suractivation d’acide lactique qui
en trop grand quantité dans l’organisme, deviendra toxique . En
effet, une élévation de l’acide lactique au niveau cellulaire
engendre une prolifération de cellules qui n’atteindront pas leur
maturité, (la quantité détruit la qualité)
et seront incapables de capter l’oxygène et d’éliminer les
déchets. Ces perturbations de kystes et de tumeurs.
D’autres en parlent
Le Docteur Dufhilo (dans Vie et action) rend le
lait de vache responsable d’encrassement et affirme qu’un retour à
la bonne santé doit passer par un décrassage intelligent.
Il a traité des malades présentant des tumeurs aux seins
avec la suppression totale de tous les produits laitiers. Il propose aux
malades d’en faire eux-mêmes l’essai et de se passer de lait durant
un ou deux mois et de voir. Il propose également aux bien-portants
de la faire en tant qu’expérience pour constater s’ils en retirent
un regain de vigueur, entrain et endurance. Le docteur Arturo Capdeville,
constate des paralysés infantiles (polio) dues à la consommation
de produits laitiers.Les troubles de santé par l’apport quotidien
de lait de vache sont nombreux : les maladies cardio-vasculaires, les inflammations,
les allergies, les syndromes de mort subite chez le jeune enfant, les troubles
nerveux mineurs et la schizophrénie.L’intolérance à
la béta-lacta-blobuline, une protéine du lait de vache, est
très fréquente chez les nourrissons et ceux-ci ont le réflexe
intelligent de la refuser. Ils pleurent, crachent, vomissent, ont des diarrhées,
amis l’insistance bornée des adultes conduit son organisme dans
un état de tolérance des antigènes du lait de vache.
Bruno Comby constate des améliorations des états de sida
avec la suppression des laitages. Il déplore que l’homme soit le
seul mammifère qui continue à boire du lait à l’âge
adulte (à son désavantage) bien que notre sécrétion
d’enzymes digestifs du lait (lactase) se tarisse à partir de l’âge
de trois ans. Pour le pédiatre Paul Gyorgy, le lait de vache est
le meilleur pour le veau et la lait maternel est le meilleur pour le bébé.
Les Docteurs Dominique Gros, Richard Lennart et Paul
Vesin encouragent l'allaitement maternel et déconseillent vigoureusement
le lait de vache. Roland Fietta, naturopathe, prêtend que le lait
de vache proyoque des obésités, des rhumatismes, infections,
allergies, troubles nerveux, spasmophilie. En cas d’otite à répétition,
il est nécessaire, dit-il, de réduire ou de supprimer le
lait et les laitages. Il ajoute qu'en Scandinavie, on trouve des problèmes
graves de dystrophie osseuse, des acromégalies d'origine hypophysaire
osseuse, des néphroses du buveur de lait( le rein qui se transforme
en cailloux). Le Docteur Comet rend le lait responsable de troubles
hormonaux par la présence quasi permanente de protéines lactées
dans la région hypophysaire provoquant des freins hormonaux responsables
de troubles des règles, de stérilité, de prise de
poids, de mastoses et de kystes bénins de la glande mammaire. Par
son acide butyrique corrosif pour l'être humain, mais physiologique
pour le veau, il constate la présence de toxines agissant sur le
foie qui sont responsables de nombreuses crises de foie, de colites, d'infections,
de maux de tête, de rhumatismes.Il conseille à la femme ménopausée
de ne pas consommer de laitages à cause du risque d'ostéoporose
car on obtient les effets contraires d'une reminéralisation avec
les produits laitiers.
Le lait de vache est trois fois trop riche en calcium
et pas assez en vitamine D qui fixe le calcium (le Nouvel Objectif n' 4,
mai I990). Dans le «Droit à la Santé», il signale
: «l'acide butyrique contenu dans le lait, le beurre et le fromage
attaque la paroi intestinale, permettant un passage dans le sang des résidus
contenus dans les excréments qui pourront être digérés.
Cela équivaut à une surdigestion des excréments ,
phénomène normal chez le veau sous la mère qui grossit
ainsi de 1 kg par jour pendant 6 mois……mais qui au-delà de cet âge,
ne se nourrira que de végétaux.». Dans la «Médecine
végétale illustrée», du Docteur A Narodetzki,
nous trouvons dans la rubrique lait de vache cette information : «le
lait contient des germes infectieux parce que les vaches sont souvent atteintes
d'une maladie infectieuse et de phtisie (sommelière). Son usage
peut transmettre la tuberculose dans les poumons, le cerveau (méningite),
les os et autres organes, la scarlatine et provoquer la diarrhée
verte chez les nourrissons. Le lait est défendu dans.l'enterocolite
muco-membraneuse, dans les entérites parce qu'il favorise les bacilles
protéolytiques qui existent dans les entérites et provoque
des gaz, des ballonnements, et des douleurs». Michio Kushi, spécialiste
en rnacrobiotique, auteur de plusieurs livres, dit dans le Livre de la
Macrobiotique: «Les produits laitiers ne rentrent' pas dans l'art
culinaire de la macrobiotique. Le lait de vache n'est bon que pour le veau».
Le Professeur Reinert (centre hospitalier intercommunal
de Créteil) donne une information intéressante : «les
anticorps IGA dans le lait maternel ont certes un rôle important
mais les cellules vivantes comme les lymphocytes.11 et les macrophages
sécréteurs d'interféron transmettent sans doute une
information immunitaire durable se prolongeant pendant plusieurs mois».
C'est Pourquoi il est si important d’allaiter le bébé au
sein durant au moins les six premiers mois, au mieux durant trois ans.
Jane Cottinghan, dans son livre «Le biberon bébé»,
remarque que chez l'homme la consommation de lait d'animaux date de IO
000 ans et que son industrie s'est vraiment développée depuis
50 à 70 ans chez seulement quelques espèces humaines. C'est
donc un phénomène relativement récent. L’ingestion
de lait de vache chez le bébé provoquerait des infections
intestinales incluant des diarrhées de type escherichia-coli et
autres organismes, entérovirus, tandis que le lait maternel est
un anti-infectieux, grâce à la présence d'une sécrétion
d'immunoglobuline à lysozyme et de facteur bifidus.Dans le dépliant
de la Caisse Nationale de l'Assurance Maladie des travailleurs, tiré
des éditions Objectif Santé, il est écrit : «Les
laits maternisés, par leur apport de protéines animales et
végétales, enterainent un excés d’urée et des
déchets."
© 2005 Agencetropiques |
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France
Banlieues et médias : "une incompréhension
mutuelle"
Dans un chat sur LeMonde.fr, Luc Bronner, journaliste
au "Monde", estime que "les médias ont une image désastreuse
dans les quartiers sensibles".
Top : Pourquoi la télévision n'arrive-t-elle à
donner qu'une vision caricaturale de la banlieue ?
Luc Bronner : Je ne crois pas qu'on puisse avoir une position aussi
tranchée sur la télé. Il existe tout type de reportages,
certains sont très négatifs, d'autres positifs. Le dernier
en date, qui fait beaucoup de bruit, sur Tremblay-en-France [Seine-Saint-Denis],
montre effectivement une image assez sombre des quartiers populaires. Pour
moi, cela a un sens politique. Une chaîne qui a été
associée à tort ou à raison à l'ascension de
Nicolas Sarkozy dresse aujourd'hui un bilan négatif de son action
sur un de ses points forts.
Agnès : Les reportages se sont multipliés depuis les
émeutes de 2005. Toutefois, on a l'impression que l'image que les
jeunes ont des journalistes ne cesse de se détériorer. Avez-vous
ce sentiment?
Oui, c'est vrai. Les médias ont une image désastreuse
dans les quartiers sensibles. C'est encore plus vrai pour les télés
que pour les radios et la presse écrite. Cela correspond au sentiment
qu'ont les habitants, particulièrement les jeunes, d'être
stigmatisés en permanence. Mais je crois que se limiter au problème
médiatique serait une erreur. Les médias ne font peut-être
pas parfaitement leur travail, c'est vrai, mais c'est toute la société
française qui est aujourd'hui en difficulté vis-à-vis
de ses quartiers.
Ul : Est-ce que les journalistes vont facilement travailler en banlieue
ou est-ce qu'ils considèrent ces zones comme hostiles ? Il y a plusieurs
exemples de journalistes agressés, de matériel volé...
Il y a probablement une incompréhension des deux côtés.
Très peu de rédactions disposent de correspondants ou de
journalistes spécialisés qui ont le temps de créer
des contacts, des réseaux, et qui peuvent couvrir les banlieues
au quotidien, y compris lorsqu'il n'y a pas d'incidents. Cela participe
à la distance entre les médias et les quartiers. Comme les
journalistes connaissent mal ces territoires, ils y vont probablement avec
plus de réticence, plus de crainte. C'est malheureusement parfois
justifié. Les équipes de télévision, notamment,
sont régulièrement agressées, leur matériel
volé.
Nadjar : Est-ce que, selon vous, à Tremblay-en-France, la
police a vraiment procédé aux arrestations en avance pour
éviter que le reportage de TF1 ne vienne gêner son enquête
comme cela a été affirmé? Si oui, en quoi cela aurait-il
pû concrètement être si génant ? Si non, comment
expliquer cette concomitance ? Dans quel but ?
Le reportage de TF1, qui s'appuie sur un travail de longue haleine,
montre une réalité déplaisante pour le ministère
de l'intérieur. Cela a pu conduire les autorités policières
à accélérer leur intervention dans ce quartier. Mais
les sources policières et judiciaires expliquent que l'enquête
sur le trafic de drogue avait été lancée dès
octobre 2009. Médiatiquement et politiquement, les autorités
policières ont probablement voulu montrer qu'elles ne laissaient
pas un territoire aux mains des dealers.
Marseillaise : Les médias ne jouent-ils pas un rôle
dans les faits de délinquance dans les banlieues en propageant des
stéréotypes que les jeunes finissent par accepter et qui
deviennent source de fierté ?
Pendant les émeutes de 2005, il avait été reconnu
que les médias avaient contribué à une émulation
négative entre quartiers. Les émeutiers voulaient gagner
la compétition du quartier le plus "chaud" en brûlant plus
de voitures que le voisin. C'est incontestable. Mais en même temps,
on voit bien que le problème des violences urbaines dépasse
largement la seule question médiatique. Pour preuve, depuis 2005,
les télés ne traitent quasiment plus des voitures brûlées.
Or leur nombre n'a pas diminué dans les quartiers sensibles. Cela
montre bien que les faits de violence urbaine existent en dehors même
du traitement médiatique. C'est la même chose pour les violences
sur les policiers : depuis le pic des émeutes de 2005, leur nombre
n'est jamais redescendu, alors même que les médias n'en parlent
quasiment pas.
Georges : Dans une de vos dernières doubles pages du Monde,
sur le "supermarché" du deal à Nanterre, j'ai l'impression
que vous vous basez beaucoup sur des rapports de police. Pouvez-vous expliquer
la nature de votre collaboration avec la police ?
Effectivement, cette double page a été réalisée
à partir du dossier judiciaire constitué après plusieurs
mois d'enquête par un juge d'instruction. Il me permettait de pénétrer
un univers totalement fermé à travers des procès-verbaux
d'écoutes téléphoniques, d'observations des policiers,
de témoignages d'habitants, d'interrogatoires de toxicomanes et
des procès-verbaux des personnes poursuivies. Tout cela permettait
de raconter le quotidien d'un trafic de cannabis "banal" avec ses guetteurs,
ses vendeurs, ses physionomistes chargés de repérer les policiers
et ses "nourrices" chargées de stocker la drogue. La question sur
la source est très importante. Ce dossier m'a été
communiqué par un avocat, et non par la police. J'aurais refusé
de donner autant de place à ce sujet si ma source avait été
policière, parce que cela aurait pu être assimilé à
une forme de promotion des actions policières. En l'occurrence,
c'est un avocat d'une des personnes mises en cause qui m'a donné
le dossier en m'expliquant qu'il était typique des deals de banlieue.
J'ai fait le tour de la plupart des avocats du dossier, qui m'ont confirmé
que ce dossier était particulièrement intéressant
de leur point de vue. A la fin de mon enquête, j'ai demandé
un rendez-vous à la police des Hauts-de-Seine. Ma demande a été
refusée, ils n'ont pas souhaité répondre à
mes questions.
Ju : Est-ce qu'il n'y a pas également un problème de
vocabulaire ? Faut-il parler de "banlieue", de "cités", de "quartiers
sensibles" ? Et les "jeunes" ? Qualifier, c'est stigmatiser... Et pourtant,
il y a une réalité... Comment faites-vous ?
La question du vocabulaire est centrale, mais très compliquée
du point de vue journalistique. Parler de la banlieue au singulier est
une erreur, cela revient à mettre sur le même plan Clichy-sous-Bois
et Neuilly-sur-Seine. Le pluriel est déjà plus adapté.
Pour ma part, j'utilise indifféremment les termes "populaire", "sensible"
et "difficile", qui rendent compte de la situation de ces territoires.
Pour information, le terme "sensible", qui est souvent très contesté,
figure dans la loi, puisque les zones urbaines sensibles, qui correspondent
aux territoires les plus en difficulté, ont été définies
par le gouvernement. C'est plus compliqué sur les "jeunes". On peut
vite tomber dans des caricatures en employant le terme "jeune" de façon
générale, alors qu'en phase de violences urbaines par exemple,
ce sont généralement des poignées de personnes qui
sont actives. On pourrait être tenté par l'utilisation du
terme "individu", mais c'est tout aussi délicat parce que c'est
un terme policier. C'est par exemple ce que j'ai essayé de faire
sur Tremblay en signalant qu'il y avait une vingtaine de jeunes en situation
de rupture grave sur un quartier de 8 000 habitants.
Lion : Les origines sociologiques des journalistes et des rédacteurs
en chef pour la plupart "non-issus" des dit "quartiers" est-elle la raison
majeure du décalage constaté ?
Ça peut y participer. C'est valable pour toutes les institutions
qui interviennent dans les quartiers. La France n'a pas encore réussi
à diversifier ses élites, qu'elles soient médiatiques,
politiques ou intellectuelles. J'ai le sentiment que c'est en train
de bouger. Paradoxalement, une des institutions médiatiques les
plus en pointe est TF1, qui fait de gros efforts de recrutement, plus avancés
par exemple que France Télévisions. D'autres expériences
comme celles menées par le Bondy Blog et l'Ecole supérieure
de journalisme de Lille permettront peut-être d'améliorer
la situation. Cela dit, le travail à faire reste énorme.
Duke : Vous parlez souvent des moments que vous partagez avec les
jeunes. En ce sens, votre travail semble souvent s'apparenter à
un travail d'ethnographe. Comment faites-vous pour vous faire accepter
dans ces quartiers ? Comment parvenez-vous à créer des liens
avec ces populations ?
Le facteur temps est essentiel. J'ai la chance, en travaillant au Monde,
de pouvoir consacrer un plein-temps à mon travail dans les quartiers,
donc de pouvoir intervenir dans les phases de crise, évidemment,
mais aussi dans les périodes calmes, celles où on peut créer
des contacts, celles où on peut raconter les banlieues dans leur
complexité. Sur Tremblay, par exemple, je suis le quartier populaire
de cette ville de Seine-Saint-Denis depuis près d'un an, pour essayer
de comprendre son évolution. Je crois que c'est une des pistes pour
améliorer les relations entre les médias et les quartiers
: éviter les traitements en dents de scie – extrêmes en période
de crise, quasiment inexistants le reste du temps – et montrer qu'on s'intéresse
à ces territoires sur le long terme. Au fond, ce qui me frappe,
ce n'est pas tant le fait qu'il y ait des violences urbaines que le silence
de ces quartiers. On connaît en France un niveau élevé
de ségrégation sociale et ethnique sans que les habitants
protestent réellement. Ou alors par l'abstention. Pour moi, le taux
extrêmement élevé de l'abstention aux élections
régionales aurait dû être considéré comme
un événement plus grave que les émeutes de 2005, parce
que plus massif, touchant des centaines de milliers d'adultes, et pas seulement
quelques milliers d'émeutiers.
Nawfel : Est-ce que vous rémunérez les jeunes de ces
quartiers pour les accrocher ?
Non, jamais. D'abord parce que c'est interdit déontologiquement,
ensuite parce que cela placerait mon interlocuteur dans une logique de
prestation de service. Il voudrait probablement m'en "donner pour mon argent",
avec toutes les dérives possibles, notamment en termes de "bidonnage".
C'est donc une ligne que je ne franchirai jamais.
Fanny : Pourquoi faut-il toujours qu'on associe banlieue et ghetto,
drogue ou violence ? Jeune journaliste, j'ai proposé à plusieurs
rédactions et sociétés de production des sujets sur
"l'autre banlieue" (les initiatives positives qui sortent du cadre rap/sport),
on me rétorque toujours "qu'il n'y a pas d'actu...". Est-ce le public
ou les médias eux-mêmes qui ne veulent voir qu'un seul aspect
des choses ?
Traditionnellement, les médias s'intéressent d'abord
aux trains qui arrivent en retard, selon la formule consacrée. Si
l'on observe le traitement médiatique depuis 2005, il y a eu beaucoup
de sujets positifs à la télé, à la radio ou
en presse écrite. Peut-être même que, par une sorte
d'effet de balancier, pour contrebalancer le traitement très sombre
des émeutes de 2005, les médias sont-ils d'ailleurs passés
à côté de la dégradation des conditions de vie
dans les quartiers. J'ajoute qu'il y a une forte incitation gouvernementale
à faire du "positif" sur les quartiers, sans doute pour faire passer
l'idée que le plan Espoir banlieue de Fadela Amara [secrétaire
d'Etat chargée de la politique de la ville] et la politique de sécurité
de Nicolas Sarkozy sont efficaces.
Duke : La relation n'est-elle toutefois pas une relation d'échange
? Au delà du témoignage que vous livrent les jeunes, n'attendent-ils
pas quelque chose en retour ?
Oui, évidemment. Mais je dirais comme toutes les sources. Lorsqu'un
policier, un magistrat, un chercheur, un élu donne une information,
il ne le fait jamais "gratuitement", mais en ayant en tête ses intérêts.
Tout mon travail de journaliste est de varier les sources et de tenter
de comprendre quels sont les intérêts de mes interlocuteurs.
Intérêt de carrière ? Politique ? Militant ? Dans mon
travail, je rencontre beaucoup d'habitants dans les quartiers qui témoignent
avec l'espoir de faire connaître la situation très difficile
dans laquelle ils se trouvent.
Chat modéré par François Béguin
cohabitation
Six
questions sur la notion de race
par
Gilbert Charles
Les racistes comme leurs adversaires invoquent constamment
la science à l'appui de leurs arguments. Mais qu'a-t-elle à
leur dire?
Y a-t-il une définition scientifique du mot
«race»?
En France, où ce terme est banni par la Constitution,
les anthropologues préfèrent parler d' «ethnie»
et les biologistes de «groupe humain». Contrairement aux Etats-Unis,
où l'administration comme les scientifiques parlent couramment de
race. Quel que soit le vocable employé, il désigne un ensemble
d'individus ayant en commun certains caractères héréditaires.
Jusque dans les années 50, on distinguait les groupes humains en
fonction de critères d'apparence physique: couleur de peau et de
cheveux, taille, forme du visage... Le développement de la génétique
a totalement remis en question cette vision simpliste. Aujourd'hui, définir
des races à partir de ces critères est aussi absurde que
de vouloir classer la forme des icebergs en fonction de leur partie émergée.
Le patrimoine héréditaire d'un individu se compose en effet
de plusieurs dizaines de milliers de gènes, chacun correspondant
à un trait biologique particulier, certains transmis par le père,
d'autres par la mère. Chaque enfant est ainsi le produit d'un tirage
au sort entre deux «jeux d'instructions» mélangés
et recombinés au hasard. Le nombre de configurations possibles est
donc pratiquement infini. On pourrait ainsi définir des races fondées
non pas sur la couleur de la peau ou la forme du nez, mais sur les groupes
sanguins, les caractéristiques du système immunitaire ou
simplement sur certaines parties «silencieuses» de l'ADN, qui
n'ont apparemment aucune fonction biologique particulière. Ce qui
aboutirait à regrouper chaque fois des individus totalement différents.
On pourrait aussi bien inventer la race «lactose», dont font
partie les Africains, les Japonais et les Indiens d'Amérique, lesquels
sont souvent touchés par la mutation d'une enzyme qui les empêche
de digérer le lait?
La notion de «pureté de la race»
a-t-elle un sens?
Pour les généticiens, c'est une absurdité:
on ne connaît pas de gène spécifique à tous
les Africains ni à tous les Asiatiques. Qu'il s'agisse des groupes
sanguins ou de la forme du lobe des oreilles, tous les caractères
héréditaires se retrouvent chez les habitants de n'importe
quelle partie du globe, avec des fréquences plus ou moins grandes.
Les populations humaines se sont tellement mélangées depuis
des millénaires que les spécificités ethniques s'effacent
devant les particularités individuelles. Le biologiste américain
Richard Lewontin (université Harvard) a montré en 1972 qu'il
y a plus de différences génétiques entre des individus
à l'intérieur d'une même race qu'il n'y en a entre
deux races différentes. Autrement dit, et malgré les apparences,
on a plus de chances de trouver des similarités biologiques entre
un Africain noir et un Français blanc pris au hasard dans la rue
qu'entre deux Noirs.
La couleur de la peau peut-elle définir l'appartenance
à un groupe ethnique?
Cela aboutirait à classer les habitants du sud
de l'Inde, pourtant considérés comme des Caucasiens, c'est-à-dire
des Blancs, avec les Africains. Et que faire des Berbères algériens,
plus clairs que certains Belges? La teinte de l'épiderme dépend
des gènes commandant la production de mélanine, molécule
responsable de la pigmentation, qui joue un rôle protecteur contre
les rayons ultraviolets. Les variations de la couleur des hommes suivent
en fait celles du climat: les individus les plus noirs sont issus de populations
ayant vécu dans des régions chaudes, dont l'organisme s'est
adapté au soleil au cours des millénaires. Tout comme les
longs nez des Européens du Nord seraient le résultat d'une
adaptation au froid (un appendice nasal plus long permet de mieux réchauffer
l'air avant qu'il pénètre dans les poumons).
Peut-on parler d'inégalités génétiques?
Oui, face aux maladies héréditaires, par
exemple, qui touchent plus souvent certains groupes ethniques que d'autres.
L'hypertension est plus fréquente chez les Noirs américains
que dans le reste de la population. Les Caucasiens (blancs) ont, eux, un
plus grand risque statistique d'être touchés par la mucoviscidose
(et les Bretons plus que le reste des Français). Les Africains,
les Grecs et les Italiens sont plus sensibles à l'anémie
falciforme. Tout comme les juifs ashkénazes à la maladie
de Tay-Sachs, alors qu'une mutation génétique favorisant
le cancer du sein se retrouve avec une plus grande fréquence chez
les femmes séfarades. Et pourtant, la notion de «race juive»
est une absurdité (le judaïsme est une culture et une religion,
pas un trait génétique).
A défaut de «races», peut-on définir
des groupes humains en fonction de leur profil héréditaire?
Chaque individu est aussi le résultat de l'histoire
des populations dont il est issu: les gens se marient plus souvent près
de chez eux qu'avec un partenaire venant de l'autre bout du monde, ce qui
explique que certains traits apparaissent statistiquement plus fréquemment
dans telle population que dans telle autre. Les biologistes mesurent ainsi
des distances génétiques entre les ethnies, qui recoupent
en fait l'histoire des migrations, des invasions et des conquêtes
qui se sont succédé depuis des centaines de milliers d'années
à la surface de la planète. Les chercheurs de l'Inserm ont
ainsi retrouvé dans la population française des alentours
de Poitiers un marqueur génétique particulier aux populations
d'Afrique du Nord, baptisé «mutation arabe»: probablement
un souvenir de l'époque de Charles Martel. Le généticien
et linguiste Luigi Cavalli-Sforza a analysé les données publiées
depuis trente ans sur 42 populations des cinq continents, comparées
selon 120 marqueurs génétiques différents. Il a ainsi
reconstitué un arbre génétique de l'humanité,
dans lequel il distingue sept grandes familles: africaine, caucasienne,
amérindienne, nord-asiatique, sud-asiatique, insulaire du Pacifique
et aborigène d'Australie, qui dériveraient toutes d'une même
population apparue entre l'Afrique centrale et le Moyen-Orient voilà
environ deux cent mille ans.Ces familles ne correspondent pas aux critères
raciaux traditionnels. Ainsi certaines populations, très proches
génétiquement, ne se ressemblent pas du tout physiquement,
comme les Turcs et les Norvégiens, classés pourtant parmi
les Caucasiens, ou comme les Suédois et les Sri Lankais, issus d'une
souche identique qui s'est divisée voilà quarante mille ans.
D'autres partagent les mêmes traits tout en étant très
éloignés, comme les Bushmen du Kalahari, en Afrique, et les
Japonais, tous deux affectés du même pli de l'oeil.
La science peut-elle être raciste ?
«On assiste depuis quelques années, aux Etats-Unis,
à la montée d'un discours biologisant qui associe la génétique
et les groupes ethniques», explique Paul Rabinow, professeur d'anthropologie
à l'université de Berkeley. Le décryptage du génome
humain et la généralisation des tests de prédisposition
à telle ou telle maladie risquent ainsi de favoriser l'apparition
d'un racisme new-look, moins fondé sur la haine que sur la gestion
biologique des inégalités. Le vieux débat sur les
bases génétiques de l'intelligence a récemment rebondi
aux Etats-Unis avec la publication du livre The Bell Curve, dans lequel
le sociologue Charles Murray et le généticien Richard Herrnstein
affirment que l'intelligence est héréditaire «à
60%» et que les Noirs américains en sont moins pourvus que
les Blancs. Toutes ces recherches, comme celles sur d'hypothétiques
«gènes des comportements», sont rarement dénuées
d'arrière- pensées idéologiques. La «technologisation
du vivant» ouvre aussi des perspectives inquiétantes dans
le domaine du contrôle social. Des biologistes américains
travaillant pour le FBI ont par exemple constitué depuis quatre
ans une gigantesque banque de données d'empreintes génétiques
des populations du monde entier, destinée à définir
des profils pour classer les différentes ethnies. En 1993, des biologistes
du laboratoire de police scientifique du Home Office, le ministère
britannique de l'Intérieur, ont mis au point une technique permettant
de distinguer la race d'un suspect à partir d'une tache de sang
ou de sperme laissée sur le lieu du crime. Avec une telle marge
d'erreur que le test s'est révélé inutilisable.
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tourisme
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RDC: Une zone de conflit que l'homme dispute à
l'animal
GOMA, avec IRIN - Ce vendredi, à la prison centrale
de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo
(RDC), 25 prévenus crottés et nu-pieds, accusés de
pêche illicite dans le lac Edouard, comparaissent devant trois juges
; ces derniers viennent une fois par semaine juger les accusés détenus
dans cet édifice, qui n'a pas été rénové
depuis la colonisation belge.
La plupart des accusés avouent immédiatement. L'un
explique qu'il avait faim. Un autre avait besoin d'argent pour s'acquitter
de frais de scolarité. « La vie est dure. C'est pour cela
que j'ai fait cela », dit un troisième homme. Ces hommes
sont accusés d'avoir pêché dans les eaux du parc national
des Virunga, une zone protégée de la province du Nord-Kivu
où l'on trouve environ 200 des 720 gorilles de montagne encore de
ce monde, ainsi que des lions, des éléphants, des buffles,
des antilopes, des hippopotames, des crocodiles et des singes. Ce parc
national, le plus ancien d'Afrique, fait également partie des plus
variés : il compte à la fois des volcans actifs, des pics
enneigés, des grands lacs et les glaciers de la chaîne du
Ruwenzori. Selon les responsables du parc, ce dernier contient plus d'espèces
d'oiseaux, de mammifères et de reptiles que toute autre zone protégée
de la planète. Mais sa situation géographique - le
parc se trouve dans la région la plus
instable d'un pays instable où les populations se disputent
âprement l'exploitation des terres et plus de trois millions de personnes
vivent à une journée à pied de ses frontières
- entraîne souvent des conflits avec les populations locales.
Les membres d'une coopérative agricole du territoire de Rutshuru,
au Nord-Kivu, comptent parmi les populations qui se plaignent du parc.
« En raison de la guerre, nous avons beaucoup de [personnes déplacées]
et avons besoin de nombreuses fermes. C'est difficile de vivre sans nos
terres », a dit Kasereka Kikolera Koseye, membre de la coopérative,
originaire de la ville de
Kiwanja. « Il y a de nombreuses façons de protéger
les animaux », a-t-il dit. «Mais nous luttons vraiment pour
cultiver les terres ». Un Pygmée déplacé en
2008 par les affrontements entre le gouvernement et les rebelles du Congrès
national pour la défense du peuple (CNDP) a expliqué que
son peuple vivait auparavant dans le parc, où il se livrait à
la chasse et à la cueillette depuis plusieurs générations.
« Ce sont les gorilles qui vivent là-bas, maintenant, et le
gouvernement a décidé de protéger les gorilles »,
a dit l'homme, qui vit désormais dans un camp de personnes déplacées
de Kiwanja. « Nous ne savons pas où aller ».
Stimuler le développement
L'Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), qui gère
les Virunga, est conscient que priver les populations locales de plus de
790 000 hectares de terres fertiles dans le Nord-Kivu n'est pas une décision
populaire dans un pays où la plupart des habitants vivent avec moins
de deux dollars par jour. Mais l'institut sait également que pour
protéger les animaux, il doit
obtenir l'adhésion de leurs voisins humains ; c'est pourquoi
il a lancé des projets éducatifs et de développement
économique. L'ICCN construit dans le nord du parc une centrale hydroélectrique
qui permettra de produire 300 kilowatts pour alimenter en électricité
le poste du parc, et fournir de l'énergie à environ 50 000
habitants de la région. Il a également construit sept écoles
dans la région, grâce aux fonds versés par l'Union
européenne. L'institut espère également accueillir
jusque 150 enfants par semaine au siège du parc, à Rumangabo,
pour leur permettre d'observer deux jeunes gorilles de montagne sauvés
après l'abattage de leurs parents, en 2007. Ndeze et Ndakasi ont
été transférés il y a plusieurs mois de Goma
au centre Senkwekwe, où ils ont été confiés
aux soins de quatre gardes forestiers. « Le centre n'a pas
pour unique fonction de s'occuper des gorilles. Nous allons également
nous en servir à des fins éducatives », a dit Samantha
Newport, directrice de communication des Virunga. Le centre doit son nom
à un gorille Silverback abattu.
Cuisiner écolo
Un des projets les plus ardus - mais aussi les plus cruciaux - des Virunga
a pour but de faire évoluer la manière de cuisiner des habitants.
La plupart d'entre eux utilisent en effet du charbon dont 90 pour cent
provient du parc. Les habitants de Goma en consomment à eux seuls
plus de 1,3 million de sacs par an : la déforestation est donc la
menace la plus grave qui plane sur le parc. L'ICCN s'efforce de dissuader
les habitants d'utiliser du charbon en leur offrant un substitut durable
: des briquettes de biomasse fabriquées à partir de matières
organiques, notamment d'herbe, de feuilles, de déchets agricoles,
de papier de brouillon et de sciure. Ces briquettes sont produites par
des habitantes de la région à l'aide d'un équipement
fourni gracieusement par le parc. Les Virunga leur achètent ensuite
leurs briquettes, qu'ils revendent ensuite à Goma, aux hôpitaux,
aux écoles, à la mission des Nations Unies et même
à la prison. « Nous avons aujourd'hui 3 600 personnes et 600
presses qui fabriquent des briquettes », a dit Mme Newport. «
Celles-ci sont confectionnées par des femmes, ce qui implique qu'elles
n'aient pas à se rendre en forêt pour
ramasser du bois, au risque de se faire violer». Ces briquettes
coûtent 30 pour cent moins cher que le charbon, qui représente
jusque 80 pour cent des revenus des habitants de la région,
a-t-elle ajouté. Mais Mme Newport sait que l'objectif de l'ICCN,
qui consiste à faire perdre définitivement au charbon sa
place de premier combustible domestique au Nord-Kivu, est ambitieux. «
Il est vraiment difficile d'inciter les gens à changer leurs habitudes
de cuisine », a-t-elle dit.
La reconstruction
Selon Kanuma Mwendapole, chef du village de Kalengira, le manque d'accès
aux Virunga entrave la reconstruction. « De nombreuses maisons ont
été détruites, mais nous ne pouvons pas entrer dans
le parc pour abattre des arbres et en construire de nouvelles »,
a-t-il dit. Les responsables du parc savent qu'il leur sera extrêmement
difficile de convaincre les villageois de Kalengira que les arbres des
Virunga sont plus utiles pour protéger les gorilles que pour abriter
des êtres humains. A en croire Mme Newport, le tourisme et ses recettes
potentielles pourraient, entre autres, inciter les populations locales
à s'investir dans la conservation du parc. Aux Virunga, les permis
d'observation des gorilles de montagne coûtent 400 dollars et gravir
les flancs du volcan Nyiragongo revient à 200 dollars - dont 30
pour cent sont directement reversés aux communautés locales.
« Je ne pense pas que les gens aient oublié que des touristes
venaient ici, autrefois », a dit Mme Newport. « Les gens savent
également que l'image de la RDC est négative à un
point catastrophique ». Dans les années 1950, et de nouveau
dans les années 1970, le tourisme était en effet florissant,
mais les infrastructures du parc ont pâti de nombreuses années
de guerre et de négligence, et aujourd'hui, les touristes se font
rares : ils étaient à peine 120 à visiter le site
en mai. Le site ne compte pas de vraie route et n'a pas l'électricité,
et le « secteur des gorilles », qui s'étend sur 250
kilomètres, est la seule zone du parc qui soit sans danger pour
les visiteurs. Les touristes se voient assigner un garde armé au
cours de toutes leurs incursions dans le parc ; les gardes forestiers se
heurtent encore aux quatre groupes armés opérant à
l'intérieur des limites du parc. Plus de 150 gardes forestiers ont
été tués en défendant les Virunga ces 10 dernières
années - le dernier alors qu'il installait des toilettes pour les
touristes venus escalader le volcan.
« En fin de compte, le tourisme sera très bénéfique,
mais il faut aller doucement », a estimé Mme Newport. «
Pour travailler aux Virunga, il faut avoir beaucoup d'énergie et
rester optimiste ». De retour à la prison de Goma, les
pêcheurs sortent les uns derrière les autres de la salle d'audience
de fortune dans l'attente de connaître leur sort. Les verdicts seront
rendus ultérieurement.
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migrations
L'utilitarisme
migratoire en question
Par
Alain Morice.
Anthropologue,
chargé de recherches au Centre national de recherche scientifique
(CNRS, Paris).
Ce texte
est la transcription d'une conférence donnée à Fribourg
et organisée, entre autres, par le collectif des sans-papiers.
Je vais surtout m'appuyer sur le
cas français, parce c'est celui que je connais le mieux et que la
France est un très vieux pays d'immigration, pratiquement le premier
pays d'immigration dans l'histoire de l'industrialisation européenne.
En outre, nous avons le «privilège» d'être le
pays qui sert de phare à l'Union européenne en matière
de politique répressive et xénophobe. Bien que la Suisse
ne fasse pas partie de l'UE, elle est concernée par les évolutions
actuelles en matière de «politique migratoire», entre
guillemets, puisque j'expliquerai en quoi il ne s'agit pas de «politique».
Je vais aborder surtout la question
du travailcar elle occupe une place centrale dans la vie des gens et dans
les motifs de migrations. En général, le travail est l'élément
structurant de la personne qui migre. Parallèlement, je vais faire
un rappel historique de ce qui s'est passé en France. Sans se pencher
sur l'Histoire, on ne comprendrait pas ce qui se passe aujourd'hui. On
ne comprendrait pas que ces mêmes questions ont déjà
été posées presque dans les mêmes termes en
ce qui concerne la xénophobie, le racisme, la fermeture des frontières,
les lois discriminatoires sur le travail, etc. Tout cela existe depuis
longtemps. La déréglementation actuelle et le développement
de l'emploi illégal sont une production historique, sur laquelle
je proposerai l'hypothèse que l'immigration a été
instrumentalisée.
Enfin, j'aimerais consacrer du temps
à une question qui est toujours plus présente dans la presse
et les discours des politiciens, à savoir la question du retour
sélectif à une immigration. On commence à reparler
d'un déficit au niveau de la main-d'oeuvre - surtout celle qu'on
n'a pas envie de très bien traiter - et on revient donc sur une
stratégie que j'appelle le cynisme ou l'utilitarisme migratoire.
«Importation», «gestion sélective»
et asile
Je pars de la doctrine française
en matière d'importation d'étrangers et de gestion des étrangers
en France. D'une part, on importe des gens en fonction des besoins qualitatifs
ou quantitatifs - supposés ou réels dans les anticipations
- et qui sont généralement liés au marché du
travail. Donc un besoin en matière de producteurs, de bras; et,
si l'on prend aussi les familles, c'est dans un but de paix sociale. D'autre
part, on vise à les intégrer (à l'époque coloniale,
on disait plutôt «assimiler») à la société
d'accueil, en l'occurrence la société française. Nous
avons donc deux volets: primo, contrôle des flux migratoires par
l'introduction de gens en fonction des besoins, et secundo, assimilation
de ces gens que l'on a accueillis. Je précise tout de suite que
ce programme théorique ne fonctionne pas ou fonctionne très
mal; ensuite, qu'il est très largement motivé par des considérations
idéologiques et devenues électorales depuis les années
80; enfin, qu'il est fréquemment contraire à l'esprit, sinon
à la lettre des droits humains. A ce sujet, il est un peu abusif
de parler de «politique migratoire» au sens noble que je me
fais de la politique, à savoir un plan concerté, respectueux
des gens, avec des objectifs clairs et justes, dénué de cynisme.
Je pense qu'il s'agit de tout, sauf de «politique».
Le modèle actuel (français),
qui est devenu peu à peu le modèle de toute l'UE, consiste,
d'un côté, à importer de manière opportuniste
des travailleurs. Notons qu'«importer» a une connotation à
la fois pragmatique (au coup par coup) et utilitariste (par rapport à
des besoins économiques, réels ou supposés). Et, de
l'autre côté, à pratiquer une gestion sélective
et même parfois eugéniste et raciste de cette immigration;
ce qui oblige à l'application de deux principes, au moins dans le
cas français: privilégier d'une part l'installation durable
des immigrés considérés comme les plus proches de
nous culturellement - le mot «racialement» était utilisé
avant la guerre -, et donc supposés les plus assimilables; a contrario,
donner le caractère le plus provisoire et le plus précaire
possible à l'immigration des gens dont on dit qu'ils ne parviendront
jamais à s'adapter à la population française. Là,
naturellement, les premiers qui sont visés dans le cas français
sont les arabo-musulmans.
Là où cela devient
problématique, c'est que nous sommes dans une situation - conjoncture
- qui est devenue extrêmement différente de l'époque
où cette pseudo-politique, telle que je l'ai résumée,
a été définie. Maintenant, la principale solution
qui reste aux personnes désirant immigrer, c'est la solution de
l'asile, c'est-à-dire se présenter comme réfugiées.
La demande d'asile devient vecteur de la migration. Nous sommes donc devant
une chose que les xénophobes ont beaucoup de mal à gérer:
la demande d'asile peut être légitime, et en même temps,
les objectifs d'assimiler - ou non - certaines personnes ne correspondent
plus, aux yeux des gouvernants, à ces populations qui demandent
l'asile. Nous sommes donc, sans surprise, confrontés à un
système qui ne fonctionne pas bien.
Histoires d'une demande d'importation
Maintenant, je vais passer au rappel
historique, car il faut bien comprendre que la situation actuelle n'est
pas tombée du ciel. En France, nous avons eu trois guerres qui se
sont pratiquement soldées par la même chose: une saignée
des populations masculines en âge de travailler, à une époque
où la force laborieuse était peu féminisée.
Ce fut le cas en 1871, 1918 et 1945. Dans les trois cas, il y a eu par
conséquent, ensuite, une demande d'importation de populations
extérieures pour remettre en route l'industrie et la natalité.
Voici, aussi brièvement que possible, quelques données concernant
le siècle que nous venons de quitter.
Dès 1924, le patronat crée
la «Société générale d'immigration»
- étatisée, elle deviendra plus tard l'Office national d'immigration
-, une société patronale chargée du recrutement, du
transport et de la répartition de la main-d'oeuvre. A cette époque-là,
ça concernait surtout l'industrie lourde et minière. Tous
les secteurs de forte croissance ont été des secteurs de
forte absorption de main-d'oeuvre immigrée. Par exemple, de 1921
à 1931, il arrive plus d'un million de personnes déclarées,
2 millions avec les familles, et sans doute encore le double avec l'immigration
clandestine, qui était considérable. En 1931, les immigrés
représentaient 42% des effectifs dans les mines et 38% dans la métallurgie.
Il faut aussi préciser qu'à
cette époque-là, la règle était la privation
des droits administratifs et sociaux: interdiction de se syndicaliser,
incapacité électorale, déclaration obligatoire à
la préfecture de police de tous les déplacements professionnels
et domiciliaires. C'était un peu la continuation du livret de l'ouvrier
de Napoléon 1er, sauf qu'ici ça ne s'appliquait qu'aux immigrés,
dépourvus de tout droit.
Après 1945, on est pratiquement
à nouveau dans le même schéma: la nation doit faire
face en même temps à des impératifs économiques
(reconstruction) et démographiques (fécondité). Mais
entre-temps, la France s'est dotée, par l'ordonnance du 2 novembre
1945, d'une législation sur l'entrée et le séjour
des étrangers, qui instituait, entre autres, le double titre de
séjour et de travail, source constante de situations kafkaïennes
(pour avoir l'un, il fallait avoir l'autre).
Ce texte est toujours en vigueur
malgré une trentaine de refontes, dont les plus célèbres
sont les lois Pasqua I et II, Debré et Chevènement. Sa fonction
est de rappeler à l'étranger qu'il y a un statut des étrangers,
c'est-à-dire qu'il y a un droit des étrangers, et que celui-ci
n'est pas le droit commun des citoyens nationaux. Le statut de cette loi,
qu'elle soit appliquée ou pas, est de rappeler sa précarité
juridique à l'étranger. Pendant les «30 glorieuses»
(en fait peu glorieuses), période de croissance, 1945-74, la loi
était peu utilisée. Les étrangers étaient recrutés
sur place. On les faisait venir en France. Les recruteurs regardaient la
dentition, la taille des biceps, etc. et mettaient des tampons sur les
papiers, voire sur les corps; ensuite les «bons à immigrer»
passaient par l'Office national de l'immigration.
Dans l'ouvrage La mémoire
confisquée. Les mineurs marocains dans le Nord de la France (Ed.
Septentrion, Lille, 1999), on trouve le témoignage d'émigrés
qui se souviennent d'un ancien militaire chargé de les sélectionner:
il fallait avoir entre 20 et 30 ans, une bonne vue, une aptitude physique
et morale au travail à la mine, un corps sain, pas de maladie contagieuse
ni de précédents avec la police. Le recruteur Mora examine
dents et muscles, comme dans un album de Tintin. Enfin, «s'il t'affiche
un cachet vert sur la poitrine, cela signifie que tu es accepté;
un cachet rouge signifie que tu es refusé». Nous retrouverons
cela dans les préoccupations sélectives actuelles.
Parallèlement, il y avait
un afflux considérable d'immigrés clandestins. Tout le monde
le savait. On parlait alors d'immigration «sauvage» - avec
les relents racistes que ce mot contient - ou «clandestine»,
mais pas encore de «sans-papiers». Comme le contrat de travail
et le titre de séjour étaient distincts, on amenait l'immigré
à la préfecture, et s'il y avait un emploi, il était
régularisé dans les 48 heures. La loi était là
comme une épée de Damoclès, mais fonctionnait peu
dans la réalité. Il s'agissait de jeunes, célibataires,
certains avec de la famille au pays - la famille ne venait pas en France
-, qui logeaient dans les fameux foyers Sonacotra, logements précaires
conçus pour des adultes isolés. Ils travaillaient plutôt
dans l'industrie lourde et le bâtiment-travaux publics (BTP), mais
aussi dans le nettoyage urbain.
Une phrase toute faite était
déjà utilisée à l'époque: «Ce
sont les immigrés qui font le boulot que les Français ne
veulent pas faire.» Or ce n'est pas ça: c'étaient les
employeurs qui ne voulaient pas de Français, mais qui voulaient
des immigrés, car ils jugeaient qu'ainsi il y avait plus de possibilités
de pratiquer la surexploitation. Se faire embaucher en tant que Français
dans les usines Renault ou Citroën, dans les années 60-70 était
quasi impossible. Il existait enfin une sorte d'illusion partagée
par tous les acteurs - les immigrés et les pouvoirs publics: l'illusion
de l'espoir du retour, cette notion de «l'oiseau de passage»
comme l'a dit un célèbre sociologue américain. Vingt
ou trente ans après, ces gens sont toujours là, la famille
a été fondée et ils sont complètement enracinés
en France. Le moteur de l'immigration, ça a été cette
espèce d'illusion du retour qui ne s'est pratiquement jamais vérifiée.
Il n'existe en général pas d'immigration dans le monde sans
peuplement: il n'y a aucun cas structurel d'immigration avec retour. L'exemple
que je cite souvent, c'est Brasilia au Brésil: lors de la construction
de la capitale du Brésil, au cours des années 60, les gens
ont tous cru que les bâtisseurs, venant du Nordeste très pauvre,
allaient repartir une fois le travail terminé. Ils sont restés
et autour de Brasilia - 1 million d'habitants très exactement d'après
le «plan pilote» initial - se sont constituées des cités
satellites, comptant aujourd'hui plusieurs millions d'habitants. Mais on
pourrait aussi citer le cas de la Suisse, qui s'est aperçue que
les étrangers avaient une fâcheuse tendance à s'installer,
et qui a cherché, en mars 1994, à exclure les étrangers
du «troisième cercle» du travail saisonnier.
Le tournant de 1972-1974
En France, dès 1972, puis
en 1974 avec le «choc pétrolier» [récession généralisée
dans les pays de l'OCDE], on voit apparaître les premières
mesures contre l'immigration. A cette date, l'arrêt total, provisoire,
de toute immigration de travail est prononcé, ce qui se révélera
illusoire. Apparaît alors la notion de sans-papiers, c'est-à-dire
des gens qui tout à coup s'aperçoivent qu'ils ne sont plus
désirables et qui, par conséquent, commencent à être
pourchassés, situation relativement nouvelle. C'est aussi l'époque
des premières grèves de la faim - significativement, la première,
fin 1972, qui fera reculer les autorités, est celle d'un étranger
dont les titres n'avaient pas été renouvelés pour
cause d'activité politique.
Il y a aussi eu progressivement
un changement radical qui se manifestera au début des années
80: l'irruption de l'immigration sur le plan idéologique et électoral,
qui jusque-là était traitée sur le plan administratif.
En 1974 encore, à l'occasion de la première présentation
de Le Pen à l'élection présidentielle, l'immigration
n'était pas présente dans son discours ou dans son programme.
Au fur et à mesure de ce changement, ça devient une affaire
de démagogie, une affaire de dresser les gens contre une population
qui sert de bouc émissaire. C'est nouveau, bien que cela ait eu
lieu dans le passé aussi. La nouveauté réside dans
un fait: cela va devenir un thème incontournable de la propagande
politicienne de la représentation nationale, alors que sur le plan
local la question du «seuil de tolérance» à l'égard
des étrangers a commencé à être agitée
dès le début des années 70.
Au niveau du dispositif législatif,
tout se durcit peu à peu. On introduit en 1975 la notion d'«opposabilité
de la situation de l'emploi»: lorsqu'un employeur veut employer un
étranger et lui obtenir un titre de séjour, il lui faut d'abord
commencer par prouver qu'aucun national ou qu'aucun résident étranger
en règle ne pourrait occuper ce poste de travail. En 1977, intervient
la circulaire dite «du million» (de centimes) qui incite les
étrangers à repartir moyennant en contrepartie une aide de
10000 FF [quelque 2500 francs suisses]. Ce sera un fiasco: quelques dizaines
d'étrangers seulement repartiront. Il y a également un durcissement
sur le plan pénal. Malgré tout, c'est l'époque
où la question sociale est telle que le gouvernement de Raymond
Barre [il a été premier ministre et ministre de l'Economie
et des Finances du 25 août 1975 au 31 mars 1978, puis premier ministre
du 3 avril 1978 au 13 mai 1981] est obligé de pratiquer le regroupement
familial. Et c'est là aussi la naissance des problèmes que
nous rencontrons à présent en France, qui sont en fait les
problèmes rencontrés par ceux et celles qu'on appelle de
la «2e génération». C'est-à-dire des enfants
qui sont nés en France, qui sont souvent de nationalité française
par acquisition à la majorité, et qui maintenant sont l'objet
d'un assez grand nombre de discriminations racistes, sur le plan scolaire,
des loisirs, de l'embauche, du logement, à cause de l'origine de
leurs parents. Parallèlement, avec les restructurations dans l'industrie
et dans l'économie, l'immigration a été instrumentalisée
dans le sens d'expérimentations de nouvelles formes de mise au travail
qui vont progressivement s'étendre à l'ensemble de la population.
Flexibilisation et instabilité: l'immigration
comme «laboratoire»
La période actuelle s'est
annoncée par l'introduction plus systématique du néolibéralisme
et du monétarisme avec le plan du ministre de l'Economie Jacques
Delors, en 1983 [sous la présidence de François Mitterrand]:
l'heure est aux gains de productivité, aux regroupements d'entreprises,
à la désinflation compétitive, à la limitation
des déficits publics, à la déréglementation
des salaires et des prix, etc. Au profit de la stabilité monétaire,
la question du plein emploi passe désormais au second plan, à
tel point qu'on peut croire que le chômage devient un mode de gestion
de la force de
travail. C'est ainsi une nouvelle
période où l'on voit cette instrumentalisation de l'immigration
à l'oeuvre avec, particulièrement, la multiplication de tous
les contrats précaires, c'est-à-dire les formes d'embauche
auxquelles on suppose que l'immigration, et en particulier les sans-papiers,
va se prêter de bon gré. La notion d'emploi à vie est
désormais considérée comme complètement réactionnaire:
flexibilisation et instabilité sont à l'ordre du jour.
Quand on commence à licencier
massivement au début des années 80, les immigré·e·s
sont les premiers à absorber le choc du chômage. Par exemple,
dans l'automobile, ils encaisseront à eux seuls plus de 42% de la
suppression des emplois. Même phénomène dans le BTP.
Au niveau national, on estime qu'ils représentent 12% des pertes
d'emplois par an après 1983, pour un total de plus d'un demi-million
de salariés entre 1975 et 1990.
Parallèlement, le travail
des immigrés prendra peu à peu toutes les caractéristiques
de la main-d'oeuvre telle que le patronat commence à la désirer.
Le cas du BTP est éclairant: développement de la sous-traitance
et de toutes les formes d'externalisation, hausse vertigineuse du travail
temporaire, croissance du travail dissimulé (dit abusivement «clandestin»)
et de toutes les formes du salariat déguisé en travail «indépendant».
Sur le plan général, la mobilité intersectorielle
s'accélère, les restructurations se traduisent par un mouvement
de la main-d'oeuvre des grandes vers les petites unités, de l'industrie
vers le secteur des services, de la grosse entreprise vers le sous-traitant,
et de l'emploi déclaré vers l'emploi plus ou moins informel.
De par la position particulière des étrangers dans le pays,
l'immigration a donc joué un rôle expérimental dans
ce processus.
Triple rôle de l'immigration
Si l'on reprend l'ensemble de ces
périodes pour voir ce qui se cache derrière cette périodisation,
on peut dire avec divers chercheurs - voir notamment les travaux de Claude-Valentin
Marie - qui ont étudié la question que ce rôle spécifique
de l'immigration est triple. Le premier, c'est ce qu'on pourrait appeler
la «disponibilité sociale». On entend par là
ce qu'attendent les employeurs: une plus grande mobilité, une plus
grande adaptabilité aux postes de travail, pas de tradition politique
ou syndicale, de faibles exigences salariales et, en matière de
conditions de vie et de travail, une situation de dépendance salariale
(jusqu'à la servitude pour dettes), la fluidité des conditions
de recrutement, et une plus grande vulnérabilité vis-à-vis
des pouvoirs publics. Le deuxième rôle de l'immigration, c'est
celui d'«amortisseur de crise» dont j'ai déjà
parlé. Les immigrés sont les premiers embauchés en
cas de reprises sectorielles ou nationales, et les premiers licenciés
en cas de crise [récession]. Le troisième rôle
de l'immigration, c'est celui d'«amortisseur social». Cela
revient au rôle d'expérimentation et au fait que sur le plan
social, les employeurs et l'Etat trouvent avantage au fait que l'immigration
soit souvent très structurée sur un plan communautaire: à
partir de réseaux dans lesquels la police ou la régulation
sociale et politique se fait d'elle-même, avec des mécanismes
de pouvoirs complexes qui font qu'effectivement ça porte plutôt
les personnes à la docilité et à une absence de réactions
trop fortes, par rapport à l'individualisme exacerbé de la
société occidentale en général. Cela va favoriser
également toute une série de d'éléments, notamment
le dumping social et les infractions généralisées
au Code du travail, qui petit à petit concerneront des fractions
plus étendues de la population laborieuse. Ce qu'on a fait pendant
toute une période avec les immigrés, maintenant on le fait
avec les femmes, les enfants et les enfants d'immigrés en situation
régulière ou naturalisés. On saura que le premier
maillon de la chaîne est celui des sans-papiers, qui sont mis d'emblée
hors droit.
Mécanismes de la mise au travail illégal
Il faut se pencher sur le sens d'un
constat significatif: les secteurs gourmands en main-d'oeuvre immigrée,
en général, sont également les secteurs qui sont gourmands
en main-d'oeuvre immigrée sans papiers. Parmi ces secteurs, en France
comme dans d'autres pays européens, on trouve le BTP, les récoltes
dans l'agriculture, la confection (la France est une place mondiale du
prêt-à-porter), l'hôtellerie et la restauration, le
secteur des services en général (dont le nettoyage, la surveillance
et la distribution ambulante de prospectus), le travail domestique.
Ces secteurs se caractérisent
fréquemment par: des rythmes saisonniers et des conditions variables;
une très forte sensibilité à la conjoncture économique;
des besoins surtout en main-d'oeuvre non qualifiée; des traditions
ethniques en matière d'embauche comme c'est le cas pour la confection;
un caractère familial et paternaliste des relations de travail calquées
sur le modèle familial; des traditions en matière de négation
du droit du travail, et une capacité de corrompre les dépositaires
de l'autorité publique, ce qui débouche sur des habitudes
en matière de chantage à l'emploi et de non-respect du Code
du travail. D'ailleurs, un des arguments forts du BTP et de la confection,
où notoirement des quantités importantes d'argent circulent
frauduleusement, est que si la loi était respectée, les entreprises
n'auraient plus qu'à fermer et à jeter leurs employés
à la rue. Même scénario dans l'agriculture.
On peut maintenant s'attarder sur
cette superposition assez étonnante entre les secteurs qui sont
donc variables, archaïques ou peu réglementés, et les
secteurs du travail illégal. Quels sont les mécanismes de
la mise au travail illégal? En France, depuis une loi de mars 1997,
la notion de «travail clandestin», à cause de ses ambiguïtés,
a disparu du vocabulaire juridique français. Elle a été
remplacée par la notion de «dissimulation». A présent,
dans le Code du travail français, il y a deux articles qui nous
donnent une première infraction qui s'appelle «activité
dissimulée», qui est le fait de ne pas se déclarer
en tant qu'entrepreneur; et une deuxième qui s'appelle «dissimulation
d'emploi» qui est le fait de ne pas déclarer ses employés.
Mais il y a un amalgame qui revient fréquemment. Il consiste à
mélanger les gens qui sont «clandestins» du point de
vue du séjour - c'est-à-dire qui n'ont pas de papiers - et
ceux qui seraient «clandestins» au niveau du travail, si cette
notion avait un sens. La notion de «travailleurs clandestins»
en France n'a aucun sens juridique parce que, au contraire, chez nous,
le Code du travail protège les personnes qui sont employées
illégalement. Elles sont considérées par le Code du
travail comme des victimes et non pas comme des travailleurs clandestins.
Même en cas de rupture de la relation de travail, elles ont droit
aux indemnités comme si elles étaient déclarées.
Le terme «travail clandestin» n'existe plus, on parle de travail
non déclaré ou d'emploi illégal.
Cet amalgame a fait beaucoup de
tort au mouvement des sans-papiers parce que les gens faisaient la confusion
entre prétendus «travailleurs clandestins» et ceux qui
étaient entrés clandestinement. Ce sont deux choses complètement
différentes, si ce n'est qu'un employeur n'a pas le droit d'embaucher
quelqu'un qui ne possède pas de papiers. Les ressorts du mécanisme
de la mise au travail illégal sont les suivants: officiellement
on ferme les frontières. Mais tout le monde sait que la fermeture
des frontières est impossible, que c'est un mensonge et que les
frontières sont des passoires. Les flux ne diminuent pas, simplement
l'entrée sur le territoire devient plus difficile et plus coûteuse.
La personne qui est candidate - et qui maintenant vient de plus loin, comme
du Sri Lanka ou de la Chine par exemple - paie de plus en plus cher et
se met de plus en plus en dépendance à l'égard de
tous les groupes concernés, qui ont tendance à se constituer
en réseaux que certains qualifient de «mafieux», à
savoir les passeurs, les fabricants de faux papiers, les logeurs et les
employeurs. Il y a donc une situation de dépendance, et éventuellement
une situation d'endettement. Par conséquent, à la limite,
la personne va rentrer dans un processus typique de servitude pour dettes:
elle va donc finir par travailler uniquement pour rembourser sa dette.
La loi Chevènement [Jean-Pierre Chevènement a été
ministre de l'Intérieur du gouvernement Jospin du 4 juin 1997 au
29 août 2000], qui a considérablement durci les conditions
d'entrée en 1998 en France, a permis le doublement du prix du voyage
entre la France et la Chine, à savoir environ 120000 FF [un peu
moins de 30000 francs suisses]. C'est la mise en place d'un dispositif
fondé sur la dette, y compris la dette morale. C'est aussi, éventuellement,
le point de départ de bagarres ethniques entre demandeurs d'asile
d'origines différentes.
L'agriculture: clandestinité, volatilité
des flux et déni d'existence juridique
Prenons l'exemple de l'agriculture:
l'agriculture s'articule de très près à d'autres formes
du travail précaire, et notamment au travail saisonnier. Entre parenthèses,
les statistiques sur l'emploi illégal ne veulent pas dire grand-chose
parce que, par exemple, un employeur peut déclarer deux heures de
travail payé, alors que son employé en fait dix. Le problème
n'est donc pas seulement la quantité de travailleurs non déclarés,
mais aussi la quantité de travail clandestin de personnes employées
légalement. L'agriculture s'articule sans contradiction avec
le travail saisonnier. A propos des émeutes racistes en Andalousie
à la suite d'un crime commis par un Marocain, un chercheur de l'Institut
national de recherche agronomique (INRA) en France a expliqué: «L'immigration
clandestine joue un rôle complémentaire de l'immigration officielle.
L'exploitant doit disposer d'un volant supplémentaire d'ouvriers
pour faire face aux aléas et ces ouvriers doivent pouvoir être
engagés et renvoyés selon les besoins. L'immigration clandestine
apporte cette superfluidité indispensable et constitue également
un moyen de pression sur les immigrés officiels.» (Forum civique
européen, F-04300 Limans, 11.12.2001)
Cette citation est intéressante
car elle va beaucoup plus loin encore que le mécanisme que j'ai
mentionné avant: c'est l'intégration de l'immigré
clandestin à l'économie comme nécessité, mais
c'est aussi une transformation de l'économie qui va fonctionner
en fonction de l'anticipation de la clandestinité.
Plus loin, il est aussi question
dans ce texte de la formation d'un véritable apartheid sur place.
C'est-à-dire qu'il y a une espèce de ségrégation
raciale qui se crée et qui double le cas des réserves marocaines:
non seulement le Maroc constitue une réserve de main-d'oeuvre dans
laquelle on peut puiser assez facilement par l'intermédiaire des
passeurs, mais encore il y a également des réserves sur place
dans lesquelles les employeurs des serres vont puiser en fonction d'une
demande qui devient actuellement une demande quotidienne. Le mécanisme
est ici le suivant: vous avez une division du travail qui se fait au niveau
européen, pour les pays du Nord c'est la viande, le lait et les
céréales, pour les pays du pourtour méditerranéen
(Espagne, Italie, Grèce) ce sont les légumes et les fruits
cultivés sous serre, où règnent des conditions de
travail épouvantables.
La France est le pays le plus développé
du monde au niveau des supermarchés et c'est la France également
qui est le premier commanditaire de l'Espagne pour ce qui a trait aux fruits
et légumes. Les gens passent leurs ordres, par exemple, à
deux heures du matin au moment des Halles [lieu de courtage - Rungis],
et il faut que les légumes soient arrivés le soir ou le lendemain
tôt. Voyons le résultat: aujourd'hui, moi, exploitant agricole,
j'aurai besoin de 20 travailleurs marocains pour récolter mes fraises,
demain j'en aurai besoin de 50, après-demain de 100. et le lendemain
de 0. Par conséquent, vous avez ce phénomène d'accordéon:
la réserve est créée sur place et ça, en plus,
c'est créateur de racisme, bien évidemment, car un peuple
qu'on exploite de cette façon est un peuple qu'on offre au mépris
des habitants. C'est effectivement ce qui se passe en Europe, pas seulement
en Andalousie.
Tout cela, c'est la soumission à
la grande distribution et aux donneurs d'ouvrage. On observe, dans le même
genre, des phénomènes qui se développent, notamment
en France ou en Grande-Bretagne, par exemple dans la cueillette de fruits
et légumes avec le système du «gang-master»,
c'est-à-dire du chef d'équipe - qu'on appelait avant le patron
ou le «marchandeur» - qui constitue une équipe dans
son environnement. Par exemple, un homme monte une équipe parmi
ses compatriotes et se responsabilise pour louer son travail et celui de
ses compatriotes; et il va ensuite répartir l'argent. D'un point
de vue disciplinaire c'est excellent parce que cela repose sur des ressorts
communautaires où en général la discipline est librement
consentie. L'efficacité fonctionne à partir d'un déni
d'existence juridique, et ce y compris pour les travailleurs plus ou moins
déclarés, car en Andalousie, par exemple, il y a des restrictions
qui empêchent les travailleurs de se stabiliser et de faire venir
leur famille. Il y a dans ce cas une absence d'existence juridique: le
sans-papiers est toujours entravé par ces difficultés.
N'avoir pas d'existence juridique
signifie n'avoir pas de recours possible contre les employeurs en mobilisant
la loi. Et surtout, c'est un mécanisme subjectif: il y a une espèce
d'inversion idéologique de la responsabilité ou de la domination
et une espèce de gratitude à l'égard de l'employeur,
de celui qui fait souffrir. A partir de l'absence de statut juridique du
sans-papier, celui-ci tend à devenir reconnaissant envers son employeur,
son logeur ou son passeur. Par analogie, voici ce que j'ai pu constater
dans le BTP au Brésil, avec le système des «gatos».
Le «gato» (le chat), comme recruteur, chef d'équipe
et interlocuteur du donneur d'ouvrage, est celui qui domine et qui exploite
au premier degré, mais il est souvent considéré comme
le protecteur, quoique ce soit une illusion. C'est la finesse du mécanisme:
faire voir les choses pour ce qu'elles ne sont pas. L'ultime ressort de
ce phénomène du point de vue subjectif, c'est la peur et
la menace. Autrement dit, la loi xénophobe qui interdit aux étrangers
d'entrer est une aubaine pour tout un ensemble de secteurs économiques,
même si, évidemment, ce ne sont pas les sans-papiers qui font
tourner l'économie globale du pays.
Un rapport dominant/dominé
Revenons sur l'idée d'une
instrumentalisation de l'immigration qui a donc maintenant une portée
un peu plus importante. Cette instrumentalisation est parfois présentée
positivement, et cela m'a personnellement toujours un petit peu gêné.
On entend beaucoup de personnes qui tiennent un discours très généreux,
qui affirment que l'immigration est utile à notre société,
qu'on manque de reconnaissance à l'égard des immigrés
parce qu'ils sont un apport. On parle également de richesse venant
du brassage culturel, dans le respect des différences, etc.
Je trouve ce discours parfois extrêmement
hypocrite ou au moins inconscient des réalités. S'il y a
une utilité, elle est pour le Capital. Le reste, ça n'existe
pas, l'utilité culturelle ça ne veut rien dire, ça
ne passe pas nécessairement par l'immigration de travail exploité,
et tous les échanges sont bien sûr culturellement utiles,
donc cela ne vaut pas la peine d'en parler. En même temps, on a un
autre élément de cet utilitarisme qui consiste à dire
que celui qui reste chez nous doit respecter les lois du pays, ses coutumes,
et ne pas abuser. La Suisse est un peu pionnière dans cette question
de respect de l'esprit national, qui est apparue déjà dans
les années 20.
Il y a tout un débat là-dessus:
est-ce qu'un étranger doit ou non s'intégrer au point de
perdre sa personnalité? Les règles sont un peu faussées
dans le sens où nous sommes dans un rapport dominant-dominé
et non pas dans un rapport entre égaux. Par conséquent, on
ne peut pas raisonner sainement sur le fameux débat «le communautarisme
contre le républicanisme à la française». Demander
une pure et simple «assimilation», dans la tradition du colonialisme
français, c'est aussi oublier qu'une nation n'est pas fixée
une fois pour toutes, sauf si elle se donne comme définition d'elle-même
une hostilité de principe à tout ce qui est étranger.
Ce débat est certes délicat et difficile, mais il faut voir
que du paternalisme à la xénophobie, il n'y a qu'un pas.
Par ailleurs, un peu comme chez vous en Suisse, cette espèce de
méfiance permanente envers les étrangers se traduit par une
multiplication des titres de séjour à caractères statutaire
et juridique différents au fur à mesure que l'on avance dans
le temps. La notion de «résident de plein droit» - c'est-à-dire
en France avec une carte de séjour de 10 ans (comme le titre de
5 ans chez vous) - est remise en cause et maintenant, pour des raisons
d'ordre public notamment, des titres de séjour ne sont parfois plus
renouvelés. En outre, il importe de savoir que jusqu'à maintenant,
les régularisations faites en France l'ont presque toujours été
avec un titre d'un an, donc précaire - la loi prévoit un
titre de 10 ans après le troisième renouvellement, mais l'étranger
a intérêt, dans l'intervalle, à éviter tout
incident.
Sélection, xénophobie,
racisme et assimilation
Passons à la question de
la sélection et du racisme en matière de politique d'immigration.
La question de la sélectivité est au coeur des nouvelles
politiques stratégiques européennes en matière de
reprise de l'immigration. Ce qu'un de mes collègues belges appelle
le «racisme européen», c'est-à-dire cette espèce
de préférence pour les étrangers issus de l'UE par
rapport aux autres, est fondé sur un discours extrêmement
ambigu à l'égard des immigrés. La formule est la suivante:
«On a besoin de vous, mais si on pouvait se passer de vous, ça
serait quand même beaucoup mieux.» L'économie française,
à la fois, en a besoin, et s'en méfie. Mais la dialectique
entre le besoin et la méfiance est quand même une contradiction.
En France, on avait autrefois plutôt une préférence
pour les gens catholiques: alors on allait les chercher du côté
de la Pologne, de la Belgique ou de l'Italie, ce qui n'a pas empêché
beaucoup de racisme. Et puis on a mobilisé la science démographique
avec des grands pionniers comme Alfred Sauvy [1898-1990] et Georges Mauco
[1899-1988]. Mauco a tenté, entre les deux guerres, de démontrer
que certaines personnes étaient moins assimilables que d'autres.
Il a proposé un classement qui rappelle un peu celui qu'on trouvait
dans la presse suisse il y a quelques années, entre les migrants
«haut de gamme» et les migrants «bas de gamme».
En 1937, à partir d'un sondage auprès de 17000 salariés
de l'industrie automobile, il les classe par nationalité selon l'opinion
des employeurs en fonction d'un certain nombre de critères: tenue,
obéissance, aptitude à travailler, rapidité, etc.
Cela donnait des classements de 1 à 10 où on voyait que,
pour l'aspect physique, les employeurs notaient par exemple les Belges
10/10, tandis que les Arabes avaient 1,2/10; pour la «mentalité»
les Belges avaient 6,8 et les Arabes 2,8; pour la discipline le rapport
était
le même. En conclusion, nous avions, selon Mauco, deux catégories
d'étrangers: une catégorie d'étrangers «désirables»
et une catégorie d'étrangers qui ne sont pas particulièrement
désirables. Parmi ceux qui étaient à peu près
désirables, nous avions les «Nordiques», qui devaient
constituer 50% des personnes que l'on devait importer, les «Méditerranéens
proches» (30%), et les Slaves (20%). Petite curiosité: les
Suisses faisaient partie des Nordiques; je ne savais pas que la Suisse
était au Nord de l'Europe, mais Mauco, lui, le savait. Le critère
est évidemment raciste. Quand on parle des pays du Nord et du Sud
maintenant, l'Australie est un pays du Nord, alors.
Concernant les réfugiés,
Mauco invente aussi une hiérarchie, qui met les «Slaves»
en tête. Mais, parmi la catégorie des «non désirables»
et «non assimilables», on compte entre autres les Arméniens
et les Juifs. Tout tourne autour de la question de l'assimilation. Ces
choses ne sont aujourd'hui pas dites dans les mêmes termes, mais
si vous dépouillez un peu la presse et les discours des politiciens,
on n'en est pas si loin. Alfred Sauvy, de son côté, démographe
internationalement connu, a repris l'idée de l'impossibilité
d'assimiler les Nord-Africains; pour les Algériens, ça a
évidemment été son cauchemar, puisqu'ils étaient
dans un département français et par conséquent de
nationalité française. Quand il y a eu les accords d'Evian
(1962), ils ont continué à bénéficier de l'accord
de libre circulation. On retrouve un peu dans tout cela la théorie
des trois cercles, qui a sévi pendant pas mal de temps en Suisse.
A la Libération, le général de Gaulle - qui dirige
le gouvernement provisoire de la République française (GPRF)
- fait cette déclaration devant l'Assemblée consultative
provisoire: «Il faut appeler à la vie les 12 millions de beaux
bébés qu'il faut à la France en dix ans, et introduire
au cours des prochaines années avec méthode et intelligence
de bons éléments de l'immigration dans la collectivité.»
Vous avez là la synthèse complète de l'eugénisme:
les «beaux et bons bébés» et «avec méthode
et intelligence» les «bons éléments». A
ce moment, entre en vigueur l'ordonnance du 2 novembre 1945, citée
précédemment, qui est donc la loi sur les étrangers.
Dans cette loi, ce n'est pas le point de vue de Mauco qui a gagné.
G. Mauco voulait une loi raciale: que la loi définisse quels étaient
les «bons» et les «mauvais» immigrés du
point de vue de leur origine. C'est le point de vue républicain
qui a prévalu - même si la loi n'est pas bonne -, à
savoir que l'entrée et le séjour relèvent du droit
commun, que cela ne concerne pas l'origine des gens. Il n'y a rien de raciste
dans l'ordonnance de 1945: c'est un ensemble de mesures qui encadrent l'entrée
et le séjour des étrangers, sans hiérarchie entre
les origines. Le point de vue de Mauco, là, a été
battu en brèche. Mais le général de Gaulle crée
le Haut Commissariat à la population et il nomme secrétaire
général. Georges Mauco en personne, qui restera en poste
jusqu'en 1970. C'est dire que derrière les querelles de façade
entre les politiciens, on voit quand même que ce qui domine, c'est
l'accord en matière de xénophobie et de racisme.
Un combat unifié: libre circulation,
droit du travail et antiracisme
Pour conclure, de manière
générale, nous sommes actuellement dans une conjoncture où
l'immigration commence à se faire toujours plus sous couvert d'asile.
En tenant compte que les occasions (guerres, famines.) de flux migratoires
basés sur l'asile se multiplient, et que c'est souvent le seul créneau
d'immigration qui reste aux gens, il est logique qu'ils aient tendance
à l'utiliser. Au regard d'autres législations internationales,
qui ont été fabriquées successivement pour les Russes
après la révolution d'Octobre, pour les Juifs avec la persécution
nazie, puis également pour les victimes de la guerre froide après
la Seconde Guerre mondiale, on peut supposer que la législation
internationale (notamment la Convention de Genève) est un peu périmée.
Autrement dit, elle ne correspond pas aux réalités d'aujourd'hui.
Au niveau européen, en matière d'asile, les doctrines sont
en train de se chercher.
Elles sont en train de se chercher
dans deux directions: dans le sens d'un besoin face à une démographie
vieillissante en raison du déficit de renouvellement de la natalité
des populations indigènes; et dans le sens d'un besoin sectoriel
nouveau, par exemple dans l'agriculture sous serres ou dans l'informatique.
Donc on en arrive à des discours qui commencent à prôner
de plus en plus clairement une ouverture raisonnée mais sélective
des frontières, c'est-à-dire qu'on va retrouver toute cette
histoire de racisme.En France, ça a commencé dès 1995
avec un rapport intitulé «La France dans vingt ans»,
rapport qui disait: «D'ici cinq ans nous allons avoir besoin d'immigration
à nouveau.» Il y a eu la petite bombe du rapport de l'ONU
l'an passé, disant que l'Europe allait avoir besoin de 70 millions
d'immigrés d'ici les cinquante prochaines années. Il y a
eu la fameuse déclaration du patronat, notamment français,
sur le thème «il faut renouveler notre stock de main-d'oeuvre
étrangère». On se retrouve dans la problématique
des bons et des mauvais immigrés: à nouveau, les pays vont
essayer de se mettre d'accord sur des choses qui ne vont pas marcher, parce
que c'est impossible. Et de gérer de façon de plus en plus
déréglementée le travail au noir, qui lui-même
n'est que le point de départ de la déréglementation.
A la limite, le travail au noir n'existera plus lorsqu'il n'y aura plus
de Code du travail!
D'une part, on recherchera une main-d'oeuvre
non qualifiée extrêmement mobile, «en accordéon»
selon les besoins instantanés de l'économie. Et d'autre part,
une main-d'oeuvre ultraqualifiée, c'est la fameuse «fuite
des cerveaux» qui indigne certains tiers-mondistes incapables de
voir là les effets d'une stratégie d'exploitation néocoloniale
bien concertée: ce ne sont pas les cerveaux qui «fuient»,
ce sont les pays qui sont désormais traités comme un élevage
de cerveaux, où l'on puise selon les besoins. Mais dans les deux
cas, de plus en plus se développe l'idée de gérer
l'immigration par des «contrats à durée de chantier»:
on fait venir des salariés, qu'il s'agisse d'informaticiens ou de
saisonniers agricoles, pour une durée déterminée,
et ensuite on leur demande de repartir. Mais les gens ne repartent pas,
l'Histoire nous l'a appris.
Ainsi, ce qui est évident,
c'est qu'on va vers les mêmes errements - errements dus à
une conception qui ramène l'homme à une marchandise. Mais
l'Histoire ne se répète pas. Ce qu'on voit se profiler, c'est
une accentuation de la tension raciste de gestion de cette main-d'oeuvre,
parce que là on va définir un nouveau système de devoirs
qui consiste à dire aux gens: «Vous avez accepté, vous
allez jouer la règle du jeu; sinon vous repartez.» Ceux-ci,
et c'est normal, vont trouver cela absolument injuste et ne repartiront
pas. Et par conséquent, on va avoir des tensions qui vont devenir
encore plus dangereuses que ce que nous avons connu jusqu'à présent.
Ce type de débats, on le
trouve aux Etats-Unis depuis longtemps. Il y a par exemple le «modèle
Virginie» qui sélectionne les gens selon leur appartenance
religieuse; et le «modèle Massachusetts» qui sélectionne
les gens par leurs compétences. A l'intérieur des pays riches
industrialisés, nous sommes en face de tout un débat - y
compris de la part des dirigeants de l'UE - pour savoir comment «reprendre»
l'immigration à l'heure actuelle.
Quant à ma position, compte
tenu que les partisans d'une ouverture des frontières se sont souvent
fait traiter de complices du néolibéralisme, compte tenu
de ce que, de façon de plus en plus manifeste, le néolibéralisme
s'alimente au contraire de la précarisation des travailleurs consécutive
à la fermeture des frontières, je crois qu'on doit énoncer
ceci, en partant des observations précédentes: le combat
pour la libre circulation des hommes est inséparable d'un combat
simultané pour le respect du droit du travail et contre la déréglementation,
ainsi que du combat contre toute forme de racisme. Sans cette position
globale, il n'y a aucun sens à revendiquer l'ouverture des frontières.
Il faut ajouter enfin que cet ensemble de luttes n'aura désormais
de sens qu'à l'échelle européenne.
Alain
Morice
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Des
tribus "arabes" remplacent les populations "africaines" au Darfour
Le phénomène inquiète l'ONU, angoisse
les déplacés du Darfour et a éveillé les soupçons
de la Cour pénale internationale (CPI). Depuis le début de
l'année, des groupes appartenant à des tribus dites "arabes"
tentent de s'approprier des terres du Darfour, en l'absence de leurs occupants
d'origine, chassés par les attaques du régime et de ses milices.
Après ces vagues d'attaques assimilables à des campagnes
d'épuration ethnique, un nouveau programme d'occupation des terres
est-il en train de se mettre en place ? Certains observateurs commencent
à le redouter. L'un des cas de ces mouvements de population a eu
lieu dans une zone du Darfour frontalière du Tchad. En juin, environ
30 000 personnes appartenant à des groupes arabes en provenance
du Tchad ont traversé le wadi, un cours d'eau saisonnier faisant
office de frontière, pour s'installer dans la région de Foro
Baranga.Depuis, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés
(HCR), ces nouveaux arrivants se sont installés sur les terres et
dans les villages désertés principalement par des Massalits
(des "Africains"), avec des réserves de nourriture et du bétail,
notamment le long du wadi Saleh, l'une des zones les plus fertiles de la
région.Dans les villages qu'ils occupent, les nouveaux venus ont
reçu des outils et des semences. Selon un rapport du HCR daté
du 30 juillet, "la plupart des personnes interrogées ont été
claires sur leur intention de ne pas retourner au Tchad". "Dans un certain
nombre de cas, précise le texte, les personnes interrogées
ont déclaré que des chefs de communautés soudanaises
les avaient retrouvées à la frontière et les ont emmenées
par camion sur les lieux d'installation." Le mouvement, entamé au
début de l'année, a connu une pause pendant la saison des
pluies, mais, "récemment, nous avons observé un nouvel afflux
de personnes venant du Tchad", affirme Iain Hall, chef du HCR au Darfour
Ouest. D'après l'ONU, il y avait en 2006 dans les secteurs de Foro
Baranga et Habila 79 % d'"Africains" pour 21 % d'"Arabes". En mai 2007,
il n'y avait plus que 59 % d'"Africains" pour 41 % d'"Arabes". Un phénomène
similaire s'observe également plus au sud, vers la frontière
centrafricaine, qu'ont franchi des groupes "arabes" éparpillés
dans plusieurs pays, comme les Salamat ou les Mahamid. Leur nombre, cependant,
reste encore faible. Sur cette base, Andrew Natsios, l'envoyé spécial
du président américain pour le Soudan, a déjà
accusé les autorités de Khartoum de mettre en place un plan
d'"arabisation" du Darfour "en amenant des Arabes du Niger et du Tchad
au Darfour Ouest, en leur donnant des terres et des pièces d'identité".
"COMPÉTITION" ENTRE GROUPES
Le procureur de la Cour pénale internationale,
Luis Moreno Ocampo, soupçonne que cette migration puisse être
liée à l'accomplissement d'un plan orchestré par Ahmed
Haroun, le secrétaire d'Etat soudanais en charge des affaires humanitaires,
et Ali Kushayb, un chef janjawid. Tous les deux sont déjà
sous le coup d'un mandat d'arrêt pour crimes de guerre et crimes
contre l'humanité. L'ONU ne partage pas cet avis. "Nous étions
très inquiets à l'origine, reconnaît John Holmes, le
secrétaire général adjoint de l'ONU en charge des
affaires humanitaires. Mais la situation est beaucoup plus compliquée,
poursuit-il. Nous avons réalisé, après des vérifications
au Tchad, que la plupart de ces gens fuyaient le conflit armé dans
l'est du Tchad", confirme Iain Hall, du HCR. Iain Hall admet que les déplacés
se disent "très angoissés" par l'occupation de leurs terres,
mais les responsables du HCR n'ont jamais pu confirmer la présence
d'Arabes du Niger et ne disposent d'aucune preuve de l'implication des
autorités. Des sources concordantes, à Khartoum et au Darfour,
préfèrent parler de "compétition" entre groupes pour
l'appropriation des terres, au point de déclencher des conflits
inter-arabes, notamment dans le Darfour Sud.A quelques dizaines de kilomètres
de Nyala, deux groupes arabes, les Terjem et les Rizeigat, se battent depuis
des mois pour le contrôle de terres qui appartenaient, avant l'éclatement
de la guerre civile en 2003, à des groupes de l'ethnie Four. Ces
affrontements auraient fait entre six cents et neuf cents morts au cours
des trois derniers mois.Au sud de Nyala, une autre série de conflits
met aux prises des groupes arabes. Davantage qu'un plan d'"arabisation",
il s'agirait d'un dérapage organisé pour installer une situation
de chaos, et rendre plus difficile le déploiement début 2008
de la force internationale conjointe Union africaine-Nations unies.
Philippe Bolopion et Jean-Philippe Rémy
MADAGASCAR:
Que
se passera-t-il quand les arbres auront disparu ?
ANTANANARIVO, avec IRIN - Le gouvernement de transition à
Madagascar autorise l'exportation de bois de feuillus précieux abattus
illégalement, comme source de revenus pour se maintenir à
flot. Les écologistes disent que le coût de cette pratique
est incalculable et que cette grande île de l'Océan Indien
risque fort de perdre son statut de trésor de la biodiversité
mondiale.
Des groupes tels que le World Wildlife Fund (WWF),
l'Environmental Investigation Agency (EIA) et Conservation International
(CI) ont dit que l'exploitation illégale des forêts avait
explosé à Madagascar à la suite de la crise politique
qui a entraîné le remplacement, en mars 2009, du président
Marc Ravalomanana par Andry Rajoelina, actuel dirigeant de la Haute autorité
de transition. La communauté internationale a condamné ce
changement aux allures de coup d'État, et coupé l'aide humanitaire
venant de l'étranger. La fonction publique de l'île, y compris
le système de préservation de la nature, s'est quasiment
effondrée. Selon le Fonds monétaire international (FMI),
l'aide des bailleurs de fonds représente environ 50 pour cent du
budget malgache. « Il est clair que le gouvernement a besoin de l'argent
de l'exportation de bois qui, comme nous le savons, a été
coupé illégalement », a dit à IRIN Nanie Ratsifandrihamanana,
directrice de la conservation du WWF Madagascar. En raison de l'absence
de gardes forestiers pour surveiller les zones protégées
et de la corruption omniprésente dans les principaux ports, l'exportation
de bois de feuillus précieux n'a pas été contrôlée
depuis des mois. Les bandes criminelles armées qui abattent les
forêts ont, de fait, carte blanche dans les parcs nationaux de Madagascar.
En septembre 2009, un décret du gouvernement
a légalisé l'exportation de bois de rose brut, un feuillu
menacé d'extinction, qui était jusque-là illégale.
Le Premier ministre, le colonel Camille Vital, a prolongé le décret
le 31 décembre 2009. Sa décision a été fortement
condamnée par les écologistes. « C'est une vision à
très court terme, qui ne prend pas en compte la durabilité
à long terme de leurs actions. Il en résulte la perte du
patrimoine naturel de Madagascar », a dit Mme Ratsifandrihamanana.
Le gouvernement a nié profiter de la vente du bois de rose, déjà
rare, et a dit que l'argent provenant de l'exportation de bois serait utilisé
pour aider à protéger l'environnement naturel de Madagascar
à l'avenir. Selon les critiques, la destination des fonds provenant
de l'exportation de bois n'est pas claire. Dans une déclaration
commune publiée en septembre 2009, le WWF, CI et la Wildlife Conservation
Society ont dit que le décret « permet un détournement
potentiel des fonds au nom de la protection de l'environnement et constitue
une incitation juridique à une plus grande corruption dans le secteur
forestier ».
James MacKinnon, directeur technique de CI à
Madagascar, a dit à IRIN que la prolongation du décret avait
déjà permis à 200 conteneurs de bois supplémentaires
de quitter Madagascar cette année, ce qui allait encourager d'autres
coupes en prévision de futures décisions similaires de la
part du gouvernement. « Il est fort improbable que l'exploitation
forestière s'arrête si les plus hautes sphères du gouvernement
continuent d'envoyer le message qu'il y aura sans doute une autre chance
d'exporter du bois illégal à l'avenir », a-t-il dit.
L'avenir est en jeu
Madagascar, la quatrième plus grande île
au monde, se situe dans l'Océan Indien, au large de l'Afrique australe,
et est reconnue pour sa faune et sa flore uniques. Elle abrite cinq pour
cent des espèces animales et végétales de la planète,
et 80 pour cent d'entre elles ne se trouvent nulle part ailleurs. Grâce
à l'aide financière et technique de bailleurs de fonds étrangers
et d'organisations non gouvernementales de protection de l'environnement,
Madagascar avait fait des progrès notables au cours des 10 dernières
années, et la protection de la nature bénéficiait
d'un soutien politique non négligeable. En 2003 M. Ravalomanana
s'est engagé à conserver 10 pour cent de l'île comme
sanctuaire naturel. Pourtant, a remarqué M. MacKinnon : «
Nous savons que la plus grande partie de ce bois provient de zones protégées
». Selon une enquête de l'EIA et de Global Witness (GW), qui
surveille l'exploitation illégale et le trafic de ressources naturelles,
l'équivalent de 88 000 à 460 000 dollars de bois de rose,
de palissandre et d'ébène -tous trois des feuillus exotiques
et tropicaux - étaient abattus chaque jour dans des parcs nationaux
et des zones protégées dans les mois qui ont suivi le coup
d'État.
Leur rapport, publié fin 2009, constatait une «
sérieuse détérioration du respect de la légalité,
si ce n'est une collusion active entre les forces de l'ordre et les trafiquants
de bois d'ouvre illégal ». Selon Mme Ratsifandrihamanana,
du WWF, les communautés locales bénéficient peu du
trafic. Un petit groupe, connu sous le nom de « mafia du bois »,
contrôle le secteur et exerce des pressions sur les autorités
locales et les habitants. « Ce que les communautés locales
retirent du commerce du bois n'est tout simplement pas comparable avec
ce que gagnent ceux qui exportent le bois. En outre, la population locale
fait l'objet de menaces et d'intimidation de la part des bandes qui exploitent
les forêts », a-t-elle dit. Les Malgaches gagnent seulement
quelques dollars en effectuant le travail pénible de localiser et
enlever les arbres de la forêt. Selon GW, le salaire quotidien d'un
bûcheron tourne autour de quatre dollars, tandis qu'un mètre
cube de bois de rose peut atteindre 5 000 dollars sur les marchés
asiatiques. L'extraction des troncs d'arbres ne menace pas seulement les
arbres précieux. Les bûcherons chassent des lémuriens
pour se nourrir et le dégagement de chemins à travers la
forêt encourage le peuplement de milieux autrefois intacts, ouvrant
la voie à des activités destructrices telles que la fabrication
de charbon et l'agriculture sur brûlis. Les effets cumulés
pourraient à terme menacer le secteur de l'écotourisme malgache,
qui rapporte 390 millions de dollars par an.
GW a constaté que la demande chinoise de meubles
en bois de rose était un moteur essentiel du trafic de bois et que
de plus petites quantités de bois précieux étaient
transportées vers l'Europe et les États-Unis pour la fabrication
d'instruments de musique haut de gamme. Leur marge de manouvre étant
réduite à Madagascar, les écologistes pensent que
cibler les acheteurs étrangers pourrait désormais être
la seule façon de lutter contre l'exploitation forestière
illégale sur l'île. « Les acheteurs internationaux devraient
faire attention », a dit M. MacKinnon. « Tout ce qui contient
du bois de rose malgache devrait être considéré comme
illégal, même si vous ne faites que le transporter ».
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