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Au fil de l'actualité
L'Afrique, nouveau terrain de jeu des puissances économiques 
Amady Aly Dieng 

Face à l’arrivée de concurrents comme la Chine et le Brésil, qui multiplient les initiatives diplomatiques et commerciales en Afrique, les capitales européennes se trouvent de plus en plus placées sur la défensive. Paris fait ainsi face à une contestation croissante. Dans la lutte d’influence à laquelle se livrent les puissances, Washington n’hésite pas à enrôler des leaders noirs américains, anciens militants de droits civiques, appelés sous les drapeaux de la guerre commerciale. 

En effet, les relations internationales se sont étoffées d’agents privés tels que les organisations non gouvernementales (ONG), les cabinets de consultants ou les Eglises. Leur influence paraît d’autant plus grande que le continent noir se trouve en situation de faiblesse politique et humanitaire. C’est ainsi que les lobbies évangéliques venus des Etats-Unis colonisent les milieux gouvernementaux, tandis que les ONG déterminent les termes de débats cruciaux, comme celui du Darfour. De plus en plus présente, la justice internationale post-conflit exprime ces ambiguïtés entre impératifs universels et nécessaire prise en compte des réalités locales. 

Etats-Unis, «black business, lobby évangélique 

Né d’un père kényan, le président Barack Obama a placé les relations entre les Etats-Unis et le continent africain sur le devant de la scène. Celles-ci sont marquées par le rôle croissant des leaders noirs américains qui, jadis très actifs sur la question des inégalités sociales, se sont mis au service des intérêts économiques de Washington en Afrique. Dans les années 1980, le démocrate Andrew Young fustigeait les «millionnaires noirs sans cœur». Vingt ans plus tard, il était devenu l’un des «sorciers noirs» de l’administration Bush. C’est le «black business» cynique des Etats-Unis.  Attirant moins l’attention médiatique que les mouvements musulmans, les Eglises évangéliques ont fait une percée notable en Afrique. Venues des Etats-Unis, elles établissent un mélange détonant entre religion, argent et politique. En Ouganda, leur influence suscite des polémiques. Ainsi l’Ouganda découvre le lobby évangélique. Quelle place et quelle identité pour les Eglises africaines dans la chrétienté ? Cette question taraude depuis longtemps les théologiens d’un continent dont les cultures sont trop souvent méprisées. Durant le très actif pontificat de Jean Paul II, elle a pris une acuité particulière, provoquant d’intenses débats. Lors de son dernier voyage, le pape a privilégié la mise en relief des éléments «malsains» des traditions et des coutumes africaines, allant jusqu’à déclarer que les traditions traditionnelles n’inclinaient pas à l’amour et au culte de Dieu. Autrement dit, et pour conclure, il faut cesser de penser la possibilité d’un christianisme africain. 

Françafrique, Bolloré, Mosanto, Bruxelles et Pékin

Malgré les indépendances, la France n’a jamais abandonné sa politique d’influence, et souvent d’ingérence, dans ses anciennes colonies. Cependant, le discrédit croissant de la «Françafrique», une politique migratoire bêtement restrictive et la séduction exercée par de nouvelles puissances minent lentement ses positions. Ami personnel du président Nicolas Sarkozy, M. Vincent Bolloré est devenu le symbole du type de relations entretenues par la France avec les pays africains. Les réseaux politiques et médiatiques de l’homme d’affaires lui permettent en effet de traverser les tempêtes de critiques suscitées par ses liens peu scrupuleux sur le continent noir et d’obtenir de fort juteux contrats. Soutenu par les autorités de Ouagadougou, le semencier Mosanto a fait du Burkina Faso la tête de pont de son offensive commerciale en Afrique de l’Ouest. Mais, comme leurs homologues occidentaux, les paysans burkinabés se méfient des organismes génétiquement modifiés et organisent la résistance. Avec la crise alimentaire, l’agriculture se trouve à nouveau au centre des débats. Ecartant toute remise en cause du libre-échange, les Etats-Unis prônent une «révolution verte» qui fait la part belle aux intérêts américains. Les fondations «philanthropiques» jouent un rôle actif dans cette campagne. Dans la guerre mondiale pour les matières premières, la République démocratique du Congo constitue un objectif stratégique. Pékin y affronte Bruxelles, Paris ou encore Ottawa. Mais les méthodes peu orthodoxes de la Chine, qui recourt au troc, suscitent la réprobation du Fonds Monétaire International. En quelques années, la Chine est devenue le troisième partenaire commercial de l’Afrique. Cet essor rapide est soutenu au plus niveau : depuis 2003, le président Hu Jintao a effectué quatre voyages officiels sur le continent. Si Pékin délaisse les discours tiers-mondistes, il tire avantage par son non-ingérence dans les affaires intérieures de ses partenaires. Les méthodes peu orthodoxes de la «Françafrique», de la Chine. 

Pauvreté persistante, pandémie du sida, guerres... Mais..

A première vue, la nouvelle donne mondiale ne produit pas de changements spectaculaires dans le quotidien des populations : la pauvreté reste endémique ; le continent est, au premier chef, touché par la pandémie de sida ; et la guerre ravage toujours certaines régions, comme le Darfour. Toutefois, les classes moyennes, laminées par les plans d’ajustements structurels des années 1980, se reconstituent et pourraient «tirer» le développement. En 2009, le Sud-Africain Nicky Oppenheimer est même le premier magnat d’Afrique subsaharienne à entrer dans le classement Forbes des cent premières fortunes du monde. De Johannesburg à Dakar, ces événements avivent le débat politique et économique, sur fond d’inégalités. Ils coïncident aussi avec une volonté d’affirmation nouvelle du continent : des institutions panafricaines se développent ; des gouvernements décident d’affronter les multinationales prévaricatrices ; des Etats accèdent à des forums mondiaux tels que le G20… Insensiblement, les cartes sont redistribuées. Alors que seize pays fêteront, en 2010, les cinquante ans de leur affranchissement colonial, certains voudraient y voir l’annonce d’une seconde indépendance pour le continent. 

En quelques années, le continent africain a subi de profondes mutations. La fin de la guerre froide a transformé le jeu politique, en répandant le multipartisme et en mettant fin à des conflits alimentés de l’extérieur, comme en Angola. D’autre part, le boom des matières premières coïncide avec l’échec des plans d’ajustements structurels et provoque une interrogation sur le modèle économique à suivre. Au-delà des difficultés du quotidien, une nouvelle partie commence pour l’Afrique, selon Anne-Cécile Robert. Les classes moyennes africaines commencent à se reconstituer. Mais elles semblent moins préoccupées de l’intérêt général que leurs aînées. Grand échec de l’Organisation de l’unité africaine, la recherche de la paix est l’un des objectifs prioritaires de l’Union africaine, qui lui a succédé en 2002. La création du Conseil de la paix et de sécurité innove dans ses principes fondateurs et dans son mode de fonctionnement. Mais les blocages, notamment financiers, demeurent. Si la présence de l’armée française est ancienne et suscite des controverses sur place, les Etats-Unis développent eux aussi leur implantation militaire sur le continent. Mais la création du commandement américain Africom a suscité les réticences des gouvernements locaux. 

* Amady Aly Dieng est économiste. Il anime des chroniques littéraires régulières dans la presse sénégalaises. Les éléments développés dans cet articles sont un résumé de l’édition «Indispensable Afrique Manière de voir - Le Monde diplomatique Bimestriel - N° 108 décembre 2009-janvier 2010, 98 pages

 
Définition

Le créole, langue et culture.

Le créole est, selon Milan KUNDERA, 'la dernière des langues romanes'. Son élaboration est au coeur du processus défini par Patrick CHAMOISEAU, Raphaël CONFIANT et Jean BERNABE sous le terme de créolité. Par créolité, on entend le processus culturel correspondant à la naissance d'une civilisation mêlant des apports européens, africains, amérindiens et asiatiques. Si on retrouve un pareil processus aux Iles Mascareignes (La Réunion et l'Ile Maurice, dans l'Océan Indien), le monde créole par excellence se situe autour de la Mer des Caraïbes, du Nord de l'Amérique du Sud à la Louisiane, dans des pays de langue anglaise, espagnole, française ou hollandaise.  Le créole proprement dit est né du métissage du vocabulaire français des dix-septième et dix-huitième siècles et des tournures syntaxiques d'origine africaine, pendant l'esclavage. Arrachés à leur terre natale, les Africains déportés aux Antilles étaient éparpillés sur diverses îles, pour éviter que des tribus ne puissent se reconstituer et fomenter des révoltes. Ainsi, confrontés à la nécessité de survivre et de communiquer avec des compagnons parlant des langues différentes, les Antillais de la première heure ont-ils 'bricolé' un idiome commun, reprenant les mots français, quelques termes amérindiens (noms de plantes et d'animaux essentiellement), et liant le tout avec une syntaxe proche de celles des langues d'Afrique. Le temps a donné à l'ensemble son unité, et s'est progressivement développée toute une littérature orale créole, autour de contes, de chants et de proverbes. Le créole a gardé de cette immédiateté une spontanéité, qui transparaît dans le caractère très imagé qui fait son génie. Le Créole se retrouve avec des spécificités plus ou moins marqués en Martinique, Guadeloupe et Guyane.

Cadences créoles
 

 
 
à suivre
alimentation
Le Lait de vache un aliment non spécifique à l'homme ?
Anne Laroche-Walter

La glorieuse réputation du lait de vache comme boisson fortifiante et reminéralisante par son calcium est-elle justifiée ? De nombreuses recherches ont d'abord conduit médecins, hygiénistes et chercheurs à soupçonner sa nocivité pour, aujourd'hui, l'affirmer et considérer le lait de vache comme un aliment non spécifique à l'homme. Cette idée heurte nos croyances. Pourtant, Anne Laroche-Walter, naturopathe, ne manque pas d'arguments. Comment et pourquoi le lait de vache est-il nocif pour la santé de l'être humain ?

Et jusqu'où cette nocivité peut-elle conduire ? Existe-t-il des solutions de substitution ? Comme les alcools, le tabac, le sucre blanc, les graisses cuites, le lait de vache est un produit nocif. Nous consommons et abusons de tous ces produits, ne voyant pas au-delà de la satisfaction immédiate de nos besoins. Ne pouvant nous dégager de nos habitudes alimentaires, il nous est difficile de repenser notre assiette. Nous avons perdu cet instinct profond, garant de notre équilibre et de notre intérêt vital. Ainsi, nous nous sommes habitués progressivement à une alimentation carencée et non spécifique. Après avoir accumulé de nombreuses informations scientifiques relevant du domaine de la santé et de la nutrition, et au travers de ma pratique d'hygiéniste nutritionniste, j'ai constaté les changements très bénéfiques survenus chez mes consultants, suite à l’abandon total de la consommation des produits laitiers. Ces résultats sont, pour moi, des preuves irréfutables. Cet article, bien évidemment, ne concerne pas les rares tribus d’Afrique ou d'Amérique (Hunzas, Equatoriens, Caucasiens) qui subsistent encore dans le monde et vivent d'une manière naturelle. Contrairement à nous, ils ne consomment que très peu de laitages, se nourrissent légèrement avec des aliments sains, sans adjonction de produits chimiques ni additifs.

Ils respirent un air pur, boivent une eau non polluée, et enfin ont une activité physique quotidienne, loin du stress et de l'activisme. Ils entretiennent donc une vitalité et une endurance les rendant souvent centenaires.Cet article s'adresse plutôt à nous, victimes d'une surabondance et surconsommation alimentaire, propre à notre société sédentaire. Le lait maternel Avant de parler du lait de vache, il est souhaitable de parler d'abord du lait maternel. L'allaitement maternel est la continuation de la fonction du placenta. Le placenta a un rôle nutritif et surtout un rôle de mise en place d'information qui participe à l'embryogenèse. Après la naissance, le lait maternel perpétue cette information en donnant au bébé des messages pour sa croissance. Il a donc un rôle d'embryogenèse postnatal, et cette structuration, cette mise en place, demande trois ans d'allaitement pour l’idéal, six mois au minimum. Le sevrage se fera doucement à partir du sixième mois, en introduisant progressivement légumes, fruits, céréales, un peu d’oléagineux et de protéines. Le lait maternel est un régulateur hormonal pour le bébé car il lui est adapté, et il joue aussi un rôle immunitaire et anti-parasitaire. Par exemple, grâce à une enzyme spécifique à l'espèce humaine dont il est porteur, il est capable dee détruire des parasites intestinaux tels que Cardia lamblia ainsi que l'amibe Entacmoba histolytica. Son coslostrum des premiers jours est purgatif, favorise l’élimination du méconium et diminue ainsi grandement les risques de jaunisse, il protégera donc le bébé contre les infections. Le lait maternel correspond exactement à la constitution biologique du bébé. Il a de multiples fonctions : - stimulation de l'immunité, - apport énergétique et nutritif, - équilibrage du système nerveux par ses acides gras insaturés, - véhicule de l'information de croissance adaptée par le message contenu dans ses protéines.

J’ajouterai enfin une fonction qui n'est pas la moindre: celle du lien d'amour et de la plénitude de la vie. Pourquoi dire non au lait de vache ? Pourquoi le lait de vache est-il nocif pour la santé de l’être humain ? En voici les principales réponses : 1.Code génétique inadapté. Les hormones contenues dans le lait de vache sont des véhicules d’informations et vont transmettre à l’hypophyse du veau des informations adaptées à cette espèce animale particulière. Imaginez une information de croissance spécifique au veau, par exemple peser 500 kg à six mois, reçu dans l’hypophyse d’un nourrisson qui, lui, dans le même temps, ne doit peser que 7 à 8 kg ? que va-t-il se passer ? Tout simplement, cette information non spécifique, qui ne correspond en rien à la croissance normale de l’être humain, va perturber le mécanisme sensible du système hormonal réglé par l’hypophyse et, de ce fait, déclencher toute une série de conséquences fâcheuses pour le bon fonctionnement physiologique de l’individu. Quand bien même, malgré cela, l’organisme humain serait capable de s’adapter à cette désinformation, il le ferait au détriment d’autres fonctions s’étalant sur la vie entière de l’individu et même sur des générations. C’est pourquoi le danger ne porte ni sur la quantité de produits laitiers absorbés (bien que cela puisse provoquer des encrassements du métabolisme, et nous en reparlerons plus lion), ni même sur la quantité biologique : le lait de vache issu de l’agrobiologique contient absolument les mêmes informations néfastes et non adaptées à l’espèce humaine.

Une seule goutte de lait, même cachée dans un gâteau, suffisait à dérégler le processus du métabolisme. En conséquence, on constate, dans la plupart des cas, des réactions négatives du bébé lors du sevrage passant du lait maternel au lait de vache, ou aux laits dits maternisés qui restent malgré tout spécifiques à l’espèce animale car composée avec du lait de vache. Cette information ne se trouve pas dans la viande de bœuf car n’ayant pas les mêmes caractères d’information. Il est, à mon avis, plus dangereux pour la santé de l’homme de consommer des laitages que la viande de bonne qualité biologique.

Contrairement aux idées répandues parmi les adeptes végétariens.

Du calcium inaccessible. Nous trouvons dans le lait de vache, tout comme dans le lait maternel, du calcium. Celui-ci est dosé suivant les besoins du veau ou du bébé. Non seulement les besoins ne sont pas les mêmes, mais aussi grande que soit la proportion de calcium dans le lait de vache, celui-ci ne pourra en aucun cas être disponible à l’organisme humain. En effet, les protéines spécifiques contenues dans le lait animal et ayant pour fonction de transmettre l’information nécessaire à l élaboration de l’osséine (filet sur cartilage pour retenir les minéraux) ne seront pas adaptées à notre espèce, mais au veau, donc totalement inopérantes pour l’être humain. C’est pourquoi le bébé, l’enfant, ou l’adulte, auront très peu d’osséine et par ce fait, retiendront mal les minéraux, entraînant une déminéralisation progressive. En regroupant les constatations de plusieurs chercheurs, médecins et hygiénistes, il semblerait que l’organisme,d’une part se défait de ces sels minéraux circulant dans le système sanguin, par défaut d’osséine, et d’autre part accumule ces mêmes sels contenus en trop grande quantité dans le lait de vache, dans des endroits tissulaires et organiques du corps. Ceci entraînant indurations, kystes, calculs et becs de perroquet.

Des graisses saturées. Dans le lait maternel , les graisses sont constituées essentiellement d’acides gras poly-insaturés. Le lait de vache, lui contient essentiellement des acides gras saturés à grosses molécules lipidiques que le foie de l’être humain a du mal à digérer et à saponifier. Le système biliaire se fatigue par une suractivité pour tenter de dissoudre un produit incompatible avec le système digestif. Il est important de savoir que le lait de vache a la propriété de fixer les toxines déjà présentes dans le corps et principalement celles qui viennent s’y ajouter par l’alimentation. C’est pourquoi lors d’une maladie aiguë ou chronique ( grippe, angine infection) il est indispensable de supprimer tous les produits laitiers afin d’en venir à la guérison. De plus, les graisses qui ne sont pas éliminés seront absorbées au niveau de l’intestin grêle, passant ainsi dans le sang, ce qui est particulièrement nocif. Les graisses ont une importance capitale pour le développement du cerveau et du système nerveux. Le cerveau de l’être humain ayant une croissance plus rapide que celui des autres mammifères, il est donc important de lui fournir des graisses de bonne qualité, c’est-à-dire insaturées, de provenance maternelle ou bien végétale. Et pour une croissance harmonieuse du bébé, nous trouvons la lactoferrine dans les protéines du lactosérum maternel.

Pauvreté en lactose. Le lait maternel, biologiquement adapté à l’homme, contient 50 % et plus que le lait de vache. Ses propriétés sont non seulement énergétiques et déterminantes dans le processus de l’assimilation des minéraux et de la constitution de la flore intestinale, mais aussi elles participent grandement dans la protection contre les germes pathogènes.Aucun lait d’origine animale ne protège l'homme contre les germes pathogènes et autres parasites. Bien au contraire, ils en favorisent tous la prolifération par modification du milieu digestif et intestinal qu’entraîne inévitablement leur absorption. La fièvre de Malte et la brucellose en sont les conséquences dont les risques ont été minimisés avec la surveillance sanitaire et la vaccination. Mais la vaccination n'empêche pas le passage d'autres toxines présentes dans le lait de vache comme nous allons le voir plus loin. Les protéines du lactosérum contenues dans le lait maternel contiennent des protéines anticorps (lysosymes, gammaglobulines. immunoglobulines) qui jouent un rôle de grande importance dans la lutte contre les infections, d'autant plus que le nourrisson n'a pas établi sa barrière immunitaire intestinale.D'où, une fois de plus, l'importance de nourrir l'enfant au lait maternel et d'abandonner le lait de vache favorisant les parasites en tous genres. 5. Des molécules géantes.Les éléments constitutifs du lait de vache et du lait maternel sont différents, notamment par la grosseur des molécules et des protéines ainsi que par leur formule biochimique.Le milieu digestif est également différent selon l'espèce: l'estomac du veau sécrétant de la caillette et celui du bébé de la présure (réinine) pour dégrader et coaguler leurs laits respectifs.

Ainsi, on constate que la caillette du veau est cent fois plus puissante et active que la présure du nourrisson, et cela en rapport avec les molécules constituantes du lait de vache qui sont nettement plus grosses que celles du lait maternel. C'est donc un effort considérable que nous demandons à notre foie pour dégrader une trop grosse molécule d'origine animale. Diluer le lait de vache avec de l'eau pour le rendre soi-disant plus digeste ne changera rien à l'affaire car la formule biochimique restera la même. Le bébé fabrique de la réinine jusqu'à l'âge de trois ans. Au-delà de cet âge, si nous le forçons à boire du lait de vache après son sevrage, son organisme se verra forcé de fabriquer de la présure (lactase) pour digérer un aliment qui ne lui est donc pas nécessaire, au détriment des autres fonctions organiques. J’ajouterai que la présence de la lactase dans l'intestin est responsable de gaz et de ballonnements (une flore intestinale de bonne qualité est de nos jours très rare, il est donc très important de ne pas la modifier ou de la remettre en bon état). Les Africains possèdent très peu d'enzymes (réinine) pour digérer le lait de vache. Ils sont donc plus exposés que les Occidentaux à des dérèglements digestifs aux conséquences fâcheuses. Le lait de vache et ses sous-Produits ( fromage, yaourt; beurre) sont contre-indiqués dans les pays tropicaux. 

Les facteurs toxiques. Dans les cahiers de la nutrition «Médecine officielle», il est noté que nos chercheurs ont découvert dans le lait de vache une molécule hautement toxique pour l’homme. Des recherches ont été effectuées afin de retirer cette molécule du lait, au lieu d’en retirer tout simplement la vente.Avec tous ses divers procédés de pasteurisation, d'homogénéisation et de stérilisation UHT, le fait de vache perd ce qui, à la rigueur, pourrait nous aider à nous débarrasser assez vite de cette molécule toxique, c'est-à-dire ses enzymes. Les enzymes sont des facteurs d'assimilation intervenant par catalyse. Sous la chaleur des divers procédés de longue conservation et de protection, le lait de vache se défait de ses enzymes qui sont tous très sensibles et dont la survie est nulle à haute température.Choisir entre un lait cru et sa facilité d'assimilation et un lait cuit de longue conservation et sa facilité d'emploie, je dirai que cuit ou cru, il vaut mieux s'abstenir. D’autant plus que dans la fabrication de certains fromages , et plus spécialement les fromages de hollande, l’ajout de tous les additifs conservateurs (polyphosphate, nitrate), sont très dangereux pour la santé de l’homme. Les phosphates ont une action inhibitrice sur la fixation du calcium, d’où le nombre croissant de personnes atteintes de spasmophilie, consommant du fromage ou des produits laitiers. Il faut donc se méfier de la fausse information concernant l’apport de calcium par les laitages. Et pour terminer, les vaches subissent divers traitements (hormones, vaccins, antibiotiques). Elles sont elles-mêmes alimentées par des produits forcés et traités qui transmettent une forte teneur en toxines dans le lait, ajoutant à tous les facteurs déjà énumérés un danger de plus pour la santé de l’homme. (sans parler des farines de cadavres de mouton dont on les a longtemps gavées et dont on commence à mesurer aujourd’hui les graves conséquences sous le terme de « maladie de la vache folle ». Les produits laitiers d'Europe inondent le Marché et s'expatrient vers les autres pays, notamment les pays tropicaux dont le climat ne permet pas aux consommateurs leur assimilation : de nombreux problèmes de santé en découlent sans en soupçonner leur origine.Pourquoi, au moment où les médias dénoncent la viande contaminée par la maladie de la vache folle, ne se préoccupe-t-on pas de la qualité du lait de vache ? Et pourtant, il semble logique de se poser , au moins la question.

Evolution pathologique. Le bébé supporte très mal le sevrage lorsqu’on lui substitue au lait maternel du lait de vache dit maternisé. Le rejet et les perturbations sont immédiats. Ses premières manifestations seront des selles qui s’éclaircissent (c’est une atteinte biliaire), des nausées et des vomissements pouvant aller jusqu'à l'étouffement, conséquence d'une intolérance au lait de vache, troublant la fonction stomacale ou biliaire. Des rougeurs, des boutons, des croûtes pourront surgir ainsi que des diarrhées. Les réactions du bébé seront d'autant plus fortes que celui-ci aura de la vitalité. La plupart des mamans, mal informées, persévèrent dans cette pratique. Le bébé, par nécessité, finit par s’adapter tant bien que mal à ce régime alimentaire non spécifique. Petit à petit, les manifestations d'un dysfonctionnement cesseront Le premier signal d'alarme se tait. On n'aura ni entendu ni supprimé la cause. La mère s'imaginera que tout est rentré dans l'ordre mais il n'en est rien. C'est grave, car le potentiel vital du bébé en sera affaibli, l'amenant vers un terrain fragilisé de moindre résistance. L’encrassement tissulaire commence dès le plus jeune âge par des problèmes inflammatoires touchant la sphère ORL (sinusite, amygdalite, conjonctivite, mastoïdite, méningite). Si les inflammations catarrhales ne sont pas supprimées (allergie au lait de vache par exemple), celles-ci atteindront l'enfant dans les parties plus basses (cage thoracique) avec des pleurites, laryngites, trachéites, bronchites.

A la puberté, l'adolescent, soumis à de nouveaux processus hormonaux élimine tant bien que mal ses toxines par le biais de la peau. C'est ce que l'on appelle l'acné juvénile, qui passera progressivement comme les diarrhées du bébé ont progressivement disparu.La cause demeurant, la situation reste inchangée. Les signes de carences se manifestent par des déminéralisations (dentaire et osseuse), des troubles du poids, d’attention, de vision, s’ajoutant aux fatigues et nervosité.  A l'âgé adulte, l'inflammation se propagera vers la sphère digestive avec des gastrites, colites, cystites, sigmoïdites. L'invasion inflammatoire se fait du haut vers le bas avec une progression plus ou moins rapide suivant l'état du terrain de chacun (potentiel vital fort, faible ou absent) et cette pathologie sera d'autant plus tenace et envahissante que les moyens pour arrêter sa progression ne feront qu'affaiblir le potentiel vital par absorption de toxines supplémentaires (médicaments) et fermeture des émonctoires (antibiotiques). Encore une fois, on essaie de soigner les effets et non d'arrêter la cause qui reste ici une intolérance à un aliment non spécifique. Cette progression continuera tant qu'un redressement alimentaire correct ne viendra pas la stopper.Toutes ces maladies chaudes inflammatoires, dites en ites, se transformeront petit à petit en maladies froides, dites en oses (artérioscléroses, tuberculoses, canceroses).Les maladies silencieuses sont les plus dangereuses et les plus vicieuses. Elles progressent sans crier garde car le potentiel vital de la personne s’est considérablement affaibli par la prise de médicaments en plus de la continuation de la cause provoquant la toxémie. La phase aiguë du début de la vie et sa force d'élimination (diarrhée, vomissement fièvre, acné, toux) vont peu à peu se transformer en phase silencieuse chronique où la maladie s'installe et s'incruste en formant kystes, polypes et indurations. Les processus des défenses immunitaires seront grandement affaiblis et la pathologie accédera à un stade irréversible. Cette finalité est d'autant plus triste qu'elle aurait vu être facilement évitée. L’intoxication à l’acide lactique A l'âge adulte, nous avons perdu la quasi-totalité des lactases, enzymes indispensables à la digestion du lait.

Cette enzyme est présente chez le bébé qui tête sa mère.Si malgré cela, l’adulte consomme des produits laitiers, il va non seulement ne pas digérer cet aliment, mais créer un état de suractivation d’acide lactique qui en trop grand quantité dans l’organisme, deviendra toxique . En effet, une élévation de l’acide lactique au niveau cellulaire engendre une prolifération de cellules qui n’atteindront pas leur maturité, (la quantité détruit la qualité) et seront incapables de capter l’oxygène et d’éliminer les déchets. Ces perturbations de kystes et de tumeurs.

D’autres en parlent

Le Docteur Dufhilo (dans Vie et action) rend le lait de vache responsable d’encrassement et affirme qu’un retour à la bonne santé doit passer par un décrassage intelligent. Il a traité des malades présentant des tumeurs aux seins avec la suppression totale de tous les produits laitiers. Il propose aux malades d’en faire eux-mêmes l’essai et de se passer de lait durant un ou deux mois et de voir. Il propose également aux bien-portants de la faire en tant qu’expérience pour constater s’ils en retirent un regain de vigueur, entrain et endurance. Le docteur Arturo Capdeville, constate des paralysés infantiles (polio) dues à la consommation de produits laitiers.Les troubles de santé par l’apport quotidien de lait de vache sont nombreux : les maladies cardio-vasculaires, les inflammations, les allergies, les syndromes de mort subite chez le jeune enfant, les troubles nerveux mineurs et la schizophrénie.L’intolérance à la béta-lacta-blobuline, une protéine du lait de vache, est très fréquente chez les nourrissons et ceux-ci ont le réflexe intelligent de la refuser. Ils pleurent, crachent, vomissent, ont des diarrhées, amis l’insistance bornée des adultes conduit son organisme dans un état de tolérance des antigènes du lait de vache. Bruno Comby constate des améliorations des états de sida avec la suppression des laitages. Il déplore que l’homme soit le seul mammifère qui continue à boire du lait à l’âge adulte (à son désavantage) bien que notre sécrétion d’enzymes digestifs du lait (lactase) se tarisse à partir de l’âge de trois ans. Pour le pédiatre Paul Gyorgy, le lait de vache est le meilleur pour le veau et la lait maternel est le meilleur pour le bébé.

Les Docteurs Dominique Gros, Richard Lennart et Paul Vesin encouragent l'allaitement maternel et déconseillent vigoureusement le lait de vache. Roland Fietta, naturopathe, prêtend que le lait de vache proyoque des obésités, des rhumatismes, infections, allergies, troubles nerveux, spasmophilie. En cas d’otite à répétition, il est nécessaire, dit-il, de réduire ou de supprimer le lait et les laitages. Il ajoute qu'en Scandinavie, on trouve des problèmes graves de dystrophie osseuse, des acromégalies d'origine hypophysaire osseuse, des néphroses du buveur de lait( le rein qui se transforme en cailloux). Le Docteur Comet rend le lait responsable de troubles hormonaux par la présence quasi permanente de protéines lactées dans la région hypophysaire provoquant des freins hormonaux responsables de troubles des règles, de stérilité, de prise de poids, de mastoses et de kystes bénins de la glande mammaire. Par son acide butyrique corrosif pour l'être humain, mais physiologique pour le veau, il constate la présence de toxines agissant sur le foie qui sont responsables de nombreuses crises de foie, de colites, d'infections, de maux de tête, de rhumatismes.Il conseille à la femme ménopausée de ne pas consommer de laitages à cause du risque d'ostéoporose car on obtient les effets contraires d'une reminéralisation avec les produits laitiers.

Le lait de vache est trois fois trop riche en calcium et pas assez en vitamine D qui fixe le calcium (le Nouvel Objectif n' 4, mai I990). Dans le «Droit à la Santé», il signale : «l'acide butyrique contenu dans le lait, le beurre et le fromage attaque la paroi intestinale, permettant un passage dans le sang des résidus contenus dans les excréments qui pourront être digérés. Cela équivaut à une surdigestion des excréments , phénomène normal chez le veau sous la mère qui grossit ainsi de 1 kg par jour pendant 6 mois……mais qui au-delà de cet âge, ne se nourrira que de végétaux.». Dans la «Médecine végétale illustrée», du Docteur A Narodetzki, nous trouvons dans la rubrique lait de vache cette information : «le lait contient des germes infectieux parce que les vaches sont souvent atteintes d'une maladie infectieuse et de phtisie (sommelière). Son usage peut transmettre la tuberculose dans les poumons, le cerveau (méningite), les os et autres organes, la scarlatine et provoquer la diarrhée verte chez les nourrissons. Le lait est défendu dans.l'enterocolite muco-membraneuse, dans les entérites parce qu'il favorise les bacilles protéolytiques qui existent dans les entérites et provoque des gaz, des ballonnements, et des douleurs». Michio Kushi, spécialiste en rnacrobiotique, auteur de plusieurs livres, dit dans le Livre de la Macrobiotique: «Les produits laitiers ne rentrent' pas dans l'art culinaire de la macrobiotique. Le lait de vache n'est bon que pour le veau».

Le Professeur Reinert (centre hospitalier intercommunal de Créteil) donne une information intéressante : «les anticorps IGA dans le lait maternel ont certes un rôle important mais les cellules vivantes comme les lymphocytes.11 et les macrophages sécréteurs d'interféron transmettent sans doute une information immunitaire durable se prolongeant pendant plusieurs mois». C'est Pourquoi il est si important d’allaiter le bébé au sein durant au moins les six premiers mois, au mieux durant trois ans. Jane Cottinghan, dans son livre «Le biberon bébé», remarque que chez l'homme la consommation de lait d'animaux date de IO 000 ans et que son industrie s'est vraiment développée depuis 50 à 70 ans chez seulement quelques espèces humaines. C'est donc un phénomène relativement récent. L’ingestion de lait de vache chez le bébé provoquerait des infections intestinales incluant des diarrhées de type escherichia-coli et autres organismes, entérovirus, tandis que le lait maternel est un anti-infectieux, grâce à la présence d'une sécrétion d'immunoglobuline à lysozyme et de facteur bifidus.Dans le dépliant de la Caisse Nationale de l'Assurance Maladie des travailleurs, tiré des éditions Objectif Santé, il est écrit : «Les laits maternisés, par leur apport de protéines animales et végétales, enterainent un excés d’urée et des déchets."

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France
Banlieues et médias : "une incompréhension mutuelle"

Dans un chat sur LeMonde.fr, Luc Bronner, journaliste au "Monde", estime que "les médias ont une image désastreuse dans les quartiers sensibles".

Top : Pourquoi la télévision n'arrive-t-elle à donner qu'une vision caricaturale de la banlieue ?

Luc Bronner : Je ne crois pas qu'on puisse avoir une position aussi tranchée sur la télé. Il existe tout type de reportages, certains sont très négatifs, d'autres positifs. Le dernier en date, qui fait beaucoup de bruit, sur Tremblay-en-France [Seine-Saint-Denis], montre effectivement une image assez sombre des quartiers populaires. Pour moi, cela a un sens politique. Une chaîne qui a été associée à tort ou à raison à l'ascension de Nicolas Sarkozy dresse aujourd'hui un bilan négatif de son action sur un de ses points forts.

Agnès : Les reportages se sont multipliés depuis les émeutes de 2005. Toutefois, on a l'impression que l'image que les jeunes ont des journalistes ne cesse de se détériorer. Avez-vous ce sentiment?
Oui, c'est vrai. Les médias ont une image désastreuse dans les quartiers sensibles. C'est encore plus vrai pour les télés que pour les radios et la presse écrite. Cela correspond au sentiment qu'ont les habitants, particulièrement les jeunes, d'être stigmatisés en permanence. Mais je crois que se limiter au problème médiatique serait une erreur. Les médias ne font peut-être pas parfaitement leur travail, c'est vrai, mais c'est toute la société française qui est aujourd'hui en difficulté vis-à-vis de ses quartiers.

Ul : Est-ce que les journalistes vont facilement travailler en banlieue ou est-ce qu'ils considèrent ces zones comme hostiles ? Il y a plusieurs exemples de journalistes agressés, de matériel volé...
Il y a probablement une incompréhension des deux côtés. Très peu de rédactions disposent de correspondants ou de journalistes spécialisés qui ont le temps de créer des contacts, des réseaux, et qui peuvent couvrir les banlieues au quotidien, y compris lorsqu'il n'y a pas d'incidents. Cela participe à la distance entre les médias et les quartiers. Comme les journalistes connaissent mal ces territoires, ils y vont probablement avec plus de réticence, plus de crainte. C'est malheureusement parfois justifié. Les équipes de télévision, notamment, sont régulièrement agressées, leur matériel volé.

Nadjar : Est-ce que, selon vous, à Tremblay-en-France, la police a vraiment procédé aux arrestations en avance pour éviter que le reportage de TF1 ne vienne gêner son enquête comme cela a été affirmé? Si oui, en quoi cela aurait-il pû concrètement être si génant ? Si non, comment expliquer cette concomitance ? Dans quel but ?
Le reportage de TF1, qui s'appuie sur un travail de longue haleine, montre une réalité déplaisante pour le ministère de l'intérieur. Cela a pu conduire les autorités policières à accélérer leur intervention dans ce quartier. Mais les sources policières et judiciaires expliquent que l'enquête sur le trafic de drogue avait été lancée dès octobre 2009. Médiatiquement et politiquement, les autorités policières ont probablement voulu montrer qu'elles ne laissaient pas un territoire aux mains des dealers.

Marseillaise : Les médias ne jouent-ils pas un rôle dans les faits de délinquance dans les banlieues en propageant des stéréotypes que les jeunes finissent par accepter et qui deviennent source de fierté ?
Pendant les émeutes de 2005, il avait été reconnu que les médias avaient contribué à une émulation négative entre quartiers. Les émeutiers voulaient gagner la compétition du quartier le plus "chaud" en brûlant plus de voitures que le voisin. C'est incontestable. Mais en même temps, on voit bien que le problème des violences urbaines dépasse largement la seule question médiatique. Pour preuve, depuis 2005, les télés ne traitent quasiment plus des voitures brûlées. Or leur nombre n'a pas diminué dans les quartiers sensibles. Cela montre bien que les faits de violence urbaine existent en dehors même du traitement médiatique. C'est la même chose pour les violences sur les policiers : depuis le pic des émeutes de 2005, leur nombre n'est jamais redescendu, alors même que les médias n'en parlent quasiment pas.

Georges : Dans une de vos dernières doubles pages du Monde, sur le "supermarché" du deal à Nanterre, j'ai l'impression que vous vous basez beaucoup sur des rapports de police. Pouvez-vous expliquer la nature de votre collaboration avec la police ?
Effectivement, cette double page a été réalisée à partir du dossier judiciaire constitué après plusieurs mois d'enquête par un juge d'instruction. Il me permettait de pénétrer un univers totalement fermé à travers des procès-verbaux d'écoutes téléphoniques, d'observations des policiers, de témoignages d'habitants, d'interrogatoires de toxicomanes et des procès-verbaux des personnes poursuivies. Tout cela permettait de raconter le quotidien d'un trafic de cannabis "banal" avec ses guetteurs, ses vendeurs, ses physionomistes chargés de repérer les policiers et ses "nourrices" chargées de stocker la drogue. La question sur la source est très importante. Ce dossier m'a été communiqué par un avocat, et non par la police. J'aurais refusé de donner autant de place à ce sujet si ma source avait été policière, parce que cela aurait pu être assimilé à une forme de promotion des actions policières. En l'occurrence, c'est un avocat d'une des personnes mises en cause qui m'a donné le dossier en m'expliquant qu'il était typique des deals de banlieue. J'ai fait le tour de la plupart des avocats du dossier, qui m'ont confirmé que ce dossier était particulièrement intéressant de leur point de vue. A la fin de mon enquête, j'ai demandé un rendez-vous à la police des Hauts-de-Seine. Ma demande a été refusée, ils n'ont pas souhaité répondre à mes questions.

Ju : Est-ce qu'il n'y a pas également un problème de vocabulaire ? Faut-il parler de "banlieue", de "cités", de "quartiers sensibles" ? Et les "jeunes" ? Qualifier, c'est stigmatiser... Et pourtant, il y a une réalité... Comment faites-vous ?
La question du vocabulaire est centrale, mais très compliquée du point de vue journalistique. Parler de la banlieue au singulier est une erreur, cela revient à mettre sur le même plan Clichy-sous-Bois et Neuilly-sur-Seine. Le pluriel est déjà plus adapté. Pour ma part, j'utilise indifféremment les termes "populaire", "sensible" et "difficile", qui rendent compte de la situation de ces territoires. Pour information, le terme "sensible", qui est souvent très contesté, figure dans la loi, puisque les zones urbaines sensibles, qui correspondent aux territoires les plus en difficulté, ont été définies par le gouvernement. C'est plus compliqué sur les "jeunes". On peut vite tomber dans des caricatures en employant le terme "jeune" de façon générale, alors qu'en phase de violences urbaines par exemple, ce sont généralement des poignées de personnes qui sont actives. On pourrait être tenté par l'utilisation du terme "individu", mais c'est tout aussi délicat parce que c'est un terme policier. C'est par exemple ce que j'ai essayé de faire sur Tremblay en signalant qu'il y avait une vingtaine de jeunes en situation de rupture grave sur un quartier de 8 000 habitants.

Lion : Les origines sociologiques des journalistes et des rédacteurs en chef pour la plupart "non-issus" des dit "quartiers" est-elle la raison majeure du décalage constaté ?
Ça peut y participer. C'est valable pour toutes les institutions qui interviennent dans les quartiers. La France n'a pas encore réussi à diversifier ses élites, qu'elles soient médiatiques, politiques ou intellectuelles.  J'ai le sentiment que c'est en train de bouger. Paradoxalement, une des institutions médiatiques les plus en pointe est TF1, qui fait de gros efforts de recrutement, plus avancés par exemple que France Télévisions. D'autres expériences comme celles menées par le Bondy Blog et l'Ecole supérieure de journalisme de Lille permettront peut-être d'améliorer la situation. Cela dit, le travail à faire reste énorme.

Duke : Vous parlez souvent des moments que vous partagez avec les jeunes. En ce sens, votre travail semble souvent s'apparenter à un travail d'ethnographe. Comment faites-vous pour vous faire accepter dans ces quartiers ? Comment parvenez-vous à créer des liens avec ces populations ?
Le facteur temps est essentiel. J'ai la chance, en travaillant au Monde, de pouvoir consacrer un plein-temps à mon travail dans les quartiers, donc de pouvoir intervenir dans les phases de crise, évidemment, mais aussi dans les périodes calmes, celles où on peut créer des contacts, celles où on peut raconter les banlieues dans leur complexité. Sur Tremblay, par exemple, je suis le quartier populaire de cette ville de Seine-Saint-Denis depuis près d'un an, pour essayer de comprendre son évolution. Je crois que c'est une des pistes pour améliorer les relations entre les médias et les quartiers : éviter les traitements en dents de scie – extrêmes en période de crise, quasiment inexistants le reste du temps – et montrer qu'on s'intéresse à ces territoires sur le long terme. Au fond, ce qui me frappe, ce n'est pas tant le fait qu'il y ait des violences urbaines que le silence de ces quartiers. On connaît en France un niveau élevé de ségrégation sociale et ethnique sans que les habitants protestent réellement. Ou alors par l'abstention. Pour moi, le taux extrêmement élevé de l'abstention aux élections régionales aurait dû être considéré comme un événement plus grave que les émeutes de 2005, parce que plus massif, touchant des centaines de milliers d'adultes, et pas seulement quelques milliers d'émeutiers.

Nawfel : Est-ce que vous rémunérez les jeunes de ces quartiers pour les accrocher ?
Non, jamais. D'abord parce que c'est interdit déontologiquement, ensuite parce que cela placerait mon interlocuteur dans une logique de prestation de service. Il voudrait probablement m'en "donner pour mon argent", avec toutes les dérives possibles, notamment en termes de "bidonnage". C'est donc une ligne que je ne franchirai jamais.

Fanny : Pourquoi faut-il toujours qu'on associe banlieue et ghetto, drogue ou violence ? Jeune journaliste, j'ai proposé à plusieurs rédactions et sociétés de production des sujets sur "l'autre banlieue" (les initiatives positives qui sortent du cadre rap/sport), on me rétorque toujours "qu'il n'y a pas d'actu...". Est-ce le public ou les médias eux-mêmes qui ne veulent voir qu'un seul aspect des choses ?
Traditionnellement, les médias s'intéressent d'abord aux trains qui arrivent en retard, selon la formule consacrée. Si l'on observe le traitement médiatique depuis 2005, il y a eu beaucoup de sujets positifs à la télé, à la radio ou en presse écrite. Peut-être même que, par une sorte d'effet de balancier, pour contrebalancer le traitement très sombre des émeutes de 2005, les médias sont-ils d'ailleurs passés à côté de la dégradation des conditions de vie dans les quartiers. J'ajoute qu'il y a une forte incitation gouvernementale à faire du "positif" sur les quartiers, sans doute pour faire passer l'idée que le plan Espoir banlieue de Fadela Amara [secrétaire d'Etat chargée de la politique de la ville] et la politique de sécurité de Nicolas Sarkozy sont efficaces.

Duke : La relation n'est-elle toutefois pas une relation d'échange ? Au delà du témoignage que vous livrent les jeunes, n'attendent-ils pas quelque chose en retour ?
Oui, évidemment. Mais je dirais comme toutes les sources. Lorsqu'un policier, un magistrat, un chercheur, un élu donne une information, il ne le fait jamais "gratuitement", mais en ayant en tête ses intérêts. Tout mon travail de journaliste est de varier les sources et de tenter de comprendre quels sont les intérêts de mes interlocuteurs. Intérêt de carrière ? Politique ? Militant ? Dans mon travail, je rencontre beaucoup d'habitants dans les quartiers qui témoignent avec l'espoir de faire connaître la situation très difficile dans laquelle ils se trouvent.

Chat modéré par François Béguin

 
cohabitation 
 
Six questions sur la notion de race
par Gilbert Charles
Les racistes comme leurs adversaires invoquent constamment la science à l'appui de leurs arguments. Mais qu'a-t-elle à leur dire?

Y a-t-il une définition scientifique du mot «race»?

En France, où ce terme est banni par la Constitution, les anthropologues préfèrent parler d' «ethnie» et les biologistes de «groupe humain». Contrairement aux Etats-Unis, où l'administration comme les scientifiques parlent couramment de race. Quel que soit le vocable employé, il désigne un ensemble d'individus ayant en commun certains caractères héréditaires. Jusque dans les années 50, on distinguait les groupes humains en fonction de critères d'apparence physique: couleur de peau et de cheveux, taille, forme du visage... Le développement de la génétique a totalement remis en question cette vision simpliste. Aujourd'hui, définir des races à partir de ces critères est aussi absurde que de vouloir classer la forme des icebergs en fonction de leur partie émergée. Le patrimoine héréditaire d'un individu se compose en effet de plusieurs dizaines de milliers de gènes, chacun correspondant à un trait biologique particulier, certains transmis par le père, d'autres par la mère. Chaque enfant est ainsi le produit d'un tirage au sort entre deux «jeux d'instructions» mélangés et recombinés au hasard. Le nombre de configurations possibles est donc pratiquement infini. On pourrait ainsi définir des races fondées non pas sur la couleur de la peau ou la forme du nez, mais sur les groupes sanguins, les caractéristiques du système immunitaire ou simplement sur certaines parties «silencieuses» de l'ADN, qui n'ont apparemment aucune fonction biologique particulière. Ce qui aboutirait à regrouper chaque fois des individus totalement différents. On pourrait aussi bien inventer la race «lactose», dont font partie les Africains, les Japonais et les Indiens d'Amérique, lesquels sont souvent touchés par la mutation d'une enzyme qui les empêche de digérer le lait?

La notion de «pureté de la race» a-t-elle un sens?

Pour les généticiens, c'est une absurdité: on ne connaît pas de gène spécifique à tous les Africains ni à tous les Asiatiques. Qu'il s'agisse des groupes sanguins ou de la forme du lobe des oreilles, tous les caractères héréditaires se retrouvent chez les habitants de n'importe quelle partie du globe, avec des fréquences plus ou moins grandes. Les populations humaines se sont tellement mélangées depuis des millénaires que les spécificités ethniques s'effacent devant les particularités individuelles. Le biologiste américain Richard Lewontin (université Harvard) a montré en 1972 qu'il y a plus de différences génétiques entre des individus à l'intérieur d'une même race qu'il n'y en a entre deux races différentes. Autrement dit, et malgré les apparences, on a plus de chances de trouver des similarités biologiques entre un Africain noir et un Français blanc pris au hasard dans la rue qu'entre deux Noirs.

La couleur de la peau peut-elle définir l'appartenance à un groupe ethnique?

Cela aboutirait à classer les habitants du sud de l'Inde, pourtant considérés comme des Caucasiens, c'est-à-dire des Blancs, avec les Africains. Et que faire des Berbères algériens, plus clairs que certains Belges? La teinte de l'épiderme dépend des gènes commandant la production de mélanine, molécule responsable de la pigmentation, qui joue un rôle protecteur contre les rayons ultraviolets. Les variations de la couleur des hommes suivent en fait celles du climat: les individus les plus noirs sont issus de populations ayant vécu dans des régions chaudes, dont l'organisme s'est adapté au soleil au cours des millénaires. Tout comme les longs nez des Européens du Nord seraient le résultat d'une adaptation au froid (un appendice nasal plus long permet de mieux réchauffer l'air avant qu'il pénètre dans les poumons).

Peut-on parler d'inégalités génétiques?

Oui, face aux maladies héréditaires, par exemple, qui touchent plus souvent certains groupes ethniques que d'autres. L'hypertension est plus fréquente chez les Noirs américains que dans le reste de la population. Les Caucasiens (blancs) ont, eux, un plus grand risque statistique d'être touchés par la mucoviscidose (et les Bretons plus que le reste des Français). Les Africains, les Grecs et les Italiens sont plus sensibles à l'anémie falciforme. Tout comme les juifs ashkénazes à la maladie de Tay-Sachs, alors qu'une mutation génétique favorisant le cancer du sein se retrouve avec une plus grande fréquence chez les femmes séfarades. Et pourtant, la notion de «race juive» est une absurdité (le judaïsme est une culture et une religion, pas un trait génétique).

A défaut de «races», peut-on définir des groupes humains en fonction de leur profil héréditaire?

Chaque individu est aussi le résultat de l'histoire des populations dont il est issu: les gens se marient plus souvent près de chez eux qu'avec un partenaire venant de l'autre bout du monde, ce qui explique que certains traits apparaissent statistiquement plus fréquemment dans telle population que dans telle autre. Les biologistes mesurent ainsi des distances génétiques entre les ethnies, qui recoupent en fait l'histoire des migrations, des invasions et des conquêtes qui se sont succédé depuis des centaines de milliers d'années à la surface de la planète. Les chercheurs de l'Inserm ont ainsi retrouvé dans la population française des alentours de Poitiers un marqueur génétique particulier aux populations d'Afrique du Nord, baptisé «mutation arabe»: probablement un souvenir de l'époque de Charles Martel. Le généticien et linguiste Luigi Cavalli-Sforza a analysé les données publiées depuis trente ans sur 42 populations des cinq continents, comparées selon 120 marqueurs génétiques différents. Il a ainsi reconstitué un arbre génétique de l'humanité, dans lequel il distingue sept grandes familles: africaine, caucasienne, amérindienne, nord-asiatique, sud-asiatique, insulaire du Pacifique et aborigène d'Australie, qui dériveraient toutes d'une même population apparue entre l'Afrique centrale et le Moyen-Orient voilà environ deux cent mille ans.Ces familles ne correspondent pas aux critères raciaux traditionnels. Ainsi certaines populations, très proches génétiquement, ne se ressemblent pas du tout physiquement, comme les Turcs et les Norvégiens, classés pourtant parmi les Caucasiens, ou comme les Suédois et les Sri Lankais, issus d'une souche identique qui s'est divisée voilà quarante mille ans. D'autres partagent les mêmes traits tout en étant très éloignés, comme les Bushmen du Kalahari, en Afrique, et les Japonais, tous deux affectés du même pli de l'oeil.

La science peut-elle être raciste ?

«On assiste depuis quelques années, aux Etats-Unis, à la montée d'un discours biologisant qui associe la génétique et les groupes ethniques», explique Paul Rabinow, professeur d'anthropologie à l'université de Berkeley. Le décryptage du génome humain et la généralisation des tests de prédisposition à telle ou telle maladie risquent ainsi de favoriser l'apparition d'un racisme new-look, moins fondé sur la haine que sur la gestion biologique des inégalités. Le vieux débat sur les bases génétiques de l'intelligence a récemment rebondi aux Etats-Unis avec la publication du livre The Bell Curve, dans lequel le sociologue Charles Murray et le généticien Richard Herrnstein affirment que l'intelligence est héréditaire «à 60%» et que les Noirs américains en sont moins pourvus que les Blancs. Toutes ces recherches, comme celles sur d'hypothétiques «gènes des comportements», sont rarement dénuées d'arrière- pensées idéologiques. La «technologisation du vivant» ouvre aussi des perspectives inquiétantes dans le domaine du contrôle social. Des biologistes américains travaillant pour le FBI ont par exemple constitué depuis quatre ans une gigantesque banque de données d'empreintes génétiques des populations du monde entier, destinée à définir des profils pour classer les différentes ethnies. En 1993, des biologistes du laboratoire de police scientifique du Home Office, le ministère britannique de l'Intérieur, ont mis au point une technique permettant de distinguer la race d'un suspect à partir d'une tache de sang ou de sperme laissée sur le lieu du crime. Avec une telle marge d'erreur que le test s'est révélé inutilisable.

 

  tourisme
RDC: Une zone de conflit que l'homme dispute à l'animal
GOMA, avec IRIN - Ce vendredi, à la prison centrale de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), 25 prévenus crottés et nu-pieds, accusés de pêche illicite dans le lac Edouard, comparaissent devant trois juges ; ces derniers viennent une fois par semaine juger les accusés détenus dans cet édifice, qui n'a pas été rénové depuis la colonisation belge. 

 La plupart des accusés avouent immédiatement. L'un explique qu'il avait faim. Un autre avait besoin d'argent pour s'acquitter de frais de scolarité. « La vie est dure. C'est pour cela que j'ai fait cela », dit un troisième homme.  Ces hommes sont accusés d'avoir pêché dans les eaux du parc national des Virunga, une zone protégée de la province du Nord-Kivu où l'on trouve environ 200 des 720 gorilles de montagne encore de ce monde, ainsi que des lions, des éléphants, des buffles, des antilopes, des hippopotames, des crocodiles et des singes. Ce parc national, le plus ancien d'Afrique, fait également partie des plus variés : il compte à la fois des volcans actifs, des pics enneigés, des grands lacs et les glaciers de la chaîne du Ruwenzori. Selon les responsables du parc, ce dernier contient plus d'espèces d'oiseaux, de mammifères et de reptiles que toute autre zone protégée de la planète.  Mais sa situation géographique - le parc se trouve dans la région la plus
instable d'un pays instable où les populations se disputent âprement l'exploitation des terres et plus de trois millions de personnes vivent à une journée à pied de ses frontières - entraîne souvent des conflits avec les populations locales. 

Les membres d'une coopérative agricole du territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu, comptent parmi les populations qui se plaignent du parc. « En raison de la guerre, nous avons beaucoup de [personnes déplacées] et avons besoin de nombreuses fermes. C'est difficile de vivre sans nos terres », a dit Kasereka Kikolera Koseye, membre de la coopérative, originaire de la ville de
Kiwanja. « Il y a de nombreuses façons de protéger les animaux », a-t-il dit. «Mais nous luttons vraiment pour cultiver les terres ». Un Pygmée déplacé en 2008 par les affrontements entre le gouvernement et les rebelles du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) a expliqué que son peuple vivait auparavant dans le parc, où il se livrait à la chasse et à la cueillette depuis plusieurs générations. « Ce sont les gorilles qui vivent là-bas, maintenant, et le gouvernement a décidé de protéger les gorilles », a dit l'homme, qui vit désormais dans un camp de personnes déplacées de Kiwanja. « Nous ne savons pas où aller ». 

 Stimuler le développement 

L'Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), qui gère les Virunga, est conscient que priver les populations locales de plus de 790 000 hectares de terres fertiles dans le Nord-Kivu n'est pas une décision populaire dans un pays où la plupart des habitants vivent avec moins de deux dollars par jour. Mais l'institut sait également que pour protéger les animaux, il doit
obtenir l'adhésion de leurs voisins humains ; c'est pourquoi il a lancé des projets éducatifs et de développement économique. L'ICCN construit dans le nord du parc une centrale hydroélectrique qui permettra de produire 300 kilowatts pour alimenter en électricité le poste du parc, et fournir de l'énergie à environ 50 000 habitants de la région. Il a également construit sept écoles dans la région, grâce aux fonds versés par l'Union européenne. L'institut espère également accueillir jusque 150 enfants par semaine au siège du parc, à Rumangabo, pour leur permettre d'observer deux jeunes gorilles de montagne sauvés après l'abattage de leurs parents, en 2007. Ndeze et Ndakasi ont été transférés il y a plusieurs mois de Goma au centre Senkwekwe, où ils ont été confiés aux soins de quatre gardes forestiers.  « Le centre n'a pas pour unique fonction de s'occuper des gorilles. Nous allons également nous en servir à des fins éducatives », a dit Samantha Newport, directrice de communication des Virunga. Le centre doit son nom à un gorille Silverback abattu. 

 Cuisiner écolo 

Un des projets les plus ardus - mais aussi les plus cruciaux - des Virunga a pour but de faire évoluer la manière de cuisiner des habitants. La plupart d'entre eux utilisent en effet du charbon dont 90 pour cent provient du parc. Les habitants de Goma en consomment à eux seuls plus de 1,3 million de sacs par an : la déforestation est donc la menace la plus grave qui plane sur le parc. L'ICCN s'efforce de dissuader les habitants d'utiliser du charbon en leur offrant un substitut durable : des briquettes de biomasse fabriquées à partir de matières organiques, notamment d'herbe, de feuilles, de déchets agricoles, de papier de brouillon et de sciure. Ces briquettes sont produites par des habitantes de la région à l'aide d'un équipement fourni gracieusement par le parc. Les Virunga leur achètent ensuite leurs briquettes, qu'ils revendent ensuite à Goma, aux hôpitaux, aux écoles, à la mission des Nations Unies et même à la prison. « Nous avons aujourd'hui 3 600 personnes et 600 presses qui fabriquent des briquettes », a dit Mme Newport. « Celles-ci sont confectionnées par des femmes, ce qui implique qu'elles n'aient pas à se rendre en forêt pour
ramasser du bois, au risque de se faire violer». Ces briquettes coûtent 30 pour cent moins cher que le charbon, qui représente jusque 80 pour cent des revenus des habitants de la région,
a-t-elle ajouté. Mais Mme Newport sait que l'objectif de l'ICCN, qui consiste à faire perdre définitivement au charbon sa place de premier combustible domestique au Nord-Kivu, est ambitieux. « Il est vraiment difficile d'inciter les gens à changer leurs habitudes de cuisine », a-t-elle dit. 

 La reconstruction 

Selon Kanuma Mwendapole, chef du village de Kalengira, le manque d'accès aux Virunga entrave la reconstruction. « De nombreuses maisons ont été détruites, mais nous ne pouvons pas entrer dans le parc pour abattre des arbres et en construire de nouvelles », a-t-il dit. Les responsables du parc savent qu'il leur sera extrêmement difficile de convaincre les villageois de Kalengira que les arbres des Virunga sont plus utiles pour protéger les gorilles que pour abriter des êtres humains. A en croire Mme Newport, le tourisme et ses recettes potentielles pourraient, entre autres, inciter les populations locales à s'investir dans la conservation du parc. Aux Virunga, les permis d'observation des gorilles de montagne coûtent 400 dollars et gravir les flancs du volcan Nyiragongo revient à 200 dollars - dont 30 pour cent sont directement reversés aux communautés locales.  « Je ne pense pas que les gens aient oublié que des touristes venaient ici, autrefois », a dit Mme Newport. « Les gens savent également que l'image de la RDC est négative à un point catastrophique ». Dans les années 1950, et de nouveau dans les années 1970, le tourisme était en effet florissant, mais les infrastructures du parc ont pâti de nombreuses années de guerre et de négligence, et aujourd'hui, les touristes se font rares : ils étaient à peine 120 à visiter le site en mai. Le site ne compte pas de vraie route et n'a pas l'électricité, et le « secteur des gorilles », qui s'étend sur 250 kilomètres, est la seule zone du parc qui soit sans danger pour les visiteurs. Les touristes se voient assigner un garde armé au cours de toutes leurs incursions dans le parc ; les gardes forestiers se heurtent encore aux quatre groupes armés opérant à l'intérieur des limites du parc. Plus de 150 gardes forestiers ont été tués en défendant les Virunga ces 10 dernières années - le dernier alors qu'il installait des toilettes pour les touristes venus escalader le volcan. 

 « En fin de compte, le tourisme sera très bénéfique, mais il faut aller doucement », a estimé Mme Newport. « Pour travailler aux Virunga, il faut avoir beaucoup d'énergie et rester optimiste ».  De retour à la prison de Goma, les pêcheurs sortent les uns derrière les autres de la salle d'audience de fortune dans l'attente de connaître leur sort. Les verdicts seront rendus ultérieurement. 

 
 
 
migrations
 
L'utilitarisme migratoire en question 
 Par Alain Morice.
Anthropologue, chargé de recherches au Centre national de recherche scientifique (CNRS, Paris). 
Ce texte est la transcription d'une conférence donnée à Fribourg et organisée, entre autres, par le collectif des sans-papiers. 

Je vais surtout m'appuyer sur le cas français, parce c'est celui que je connais le mieux et que la France est un très vieux pays d'immigration, pratiquement le premier pays d'immigration dans l'histoire de l'industrialisation européenne. En outre, nous avons le «privilège» d'être le pays qui sert de phare à l'Union européenne en matière de politique répressive et xénophobe. Bien que la Suisse ne fasse pas partie de l'UE, elle est concernée par les évolutions actuelles en matière de «politique migratoire», entre guillemets, puisque j'expliquerai en quoi il ne s'agit pas de «politique». 

Je vais aborder surtout la question du travailcar elle occupe une place centrale dans la vie des gens et dans les motifs de migrations. En général, le travail est l'élément structurant de la personne qui migre. Parallèlement, je vais faire un rappel historique de ce qui s'est passé en France. Sans se pencher sur l'Histoire, on ne comprendrait pas ce qui se passe aujourd'hui. On ne comprendrait pas que ces mêmes questions ont déjà été posées presque dans les mêmes termes en ce qui concerne la xénophobie, le racisme, la fermeture des frontières, les lois discriminatoires sur le travail, etc. Tout cela existe depuis longtemps. La déréglementation actuelle et le développement de l'emploi illégal sont une production historique, sur laquelle je proposerai l'hypothèse que l'immigration a été instrumentalisée. 

Enfin, j'aimerais consacrer du temps à une question qui est toujours plus présente dans la presse et les discours des politiciens, à savoir la question du retour sélectif à une immigration. On commence à reparler d'un déficit au niveau de la main-d'oeuvre - surtout celle qu'on n'a pas envie de très bien traiter - et on revient donc sur une stratégie que j'appelle le cynisme ou l'utilitarisme migratoire. 

«Importation», «gestion sélective» et asile

Je pars de la doctrine française en matière d'importation d'étrangers et de gestion des étrangers en France. D'une part, on importe des gens en fonction des besoins qualitatifs ou quantitatifs - supposés ou réels dans les anticipations - et qui sont généralement liés au marché du travail. Donc un besoin en matière de producteurs, de bras; et, si l'on prend aussi les familles, c'est dans un but de paix sociale. D'autre part, on vise à les intégrer (à l'époque coloniale, on disait plutôt «assimiler») à la société d'accueil, en l'occurrence la société française. Nous avons donc deux volets: primo, contrôle des flux migratoires par l'introduction de gens en fonction des besoins, et secundo, assimilation de ces gens que l'on a accueillis. Je précise tout de suite que ce programme théorique ne fonctionne pas ou fonctionne très mal; ensuite, qu'il est très largement motivé par des considérations idéologiques et devenues électorales depuis les années 80; enfin, qu'il est fréquemment contraire à l'esprit, sinon à la lettre des droits humains. A ce sujet, il est un peu abusif de parler de «politique migratoire» au sens noble que je me fais de la politique, à savoir un plan concerté, respectueux des gens, avec des objectifs clairs et justes, dénué de cynisme. Je pense qu'il s'agit de tout, sauf de «politique». 

Le modèle actuel (français), qui est devenu peu à peu le modèle de toute l'UE, consiste, d'un côté, à importer de manière opportuniste des travailleurs. Notons qu'«importer» a une connotation à la fois pragmatique (au coup par coup) et utilitariste (par rapport à des besoins économiques, réels ou supposés). Et, de l'autre côté, à pratiquer une gestion sélective et même parfois eugéniste et raciste de cette immigration; ce qui oblige à l'application de deux principes, au moins dans le cas français: privilégier d'une part l'installation durable des immigrés considérés comme les plus proches de nous culturellement - le mot «racialement» était utilisé avant la guerre -, et donc supposés les plus assimilables; a contrario, donner le caractère le plus provisoire et le plus précaire possible à l'immigration des gens dont on dit qu'ils ne parviendront jamais à s'adapter à la population française. Là, naturellement, les premiers qui sont visés dans le cas français sont les arabo-musulmans. 

Là où cela devient problématique, c'est que nous sommes dans une situation - conjoncture - qui est devenue extrêmement différente de l'époque où cette pseudo-politique, telle que je l'ai résumée, a été définie. Maintenant, la principale solution qui reste aux personnes désirant immigrer, c'est la solution de l'asile, c'est-à-dire se présenter comme réfugiées. La demande d'asile devient vecteur de la migration. Nous sommes donc devant une chose que les xénophobes ont beaucoup de mal à gérer: la demande d'asile peut être légitime, et en même temps, les objectifs d'assimiler - ou non - certaines personnes ne correspondent plus, aux yeux des gouvernants, à ces populations qui demandent l'asile. Nous sommes donc, sans surprise, confrontés à un système qui ne fonctionne pas bien. 

Histoires d'une demande d'importation

Maintenant, je vais passer au rappel historique, car il faut bien comprendre que la situation actuelle n'est pas tombée du ciel. En France, nous avons eu trois guerres qui se sont pratiquement soldées par la même chose: une saignée des populations masculines en âge de travailler, à une époque où la force laborieuse était peu féminisée. Ce fut le cas en 1871, 1918 et 1945. Dans les trois cas, il y a eu par conséquent, ensuite, une demande d'importation de populations  extérieures pour remettre en route l'industrie et la natalité. Voici, aussi brièvement que possible, quelques données concernant le siècle que nous venons de quitter.

Dès 1924, le patronat crée la «Société générale d'immigration» - étatisée, elle deviendra plus tard l'Office national d'immigration -, une société patronale chargée du recrutement, du transport et de la répartition de la main-d'oeuvre. A cette époque-là, ça concernait surtout l'industrie lourde et minière. Tous les secteurs de forte croissance ont été des secteurs de forte absorption de main-d'oeuvre immigrée. Par exemple, de 1921 à 1931, il arrive plus d'un million de personnes déclarées, 2 millions avec les familles, et sans doute encore le double avec l'immigration clandestine, qui était considérable. En 1931, les immigrés représentaient 42% des effectifs dans les mines et 38% dans la métallurgie. 

Il faut aussi préciser qu'à cette époque-là, la règle était la privation des droits administratifs et sociaux: interdiction de se syndicaliser, incapacité électorale, déclaration obligatoire à la préfecture de police de tous les déplacements professionnels et domiciliaires. C'était un peu la continuation du livret de l'ouvrier de Napoléon 1er, sauf qu'ici ça ne s'appliquait qu'aux immigrés, dépourvus de tout droit. 

Après 1945, on est pratiquement à nouveau dans le même schéma: la nation doit faire face en même temps à des impératifs économiques (reconstruction) et démographiques (fécondité). Mais entre-temps, la France s'est dotée, par l'ordonnance du 2 novembre 1945, d'une législation sur l'entrée et le séjour des étrangers, qui instituait, entre autres, le double titre de séjour et de travail, source constante de situations kafkaïennes (pour avoir l'un, il fallait avoir l'autre). 

Ce texte est toujours en vigueur malgré une trentaine de refontes, dont les plus célèbres sont les lois Pasqua I et II, Debré et Chevènement. Sa fonction est de rappeler à l'étranger qu'il y a un statut des étrangers, c'est-à-dire qu'il y a un droit des étrangers, et que celui-ci n'est pas le droit commun des citoyens nationaux. Le statut de cette loi, qu'elle soit appliquée ou pas, est de rappeler sa précarité juridique à l'étranger. Pendant les «30 glorieuses» (en fait peu glorieuses), période de croissance, 1945-74, la loi était peu utilisée. Les étrangers étaient recrutés sur place. On les faisait venir en France. Les recruteurs regardaient la dentition, la taille des biceps, etc. et mettaient des tampons sur les papiers, voire sur les corps; ensuite les «bons à immigrer» passaient par l'Office national de l'immigration. 

Dans l'ouvrage La mémoire confisquée. Les mineurs marocains dans le Nord de la France (Ed. Septentrion, Lille, 1999), on trouve le témoignage d'émigrés qui se souviennent d'un ancien militaire chargé de les sélectionner: il fallait avoir entre 20 et 30 ans, une bonne vue, une aptitude physique et morale au travail à la mine, un corps sain, pas de maladie contagieuse ni de précédents avec la police. Le recruteur Mora examine dents et muscles, comme dans un album de Tintin. Enfin, «s'il t'affiche un cachet vert sur la poitrine, cela signifie que tu es accepté; un cachet rouge signifie que tu es refusé». Nous retrouverons cela dans les préoccupations sélectives actuelles. 

Parallèlement, il y avait un afflux considérable d'immigrés clandestins. Tout le monde le savait. On parlait alors d'immigration «sauvage» - avec les relents racistes que ce mot contient - ou «clandestine», mais pas encore de «sans-papiers». Comme le contrat de travail et le titre de séjour étaient distincts, on amenait l'immigré à la préfecture, et s'il y avait un emploi, il était régularisé dans les 48 heures. La loi était là comme une épée de Damoclès, mais fonctionnait peu dans la réalité. Il s'agissait de jeunes, célibataires, certains avec de la famille au pays - la famille ne venait pas en France -, qui logeaient dans les fameux foyers Sonacotra, logements précaires conçus pour des adultes isolés. Ils travaillaient plutôt dans l'industrie lourde et le bâtiment-travaux publics (BTP), mais aussi dans le nettoyage urbain. 

Une phrase toute faite était déjà utilisée à l'époque: «Ce sont les immigrés qui font le boulot que les Français ne veulent pas faire.» Or ce n'est pas ça: c'étaient les employeurs qui ne voulaient pas de Français, mais qui voulaient des immigrés, car ils jugeaient qu'ainsi il y avait plus de possibilités de pratiquer la surexploitation. Se faire embaucher en tant que Français dans les usines Renault ou Citroën, dans les années 60-70 était quasi impossible. Il existait enfin une sorte d'illusion partagée par tous les acteurs - les immigrés et les pouvoirs publics: l'illusion de l'espoir du retour, cette notion de «l'oiseau de passage» comme l'a dit un célèbre sociologue américain. Vingt ou trente ans après, ces gens sont toujours là, la famille a été fondée et ils sont complètement enracinés en France. Le moteur de l'immigration, ça a été cette espèce d'illusion du retour qui ne s'est pratiquement jamais vérifiée. Il n'existe en général pas d'immigration dans le monde sans peuplement: il n'y a aucun cas structurel d'immigration avec retour. L'exemple que je cite souvent, c'est Brasilia au Brésil: lors de la construction de la capitale du Brésil, au cours des années 60, les gens ont tous cru que les bâtisseurs, venant du Nordeste très pauvre, allaient repartir une fois le travail terminé. Ils sont restés et autour de Brasilia - 1 million d'habitants très exactement d'après le «plan pilote» initial - se sont constituées des cités satellites, comptant aujourd'hui plusieurs millions d'habitants. Mais on pourrait aussi citer le cas de la Suisse, qui s'est aperçue que les étrangers avaient une fâcheuse tendance à s'installer, et qui a cherché, en mars 1994, à exclure les étrangers du «troisième cercle» du travail saisonnier. 

Le tournant de 1972-1974

En France, dès 1972, puis en 1974 avec le «choc pétrolier» [récession généralisée dans les pays de l'OCDE], on voit apparaître les premières mesures contre l'immigration. A cette date, l'arrêt total, provisoire, de toute immigration de travail est prononcé, ce qui se révélera illusoire. Apparaît alors la notion de sans-papiers, c'est-à-dire des gens qui tout à coup s'aperçoivent qu'ils ne sont plus désirables et qui, par conséquent, commencent à être pourchassés, situation relativement nouvelle. C'est aussi l'époque des premières grèves de la faim - significativement, la première, fin 1972, qui fera reculer les autorités, est celle d'un étranger dont les titres n'avaient pas été renouvelés pour cause d'activité politique. 

Il y a aussi eu progressivement un changement radical qui se manifestera au début des années 80: l'irruption de l'immigration sur le plan idéologique et électoral, qui jusque-là était traitée sur le plan administratif. En 1974 encore, à l'occasion de la première présentation de Le Pen à l'élection présidentielle, l'immigration n'était pas présente dans son discours ou dans son programme. Au fur et à mesure de ce changement, ça devient une affaire de démagogie, une affaire de dresser les gens contre une population qui sert de bouc émissaire. C'est nouveau, bien que cela ait eu lieu dans le passé aussi. La nouveauté réside dans un fait: cela va devenir un thème incontournable de la propagande politicienne de la représentation nationale, alors que sur le plan local la question du «seuil de tolérance» à l'égard des étrangers a commencé à être agitée dès le début des années 70. 

Au niveau du dispositif législatif, tout se durcit peu à peu. On introduit en 1975 la notion d'«opposabilité de la situation de l'emploi»: lorsqu'un employeur veut employer un étranger et lui obtenir un titre de séjour, il lui faut d'abord commencer par prouver qu'aucun national ou qu'aucun résident étranger en règle ne pourrait occuper ce poste de travail. En 1977, intervient la circulaire dite «du million» (de centimes) qui incite les étrangers à repartir moyennant en contrepartie une aide de 10000 FF [quelque 2500 francs suisses]. Ce sera un fiasco: quelques dizaines d'étrangers seulement repartiront. Il y a également un durcissement sur le plan pénal.  Malgré tout, c'est l'époque où la question sociale est telle que le gouvernement de Raymond Barre [il a été premier ministre et ministre de l'Economie et des Finances du 25 août 1975 au 31 mars 1978, puis premier ministre du 3 avril 1978 au 13 mai 1981] est obligé de pratiquer le regroupement familial. Et c'est là aussi la naissance des problèmes que nous rencontrons à présent en France, qui sont en fait les problèmes rencontrés par ceux et celles qu'on appelle de la «2e génération». C'est-à-dire des enfants qui sont nés en France, qui sont souvent de nationalité française par acquisition à la majorité, et qui maintenant sont l'objet d'un assez grand nombre de discriminations racistes, sur le plan scolaire, des loisirs, de l'embauche, du logement, à cause de l'origine de leurs parents. Parallèlement, avec les restructurations dans l'industrie et dans l'économie, l'immigration a été instrumentalisée dans le sens d'expérimentations de nouvelles formes de mise au travail qui vont progressivement s'étendre à l'ensemble de la population. 

Flexibilisation et instabilité: l'immigration comme «laboratoire»

La période actuelle s'est annoncée par l'introduction plus systématique du néo­libéralisme et du monétarisme avec le plan du ministre de l'Economie Jacques Delors, en 1983 [sous la présidence de François Mitterrand]: l'heure est aux gains de productivité, aux regroupements d'entreprises, à la désinflation compétitive, à la limitation des déficits publics, à la déréglementation des salaires et des prix, etc. Au profit de la stabilité monétaire, la question du plein emploi passe désormais au second plan, à tel point qu'on peut croire que le chômage devient un mode de gestion de la force de 
travail. C'est ainsi une nouvelle période où l'on voit cette instrumentalisation de l'immigration à l'oeuvre avec, particulièrement, la multiplication de tous les contrats précaires, c'est-à-dire les formes d'embauche auxquelles on suppose que l'immigration, et en particulier les sans-papiers, va se prêter de bon gré. La notion d'emploi à vie est désormais considérée comme complètement réactionnaire: flexibilisation et instabilité sont à l'ordre du jour. 

Quand on commence à licencier massivement au début des années 80, les immigré·e·s sont les premiers à absorber le choc du chômage. Par exemple, dans l'automobile, ils encaisseront à eux seuls plus de 42% de la suppression des emplois. Même phénomène dans le BTP. Au niveau national, on estime qu'ils représentent 12% des pertes d'emplois par an après 1983, pour un total de plus d'un demi-million de salariés entre 1975 et 1990. 

Parallèlement, le travail des immigrés prendra peu à peu toutes les caractéristiques de la main-d'oeuvre telle que le patronat commence à la désirer. Le cas du BTP est éclairant: développement de la sous-traitance et de toutes les formes d'externalisation, hausse vertigineuse du travail temporaire, croissance du travail dissimulé (dit abusivement «clandestin») et de toutes les formes du salariat déguisé en travail «indépendant». Sur le plan général, la mobilité intersectorielle s'accélère, les restructurations se traduisent par un mouvement de la main-d'oeuvre des grandes vers les petites unités, de l'industrie vers le secteur des services, de la grosse entreprise vers le sous-traitant, et de l'emploi déclaré vers l'emploi plus ou moins informel. De par la position particulière des étrangers dans le pays, l'immigration a donc joué un rôle expérimental dans ce processus. 

Triple rôle de l'immigration

Si l'on reprend l'ensemble de ces périodes pour voir ce qui se cache derrière cette périodisation, on peut dire avec divers chercheurs - voir notamment les travaux de Claude-Valentin Marie - qui ont étudié la question que ce rôle spécifique de l'immigration est triple. Le premier, c'est ce qu'on pourrait appeler la «disponibilité sociale». On entend par là ce qu'attendent les employeurs: une plus grande mobilité, une plus grande adaptabilité aux postes de travail, pas de tradition politique ou syndicale, de faibles exigences salariales et, en matière de conditions de vie et de travail, une situation de dépendance salariale (jusqu'à la servitude pour dettes), la fluidité des conditions de recrutement, et une plus grande vulnérabilité vis-à-vis des pouvoirs publics. Le deuxième rôle de l'immigration, c'est celui d'«amortisseur de crise» dont j'ai déjà parlé. Les immigrés sont les premiers embauchés en cas de reprises sectorielles ou nationales, et les premiers licenciés en cas de crise [récession].  Le troisième rôle de l'immigration, c'est celui d'«amortisseur social». Cela revient au rôle d'expérimentation et au fait que sur le plan social, les employeurs et l'Etat trouvent avantage au fait que l'immigration soit souvent très structurée sur un plan communautaire: à partir de réseaux dans lesquels la police ou la régulation sociale et politique se fait d'elle-même, avec des mécanismes de pouvoirs complexes qui font qu'effectivement ça porte plutôt les personnes à la docilité et à une absence de réactions trop fortes, par rapport à l'individualisme exacerbé de la société occidentale en général. Cela va favoriser également toute une série de d'éléments, notamment le dumping social et les infractions généralisées au Code du travail, qui petit à petit concerneront des fractions plus étendues de la population laborieuse. Ce qu'on a fait pendant toute une période avec les immigrés, maintenant on le fait avec les femmes, les enfants et les enfants d'immigrés en situation régulière ou naturalisés. On saura que le premier maillon de la chaîne est celui des sans-papiers, qui sont mis d'emblée hors droit. 

Mécanismes de la mise au travail illégal 

Il faut se pencher sur le sens d'un constat significatif: les secteurs gourmands en main-d'oeuvre immigrée, en général, sont également les secteurs qui sont gourmands en main-d'oeuvre immigrée sans papiers. Parmi ces secteurs, en France comme dans d'autres pays européens, on trouve le BTP, les récoltes dans l'agriculture, la confection (la France est une place mondiale du prêt-à-porter), l'hôtellerie et la restauration, le secteur des services en général (dont le nettoyage, la surveillance et la distribution ambulante de prospectus), le travail domestique. 

Ces secteurs se caractérisent fréquemment par: des rythmes saisonniers et des conditions variables; une très forte sensibilité à la conjoncture économique; des besoins surtout en main-d'oeuvre non qualifiée; des traditions ethniques en matière d'embauche comme c'est le cas pour la confection; un caractère familial et paternaliste des relations de travail calquées sur le modèle familial; des traditions en matière de négation du droit du travail, et une capacité de corrompre les dépositaires de l'autorité publique, ce qui débouche sur des habitudes en matière de chantage à l'emploi et de non-respect du Code du travail. D'ailleurs, un des arguments forts du BTP et de la confection, où notoirement des quantités importantes d'argent circulent frauduleusement, est que si la loi était respectée, les entreprises n'auraient plus qu'à fermer et à jeter leurs employés à la rue. Même scénario dans l'agriculture. 

On peut maintenant s'attarder sur cette superposition assez étonnante entre les secteurs qui sont donc variables, archaïques ou peu réglementés, et les secteurs du travail illégal. Quels sont les mécanismes de la mise au travail illégal? En France, depuis une loi de mars 1997, la notion de «travail clandestin», à cause de ses ambiguïtés, a disparu du vocabulaire juridique français. Elle a été remplacée par la notion de «dissimulation». A présent, dans le Code du travail français, il y a deux articles qui nous donnent une première infraction qui s'appelle «activité dissimulée», qui est le fait de ne pas se déclarer en tant qu'entrepreneur; et une deuxième qui s'appelle «dissimulation d'emploi» qui est le fait de ne pas déclarer ses employés.  Mais il y a un amalgame qui revient fréquemment. Il consiste à mélanger les gens qui sont «clandestins» du point de vue du séjour - c'est-à-dire qui n'ont pas de papiers - et ceux qui seraient «clandestins» au niveau du travail, si cette notion avait un sens. La notion de «travailleurs clandestins» en France n'a aucun sens juridique parce que, au contraire, chez nous, le Code du travail protège les personnes qui sont employées illégalement. Elles sont considérées par le Code du travail comme des victimes et non pas comme des travailleurs clandestins. Même en cas de rupture de la relation de travail, elles ont droit aux indemnités comme si elles étaient déclarées. Le terme «travail clandestin» n'existe plus, on parle de travail non déclaré ou d'emploi illégal. 

Cet amalgame a fait beaucoup de tort au mouvement des sans-papiers parce que les gens faisaient la confusion entre prétendus «travailleurs clandestins» et ceux qui étaient entrés clandestinement. Ce sont deux choses complètement différentes, si ce n'est qu'un employeur n'a pas le droit d'embaucher quelqu'un qui ne possède pas de papiers. Les ressorts du mécanisme de la mise au travail illégal sont les suivants: officiellement on ferme les frontières. Mais tout le monde sait que la fermeture des frontières est impossible, que c'est un mensonge et que les frontières sont des passoires. Les flux ne diminuent pas, simplement l'entrée sur le territoire devient plus difficile et plus coûteuse. La personne qui est candidate - et qui maintenant vient de plus loin, comme du Sri Lanka ou de la Chine par exemple - paie de plus en plus cher et se met de plus en plus en dépendance à l'égard de tous les groupes concernés, qui ont tendance à se constituer en réseaux que certains qualifient de «mafieux», à savoir les passeurs, les fabricants de faux papiers, les logeurs et les employeurs. Il y a donc une situation de dépendance, et éventuellement une situation d'endettement. Par conséquent, à la limite, la personne va rentrer dans un processus typique de servitude pour dettes: elle va donc finir par travailler uniquement pour rembourser sa dette. La loi Chevènement [Jean-Pierre Chevènement a été ministre de l'Intérieur du gouvernement Jospin du 4 juin 1997 au 29 août 2000], qui a considérablement durci les conditions d'entrée en 1998 en France, a permis le doublement du prix du voyage entre la France et la Chine, à savoir environ 120000 FF [un peu moins de 30000 francs suisses]. C'est la mise en place d'un dispositif fondé sur la dette, y compris la dette morale. C'est aussi, éventuellement, le point de départ de bagarres ethniques entre demandeurs d'asile d'origines différentes. 

L'agriculture: clandestinité, volatilité des flux et déni d'existence juridique 

Prenons l'exemple de l'agriculture: l'agriculture s'articule de très près à d'autres formes du travail précaire, et notamment au travail saisonnier. Entre parenthèses, les statistiques sur l'emploi illégal ne veulent pas dire grand-chose parce que, par exemple, un employeur peut déclarer deux heures de travail payé, alors que son employé en fait dix. Le problème n'est donc pas seulement la quantité de travailleurs non déclarés, mais aussi la quantité de travail clandestin de personnes employées légalement.  L'agriculture s'articule sans contradiction avec le travail saisonnier. A propos des émeutes racistes en Andalousie à la suite d'un crime commis par un Marocain, un chercheur de l'Institut national de recherche agronomique (INRA) en France a expliqué: «L'immigration clandestine joue un rôle complémentaire de l'immigration officielle. L'exploitant doit disposer d'un volant supplémentaire d'ouvriers pour faire face aux aléas et ces ouvriers doivent pouvoir être engagés et renvoyés selon les besoins. L'immigration clandestine apporte cette superfluidité indispensable et constitue également un moyen de pression sur les immigrés officiels.» (Forum civique européen, F-04300 Limans, 11.12.2001) 

Cette citation est intéressante car elle va beaucoup plus loin encore que le mécanisme que j'ai mentionné avant: c'est l'intégration de l'immigré clandestin à l'économie comme nécessité, mais c'est aussi une transformation de l'économie qui va fonctionner en fonction de l'anticipation de la clandestinité. 

Plus loin, il est aussi question dans ce texte de la formation d'un véritable apartheid sur place. C'est-à-dire qu'il y a une espèce de ségrégation raciale qui se crée et qui double le cas des réserves marocaines: non seulement le Maroc constitue une réserve de main-d'oeuvre dans laquelle on peut puiser assez facilement par l'intermédiaire des passeurs, mais encore il y a également des réserves sur place dans lesquelles les employeurs des serres vont puiser en fonction d'une demande qui devient actuellement une demande quotidienne. Le mécanisme est ici le suivant: vous avez une division du travail qui se fait au niveau européen, pour les pays du Nord c'est la viande, le lait et les céréales, pour les pays du pourtour méditerranéen (Espagne, Italie, Grèce) ce sont les légumes et les fruits cultivés sous serre, où règnent des conditions de travail épouvantables. 

La France est le pays le plus développé du monde au niveau des supermarchés et c'est la France également qui est le premier commanditaire de l'Espagne pour ce qui a trait aux fruits et légumes. Les gens passent leurs ordres, par exemple, à deux heures du matin au moment des Halles [lieu de courtage - Rungis], et il faut que les légumes soient arrivés le soir ou le lendemain tôt. Voyons le résultat: aujourd'hui, moi, exploitant agricole, j'aurai besoin de 20 travailleurs marocains pour récolter mes fraises, demain j'en aurai besoin de 50, après-demain de 100. et le lendemain de 0. Par conséquent, vous avez ce phénomène d'accordéon: la réserve est créée sur place et ça, en plus, c'est créateur de racisme, bien évidemment, car un peuple qu'on exploite de cette façon est un peuple qu'on offre au mépris des habitants. C'est effectivement ce qui se passe en Europe, pas seulement en Andalousie. 

Tout cela, c'est la soumission à la grande distribution et aux donneurs d'ouvrage. On observe, dans le même genre, des phénomènes qui se développent, notamment en France ou en Grande-Bretagne, par exemple dans la cueillette de fruits et légumes avec le système du «gang-master», c'est-à-dire du chef d'équipe - qu'on appelait avant le patron ou le «marchandeur» - qui constitue une équipe dans son environnement. Par exemple, un homme monte une équipe parmi ses compatriotes et se responsabilise pour louer son travail et celui de ses compatriotes; et il va ensuite répartir l'argent. D'un point de vue disciplinaire c'est excellent parce que cela repose sur des ressorts communautaires où en général la discipline est librement consentie. L'efficacité fonctionne à partir d'un déni d'existence juridique, et ce y compris pour les travailleurs plus ou moins déclarés, car en Andalousie, par exemple, il y a des restrictions qui empêchent les travailleurs de se stabiliser et de faire venir leur famille. Il y a dans ce cas une absence d'existence juridique: le sans-papiers est toujours entravé par ces difficultés. 

N'avoir pas d'existence juridique signifie n'avoir pas de recours possible contre les employeurs en mobilisant la loi. Et surtout, c'est un mécanisme subjectif: il y a une espèce d'inversion idéologique de la responsabilité ou de la domination et une espèce de gratitude à l'égard de l'employeur, de celui qui fait souffrir. A partir de l'absence de statut juridique du sans-papier, celui-ci tend à devenir reconnaissant envers son employeur, son logeur ou son passeur. Par analogie, voici ce que j'ai pu constater dans le BTP au Brésil, avec le système des «gatos». Le «gato» (le chat), comme recruteur, chef d'équipe et interlocuteur du donneur d'ouvrage, est celui qui domine et qui exploite au premier degré, mais il est souvent considéré comme le protecteur, quoique ce soit une illusion. C'est la finesse du mécanisme: faire voir les choses pour ce qu'elles ne sont pas. L'ultime ressort de ce phénomène du point de vue subjectif, c'est la peur et la menace. Autrement dit, la loi xénophobe qui interdit aux étrangers d'entrer est une aubaine pour tout un ensemble de secteurs économiques, même si, évidemment, ce ne sont pas les sans-papiers qui font tourner l'économie globale du pays. 

Un rapport dominant/dominé

Revenons sur l'idée d'une instrumentalisation de l'immigration qui a donc maintenant une portée un peu plus importante. Cette instrumentalisation est parfois présentée positivement, et cela m'a personnellement toujours un petit peu gêné. On entend beaucoup de personnes qui tiennent un discours très généreux, qui affirment que l'immigration est utile à notre société, qu'on manque de reconnaissance à l'égard des immigrés parce qu'ils sont un apport. On parle également de richesse venant du brassage culturel, dans le respect des différences, etc. 

Je trouve ce discours parfois extrêmement hypocrite ou au moins inconscient des réalités. S'il y a une utilité, elle est pour le Capital. Le reste, ça n'existe pas, l'utilité culturelle ça ne veut rien dire, ça ne passe pas nécessairement par l'immigration de travail exploité, et tous les échanges sont bien sûr culturellement utiles, donc cela ne vaut pas la peine d'en parler. En même temps, on a un autre élément de cet utilitarisme qui consiste à dire que celui qui reste chez nous doit respecter les lois du pays, ses coutumes, et ne pas abuser. La Suisse est un peu pionnière dans cette question de respect de l'esprit national, qui est apparue déjà dans les années 20. 

Il y a tout un débat là-dessus: est-ce qu'un étranger doit ou non s'intégrer au point de perdre sa personnalité? Les règles sont un peu faussées dans le sens où nous sommes dans un rapport dominant-dominé et non pas dans un rapport entre égaux. Par conséquent, on ne peut pas raisonner sainement sur le fameux débat «le communautarisme contre le républicanisme à la française». Demander une pure et simple «assimilation», dans la tradition du colonialisme français, c'est aussi oublier qu'une nation n'est pas fixée une fois pour toutes, sauf si elle se donne comme définition d'elle-même une hostilité de principe à tout ce qui est étranger. Ce débat est certes délicat et difficile, mais il faut voir que du paternalisme à la xénophobie, il n'y a qu'un pas. Par ailleurs, un peu comme chez vous en Suisse, cette espèce de méfiance permanente envers les étrangers se traduit par une multiplication des titres de séjour à caractères statutaire et juridique différents au fur à mesure que l'on avance dans le temps. La notion de «résident de plein droit» - c'est-à-dire en France avec une carte de séjour de 10 ans (comme le titre de 5 ans chez vous) - est remise en cause et maintenant, pour des raisons d'ordre public notamment, des titres de séjour ne sont parfois plus renouvelés. En outre, il importe de savoir que jusqu'à maintenant, les régularisations faites en France l'ont presque toujours été avec un titre d'un an, donc précaire - la loi prévoit un titre de 10 ans après le troisième renouvellement, mais l'étranger a intérêt, dans l'intervalle, à éviter tout incident. 

Sélection, xénophobie, racisme et assimilation 

Passons à la question de la sélection et du racisme en matière de politique d'immigration. La question de la sélectivité est au coeur des nouvelles politiques stratégiques européennes en matière de reprise de l'immigration. Ce qu'un de mes collègues belges appelle le «racisme européen», c'est-à-dire cette espèce de préférence pour les étrangers issus de l'UE par rapport aux autres, est fondé sur un discours extrêmement ambigu à l'égard des immigrés. La formule est la suivante: «On a besoin de vous, mais si on pouvait se passer de vous, ça serait quand même beaucoup mieux.» L'économie française, à la fois, en a besoin, et s'en méfie. Mais la dialectique entre le besoin et la méfiance est quand même une contradiction. En France, on avait autrefois plutôt une préférence pour les gens catholiques: alors on allait les chercher du côté de la Pologne, de la Belgique ou de l'Italie, ce qui n'a pas empêché beaucoup de racisme. Et puis on a mobilisé la science démographique avec des grands pionniers comme Alfred Sauvy [1898-1990] et Georges Mauco [1899-1988]. Mauco a tenté, entre les deux guerres, de démontrer que certaines personnes étaient moins assimilables que d'autres. Il a proposé un classement qui rappelle un peu celui qu'on trouvait dans la presse suisse il y a quelques années, entre les migrants «haut de gamme» et les migrants «bas de gamme». En 1937, à partir d'un sondage auprès de 17000 salariés de l'industrie automobile, il les classe par nationalité selon l'opinion des employeurs en fonction d'un certain nombre de critères: tenue, obéissance, aptitude à travailler, rapidité, etc. Cela donnait des classements de 1 à 10 où on voyait que, pour l'aspect physique, les employeurs notaient par exemple les Belges 10/10, tandis que les Arabes avaient 1,2/10; pour la «mentalité» les Belges avaient 6,8 et les Arabes 2,8; pour la discipline le rapport était le même. En conclusion, nous avions, selon Mauco, deux catégories d'étrangers: une catégorie d'étrangers «désirables» et une catégorie d'étrangers qui ne sont pas particulièrement désirables. Parmi ceux qui étaient à peu près désirables, nous avions les «Nordiques», qui devaient constituer 50% des personnes que l'on devait importer, les «Méditerranéens proches» (30%), et les Slaves (20%). Petite curiosité: les Suisses faisaient partie des Nordiques; je ne savais pas que la Suisse était au Nord de l'Europe, mais Mauco, lui, le savait. Le critère est évidemment raciste. Quand on parle des pays du Nord et du Sud maintenant, l'Australie est un pays du Nord, alors. 

Concernant les réfugiés, Mauco invente aussi une hiérarchie, qui met les «Slaves» en tête. Mais, parmi la catégorie des «non désirables» et «non assimilables», on compte entre autres les Arméniens et les Juifs. Tout tourne autour de la question de l'assimilation. Ces choses ne sont aujourd'hui pas dites dans les mêmes termes, mais si vous dépouillez un peu la presse et les discours des politiciens, on n'en est pas si loin. Alfred Sauvy, de son côté, démographe internationalement connu, a repris l'idée de l'impossibilité d'assimiler les Nord-Africains; pour les Algériens, ça a évidemment été son cauchemar, puisqu'ils étaient dans un département français et par conséquent de nationalité française. Quand il y a eu les accords d'Evian (1962), ils ont continué à bénéficier de l'accord de libre circulation. On retrouve un peu dans tout cela la théorie des trois cercles, qui a sévi pendant pas mal de temps en Suisse. A la Libération, le général de Gaulle - qui dirige le gouvernement provisoire de la République française (GPRF) - fait cette déclaration devant l'Assemblée consultative provisoire: «Il faut appeler à la vie les 12 millions de beaux bébés qu'il faut à la France en dix ans, et introduire au cours des prochaines années avec méthode et intelligence de bons éléments de l'immigration dans la collectivité.» Vous avez là la synthèse complète de l'eugénisme: les «beaux et bons bébés» et «avec méthode et intelligence» les «bons éléments». A ce moment, entre en vigueur l'ordonnance du 2 novembre 1945, citée précédemment, qui est donc la loi sur les étrangers. Dans cette loi, ce n'est pas le point de vue de Mauco qui a gagné. G. Mauco voulait une loi raciale: que la loi définisse quels étaient les «bons» et les «mauvais» immigrés du point de vue de leur origine. C'est le point de vue républicain qui a prévalu - même si la loi n'est pas bonne -, à savoir que l'entrée et le séjour relèvent du droit commun, que cela ne concerne pas l'origine des gens. Il n'y a rien de raciste dans l'ordonnance de 1945: c'est un ensemble de mesures qui encadrent l'entrée et le séjour des étrangers, sans hiérarchie entre les origines. Le point de vue de Mauco, là, a été battu en brèche. Mais le général de Gaulle crée le Haut Commissariat à la population et il nomme secrétaire général. Georges Mauco en personne, qui restera en poste jusqu'en 1970. C'est dire que derrière les querelles de façade entre les politiciens, on voit quand même que ce qui domine, c'est l'accord en matière de xénophobie et de racisme. 

Un combat unifié: libre circulation, droit du travail et antiracisme

Pour conclure, de manière générale, nous sommes actuellement dans une conjoncture où l'immigration commence à se faire toujours plus sous couvert d'asile. En tenant compte que les occasions (guerres, famines.) de flux migratoires basés sur l'asile se multiplient, et que c'est souvent le seul créneau d'immigration qui reste aux gens, il est logique qu'ils aient tendance à l'utiliser. Au regard d'autres législations internationales, qui ont été fabriquées successivement pour les Russes après la révolution d'Octobre, pour les Juifs avec la persécution nazie, puis également pour les victimes de la guerre froide après la Seconde Guerre mondiale, on peut supposer que la législation internationale (notamment la Convention de Genève) est un peu périmée. Autrement dit, elle ne correspond pas aux réalités d'aujourd'hui. Au niveau européen, en matière d'asile, les doctrines sont en train de se chercher. 

Elles sont en train de se chercher dans deux directions: dans le sens d'un besoin face à une démographie vieillissante en raison du déficit de renouvellement de la natalité des populations indigènes; et dans le sens d'un besoin sectoriel nouveau, par exemple dans l'agriculture sous serres ou dans l'informatique. Donc on en arrive à des discours qui commencent à prôner de plus en plus clairement une ouverture raisonnée mais sélective des frontières, c'est-à-dire qu'on va retrouver toute cette histoire de racisme.En France, ça a commencé dès 1995 avec un rapport intitulé «La France dans vingt ans», rapport qui disait: «D'ici cinq ans nous allons avoir besoin d'immigration à nouveau.» Il y a eu la petite bombe du rapport de l'ONU l'an passé, disant que l'Europe allait avoir besoin de 70 millions d'immigrés d'ici les cinquante prochaines années. Il y a eu la fameuse déclaration du patronat, notamment français, sur le thème  «il faut renouveler notre stock de main-d'oeuvre étrangère». On se retrouve dans la problématique des bons et des mauvais immigrés: à nouveau, les pays vont essayer de se mettre d'accord sur des choses qui ne vont pas marcher, parce que c'est impossible. Et de gérer de façon de plus en plus déréglementée le travail au noir, qui lui-même n'est que le point de départ de la déréglementation. A la limite, le travail au noir n'existera plus lorsqu'il n'y aura plus de Code du travail! 

D'une part, on recherchera une main-d'oeuvre non qualifiée extrêmement mobile, «en accordéon» selon les besoins instantanés de l'économie. Et d'autre part, une main-d'oeuvre ultraqualifiée, c'est la fameuse «fuite des cerveaux» qui indigne certains tiers-mondistes incapables de voir là les effets d'une stratégie d'exploitation néocoloniale bien concertée: ce ne sont pas les cerveaux qui «fuient», ce sont les pays qui sont désormais traités comme un élevage de cerveaux, où l'on puise selon les besoins. Mais dans les deux cas, de plus en plus se développe l'idée de gérer l'immigration par des «contrats à durée de chantier»: on fait venir des salariés, qu'il s'agisse d'informaticiens ou de saisonniers agricoles, pour une durée déterminée, et ensuite on leur demande de repartir. Mais les gens ne repartent pas, l'Histoire nous l'a appris. 

Ainsi, ce qui est évident, c'est qu'on va vers les mêmes errements - errements dus à une conception qui ramène l'homme à une marchandise. Mais l'Histoire ne se répète pas. Ce qu'on voit se profiler, c'est une accentuation de la tension raciste de gestion de cette main-d'oeuvre, parce que là on va définir un nouveau système de devoirs qui consiste à dire aux gens: «Vous avez accepté, vous allez jouer la règle du jeu; sinon vous repartez.» Ceux-ci, et c'est normal, vont trouver cela absolument injuste et ne repartiront pas. Et par conséquent, on va avoir des tensions qui vont devenir encore plus dangereuses que ce que nous avons connu jusqu'à présent. 

Ce type de débats, on le trouve aux Etats-Unis depuis longtemps. Il y a par exemple le «modèle Virginie» qui sélectionne les gens selon leur appartenance religieuse; et le «modèle Massachusetts» qui sélectionne les gens par leurs compétences. A l'intérieur des pays riches industrialisés, nous sommes en face de tout un débat - y compris de la part des dirigeants de l'UE - pour savoir comment «reprendre» l'immigration à l'heure actuelle. 

Quant à ma position, compte tenu que les partisans d'une ouverture des frontières se sont souvent fait traiter de complices du néolibéralisme, compte tenu de ce que, de façon de plus en plus manifeste, le néolibéralisme s'alimente au contraire de la précarisation des travailleurs consécutive à la fermeture des frontières, je crois qu'on doit énoncer ceci, en partant des observations précédentes: le combat pour la libre circulation des hommes est inséparable d'un combat simultané pour le respect du droit du travail et contre la déréglementation, ainsi que du combat contre toute forme de racisme. Sans cette position globale, il n'y a aucun sens à revendiquer l'ouverture des frontières. Il faut ajouter enfin que cet ensemble de luttes n'aura désormais de sens qu'à l'échelle européenne. 

Alain Morice

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Femmes du Congo-Kinshasa. Défis, acquis et visibilité de genre
de Cikuru Batumike. 
Collection : études africaines. Editions L'Harmattan, mai 2009, Paris. Poids : 120 g 100 pages. ISBN : 978-2-296-07779-9. Prix public TTC : 11,00 €; frais de port et emballage : 1,50 € pour la Suisse. Réservez votre exemplaire auprès de l'auteur : cikurubatumike@hotmail.com ou par un simple courriel aux éditions l'Harmattan, service de diffusion : presse.harmattan5@wanadoo.fr

Lettres (a) de l'amie qui me veut du bien
Les correspondances entre deux personnes aux origines culturelles éloignées, en terme géographique, se suivent mais ne se ressemblent pas. Les lettres de Marie Ito et de Cikuru Batumike, réunies ici, gardent un ton original. Au lieu d’être une perception née d’un choc de cultures, elles révèlent un échange qui ne se limite pas au seul cadre des référents culturels. 
Lettres à (de) l’amie qui me veut du bien, Nb de pages : 88, aux Editions Baudelaire, avril 2009. ISBN : 9782355081170 Achat par correspondance : 13 € + 3 € de port.
 
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Des tribus "arabes" remplacent les populations "africaines" au Darfour

Le phénomène inquiète l'ONU, angoisse les déplacés du Darfour et a éveillé les soupçons de la Cour pénale internationale (CPI). Depuis le début de l'année, des groupes appartenant à des tribus dites "arabes" tentent de s'approprier des terres du Darfour, en l'absence de leurs occupants d'origine, chassés par les attaques du régime et de ses milices. Après ces vagues d'attaques assimilables à des campagnes d'épuration ethnique, un nouveau programme d'occupation des terres est-il en train de se mettre en place ? Certains observateurs commencent à le redouter. L'un des cas de ces mouvements de population a eu lieu dans une zone du Darfour frontalière du Tchad. En juin, environ 30 000 personnes appartenant à des groupes arabes en provenance du Tchad ont traversé le wadi, un cours d'eau saisonnier faisant office de frontière, pour s'installer dans la région de Foro Baranga.Depuis, selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), ces nouveaux arrivants se sont installés sur les terres et dans les villages désertés principalement par des Massalits (des "Africains"), avec des réserves de nourriture et du bétail, notamment le long du wadi Saleh, l'une des zones les plus fertiles de la région.Dans les villages qu'ils occupent, les nouveaux venus ont reçu des outils et des semences. Selon un rapport du HCR daté du 30 juillet, "la plupart des personnes interrogées ont été claires sur leur intention de ne pas retourner au Tchad". "Dans un certain nombre de cas, précise le texte, les personnes interrogées ont déclaré que des chefs de communautés soudanaises les avaient retrouvées à la frontière et les ont emmenées par camion sur les lieux d'installation." Le mouvement, entamé au début de l'année, a connu une pause pendant la saison des pluies, mais, "récemment, nous avons observé un nouvel afflux de personnes venant du Tchad", affirme Iain Hall, chef du HCR au Darfour Ouest. D'après l'ONU, il y avait en 2006 dans les secteurs de Foro Baranga et Habila 79 % d'"Africains" pour 21 % d'"Arabes". En mai 2007, il n'y avait plus que 59 % d'"Africains" pour 41 % d'"Arabes". Un phénomène similaire s'observe également plus au sud, vers la frontière centrafricaine, qu'ont franchi des groupes "arabes" éparpillés dans plusieurs pays, comme les Salamat ou les Mahamid. Leur nombre, cependant, reste encore faible. Sur cette base, Andrew Natsios, l'envoyé spécial du président américain pour le Soudan, a déjà accusé les autorités de Khartoum de mettre en place un plan d'"arabisation" du Darfour "en amenant des Arabes du Niger et du Tchad au Darfour Ouest, en leur donnant des terres et des pièces d'identité".

"COMPÉTITION" ENTRE GROUPES
Le procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno Ocampo, soupçonne que cette migration puisse être liée à l'accomplissement d'un plan orchestré par Ahmed Haroun, le secrétaire d'Etat soudanais en charge des affaires humanitaires, et Ali Kushayb, un chef janjawid. Tous les deux sont déjà sous le coup d'un mandat d'arrêt pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité. L'ONU ne partage pas cet avis. "Nous étions très inquiets à l'origine, reconnaît John Holmes, le secrétaire général adjoint de l'ONU en charge des affaires humanitaires. Mais la situation est beaucoup plus compliquée, poursuit-il. Nous avons réalisé, après des vérifications au Tchad, que la plupart de ces gens fuyaient le conflit armé dans l'est du Tchad", confirme Iain Hall, du HCR. Iain Hall admet que les déplacés se disent "très angoissés" par l'occupation de leurs terres, mais les responsables du HCR n'ont jamais pu confirmer la présence d'Arabes du Niger et ne disposent d'aucune preuve de l'implication des autorités. Des sources concordantes, à Khartoum et au Darfour, préfèrent parler de "compétition" entre groupes pour l'appropriation des terres, au point de déclencher des conflits inter-arabes, notamment dans le Darfour Sud.A quelques dizaines de kilomètres de Nyala, deux groupes arabes, les Terjem et les Rizeigat, se battent depuis des mois pour le contrôle de terres qui appartenaient, avant l'éclatement de la guerre civile en 2003, à des groupes de l'ethnie Four. Ces affrontements auraient fait entre six cents et neuf cents morts au cours des trois derniers mois.Au sud de Nyala, une autre série de conflits met aux prises des groupes arabes. Davantage qu'un plan d'"arabisation", il s'agirait d'un dérapage organisé pour installer une situation de chaos, et rendre plus difficile le déploiement début 2008 de la force internationale conjointe Union africaine-Nations unies.
 

Philippe Bolopion et Jean-Philippe Rémy
MADAGASCAR: 

Que se passera-t-il quand les arbres auront disparu ?




ANTANANARIVO, avec IRIN - Le gouvernement de transition à Madagascar autorise l'exportation de bois de feuillus précieux abattus illégalement, comme source de revenus pour se maintenir à flot. Les écologistes disent que le coût de cette pratique est incalculable et que cette grande île de l'Océan Indien risque fort de perdre son statut de trésor de la biodiversité mondiale.

 Des groupes tels que le World Wildlife Fund (WWF), l'Environmental Investigation Agency (EIA) et Conservation International (CI) ont dit que l'exploitation illégale des forêts avait explosé à Madagascar à la suite de la crise politique qui a entraîné le remplacement, en mars 2009, du président Marc Ravalomanana par Andry Rajoelina, actuel dirigeant de la Haute autorité de transition. La communauté internationale a condamné ce changement aux allures de coup d'État, et coupé l'aide humanitaire venant de l'étranger. La fonction publique de l'île, y compris le système de préservation de la nature, s'est quasiment effondrée. Selon le Fonds monétaire international (FMI), l'aide des bailleurs de fonds représente environ 50 pour cent du budget malgache. « Il est clair que le gouvernement a besoin de l'argent de l'exportation de bois qui, comme nous le savons, a été coupé illégalement », a dit à IRIN Nanie Ratsifandrihamanana, directrice de la conservation du WWF Madagascar. En raison de l'absence de gardes forestiers pour surveiller les zones protégées et de la corruption omniprésente dans les principaux ports, l'exportation de bois de feuillus précieux n'a pas été contrôlée depuis des mois. Les bandes criminelles armées qui abattent les forêts ont, de fait, carte blanche dans les parcs nationaux de Madagascar.

 En septembre 2009, un décret du gouvernement a légalisé l'exportation de bois de rose brut, un feuillu menacé d'extinction, qui était jusque-là illégale. Le Premier ministre, le colonel Camille Vital, a prolongé le décret le 31 décembre 2009. Sa décision a été fortement condamnée par les écologistes. « C'est une vision à très court terme, qui ne prend pas en compte la durabilité à long terme de leurs actions. Il en résulte la perte du patrimoine naturel de Madagascar », a dit Mme Ratsifandrihamanana. Le gouvernement a nié profiter de la vente du bois de rose, déjà rare, et a dit que l'argent provenant de l'exportation de bois serait utilisé pour aider à protéger l'environnement naturel de Madagascar à l'avenir. Selon les critiques, la destination des fonds provenant de l'exportation de bois n'est pas claire. Dans une déclaration commune publiée en septembre 2009, le WWF, CI et la Wildlife Conservation Society ont dit que le décret « permet un détournement potentiel des fonds au nom de la protection de l'environnement et constitue une incitation juridique à une plus grande corruption dans le secteur forestier ».

 James MacKinnon, directeur technique de CI à Madagascar, a dit à IRIN que la prolongation du décret avait déjà permis à 200 conteneurs de bois supplémentaires de quitter Madagascar cette année, ce qui allait encourager d'autres coupes en prévision de futures décisions similaires de la part du gouvernement. « Il est fort improbable que l'exploitation forestière s'arrête si les plus hautes sphères du gouvernement continuent d'envoyer le message qu'il y aura sans doute une autre chance d'exporter du bois illégal à l'avenir », a-t-il dit.

 L'avenir est en jeu

 Madagascar, la quatrième plus grande île au monde, se situe dans l'Océan Indien, au large de l'Afrique australe, et est reconnue pour sa faune et sa flore uniques. Elle abrite cinq pour cent des espèces animales et végétales de la planète, et 80 pour cent d'entre elles ne se trouvent nulle part ailleurs. Grâce à l'aide financière et technique de bailleurs de fonds étrangers et d'organisations non gouvernementales de protection de l'environnement, Madagascar avait fait des progrès notables au cours des 10 dernières années, et la protection de la nature bénéficiait d'un soutien politique non négligeable. En 2003 M. Ravalomanana s'est engagé à conserver 10 pour cent de l'île comme sanctuaire naturel. Pourtant, a remarqué M. MacKinnon : « Nous savons que la plus grande partie de ce bois provient de zones protégées ». Selon une enquête de l'EIA et de Global Witness (GW), qui surveille l'exploitation illégale et le trafic de ressources naturelles, l'équivalent de 88 000 à 460 000 dollars de bois de rose, de palissandre et d'ébène -tous trois des feuillus exotiques et tropicaux - étaient abattus chaque jour dans des parcs nationaux et des zones protégées dans les mois qui ont suivi le coup d'État.

Leur rapport, publié fin 2009, constatait une « sérieuse détérioration du respect de la légalité, si ce n'est une collusion active entre les forces de l'ordre et les trafiquants de bois d'ouvre illégal ». Selon Mme Ratsifandrihamanana, du WWF, les communautés locales bénéficient peu du trafic. Un petit groupe, connu sous le nom de « mafia du bois », contrôle le secteur et exerce des pressions sur les autorités locales et les habitants. « Ce que les communautés locales retirent du commerce du bois n'est tout simplement pas comparable avec ce que gagnent ceux qui exportent le bois. En outre, la population locale fait l'objet de menaces et d'intimidation de la part des bandes qui exploitent les forêts », a-t-elle dit. Les Malgaches gagnent seulement quelques dollars en effectuant le travail pénible de localiser et enlever les arbres de la forêt. Selon GW, le salaire quotidien d'un bûcheron tourne autour de quatre dollars, tandis qu'un mètre cube de bois de rose peut atteindre 5 000 dollars sur les marchés asiatiques. L'extraction des troncs d'arbres ne menace pas seulement les arbres précieux. Les bûcherons chassent des lémuriens pour se nourrir et le dégagement de chemins à travers la forêt encourage le peuplement de milieux autrefois intacts, ouvrant la voie à des activités destructrices telles que la fabrication de charbon et l'agriculture sur brûlis. Les effets cumulés pourraient à terme menacer le secteur de l'écotourisme malgache, qui rapporte 390 millions de dollars par an.

GW a constaté que la demande chinoise de meubles en bois de rose était un moteur essentiel du trafic de bois et que de plus petites quantités de bois précieux étaient transportées vers l'Europe et les États-Unis pour la fabrication d'instruments de musique haut de gamme. Leur marge de manouvre étant réduite à Madagascar, les écologistes pensent que cibler les acheteurs étrangers pourrait désormais être la seule façon de lutter contre l'exploitation forestière illégale sur l'île. « Les acheteurs internationaux devraient faire attention », a dit M. MacKinnon. « Tout ce qui contient du bois de rose malgache devrait être considéré comme illégal, même si vous ne faites que le transporter ».