Au fil de l'actualité
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Analyse
La tragédie des indépendances
Abdou Rahmane Mbengue
Au lieu des parades militaires, des déhanchements passablement
obscènes de ‘majorettes’, ne devrait-on pas faire le procès
des Indépendances ? A la place des discours enfiévrés
et pompeux sur la renaissance africaine, la question pertinente à
poser est : qu’avons-nous fait de nos cinquante ans ?
En dehors de la culture et accessoirement du sport, il y a très
peu de domaines où les Africains trouvent un motif de fierté.
Voici un demi-siècle que nous portons le bonnet d’âne de l’humanité.
L’Afrique est le grabat sur lequel gît le sixième de la population
mondiale. C’est la partie du monde où l’on a le moins de chance
de vivre longtemps. Avant d’atteindre cinquante ans, l’homme africain court
beaucoup plus le risque que n’importe quel autre de mourir de faim, de
sauter sur une mine, si le paludisme ne l’a pas fauché à
bas âge. Incorrigibles traînards, nous continuons d’offrir
au monde le spectacle d’un continent miséreux, où résonnent
toujours, comme dans un concert maudit, le crépitement des kalachnikovs,
le cri des orphelins du sida, des enfants du kwashiorkor, l’appel de détresse
des femmes qui meurent en couches, très souvent sans assistance.
Cette année, nous célébrons, concomitamment, le cinquantenaire
de l’indépendance de notre pays et la renaissance africaine, que
la statue géante de Ouakam, inaugurée samedi, est censée
symboliser. Il y a un paradoxe à relever : ce double évènement
est fêté avec des exemples vivants de la faillite des élites
du continent. En effet, qui mieux que le Zimbabwéen Robert Mugabé,
héros décati de la guerre de libération de son peuple,
incarne la désillusion post-coloniale ? La simple évocation
du nom de Compaoré suffit à rappeler l’une des plus grandes
tragédies de l’Afrique : l’assassinat de Sankara. Ali Ben Bongo,
fils de son père, personnifie la gestion familiale du pouvoir africain,
corrompu et sa dévolution dynastique - ce schéma successoral
guette peut-être le Sénégal. Le Congolais Sassou Nguesso,
le Tchadien Idriss Deby sont à la tête de pays gâtés
en ressources pétrolières, dont l’exploitation ne profite
guère aux populations majoritairement pauvres.
Il y a donc erreur de casting dans cette tragédie des Indépendances.
Les vrais héros africains, ce ne sont pas ceux à qui on a
déroulé le tapis rouge. Au procès des Indépendances,
ils trouveront, sans doute, leur place au box des accusés. ’Chaque
génération a ses pyramides à construire’. Ce serait
faire preuve d’une étroitesse d’esprit que de résumer cet
aphorisme à l’édification d’un édifice en bronze,
fut-il une prouesse architecturale. Le vrai monument à construire
est aujourd’hui l’Union africaine. Bâtir une union des peuples à
la place de ce ‘machin’ que dirige Jean Ping, une pâle copie de l’Union
européenne, c’est le meilleur cadeau d’anniversaire qu’on peut faire
pour le cinquantenaire. Pour flatter notre orgueil national, on décrète
la reprise des bases détenues sur notre sol par la France. Il est
malsain de présenter cette mesure, consensuelle du reste, comme
le symbole d’une liberté reconquise, sonnant ainsi l’acte final
de la décolonisation. Cet évènement répond
plus à une volonté de Nicolas Sarkozy de réorganiser
la présence française sur le continent qu’à un patriotisme
(tardif) de nos dirigeants. Insistons sur le fait qu’il serait criminel
de ne pas combler le vide que laisseront les militaires français,
quand on connaît le secours qu’ils nous portent en cas de catastrophe.
Ne nous trompons pas de débat : la colonisation se perpétue
sous d’autres formes. Le contingent de financiers en costumes gris et d’experts
aux lunettes fines qui appliquent au continent ses recettes néfastes
poursuit le même objectif que les hommes en kaki : mettre l’Afrique
sous la coupe réglée des pays occidentaux.Ce que le colonisateur
a entrepris avec la poudre et le canon, les Institutions de Bretton Woods
le prolongent sous d’autres formes, beaucoup plus pernicieuses. L’émigration
mortelle des fils de l’Afrique et sa pauvreté chronique sont la
résultante de deux facteurs : la nocivité des politiques
venues d’ailleurs et la corruption de ses gouvernants. La renaissance africaine
peut corriger l’échec des Indépendances. A condition qu’elle
ne soit pas qu’un slogan. Cinquante ans, c’est l’âge de raison. C’est
le temps des choix que nous n’avions pas osé faire plutôt.
Le premier doit être de supprimer les frontières artificielles
laissées par le colonisateur, ces plaies béantes qui suppurent
le mépris et la haine. Il est plus que temps, pour les Etats concernés,
de rompre avec le Franc Cfa, véritable instrument de domination
politique et économique. Enfin on ne peut pas espérer aller
loin sans nos langues, ferment des cultures africaines.

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Sénégal:
ruée sur les crèmes éclaircissantes, dangereuses et
en vente libre
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Les crèmes éclaircissantes pour la peau,
à base de corticoïdes et d'agents dépigmentants très
puissants, n'ont jamais eu autant de succès sur les marchés
du Sénégal où elles s'exposent en vente libre, malgré
leur dangerosité avérée. Dans son cabinet de l'hôpital
Aristide Le Dantec, à Dakar, la dermatologue Suzanne Oumou Niang
s'alarme de voir que "leur utilisation est en augmentation constante depuis
une dizaine d'années". "Ces crèmes sont en vente libre alors
qu'elles ne devraient être livrées que par ordonnance et pour
des affections dermatologiques! Certains corticoïdes n'ont même
pas l'autorisation de vente dans les pharmacies", souligne le Pr. Niang
à l'AFP.
Dans le service où elle exerce, "60% des
cas d'infections sévères et profondes de la peau sont liés
à l'application de produits de dépigmentation". Pour elle
comme pour bien d'autres médecins dakarois, cette vogue est devenue
"un vrai problème de santé publique". Dans les échoppes
du marché Sandaga, en plein centre de la capitale sénégalaise,
ce sont des cartons entiers de crèmes "Clair and White", "X-White"
ou "L'Abidjannaise" que les marchands disent écouler quotidiennement.
Les flacons se vendent de 500 CFA à 25.000 CFA (0,75 à 38
euros), les moins chers étant importés de Côte d'Ivoire,
du Mali ou fabriqués au Sénégal. Sur les étiquettes,
le taux d'hydroquinone - dépigmentant interdit dans l'Union Européenne
depuis 2001 - est officiellement de 2%. En vérité, confesse
un vendeur, "sur beaucoup de produits, le taux indiqué n'est pas
le bon. Il est plutôt de 5%".
Depuis quatre mois, Mounass, 21 ans, s'enduit de
ces produits deux fois par jour. Parce qu'elle estime que "les hommes préfèrent
les femmes à la peau claire", elle peut dépenser 40.000 FCFA
(61 euros) par mois pour sa dépigmentation, soit l'équivalent
du salaire minimum. En dépit de tous les avertissements, la jeune
femme assure ignorer les dangers de ces produits. Les patientes que le
Pr. Niang voit défiler à l'hôpital ont de l'acné,
des tâches noires, des vergetures, des abcès. Deux cas de
cancers de la peau spécifiquement dus à l'utilisation de
crèmes éclaircissantes ont même été recensés
ces quatre dernières années. "Le risque de décès
est surtout lié aux infections sévères de la peau,
principalement dues au corticoïdes, qui peuvent se généraliser"
(septicémie), explique la dermatologue. L'utilisation de corticoïdes
peut également engendrer hypertension et diabète. Et une
étude effectuée en 2006 à la maternité de l'Institut
d'hygiène sociale de Dakar a montré que les femmes utilisant
des corticoïdes à outrance accouchaient d'enfants d'un poids
plus faible que la moyenne des bébés, selon la dermatologue
Fatimata Ly, présidente de l'Association internationale d'information
sur la dépigmentation artificielle (Aiida) créée en
2002. Chaque soir, pendant 20 ans, Mme Diop s'est appliquée de tels
produits éclaircissants, jusqu'au jour où des taches noires
sont apparues sur sa peau. "Pour pouvoir arrêter, j'ai été
aidée par un ami qui m'a soutenue. Sans lui cela aurait été
difficile", raconte cette femme de 50 ans. Selon les médecins, l'utilisation
des produits de dépigmentation finit par provoquer une sorte de
"dépendance psychologique". "Les femmes ont l'impression que si
elles ne s'en servent plus, elles ne seront plus les mêmes", constate
le Pr. Niang. Durant l'été, l'Aiida organisera à Dakar
une journée de consultations gratuites et des séances de
prévention.
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document
Le "Dossier noir" de l'armée
française en Afrique
Raphaël Granvaud
"Que fait l'armée française en Afrique ? (1)", c'est
le titre du dernier " Dossier noir " de l'association Survie paru aux éditions
Agone. Un dossier on ne peut plus actuel en cette année de commémoration
du cinquantenaire des indépendances africaines. Rencontre avec son
auteur, Raphaël Granvaud, qui revient sur certaines questions abordées
dans ce dossier.
Entretien de Dénètem Touam Bona
La troisième partie de votre livre s'intitule "la réhabilitation
du colonial", j'ai ressenti un vrai malaise à sa lecture. Je ne
savais pas que l'armée française, du moins les forces spéciales
opérant en Afrique, étaient travaillées à ce
point par la nostalgie du colonialisme. Je me demande s'il ne faut pas
voir dans la forte implication militaire française en Afrique, au-delà
des enjeux économiques et géopolitiques, une manifestation
de
puissance. Comme si la France n'avait toujours pas digéré
les indépendances africaines, comme si elle ne pouvait renoncer
à être une "plus grande France" (formule qui désignait
l'empire français). Les hommes politiques le revendiquent très
clairement, qu'il s'agisse de Mitterrand, de Chirac ou de Sarkozy, on retrouve
toujours dans leurs discours l'idée que "la France doit garder son
rang dans le monde". On sent bien que c'est l'argument qui légitime
le maintien de cette présence militaire en Afrique. Bien sûr
cette présence offre de nombreux avantages : elle conditionne, dans
une large mesure, la possibilité d'entretenir des situations de
monopole économique dans certains pays et de surveiller des ressources
stratégiques.
D'ailleurs certains régimes africains comme
ceux du Tchad ou de la Centrafrique ne tiennent que par la force des armes,
que par le soutien de l'armée française.
Depuis les indépendances, le prétexte majeur
du maintien de la présence militaire française c'est de défendre
les pays africains, avec lesquels on a passé des accords militaires,
contre des agressions extérieures. Dans les faits, il n'y a quasiment
jamais eu d'agressions extérieures, l'armée française
n'a servi qu'à gérer les problèmes internes à
des régimes confrontés à des rébellions armées
ou à des mouvements populaires.
Le plus souvent, les armées des Etats africains
postcoloniaux se comportent vis-à-vis de leurs propres populations
comme des armées d'occupation. Leurs forces armées sont conçues
avant tout pour répondre au péril de l' "ennemi intérieur"
et non à celui d'une agression extérieure. Vos analyses montrent
clairement la responsabilité de la France dans cet état de
choses.
Absolument, ça faisait partie du kit théorique
doctrinal qui a été inculqué aux officiers africains
formés dans les écoles militaires françaises. Il faut
rappeler qu'au moment des indépendances, les armées africaines
sont créées de toute pièce : elles constituent alors
une sorte de prolongement de l'armée coloniale française.
Les armées africaines sont des filiales de l'armée française,
elles sont structurées sur le même modèle, formées
à partir de la même idéologie : la doctrine militaire
de la "guerre révolutionnaire", de la "contre-insurrection" qui
veut que le rôle principal de l'armée soit le "contrôle
de la population". Mais pour les armées africaines, il ne s'agit
pas du contrôle d'une population étrangère comme dans
le cas de l'armée française en Algérie. La mission
des militaires africains est de contrôler leurs propres populations,
mais avec les mêmes méthodes que l'armée française
a employées dans ses guerres coloniales. C'est ce qui s'est passé
au Cameroun, au moment de l'indépendance, dans la guerre sanglante
menée contre les maquis de l'UPC (Union des Populations Camerounaises).
Dans le cas du Rwanda, le chercheur Gabriel Périès a retrouvé
des mémoires d'officiers rwandais, formés en France dans
les années 80-90, dans lesquels on retrouve cette obsession de lutter
contre l'ennemi intérieur, de mettre en œuvre des tactiques contre-insurrectionnelles.
Menée à son terme, la logique du " contrôle de la population
" conduit au génocide…
En dressant la généalogie de la guerre
contre-insurrectionnelle, votre livre souligne les continuités et
similitudes qui existent entre guerres coloniales d'Indochine et d'Algérie
et guerres postcoloniales du Cameroun (une guerre occultée) et du
Rwanda.
Je n'ai fait que rapporter des travaux qui existent sur
le sujet. Officiellement, depuis la fin de la guerre d'Algérie,
ces théories contre-insurrectionnelles sont remisées et des
méthodes comme la torture ou la guerre psychologique proscrites.
Dans les faits, il y a eu une première vague d'exportation des tactiques
anti-subversives françaises à destination des dictatures
sud-américaines : des gens comme le général Aussaresse
(connu pour ses révélations sur l'usage systématique
de la torture en Algérie) ont pu ainsi continuer à transmettre
leur " savoir-faire "… Puis ce savoir-faire anti-insurrectionnel a été
recyclé en Afrique francophone pour gérer les indépendances
et la période post-indépendance. Moi, ce que j'ai essayé
de montrer, c'est que cette tradition de la "guerre révolutionnaire"
se poursuit aujourd'hui, de façon plus subtile. Quand on lit les
publications militaires contemporaines, on retrouve des références
à des gens comme Trinquier (théoricien principal de la "guerre
contre-insurrectionnelle"), mais aussi des références aux
techniques de conquête coloniale de Liautey ou de Gallieni (guerres
coloniales de "pacification" fin 19ème - début 20ème
siècle) ; des stratèges qui reviennent au goût du jour
quand il s'agit de penser des situations de conflit comme celles de l'Afghanistan
ou de la Côte d'ivoire.
Sur le plan des savoir-faire et des discours, l'armée
française entretient donc un rapport intime avec son histoire coloniale.
Y a-t-il une spécificité de l'armée française
de ce point de vue là ?
Les militaires français considèrent qu'il
y a une tradition culturelle française plus forte que celle des
anglo-saxons sur le plan du contact avec les populations. L'armée
française prétend détenir un vrai savoir-faire lui
permettant de mieux se faire accepter en tant qu'armée d'occupation.
C'est la question du "contrôle des populations". Pour les militaires
français, il ne faut pas faire comme les Américains qui arrivent,
militairement par la force, et qui ensuite se barricadent. L'armée
française se flatte d'être capable d'agir de manière
psychologique, en menant des opérations "civilo-militaires" pour
faire accepter auprès des populations civiles la présence
des militaires. Toujours avec cette idée, qui remonte à l'Indochine,
qu'on va pouvoir séparer dans la population le bon grain de l'ivraie,
et couper les rébellions de leurs bases populaires.
L'armée française a-t-elle recours à
des savoirs de type ethnologique dans son approche des populations des
pays occupés ?
Quand on gratte un peu, on retombe toujours sur une espèce
de prêt à penser, directement issu de la période coloniale.
Les forces spéciales françaises sont sensées, en plus
d'un savoir-faire proprement militaire, posséder un savoir culturel,
ethnologique qui les rendrait plus à même d'opérer
dans certaines zones géographiques du monde, en particulier en Afrique.
Ces savoirs "culturalistes" reposent sur des conceptions complètement
dépassées d'un point de vue universitaire. Quand on lit des
interventions d'officiers dans des colloques, on trouve des choses absolument
ahurissantes comme : "la présence de l'armée française
est nécessaire parce que les Africains ont du mal à se projeter
dans l'avenir". Les mêmes clichés éculés qui
émaillaient le discours de Dakar de Sarkozy : ce vieux fond colonial
qui prétend être une connaissance permettant une intervention
sur des populations.
Revenons sur le cas du Cameroun, le premier pays africain,
en 1960, à accéder à l'indépendance (le 1er
janvier). Du milieu des années 50 au début des années
70, il s'est produit une véritable guerre dans ce pays : des dizaines
de milliers de morts, plus de 100 000 selon certaines sources. Cette guerre
menée contre l'UPC par un régime à la solde de la
France relève-t-elle, elle aussi, de la guerre "anti-insurrectionnelle"
?
Le chercheur Gabriel Périès a montré
récemment comment les dispositifs mis en place en Algérie
ont été décalqués au Cameroun à la même
époque (2). Le quadrillage des territoires, la torture à
grande échelle, la déportation des populations, la politique
de la terre brûlée, tout ce qui se faisait en Algérie
a été repris tel quel au Cameroun. Il faut signaler sur le
sujet l'excellent documentaire "Autopsie d'une indépendance" (3)
dans lequel on peut entendre Mesmer déclarer à propos des
bombardements des villages au napalm que "ce n'est pas important". Ce sont
des choses qui, ces dernières années, commencent à
remonter à la surface.
Cela remet donc complètement en question le
mythe d'une "décolonisation douce"…?
La " décolonisation en douceur " reste la version
officielle si l'on se réfère aux programmes scolaires en
histoire au collège ou au lycée. Un des enjeux de l'étude
de la décolonisation c'est de montrer qu'il y a eu, d'un côté,
une décolonisation violente, celle de l'Algérie et, de l'autre,
une décolonisation qualifiée de pacifique, de "douce". Les
cas du Cameroun et de Madagascar suffisent à montrer que c'est un
mythe complet : le mythe des indépendances en douceur préparées
par Deferre et de Gaulle après la conférence de Brazzaville
en 46. Dans les faits, tout ce qui a été concédé
par la France l'a été contre le gré de la métropole,
souvent après des tentatives désespérées de
reprise en main violentes. Cela s'est accompagné d'un processus
d'élimination des mouvements indépendantistes et de leurs
leaders, mais aussi de la promotion d'hommes politiques à la dévotion
des intérêts français. Dans l'après-guerre,
il y a eu une émergence de mouvements indépendantistes, autonomistes,
progressistes, révolutionnaires, un vent d'espoir irrésistible
: il y avait des idéologies variées qui mobilisaient les
populations, et ces mouvements ont été étouffés,
brisés, parfois, comme dans le cas du Cameroun, complètement
éradiqués. Il y a donc eu une longue période où
les populations africaines ont été orphelines d'un certain
nombre de mouvements et de leaders. Ça commence à renaître
maintenant avec les mouvements sociaux africains et les contre-sommets
où la question de la domination néocoloniale est au centre
des préoccupations de la société civile ; qu'il s'agisse
de la présence française ou de systèmes plus mondialisés
comme la dette et les politiques imposées par le FMI et la Banque
Mondiale.
Revenons à l'armée française.
Dans votre livre vous mentionnez un "détail" qui fait froid dans
le dos : les troupes de marine sont toujours surnommées la "Coloniale"…?
Les questions de tradition et d'identité sont des
questions extrêmement fortes, en particulier dans les forces spéciales,
dans cette composante de l'armée française issue de l'armée
coloniale. Les troupes de marine sont extrêmement fières de
leur passé colonial, elles en revendiquent l'esprit et les méthodes.
Les prises d'armes comme les éditoriaux de leur revue L'Ancre d'or
continuent à se clôturer sur ces mots " Et, au nom de Dieu,
vive la Coloniale ! " Et j'imagine qu'on retrouve souvent ces troupes de
marine dans les opérations françaises menées en terre
africaine.?? Elles composent en effet la
majeure partie des forces spéciales auxquelles on fait appel lors
des opérations sensibles : des opérations "coups de poing",
des opérations à forte teneur en renseignement. On les retrouve
également dans les opérations européennes (EUFOR).
Lors de la première d'entre elles, en République Démocratique
du Congo, en 2003, la France s'était flattée d'avoir inculqué
un certain nombre de méthodes à des forces militaires européennes,
en particulier aux forces spéciales suédoises. Depuis on
se demande quelles méthodes puisque parmi ces forces suédoises,
certains militaires s'étaient plaints auprès de leur hiérarchie
d'avoir eu à subir la vision d'actes de torture pratiqués
par des militaires français sur des congolais. Ca a fait beaucoup
de bruit en Suède, beaucoup moins en France.
Est-ce qu'il y a un contrôle du Parlement français
sur les opérations militaires menées en Afrique ?
Théoriquement, depuis la modification constitutionnelle
opérée à l'été 2008, il y a un droit
de regard du parlement sur les opérations extérieures, mais
un droit extrêmement limité. Les députés ont
le droit d'être informé d'une opération extérieure
dans les 3 jours après son déclenchement, ils restent donc
mis devant le fait accompli. Le parlement ne possède un pouvoir
de contrôle que sur les opérations lourdes de plus de 4 mois
(qui ne représentent qu'une petite partie des opérations
militaires) dont il peut refuser le renouvellement. Il n'y a aucun contrôle
par contre sur les opérations secret-défense spéciales
et les opérations clandestines de la DGSE.
Le Tchad et la République Centrafricaine (RCA)
représentent certainement aujourd'hui l'exemple le plus caricatural
de l'ingérence militaire française dans certaines régions
d'Afrique. Vous consacrez d'ailleurs une place importante dans votre livre
à ces deux terrains d'intervention.
En 2006, en RCA, la France a monté une opération
du même type que Kolwezi (sauvetage du régime de Mobutu grâce
à l'intervention des parachutistes français) : l'armée
française a largué des parachutistes pour reconquérir
Birao, dans l'ignorance totale de la population française mais aussi
des parlementaires. Cette opération a sauvé le régime
du président centrafricain Bozizé. Ce type d'opération
reste aujourd'hui tout à fait possible. Plus récemment, lors
de la dernière offensive sérieuse des rebelles sur la capitale
tchadienne, il y a eu une intervention officielle de l'armée française
sous prétexte de sécuriser ses ressortissants. Cette opération
a permis de sécuriser l'aéroport d'où ont pu décoller
les mercenaires d'Idriss Deby… D'après le journal La Croix, la "sécurisation"
de l'aéroport de N'Djamena s'est accompagnée aussi d'une
intervention militaire des forces spéciales françaises qui
ont pris directement part aux combats contre les rebelles : une opération
clandestine qui n'est toujours pas reconnue par les autorités françaises.
Dans son dernier rapport sur la Centrafrique, Human
Rights Watch est très critique par rapport aux dernières
interventions de l'armée française en RCA.
Dans le rapport qu'elle a publié en 2007, l'ONG
a pointé un certain nombre de choses : elle a détaillé
la politique de terre brûlée menée par l'armée
centrafricaine à l'égard des populations du Nord, des populations
accusées de soutenir les mouvements rebelles. Là aussi, on
retrouve les techniques coloniales françaises : il s'agit de terroriser
les populations afin de priver de leur soutien les mouvements rebelles.
Les exactions les plus graves ont été commises dans le sillage
direct des interventions militaires françaises. Après la
reprise de Birao par l'armée française, cette ville a été
ravagée par les forces centrafricaines. A l'époque, dans
les journaux, les militaires français ont fait peser la responsabilité
des destructions sur les rebelles. On sait depuis qu'il s'agissait d'une
tentative de dissimulation qui relève de la complicité de
crime de guerre. Il y a également dans le rapport de HRW des photos
qui interrogent : on voit des officiers français à proximité
directe de l'OCRB (Office Central de Répression du Banditisme),
une sorte de milice qui se livre à des exécutions sommaires.
Vu la nature de ses interventions en Afrique, la France
est-elle vraiment en mesure de commémorer le cinquantenaire des
"indépendances" africaines ?
On sent qu'il y a un gros malaise au niveau de la commémoration
de ce cinquantenaire. Ce malaise n'est pas étranger au fait que
toutes les interventions orales de Nicolas Sarkozy sur la question de l'Afrique
affirment une volonté de rupture avec les pratiques de ses prédécesseurs.
Mais en dehors des discours, de rupture on n'en voit pas : c'est toujours
le règne des pressions diverses, des émissaires occultes,
des accords secrets, des opérations clandestines. On va avoir en
guise de célébration des choses assez caricaturales : un
défilé du 14 juillet où, sous couvert de rendre hommage
aux tirailleurs africains, on va inviter des armées comme celles
du Cameroun ou du Congo connues pour leurs exactions envers les populations.
La véritable décolonisation et la célébration
de cette décolonisation restent à faire...
1. Que fait l'armée française en Afrique ? Editions
Agone, oct. 2009.
2. cf. Une guerre noire, enquête sur les origines du génocide
rwandais (1959-1994), Gabriel Périès et David Servenay, Editions
La Découverte, 2007.
3. Cameroun, Autopsie d'une indépendance, réalisation
Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf, durée 52', production
: France 5 / Program 33, 2007. |
Vie
au quotidien en RDC
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Qui veut peut désormais se faire cuire
une boule de « fufu » en plein boulevard. À Kinshasa,
l'économie informelle (80%) ayant vaincu la formelle (20%), point
n'est besoin d'ouvrir un établissement, tout pouvant se vendre dans
la rue au vu et au su de l'État.
KINSHASA, la Capitale de la R-dCongo,
se mue en super marché à ciel ouvert. L'habitant n'achète
et ne consomme désormais que dans la rue. Qui veut une boule de
« foufou » chaud peut se la faire cuire le long du boulevard,
en plein quartier résidentiel, par des mamans venues des quartiers
déshérités. Qui recherche un meuble de bureau ou une
chambre à coucher trouve l'article dans la rue. Inutile de visiter
l'intérieur des magasins. Désormais, toute l'activité
économique s'exerce et se déploie dans la rue et cela n'offusque
personne. À la rencontre d'un phénomène qui tire sa
source de la pauvreté générale de la population et
échappe à l'administration fiscale…
Allées clairsemées,
étals vides ou à moitié pleins, le Marché central
de Kinshasa est de plus en plus déserté.
Les vendeurs ont envahi les rues
environnantes pour accrocher les clients, là où ils sont
: chez eux. Dès l'entame de la journée, les avenues - Rwakadingi,
Kato, Bokassa, Plateau, Marché, Commerce… - sont encombrées
par des vendeurs à la criée et des étals à
même le sol, obstruant ainsi la voie, obligeant automobiles et passants
à se frayer le passage sous l'œil indifférent des agents
de circulation routière. Les tenanciers des boutiques et magasins
eux aussi ont transformé les devantures de leurs établissements
en étalages.
La Capitale donne désormais
l'impression d'un grand super marché à ciel ouvert. De jour
comme de nuit, tout se passe, se négocie, se fait, se vend et s'achète
dans la rue. Tous les produits d'import - véhicules, machines et
équipements ménagers, textiles, gadgets - ainsi que les produits
vivriers sont offerts sur le trottoir, sans que cela ne gêne personne.
Toute l'activité économique s'y exerce et s'y déploie
désormais aux dépens des marchés et même des
shoppings qui paient taxes et impôts à l'État.
« Le commerce de trottoir,
un genre nouveau à Kin est à tout le moins entretenu par
les agents de l'administration du marché pour contourner la traçabilité
des taxes publiques. Les vendeurs assis aux abords des rues payent des
taxes qui ne sont pas comptabilisées dans le livre de caisse de
l'administration du marché », explique un vendeur sur l'avenue
du commerce. Pour avoir un étal au marché central, il faut
débourser 20 dollars.
Chaque vendeur assis dans les environs
du marché central s'acquitte d'une taxe journalière de 100
Fc perçus par des agents de la commune. Le service des affaires
économiques de l'Hôtel de ville de Kinshasa recouvre en début
et en fin de semaine 200 Fc par étal. À cela s'ajoutent d'autres
impositions pour le parking (100 Fc), la salubrité (150 Fc par semaine),
la patente (10 dollars) et pour la fiche d'enregistrement (5 dollars).
Tous commerçants
La multitude de taxes pousse les
vendeurs à déserter les marchés publics pour le trottoir.
« Si on ne nous chasse pas des rues, c'est parce qu'il existe une
perception parallèle des taxes par tous ces services. Et cela fait
nourrir son homme », fait remarquer Mbuta, vendeur d'articles de
sport.
Les tracasseries ont favorisé
le commerce ambulant de trottoir qui échappe non seulement au contrôle
fiscal de l'administration de l'Hôtel de ville, mais aussi à
celui des agents véreux. Ce commerce ambulant a ses niches : les
lieux publics constamment pris d'assaut par des vendeurs ambulants au battage
commercial très agressif. Difficile de résister à
la tentation d'acheter tant le matraquage est à la limite du viol
psychologique. On achète même quand on n'en a pas envie.
Rien à faire, notre belle
et bonne ville de jadis est transformée en un grand centre de négoce.
Le phénomène de commerce ambulant de trottoir, reflet de
l'émergence de l'économie souterraine qui absorbe l'activité
économique à hauteur de 80 pc et qui échappe donc
au contrôle fiscal de l'État, tire sa source de la pauvreté
générale de la population dès la fin des années
70. Déjà à cette époque, Tabu Ley Rochereau,
comme dans une sorte de pulsion prémonitoire, y avait consacré
une chanson dans laquelle il pérorait que tout le monde était
devenu commerçant à Kinshasa. Et depuis, le commerce de trottoir
a pris de l'ampleur et a fait des adeptes, surtout dans les milieux défavorisés.
Ce sont les « chailleurs », les « coopérants »,
les « Italiens » ou autres « Romains »… Qui, à
défaut de se fixer au coin des rues, furètent bureaux, cabarets,
restaurants et même les résidences pour vendre ou proposer
des services.
Dans les alentours de nos hôtels,
services publics, bref de tout lieu supposé être fréquenté
par ceux qui ont le cash, se dressent des gargotes, débits de boisson
appelés ici « Nganda », salons de coiffure, cabines
téléphoniques publiques…
Comme des abeilles
Des marchands ambulants y tournoient
comme des abeilles en quête du pollen que secrètent les fleurs.
Devant l'hôtel Memling, en plein centre-ville, s'entremêlent
vendeurs de pains, de boissons sucrées, de cartes prépayées
de téléphone, cireurs de chaussures, antiquaires, coiffeurs,
changeurs de monnaie, filles de joie, voire des mamans qui tiennent des
gargotes où l'on sert des mets locaux - fufu, haricots, pondu, etc.
-. Pis que cela, devant le siège de la société Orgaman
sur l'avenue Likusa à la Gombe, des familles entières y squattent,
vendent de tout jusqu'au charme. En un mot, un village érigé
en plein quartier résidentiel de la Gombe.
Les contraintes de la vie ont donc
jeté dans la rue toute cette masse de jeunes Kinois désoeuvrés
et de ménagères en quête de survie. Tout le «
résidu » d'enfants que l'école a rejeté faute
de payer les frais scolaires vient grossir les rangs de cette armée
de vendeurs ambulants. À Kin, ça s'appelle « article
15 », « effo perso » - pour effort personnel -, «
chaille », « kobeta libanga ou caillou » - pour travailler
-… En un mot, la débrouille. Ce sont en général des
jeunes gens, filles et garçons, de 10 à 30 ans en moyenne,
habitant des quartiers populeux de Masina, Kimbaseke, Ngaba, Kisenso, Selembao,
Matete, Bumbu… qui s'élèvent chaque matin, gagnent le centre-ville
par le train ou les taxi-bus, s'approvisionnent et arpentent la ville pour
vendre divers produits locaux et d'import.
Les petits vendeurs de cacahuètes,
biscuits, œufs, cigarettes, etc., se donnent le devoir de suivre à
la radio les communiqués nécrologiques pour se rendre aux
lieux mortuaires afin de se faire une aubaine. Savoir où ces jeunes
gens s'approvisionnent reste un mystère. « Nous nous approvisionnons
ici même en ville auprès des grossistes ou bien nous traversons
à Brazzaville. Souvent nous ne gagnons presque rien parce que nous
vendons parfois au prix du magasin », confie Thomas Boketshu, vendeur
des bric-à-brac sur l'avenue Lukusa. « Pas facile, la débrouille
», fait remarquer son ami, Hilaire Tamba.
Marcher sous la canicule, affronter
les policiers, passer parfois la nuit à la belle étoile,
crier à longueur de journée, la « chaille » ou
le commerce de trottoir a tout d'un parcours du combattant. Tous entonnent
comme un hymne le slogan du chanteur rd-congolais, le Wenge BCBG JB Mpiana,
« chemin de fer », c'est-à-dire l'homme doit se battre
pour réussir.
Affaire de tribu
« Souvent ce qu'on gagne dans
la journée ne sert qu'à faire bouillir la marmite ou à
noyer nos soucis dans un verre de bière le soir », déclare
Simon Ntela, vendeur des cacahuètes, qui dit n'avoir aucun projet
de vie si ce n'est que vivre au jour le jour. Comme lui, beaucoup de jeunes
kinois sont résignés. Ils ont seulement l'espoir qu'un jour,
eux aussi, pourront réussir dans la vie. Le commerce de trottoir
a ses particularités. Les pratiques sont désormais identifiées
à des tribus ou aux habitants d'une commune. Par exemple, dans la
vente des costumes ou chemises de la friperie, ce sont les Mongo, une tribu
de la province de l'Equateur. On les retrouve également dans la
vente des poissons fumés ou la viande boucanée.
La vente des pains à la criée
est l'affaire des Yaka, une tribu de la province de Bandundu. Pour la plupart,
ils viennent du camp Luka, leur réserve naturelle. Le commerce des
fruits et d'autres produits vivriers est assuré par des filles et
mères provenant des quartiers périphériques de Kinshasa.
Pour acheter un véhicule d'occasion il faut aller voir du côté
de Ndjili. Avec le commerce de trottoir, le Kinois, n'achète et
ne consomme que dans la rue. Ce qui rajoute à l'insalubrité
dans la ville avec ces emballages qui jonchent les artères et les
caniveaux.
Tshimanga Dolay/Sage Gayala
©agencetropiques.ch
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L’État de la Démocratie
Libérale en Afrique
par Tony LEON

Où va la démocratie en Afrique ? Faut-il être
pessimiste ou optimiste ? Quels facteurs peuvent expliquer les tendances
récentes ? Quels liens entre réformes économiques
et réformes démocratiques ? Autant de questions auxquelles
tente de répondre Tony LEON dans cet étude toute récente
du Cato Institute
L’un des paradoxes extraordinaires de l’Afrique est le
fait qu’un continent richement doté en ressources humaines et en
minéraux soit le continent le plus pauvre du monde, un continent
qui a des étendues de terres arables assez vastes pour nourrir des
continents entiers, mais qui ne peut pas se nourrir seul, un continent
qui est doté de lacs et de grandes rivières et souffre encore
de la sécheresse et où son peuple meurt de soif, et, le plus
étrange paradoxe de tout le continent le plus pauvre du monde, qui
a quelques-uns des dirigeants les plus riches du monde. Sam MPASU, ancien
ministre de l’Éducation, Malawi. L’Afrique subsaharienne contient
48 pays. Dans son livre de 2007 intitulé Challenges of African Growth,
la Banque mondiale note que les pays africains vont de « sophistiqués,
à revenu intermédiaire tels que l’Afrique du Sud, aux États
défaillants comme la Somalie ; des pays grands et riches producteurs
de pétrole comme le Nigeria, aux petits pays pauvres en ressources
comme le Niger ; des pays qui sont sortis d’un conflit et ont récemment
connu d’énormes succès, tels que le Mozambique et le Rwanda,
aux pays pris au piège dans les conflits et la pauvreté,
et des États pauvres comme la Somalie ». Toutefois, pour l’essentiel
de la période postindépendance (depuis 1960), la plupart
des pays africains ont fait preuve, avec un degré de similitude
frappante, d’une absence des bases essentielles nécessaires à
un gouvernement démocratique. Ainsi, de nombreux chercheurs, décideurs
et politiciens ont considéré qu’ »Afrique » et
« démocratie libérale » était un oxymore.
La Banque mondiale, par exemple, note que jusqu’en 1982, un dixième
seulement des pays africains avait élu leurs chefs d’État
suite à un processus compétitif et, même aussi tard
que 1991, l’Afrique n’avait « montré pratiquement aucune amélioration
» au niveau démocratique. Les 30 premières années
après l’émergence de l’Afrique de la domination coloniale
a été marquée par le spectre des systèmes à
partie unique, des « présidents à vie », et les
violentes usurpations de pouvoir soit par l’assassinat ou par les coups
d’État militaires. La personnalisation du pouvoir, la répression
des droits de l’homme, et les dirigeants véreux et vénaux
ont été à l’ordre du jour. MOBUTU SESE SEKO, dont
le régime corrompu et dictatorial régna sur le Zaïre
pendant plus de 30 ans, aurait affirmé que « la démocratie
n’est pas faite pour l’Afrique ». Cette affirmation se confirma pour
une grande partie du continent, au moins jusqu’à la fin de la guerre
froide. Au cours de cette soi-disant « première libération
», seuls quelques petits pays africains, comme la Mauritanie et le
Botswana, pourraient avoir été classés comme démocratiques.
Dans le reste de l’Afrique, lorsque des élections ont été
organisées elles étaient mandatées de réaffirmer
le pouvoir des dirigeants et ont généralement été
caractérisées par une tricherie à peine dissimulée
et par de la violence pure et simple.
Larry DIAMOND de l’Université Stanford note qu’un
seul président africain, Aden ABDULLAH OSMAN de la Somalie, a été
défait lors d’élections entre 1960 et 1990. À la fin
des années 1980, sur les quelques 150 chefs d’État ayant
gouverné les pays africains depuis l’indépendance, seulement
6 ont volontairement renoncé au pouvoir – et même dans ces
cas, ce n’est qu’après avoir occupé leur poste 20 ans ou
plus. Dans son livre The State of Africa, Martin MEREDITH relate les commentaires
de Félix HOUPHOUËT-BOIGNY en 1991, alors âgé de
84 ans, qui, après 29 ans de régime autoritaire sans entraves
en Côte d’Ivoire, a déclaré : « Il n’y a pas
de numéro deux, ou trois ou quatre […] en Côte d’Ivoire… Ici
le seul numéro un c’est moi et je ne partage pas mes décisions
». Ce président aurait très bien pu parler d’une génération
entière de soi-disant « Big-Man » qui ont disposé
de leur pays et des trésoreries de leurs pays comme de leur possession
personnelle. Ils ont gouverné sans entraves, en tirant pleinement
parti de ce qu’on appelait alors les « fruits de la libération
», ce qui leur a permis, en tant que libérateurs postcoloniaux,
d’avoir une plus grande marge de manœuvre politique. Cela allait de pair
avec leur statut de mandataire de la guerre froide, où les alignements
et allégeances à Washington ou à Moscou étaient
beaucoup plus déterminants dans l’attribution des flux d’Aide et
la reconnaissance internationale que le respect des règles de base
d’une bonne gouvernance. Aujourd’hui, la situation démocratique
dans 48 pays africains où vivent les quelque 800 millions de personnes
est mieux qu’à tout autre moment depuis l’indépendance.
En 2009, Freedom House a identifié 10 pays d’Afrique
comme « libres », 23 comme « partiellement libres »,
et 15 comme « non libres ». En revanche, en 1980, seulement
4 pays sont libres, 15 en partie libres, et 27 non libres. (Freedom House
définit un pays comme étant « partiellement libres
» un pays où il y a peu de respect pour les droits politiques
et libertés civiles. Les Etats « partiellement libres »
souffrent souvent d’une corruption endémique, d’un faible respect
pour la règle de droit, de conflits ethniques ou religieux, et disposent
souvent d’un parti politique unique qui jouit d’une position dominante
en dépit d’une façade de pluralisme limité. Il définit
comme « non libre » les pays caractérisés par
la répression, l’autoritarisme et l’absence de libertés civiles).
Selon Larry DIAMOND de la Hoover Institution, la démocratie sur
le continent africain est fragile, mais « il y a de bonnes raisons
de garder espoir ». Le présent document examinera la qualité
des différents niveaux de démocratisation et la mesure dans
laquelle ces évolutions démocratiques sont réversibles.
Il est certainement vrai que dans les années 1960, le système
à parti unique était considéré comme un modèle
de développement par une grande partie de l’élite africaine.
Aujourd’hui, il n’y a plus que la démocratie – quoique bien souvent
il s’agisse d’une pseudo démocratie ou d’une variété
boiteuse – qui soit considérée comme une forme légitime
de gouvernement dans la région. Cela a conduit Jeff HERBST de l’Université
de Miami à conclure que, nonobstant les autres dangers et le manque
d’approfondissement démocratique, « tant qu’il n’y a pas de
concurrent intellectuel à la démocratie, la perspective de
[la démocratisation en Afrique] reste au moins positive ».
D’autres données encourageantes ont été récoltées
dans une série d’études qui suggèrent toutes que l’adoption
de la démocratie dans la région et des signes de sa permanence.
Une étude menée par Daniel POSNER et Daniel YOUNG de l’Université
de Californie à Los Angeles contient une foule de données
qui suggèrent que l’Afrique n’est plus synonyme de fraudes électorales,
de dirigeants avides et irresponsables, et d’États prédateurs.
Les constatations les plus intéressantes sont les suivantes : Les
élections sont maintenant la norme, et non plus l’exception en Afrique.
Dans les années 1960 et 1970, le sous-continent ne voyait en moyenne
que 28 élections par décennie. Dans les années 1990,
cette proportion était passée à 65 élections
par décennie et, dans la période entre 2000 et 2005, il y
a eu 41 élections dans cinq ans seulement. Élections sont
de plus en plus contestées, souvent avec vigueur. Extraordinairement,
dans les premières années suivant l’indépendance,
seulement deux présidents furent confrontés à une
opposition lors des 26 élections menées à travers
le sous-continent. Dans les années 1990, 90 pour cent des élections
ont été contestées. Bien que, comme on le verra plus
en détail ci-dessous, la nature et la qualité de la contestation
électorale varie énormément, il y a au moins une «
modeste, mais significative » augmentation de la possibilité
théorique d’une perte du pouvoir par la puissance en place dans
une élection présidentielle en Afrique.
Les auteurs évaluent les chances d’un président
au pouvoir d’être évincé à environ 14 %. Mais
c’est arrivé avec une certaine fréquence par rapport à
1960. Compte tenu des avantages prépondérants dont jouissent
les chefs d’État sortant en Afrique l’émergence, et l’adhérence
à la limitation des règles formelles d’une Constitution sur
la façon dont les dirigeants acquièrent et quittent le pouvoir.
POSNER et YOUNG insistent sur le fait qu’une foule de puissants présidents
africains sortants, y compris MULUZI au Malawi, RAWLINGS au Ghana, ARAP
MOI au Kenya, OBASANJO au Nigeria, et 10 autres, ont été
contraints de quitter leurs fonctions par des limites au nombre de termes
depuis 2000 seulement. Ils insistent sur le contraste avec la situation
dans les années 1960 et 1970, quand les renversements violents étaient
la règle de base quand il s’agissait de départs du pouvoir
de dirigeants. Les auteurs ont recensé 18 cas où des présidents
africains ont achevé deux mandats et se sont vus interdire d’en
briguer un troisième. Les présidents sortants avaient trois
choix ; se conformer à la durée limite et se retirer ; tenter
de changer la Constitution afin de permettre la prolongation de leur mandat,
ou à mettre au rebut la Constitution et se maintenir au pouvoir
de façon extraconstitutionnelle. Fait révélateur,
pas un président n’a choisi la voie extraconstitutionnelle, neuf
se sont retirés volontairement, tandis que les neuf autres ont essayé
de changer la Constitution, et dans un tiers des cas (en Zambie, le Malawi
et le Nigéria) ils en ont été incapables. Sur les
six qui ont réussi à modifier leurs constitutions, tous ont
remporté l’élection subséquente. POSNER et YOUNG en
tirent une conclusion importante. Au lieu de présenter une taxonomie
de la démocratie africaine, le classement des régimes de
« démocraties », « démocraties de façade
», « démocraties hybrides », « démocraties
à risque » et autres, il est plus intéressant d’examiner
si oui ou non le comportement des acteurs politiques est régi par
des règles et donc soumis à la contrainte. Bien qu’ils soulignent
que l’existence de « contraintes formelles sur l’exercice du pouvoir
» n’est pas une vaccination contre l’abus de pouvoir, elle est néanmoins
éclairante de la façon dont les « règles du
jeu » ont profondément changé, somme toute, pour le
mieux en Afrique. Tout comme la distribution de ses ressources naturelles,
la croissance et la viabilité de la démocratie en Afrique
ont été profondément inégales. Les 10 pays
les plus démocratiques, c’est-à-dire ceux qui ont atteint
la meilleure note chez Freedom House, sont, à l’exception de l’Afrique
du Sud, relativement petits. Jeff HERBST pose le contraste saisissant entre
ces nations et les trois plus grands pays du continent, qui abritent plus
d’un tiers de la population du sous-continent. Ces trois pays sont, au
mieux, « partiellement libres », comme c’est le cas avec le
Nigeria et ses 146 millions d’habitants et de l’Éthiopie avec ses
82 millions de personnes. La République démocratique du Congo,
avec une population de 67 millions de personnes, n’est pas libre. La conclusion
qu’il tire est que les petits pays, par définition, ont moins de
tensions ethniques et régionales lourdes et compliquées.
En effet, les trois plus grands pays d’Afrique sont de loin les moins démocratisés
et sont tous issus, ou sont encore engagés dans, des conflits ethniques
et des guerres régionales.
Le renouveau de la démocratie en Afrique a contribué
à créer une image plus nuancée de l’Afrique. Par exemple,
dans son enquête sur l’Afrique, The Economist a noté que le
continent autrefois décrit par ce journal, peut-être avec
une rudesse excessive, comme “le continent sans espoir”, pouvait encore
confondre les légions de défaitistes et montrer que sa renaissance
fréquemment annoncée n’était pas seulement une autre
fausse aurore invitée par la manne de passage des prix des produits
en plein essor, mais le début de quelque chose de solide et durable.
Toutefois, le même article, même s’il était globalement
positif et optimiste, indiquait que la myriade de défis auxquels
l’Afrique est confrontée, notamment de mauvaises conditions climatiques,
des maladies très répandues, des niveaux élevés
d’analphabétisme, et une pléthore de tensions ethniques,
est aggravée par des « gouvernements mauvais et corrompus?,
que The Economist considère la principale raison de l’incapacité
du continent à « marcher progressivement vers la prospérité
». Le problème de la mauvaise gouvernance ne se limite pas
à l’Afrique. Cependant, l’Afrique a l’une des sociétés
civiles les plus faibles, ce qui affecte négativement la qualité
et la transparence de l’État et ses institutions. Les pays riches
peuvent souvent se permettre ou d’incompétence des mauvais gouvernements.
En Afrique, la mauvaise gouvernance peut détruire toute perspective
de décollage économique.
La démocratie libérale peut-elle prendre
racine sur le sol pierreux de l’Afrique ?

Le but de ce document est d’examiner si la démocratie
libérale a pris racine en Afrique, quels sont les facteurs qui influencent
l’avènement d’une véritable démocratie sur le sous-continent,
et si la démocratie libérale est une forme nécessaire
ou appropriée de gouvernement pour l’Afrique. Il examinera aussi
brièvement les différentes expériences démocratiques
au Botswana, au Zimbabwe, au Kenya et en Afrique du Sud. Tous ces pays
ont adopté la démocratie et sa règle de la majorité,
mais c’est là les seules similitudes entre eux. Le Botswana est
une démocratie depuis l’indépendance, alors que le Zimbabwe
a sombré dans la tyrannie, après une courte expérience
de la règle démocratique. Après plusieurs années
de système à parti unique, le Kenya s’est engagé sur
une route cahoteuse vers la démocratie, tandis que l’Afrique du
Sud, jusqu’à la fin de la présidence MBEKI en 2008, a montré
des signes de fatigue démocratique. Ci-dessous il sera étudié
les raisons de ces évolutions disparates. Essentiellement, il sera
démontré que la liberté politique et la libéralisation
économique vont de pair.
Démocratie libérale et démocratie
Le « libéralisme » est un terme très
contesté, tant en Afrique que dans le reste du monde. Il peut s’appliquer
à un large éventail de propositions politiques, du libéralisme
de laissez-faire économique, à l’égalitarisme démocratique
et au dirigisme de l’État providence. Toutefois, aux fins du présent
document, il sera limité à la conclusion générale
sur le sens du libéralisme décrit par Thomas NAGEL de la
New York University, dans lequel « le pouvoir souverain de l’État
sur l’individu est limité par l’exigence que les individus restent
inviolables à certains égards et qu’ils doivent être
traités de manière identique ». Il y a une riche littérature
qui suggère fortement que beaucoup de nouvelles démocraties
sont au point mort dans leur mission de diffusion de la liberté,
d’éradication de la pauvreté, et de réduction des
inégalités dues à la corruption, aux politiques économiques
ineptes, et à la prédation des élites. Par conséquent,
une démocratie libérale exige plus que de simples élections
périodiques. Elle nécessite également l’existence
de l’état de droit, des libertés individuelles, des limites
et contrepouvoirs constitutionnels, une transparence et une responsabilisation
adéquate, et le contrôle civil des forces armées. Ce
n’est pas une liste extensive, mais elle comprend les aspects essentiels
d’une démocratie libérale. La distinction entre ce qui pourrait
être décrit comme « l’électoralisme » ou
« la démocratie au sens strict », et une démocratie
complètement libérale, a été précisée
par Samuel P. HUNTINGTON de l’Université Harvard qui a noté
que « les élections ouvertes, libres et justes sont l’essence
même de la démocratie, la condition sine qua non inéluctable.
Les gouvernements produits par des élections peuvent se révéler
inefficaces, corrompus, myopes, irresponsables, dominés par des
intérêts particuliers… Ces qualités rendent ces gouvernements
indésirables, mais ne les rendent pas anti-démocratiques
». En d’autres termes, les procédures démocratiques,
telles que les élections librement contestées, peuvent parfois
conduire à des résultats douteux, voire même profondément
anti-démocratique. C’est la thèse centrale de FAREED ZAKARIA
dans The Future of Freedom. Pour que les démocraties comportent
à la fois des moyens et des fins démocratiques, il suggère
que l’adjectif « libéral » est nécessaire. Ainsi,
des élections justes et libres doivent être enrichies par
un « faisceau de libertés » caractérisé
par (mais pas uniquement) l’état de droit, la séparation
des pouvoirs, et la protection des libertés fondamentales d’expression,
d’association, de religion, et de propriété. Selon ZAKARIA,
tandis que les deux types de la démocratie libérale (à
savoir la liberté et la démocratie) sont imbriqués
dans le tissu politique occidental, dans d’autres parties du monde, elles
sont toujours « en train de se diviser »
Est-ce que « l’approfondissement démocratique
» dépend de la liberté économique ?
La démocratie libérale place à la
fois l’individu et l’état de droit au centre de la politique, et
protège les libertés individuelles contre les agresseurs,
qu’il s’agisse de l’État, de l’église, du groupe ethnique,
etc…Dans son analyse, ZAKARIA cite en l’approuvant le politologue Seymour
LIPSET M., qui a noté que « plus une nation fait de bonnes
choses, plus la démocratie a de chances de survivre ». Bien
qu’il existe quelques exceptions à cette formule, le développement
économique semble généralement fournir le terreau
le plus riche pour la démocratie libérale. La mise en place
d’un secteur privé qui est indépendant du gouvernement crée
des pouvoirs concurrents. C’est cette large décentralisation du
pouvoir qui est l’une des clés du développement démocratique.
Malheureusement, l’Afrique est pauvre. Le PIB mondial en 2008 était
de 60,6 trillions de dollars. De ce montant, l’Afrique n’a créé
qu’un petit 987 $ milliards. Selon la Banque mondiale, l’Afrique représente
10 % de la population mondiale, mais 30 % des pauvres du monde. Sans surprise,
Michael CHEGE de l’Université de Floride à Gainesville fait
remarquer que, bien que l’Afrique ait tenu plusieurs élections multipartites
depuis 1990, ces élections n’ont pas abouti, dans la majorité
des pays, à l’établissement de démocraties vraiment
libérales. ZAKARIA suggère aussi que ce n’est pas une coïncidence
que les deux démocraties libérales les plus avancées
en Afrique, l’Afrique du Sud et le Botswana, ont des revenus par habitant
beaucoup plus élevés que la moyenne africaine. En 2008, par
exemple, la moyenne du revenu national brut par habitant en Afrique du
Sud et au Botswana était de 5.820 $ et 6.470 $, respectivement.
La moyenne des pays africains était de 1082 $. Dans l’ensemble,
les données semblent confirmer l’idée que plus le niveau
de développement économique est élevé, plus
la perspective d’approfondissement démocratique est grande. Il est
à noter que plusieurs pays africains pauvres ont progressé
de façon très significative sur le chemin de la pleine démocratie.
Le Mali et le Bénin sont deux des exemples qui se détachent
du lot, mais ils pourraient également être deux exceptions
qui confirment la règle générale. (Leur continuité
démocratique est également loin d’être assurée.)
Peter LEWIS de la Johns Hopkins University of Advanced International Studies
a trouvé une « affinité élective » entre
la démocratie et les marchés.
LEWIS fait remarquer qu’ils « s’appuient à
la fois sur des informations ouvertes, des choix, et des sorties décentralisées
pour la prise de décisions. L’économie de marché ouvre
la voie à des demandes d’information et des groupes sociaux réclamant
que les gouvernements assouplissent leur contrôle ». Les conditions
contraires caractérisent souvent, quoique pas toujours, les régimes
autoritaires. Cela a certainement été le cas en Afrique.
Comme LEWIS le fait remarquer, le lien entre économie de marché
et démocratie est confirmé par le fait que chaque démocratie
mature au monde est également fondée sur une économie
de marché. James GWARTNEY de la Florida State University et Robert
LAWSON, de l’Université d’Auburn ont constaté que la liberté
économique est fortement corrélée avec le revenu et
la croissance. Les pays avec les degrés de liberté économique
les plus élevés ont tendances à avoir les populations
les plus riches et avoir une croissance plus élevée. Dans
leur publication, la liberté économique dans le monde : Rapport
annuel 2009, ils ont aussi constaté que la liberté économique
est fortement corrélée avec les droits politiques et libertés
civiles (telle que mesurée par Freedom House), et avec moins de
corruption (telle que mesurée par Transparency International).
Les gens qui vivent dans des pays avec des degrés
de liberté économique plus élevée ont tendance
à avoir plus de droits politiques et des libertés civiles.
Ils ont aussi tendance à connaître des degrés de corruption
moindres. En 2008, Larry DIAMOND a conclu une enquête sur ce qu’il
appelait « le recul de la démocratie ». Il a observé
que si la démocratie était devenue mondiale, il était
trop tôt pour célébrer son triomphe. Il a insisté
sur le « puissant reflux autoritaire » qui a provoqué
le glissement de certaines parties du monde vers une récession démocratique.
Contrairement à la thèse de ZAKARIA, qui voit la croissance
économique comme une condition de premier ordre pour la consolidation
de la démocratie, DIAMOND estime que seule une réforme en
profondeur
des instruments et des institutions de l’État démocratique
va créer les conditions nécessaires pour le décollage
économique et la durabilité des politiques de croissance.
En outre, Paul COLLIER de l’Université d’Oxford estime qu’une meilleure
démocratie ne peut pas, à elle seule, sauver les États
défaillants. Une « masse critique de personnes instruites
qui travaillent à améliorer la stratégie de réforme
» peut-être plus propice à un changement positif que
de bonnes institutions (par exemple, la démocratie ou les droits
politiques), sans minimiser l’importance de ces derniers. Quel que soit
le lien de causalité entre la croissance économique et la
durabilité de la démocratie, il ne fait aucun doute que le
suffrage universel et les autres formes superficielles de démocratie
détournent l’attention de la communauté internationale des
mauvais gouvernements dans les pays pauvres.
Les mauvais gouvernements et le développement humain en chute
libre en Afrique

L’absence historique et l’inégalité de la
diffusion actuelle de la démocratie en Afrique se reflètent
dans le déclin économique du continent. Le Ghana, par exemple,
fut le premier pays d’Afrique à obtenir l’indépendance de
la Grande- Bretagne en 1957. Même s’il s’agit aujourd’hui d’une démocratie
constitutionnelle, ce pays a souffert de 40 années de mauvaise gouvernance.
Comme le faisait remarquer le journal The Economist, les « récents
succès du Ghana doivent être tempérés par les
catastrophes antérieures ». À l’indépendance,
le Ghana était environ aussi riche que la Corée du Sud, mais
aujourd’hui il est 30 fois plus pauvre en termes de richesse par personne.
Selon le Rapport annuel 2006 du Programme des Nations Unies pour le développement,
les statistiques de l’Afrique sont inexorablement mauvaises. Les 23 pays
les plus pauvres dans le monde en termes de développement humain
sont tous africains. Principalement en raison de la propagation du VIH
et du sida, l’espérance de vie en Afrique a chuté à
46 ans, tandis qu’environ la moitié de tous les Africains n’ont
pas accès à de l’eau potable et 30 pour cent sont sous-alimentées
en permanence. Larry DIAMOND établit une corrélation entre
l’absence historique et, sur la plupart du continent, l’absence continue
de la démocratie libérale, et le sous-développement
chronique. Selon lui « le taux de survie n’est pas sans rapport avec
les données en matière de qualité de la gouvernance
». Il note que l’Afrique est encore « la région la plus
mal gouvernée dans le monde » aux côtés des pays
de l’ex-Union soviétique. Cela peut aider à expliquer pourquoi
l’Afrique se classe bon dernier, et par une large marge, dans sa moyenne
de l’indice de développement humain.
Toutefois, c’est seulement après des décennies
d’échecs économiques soutenus et de régression démocratique
que certaines institutions internationales ont reconnu que certains problèmes
économiques de l’Afrique étaient d’origine politique et économique.
La Banque Mondiale, par exemple, s’appuyant sur 45 années de vie
économique et d’expérience africaine, a constaté que
« l’effet de mauvaises mesures représente entre un quart et
la moitié de la différence de croissance anticipée
entre pays en voie de développement africains et non africains ».
Malheureusement, plusieurs commentateurs, comme Jeffrey SACHS, économiste
à l’Université Columbia, et des pop-stars telles que BONO
et Bob GELDOFF, rejettent ou minimisent l’importance d’avoir un bon gouvernement
comme déterminant clé de la performance économique.
Au lieu de cela, comme Peter LEWIS le fait valoir, les « optimistes
de l’Aide humanitaire » préfèrent expliquer la faible
croissance de l’Afrique en stigmatisant une « géographie défavorable,
une pénurie de capitaux, et le manque d’accès aux marchés
mondiaux ». La démocratie a besoin d’être approfondie
au-delà d’élections multipartites périodiques. En
effet, la Banque Mondiale elle-même reconnaît désormais
que pour augmenter la croissance, les pays doivent créer ce qu’ils
appellent une capacité institutionnelle comprenant la protection
des droits de propriété, l’exécution des contrats,
la promotion de la société civile, et la prévention
de la corruption par le renforcement des limites constitutionnelles.
Les avantages de la démocratie libérale pour l’Afrique
Les pays africains avec des opportunités similaires,
et faisant souvent face aux mêmes avantages et inconvénients,
ont des résultats différents selon les politiques mis en
œuvre. Le contraste frappant entre le Botswana et la Zambie avoisinante,
tous deux sans accès à la mer et riche en ressources et à
qui a été accordée l’indépendance à
la même période, est un cas exemplaire. À l’indépendance
en 1964, la Zambie était le deuxième plus riche pays d’Afrique,
alors que le Botswana était décrit par un officiel colonial
britannique comme un « morceau de territoire inutile ». Or,
le Botswana a adopté des politiques économiques favorables
au marché ancré et renforcé par un environnement démocratique
environnement qui l’a propulsé vers le groupe des pays à
revenu moyen supérieur. La Zambie, en attendant, se languit dans
le bas du classement sur le revenu, avec un niveau de revenu par habitant
à peine différent de ce qu’il était en 1960. Le revenu
par habitant du Botswana, ajusté à l’inflation et à
la parité de pouvoir d’achat, a été de 12.420 $ en
2007. Il était de 167 $ en 1960. La Zambie était 1,220 $
en 2007. En 1960, elle était de 984 $. La progression démocratique
du Botswana depuis son indépendance en 1966 sera examinée
ci-dessous. Mais la nationalisation des mines de cuivre par le gouvernement
et de l’instauration d’un système à parti unique qui a duré
25 ans devrait être considérée comme des jalons sur
la route vers la ruine de la Zambie. La transition de la Zambie de l’autoritarisme
plutôt bienveillant de Kenneth KAUNDA (1964-1991) à la kleptocratie
élue de son successeur, Frederick CHILUBA (1991-2001) illustre bien
les dangers inhérents à la démocratisation superficielle.
Au cours de son mandat, ce dirigeant démocratiquement
élu de la Zambie a gagné des dizaines de millions de dollars.
En 2008, un tribunal britannique a conclu que CHILUBA avait comploté
pour voler 40 millions de dollars, tandis que le gouvernement zambien a
affirmé avoir récupéré 60 millions de dollars
en gelant ses avoirs domestiques et à l’étranger. La Zambie
a seulement commencé à se redresser lorsque le successeur
de CHILUBA, Levy MWANAWASA, a commencé à instaurer des politiques
favorables au marché et une plus grande responsabilisation démocratique
de l’État après être devenu président en 2002.
Cependant, sa mort en août 2008 et l’élection suspecte de
son successeur en novembre 2008 suggèrent une fragilité de
la démocratie zambienne. L’accaparement des richesses par des élites
politiques avides a souvent lieu dansdes environnements complètement
autocratiques,comme le Soudan le Congo Brazzaville et le Gabon.Mais, comme
la Zambie le démontre, elle peut également se produire dans
les pays en apparence démocratiques. Ainsi, une grande partie de
l’Afrique reflète une piètre image quand il s’agit de la
corruption. Le rapport annuel Indice de perception de la corruption, publié
par Transparency International, qui note les pays sur une échelle
de 0 à 10, avec les chiffres faibles indiquant une plus grande perception
de la corruption. Selon l’IPC 2008, sur les 47 pays africains examinés,
30 n’ont pas atteint le 3 et 14 ont obtenu entre 3 et 5. Seuls trois pays
d’Afrique ont reçu plus de 5. Il s’agit du Botswana, de Cap-Vert
et de Maurice.En revanche, au Danemark, le pays le moins corrompu dans
le monde en 2008, a reçu 9,3. On pouvait s’y attendre, les trois
pays les moins corrompus ont également reçu les meilleures
notes parmi les pays africains étudiés par Freedom House.
La prédominance de la corruption provoque une variété
de problèmes. Elle peut décourager l’investissement privé,
et en même temps emprisonner les pauvres dans leur dépendance
à des prestations de services publics inefficaces, voire inexistantes.
COLLIER offre un exemple instructif de la corruption au
Tchad. Comme il l’écrit, « en 2004, une enquête de suivi
de l’argent débloqué par le ministère des Finances
au Tchad destiné à des cliniques de santé rurales.
L’enquête avait le modeste objectif de savoir combien d’argent avait
effectivement atteint les cliniques – sans chercher à savoir si
les cliniques l’avait bien dépensé, ou si le personnel dans
les cliniques savait si ce qu’ils faisaient, juste savoir où allait
l’argent. Étonnamment, moins de 1 pour cent des fonds atteint les
cliniques – 99 pour ne sont pas parvenus à sa destination ».
Avoir une bonne gouvernance est beaucoup plus dans les pays où les
services de l’État, ou son absence, peuvent littéralement
faire la différence entre la vie et la mort. La responsabilisation
est l’ennemi des pratiques étatiques opaques et des secrets officiels.
Mais dans de nombreux, si ce n’est la plupart, des États africains,
ces derniers sont très répandus. La Justice Initiative de
l’Open Society Institute, par exemple, favorise l’adoption des lois sur
la liberté de l’information, sur l’amélioration du système
de justice pénale, et, surtout, la création et la protection
de véritables droits pour les citoyens. Puisant dans ses travaux
pratiques dans ces domaines cruciaux à travers l’Afrique, l’organisation
a récemment conclu que « les processus politiques et les fonctions
de l’État restent en grande partie personnifiés par une figure
de l’élite et arbitraire dans la plupart des pays, tandis que les
fondations institutionnelles sont assez faibles. En conséquence,
l’abus du pouvoir de l’État continu d’aller sans être inquiété
».
En conséquence, les pays qui sont devenus plus
démocratiques entre 1975 et 2000 ont eu une croissance économique
plus rapide que leurs homologues moins démocratiques. Plus important,
l’étude n’a trouvé aucune preuve pour soutenir le soi-disant
« avantage autoritaire » pour le développement économique
parfois proféré en Asie et en Amérique latine. Au
lieu de cela, l’étude a révélé qu’il «
est difficile d’échapper à l’association entre des règles
anti-démocratiques et l’échec économique en Afrique
». Mais même dans les démocraties africaines, l’état
de droit et de la règle du plus fort continuent de se rivaliser.
La démocratie libérale est un puissant antidote à
l’autoritarisme politique. Sa diffusion est toutefois confrontée
à certains obstacles importants.
L’obstacle ethnique
Aucune autre région sur Terre ne présente
une propension au conflit et à la guerre civile comparable à
l’Afrique. Depuis la décolonisation, près de 40 pour cent
des pays africains ont connu la guerre civile. La violence continue de
faire rage à l’est du Congo. Ce conflit a, au fil du temps, touché
10 pays et coûté des millions de vies. Il n’est pas étonnant
qu’en 2007, 70 pour cent des 70000 casques bleus engagés dans le
monde entier aient été déployés en Afrique.
Les conflits en Afrique ne sont pas tous causés par des tensions
ethniques. La Somalie, par exemple, est un État ethniquement homogène.
Mais la plupart des tumultes violents de l’Afrique portent sur les différences
ethniques ou religieuses. Les colons européens ne se souciaient
guère de l’existence de sociétés ethniquement distinctes
et homogènes en Afrique au cours de la découpe du continent
à la fin du 19ème siècle. Les frontières coloniales
ont parfois morcelé les sociétés africaines traditionnelles
ou, dans certains cas plus inquiétants en termes de conflits futurs,
rassemblés des centaines de différents groupes avec peu ou
pas d’intérêts communs les unissant. À l’indépendance,
les frontières de ces États de fortune avec des populations
variées, souvent volatiles, et ethniquement mixtes ont été
laissées intactes. Il est possible que des partitions, comme celle
qui a séparé le Pakistan de l’Inde en 1948, aurait eu leurs
propres conséquences violentes. Mais la persistance du statu quo
colonial et, plus important encore, l’échec des puissances coloniales
et les dirigeants de l’indépendance pour établir des dispositions
constitutionnelles tenant compte des différences ethniques, ont
coûté cher à l’Afrique en termes économiques.
Par exemple, des études montrent que les pays qui ont connu une
guerre civile avaient un revenu moyen qui était environ 50 pour
cent moindres que les pays qui n’ayant pas connu de tel conflit. Les taux
d’investissement en capital humain et physique étaient également
inférieurs d’environ 50 pour cent dans les pays post conflit. Mais
au-delà des effets économiques et des niveaux extraordinaires
de souffrance humaine causée par les conflits ethniques, les appartenances
ethniques ont empêché la consolidation démocratique
et les conciliations politiques des minorités.
Dès 1979, le sociologue Pierre VAN DEN BERGHE a
averti que « si votre circonscription contient une majorité
démographique, le racisme peut facilement être déguisé
en démocratie. Bien entendu, le tour de main idéologique
c’est qu’une majorité ascriptive définie racialement n’a
rien à voir avec une majorité composée d’une coalition
dynamique d’individus… La règle de la majorité en Afrique
peut donc facilement devenir un voile pour la domination raciale ».
En d’autres termes, la politique de l’identité l’emportera sur la
politique d’intérêt. La plupart des partis politiques africains
ont des racines idéologiques superficielles. Ils sont beaucoup plus
définis à la fois dans leurs propositions politiques et dans
la perception des électeurs par les clivages régionaux ou
ethniques. En conséquence, la politique est souvent réduite
à une lutte à somme nulle entre les gagnants de la majorité
et les minorités exclues. En l’absence de dispositions constitutionnelles
qui tiennent compte des minorités, comme celles que l’on voit en
Belgique ou en Suisse, les majorités ont tendance à dominer,
et l’opposition tend à être faible et isolée. Bien
sûr, comme Jerry MULLER de la Catholic University of America l’a
observé, les identités politiques ethniquement définies
ne sont pas propres à l’Afrique. En effet, la stabilisation paisible
post-Seconde Guerre mondiale en Europe faisait suite à un violent
processus antérieur de séparation ethnique. « Dans
les régions de l’Europe, où la séparation n’a pas
encore eu lieu tels qu’en Yougoslavie la politique est susceptible de rester
abjecte », écrivait-il.
La persistance des conflits ethnonationalistes dans plusieurs
grands pays africains a aussi fait barrage à l’épanouissement
d’une société civile plus largement établie et d’institutions
nationales transethniques. Même dans les pays sophistiqués,
tels que l’Afrique du Sud, la récente vague de violence xénophobe
qui a éclaté de mai 2008 indique la prédominance de
sentiments nationalo-ethniques destructeurs. MULLER suggère que
bien que la démocratie libérale soit, par définition,
racialement et ethniquement inclusive, elle fonctionne mieux dans les unités
politiques qui sont en grande partie ethniquement homogènes. Bien
sûr, ce n’est pas simplement les identités tribales qui provoquent
des troubles civils et les conflits ethniques, mais l’incitation délibérée
à la violence de certains dirigeants sans scrupules. Comme l’écrivait
Robert GUEST de The Economist, « la plupart des conflits actuels
doivent leur persistance à la politique moderne, et non pas aux
passions primitives ».
La malédiction des ressources
L’ethnicité n’est pas le seul obstacle à
la démocratie en Afrique. Près d’un tiers des États
africains sont riches en ressources naturelles, et l’Afrique est un grand
producteur des minéraux et des métaux les plus importants
du monde, y compris l’or, les diamants, le platine, le pétrole et
le gaz. L’avantage économique immédiat issu de l’abondance
de tels minéraux varié due aux fluctuations des prix, est
contrebalancé par les effets néfastes des prix élevés
des matières premières sur les taux de change intérieur
et en conséquence le sous-développement de l’exportation
chez l’industrie locale. Néanmoins, le pétrole a eu un effet
presque entièrement négatif sur la progression de la démocratie
dans les pays producteurs de pétrole en Afrique et en particulier
en Angola, au Nigeria, en Guinée équatoriale au Congo Brazzaville,
au Gabon et au Soudan. Pas une seule des nations d’Afrique exportant du
pétrole n’est classée comme « libre » par Freedom
House. L’Afrique du Sud et le Botswana, tous deux producteurs de minéraux,
sont parvenus à obtenir cette note, mais ils n’ont pas de pétrole.
Selon HERBST, « une économie fondée sur les exportations
de minéraux durs, et notamment le pétrole, cultive l’autoritarisme,
parce qu’une grande part du total des recettes d’exportation est accaparée
par le gouvernement central. Les flux financiers relativement importants
alimentent les gouvernements qui, autrement, se seraient effondrés,
et il est très difficile pour les régimes autoritaires de
se retirer du pouvoir ».
Il est intéressant de noter que d’importantes réserves
de pétrole ont été récemment découvertes
au Ghana. Il reste à déterminer si cette nouvelle manne aura
un effet sur l’impressionnant classement démocratique. L’Angola
est l’un des exemples les plus flagrants d’un État despotique et
vénal alimenté par le pétrole. La production à
grande échelle de pétrole au large de la côte atlantique
dans les années 1960 a prolongé et alimenté la guerre
civile de 40 ans en Angola. Pendant cette période, 1 million de
personnes sur une population de 13 millions ont été tuées
et 1,7 million de personnes ont été déplacées.
Human Rights Watch a prétendu que les dirigeants angolais ont «
perdu » plus de 4 milliards de dollars de recettes de l’État
entre 1997 et 2002. Le cycle de guerres civiles et de violence a été,
à des moments importants, aidés par les revenus de l’industrie
extractive, et alors que la paix est revenue en Angola, la résurgence
de la violence dans le pays voisin riche en minéraux, la République
démocratique du Congo, suggère la poursuite de problèmes
similaires dans ce pays. Deux initiatives internationales récentes
pour modérer la violence et les pulsions autoritaires alimentées
par la lutte pour les ressources minérales ont donné des
résultats mitigés. La campagne mondiale contre les soi-disant
« diamants de sang » a abouti au « processus de Kimberley
», un instrument destiné à améliorer la transparence
et la responsabilité des dirigeants qui sont parmi les deux conditions
préalables les plus importantes pour les réformes démocratiques.
Cette initiative conjointe des gouvernements, de l’industrie
et de la société civile impose des exigences détaillées
à ses membres pour voir les expéditions de diamants bruts
se faire certifier « sans conflit ». Cela pourrait endiguer
le flot des pierres illicites, qui sont souvent utilisées par les
troupes rebelles pour financer les guerres en Afrique. Parmi les 74 signataires
se trouvent l’Angola, le Congo Brazzaville, la Côte d’Ivoire, la
République démocratique du Congo et la Sierra Leone. L’initiative
sur la Transparence des Industries Extractives (ITIE) est une autre tentative
d’établir des principes de bonne gouvernance en Afrique et qui a
été mis en place par le gouvernement britannique en 2003.
L’ITIE crée un cadre pour la transparence et la responsabilisation
dans les pays riches en minéraux. Elle exige par exemple une plus
grande publication financière des entreprises d’extractions étatiques
et privées et des gouvernements des pays en voie de développement.
Malheureusement, le seul pays d’Afrique qui soit pleinement conforme aux
critères de l’ITIE est le Libéria. Le processus de l’ITIE
est volontaire, et requiert une comptabilité honnête, des
textes législatifs, et un suivi attentif. Ce sont précisément
les caractéristiques d’une bonne gouvernance qui font défaut
à nombre d’États africains qui ont signé l’ITIE, mais
qui n’en satisfont pas les exigences.
Aide à l’étranger : ami ou ennemi de la démocratisation
?
Il doit y avoir l’équivalent de plusieurs forêts
d’études relatant l’échec de l’aide internationale pour atténuer
la pauvreté en Afrique. Robert GUEST écrit : Certains dirigeants
africains parlent parfois de la nécessité d’un plan Marshall.
Mais l’Afrique a bénéficié d’une aide équivalant
à six Plans Marshall depuis l’indépendance…Entre 1960 et
1992, l’Afrique a bénéficié d’aides totalisant environ
400 milliards de dollars américains ajusté à l’inflation.
Mais alors que le plan Marshall original a été un succès,
l’aide à l’Afrique n’a pas réussi à atténuer
la pauvreté sur le continent. Certains commentateurs estiment que
l’aide peut être bénéfique dans les pays où
des politiques économiques saines sont pratiquées dans un
cadre démocratique ancré dans la règle de droit.Toutefois,
cette conclusion a été contestée par plusieurs chercheurs
qui n’ont trouvé aucune preuve concluante que, dans un bon environnement
politique l’aide étrangère ait un effet positif sur la croissance
économique. L’échec de l’aide étrangère à
améliorer les taux de croissance économique et de développement
humain en Afrique n’a pas empêché les appels et les engagements
de son extension. En 2005, par exemple, Jeffrey SACHS de l’Université
de Columbia a appelé à un doublement de l’aide pour les nations
les plus pauvres du monde. Cette même année, le G8 s’était
engagé à doubler l’aide à l’Afrique, faisant ainsi
50 milliards de dollars par an.
Bien que nous n’ayons toujours pas vu ces sommes, le G8
a mis beaucoup trop d’accent sur l’aide et l’allégement de la dette
comme solutions aux problèmes de l’Afrique. L’Afrique a besoin d’adopter
des réformes économiques et politiques comme solution au
sous-développement. Alors que le G8 s’est également engagé
à s’attaquer aux distorsions des tarifs et des subventions agricoles
du monde riche qui nuisent aux exportations africaines, il est intéressant
de noter que la libéralisation des échanges n’a pas progressé
ces dernières années. L’échec des négociations
du cycle de Doha sur la libéralisation des échanges fait
peser un doute sur la réalisation future de cet engagement. Des
tentatives d’utiliser l’aide étrangère comme un levier pour
promouvoir et récompenser la démocratisation en Afrique ont
été beaucoup plus controversée dans leur portée
et douteuse dans leurs résultats.Il existe plusieurs exemples où
la combinaison des pressions étrangères et de l’opposition
domestique a entraîné le passage d’un système à
parti unique ou de la loi martiale à un système de multipartisme.
Le Kenya en 1991, par exemple, vient à l’esprit. Toutefois, même
dans ces pays, les résultats ont été mitigés.
Il saute aux yeux que récemment les gouvernements sortants ont conservé
le pouvoir après des élections entachées de flagrantes
irrégularités. On peut soutenir que des élections
multipartites, même imparfaites, créent plus d’espace démocratique
que le maintien d’un système de parti unique. Mais tandis que les
aides sous conditions ont eu un certain succès dans l’élargissement
de l’arène électorale, elle a été bien plus
inefficace dans la complexe tâche d’approfondir et de développer
la démocratie et les institutions qui la soutiennent. Dans son étude
approfondie sur les aides étrangères et la promotion de la
démocratie, Stephen BROWN de l’Université d’Ottawa conclut
que « les autocrates » survivent souvent à la pression
pour la démocratisation. La conditionnalité politique, telle
qu’elle est actuellement appliquée, peut être contournée.
De nombreux gouvernements africains apprennent rapidement à faire
le minimum de réformes nécessaire pour conserver leurs aides
: en permettant aux partis d’opposition de faire campagne, mais pas de
gagner ; en permettant à une presse indépendante de fonctionner,
mais pas librement ; en permettant à la société civile
de fonctionner, mais pas de manière efficace ; et de consentir à
ce que les élections aient lieu, mais jamais de remplacer le parti
au pouvoir. Comme BROWN le souligne, les pays allant de l’Éthiopie
à l’Ouganda ont mis en œuvre le strict minimum de réformes
pour satisfaire les organisations internationales.
En tout état de cause, beaucoup trop de programmes
d’assistance-démocratie sont techniquement biaisés et ne
parviennent pas à évaluer si la démocratie a pris
racine ou non. Trop souvent, les donateurs et les promoteurs internationaux
de la démocratie traitent les symptômes plutôt que les
causes, et n’ont pas d’expérience sur le terrain ou l’expertise
nécessaire pour contrôler l’efficacité des institutions
et de leur personnel. Il y a eu un fort soutien aux États-Unis pour
le principe de la conditionnalité et de la sélectivité
qui a été placée au cœur de la Millennium Challenge
Corporation, une initiative clé de l’Aide de l’administration BUSH.
Elle fournit des critères objectifs – fondée sur la bonne
gouvernance, une économie saine, et des politiques adressant la
pauvreté – que le pays bénéficiaire doit satisfaire
pour bénéficier d’une aide. Malheureusement, la MCC a été
critiquée pour avoir distribué de l’aide aux pays corrompus
comme le Sénégal. Au moins la MCC a été relativement
transparente dans son utilisation des évaluations de parties tierces,
comme celles publiées par Freedom House. La MCC est peut-être
une amélioration par rapport aux anciennes façons de dispenser
de l’Aide mais il est important de noter que la MCC s’ajoute, plutôt
qu’elle ne remplace, aux autres programmes d’aide. L’approche de l’approfondissement
empruntée par le leadership en Afrique frappe par son manque de
considération pour la société civile. Par exemple,
le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD)
de l’Union africaine qui a été lancé par les présidents
THABO MBEKI de l’Afrique du Sud et OLUSEGUN OBASANJO du Nigeria, et les
présidents ABDOULAYI WADE du Sénégal et ABDELAZIZ
BOUTEFLIKA de l’Algérie en 2001. Le NEPAD est une tentative d’obtenir
davantage d’Aide internationale, un allégement de la dette, et de
l’investissement en échange d’une amélioration de la démocratie
et d’une bonne gouvernance. Pourtant, ses actes fondateurs ne contiennent
aucune référence à des formations politiques autres
que les partis au pouvoir et les États. Cette omission explique
probablement, en grande partie, le manque de succès du NEPAD dans
la démocratisation de l’Afrique au cours des neuf dernières
années.
Le retour de la présidence impériale
La section précédente conduit au défi
central et peut-être le plus important de la démocratisation
en Afrique : l’enracinement des élites politiques en raison de l’absence
de contrepoids démocratiques et d’institutions indépendantes.
La survie du « néo-patrimonialisme » ou de la présidence
impériale, avec ses effets atrophiant sur la création de
contrôles et d’équilibres démocratiques, demeure un
obstacle majeur à une véritable démocratisation en
Afrique. Dans presque tous les pays africains, les améliorations
dans les perspectives démocratiques générales doivent
être nuancées par la survie, et souvent la prépondérance,
du « néo-patrimonialisme », connu en Afrique sous la
forme du leadership des « Big-Man ». Comme le professeur ghanéen
H. KWASI PREMPEH l’écrit, « le nombre maximal de mandats présidentiels
peut être limité en Afrique, mais en aucun cas ils n’ont été
domptés… Ils ont émergé des récentes séries
de réformes démocratiques avec leur puissance intacte… Il
y a plus de libertés individuelles et plus d’espace pour l’opposition,
mais les présidents africains continuent de contrôler les
ressources et le népotisme, ce qui signifie que la capture et le
contrôle de la présidence sont toujours l’unique ambition
des politiciens africains » Nous observerons ce phénomène
à l’œuvre dans diverses proportions dans chacun des quatre pays
spécifiques étudiés ci-dessous. Cependant, la plupart
des pays africains continuent aujourd’hui de témoigner de la persistance
de la domination présidentielle et l’absence de contrepoids démocratiques
efficaces. Les résultats peuvent varier dans chacun des cas, mais
les causes semblent être communes. Par exemple, très peu de
transitions démocratiques en Afrique ont été caractérisées
par des réformes constitutionnelles fondamentales. Les conférences
constitutionnelles ont été dominées par des questions
« d’accès », tels que des élections libres, la
liberté des médias, la durée du mandat, et ainsi de
suite. La plupart du temps peu d’attention, voir aucune, a été
accordé à l’établissement et l’approfondissement des
contrôles et équilibres démocratiques.
Même dans les pays où un tout nouvel ordre
constitutionnel a été créé, comme en Afrique
du Sud entre 1992 et 1994, la création d’un cadre politique soutenu
par une déclaration des droits, la séparation des pouvoirs,
et la création d’institutions indépendantes se sont révélées
très difficiles dans la pratique. L’écrasant poids politique
de la majorité du parti nouvellement élu lui a permis de
violer de nombreux édifices constitutionnels visant à lutter
contre la surconcentration du pouvoir. La persistance de la domination
par un seul parti dans de nombreuses démocraties d’Afrique – pour
des raisons d’appartenance ethnique, ce que l’on a appelé «
les dividendes de la libération », et à cause de la
faiblesse de l’opposition – a encore réduit l’efficacité
des mécanismes constitutionnels et a permis aux dirigeants du parti
majoritaire dans différents pays de détourner et d’abuser
leur pouvoir. En outre, l’expérience démocratique en Afrique
est relativement nouvelle. En conséquence, les assemblées
législatives et municipales et les gouvernements régionaux
font souvent preuve d’une dépendance pathologique au Président
et à son parrainage. Le contrôle de l’exécutif et la
création de contre-pouvoirs ont donné jusqu’ici des résultats
très mitigés. Il y a eu des cas récents de parlements
africains faisant barrage au pouvoir exécutif. Par exemple, en juillet
2008, le parlement du Kenya, maintenant contrôlé par l’opposition,
a adopté une motion de censure à l’égard du ministre
des Finances du président M. KIBAKI. En revanche, trois ans seulement
avant le chef de la lutte contre la corruption dans ce pays, John GITHONGO,
a été licencié lorsque ses enquêtes l’ont mené
trop proches de la présidence.
Cette expérience l’avait amené à
conclure que « une ère, débutant au milieu des années
1990 lorsque les gouvernements africains ont au moins essayé de
prendre la corruption au sérieux, s’est terminée ».
Le Nigeria, qui est devenu synonyme de corruption en Afrique, a fait subir
le même sort à NUHU RIBADU, la tête de sa Commission
anti-corruption. Après avoir été renvoyé en
2008 avant la fin de son mandat de sonder la corruption au plus haut niveau
de l’État, il a qualifié le mode de gouvernance du Nigeria
de « gangstérisme ». Il semble y avoir chez les forces
de l’opposition peu d’enthousiasme pour la réforme de l’État
et ses institutions. Au contraire, la plupart des militants de l’opposition
poussant au changement politique en Afrique ont, selon PREMPEH, «
été motivée par l’objectif à court-terme de
former le gouvernement eux-mêmes ». Il cite le cas du Ghana,
où l’enthousiasme pour les réformes exigées par le
New Patriot Party « a sensiblement diminué après avoir
obtenu le pouvoir ». Le pouvoir judiciaire, dans de nombreux pays,
a montré une grande amélioration depuis les années
1960. Dans de nombreuses juridictions, il a joué le rôle de
contrepoids efficace contre les excès présidentiels. Toutefois,
l’expérience varie selon les pays et il semble toujours avoir beaucoup
trop de cas où les tribunaux hésitent à s’en prendre
au pouvoir exécutif.
La première Cour africaine des droits de l’homme
et des peuples qui a siégé à Arusha, en Tanzanie,
depuis juin 2008, est un développement inspirant l’espoir dans l’institutionnalisation
d’une protection des droits de l’homme à l’échelle du continent.
Les compétences juridictionnelles de la Cour l’habilite à
rendre des arrêts obligatoires pour toutes les parties, y compris
les États signataires, qui violent la Charte africaine des droits
de l’homme et des peuples. Toutefois, seulement 24 des 53 membres de l’Union
africaine ont ratifié le protocole d’Arusha et sont donc soumis
à ses jugements. Malheureusement, les institutions panafricaines
ont tendance à refléter, et dans de nombreux cas renforcer,
les défauts démocratiques des États membres. Par exemple,
un rapport de 2008 par Amnesty International constate un déplorable
« manque de volonté politique de s’attaquer aux violations
des droits de l’homme qui, généralement, sont à l’origine
des tensions et des hostilités politiques ». Elle précise
également que le Conseil pour la paix et la sécurité
de l’Union africaine « échoué dans son mandat d’adresser
la dimension des droits de l’homme dans les conflits armés en Afrique
». Une pléthore d’autres institutions et de chartes, y compris
la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples de 1986 et la
Commission et la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, continuent
d’être inefficace à cause « d’obstacles politiques et
financiers ». Il y avait de considérables anticipations que
le mécanisme africain d’évaluation entre pairs (MAEP) du
NEPAD, qui contenait des dispositions pour l’évaluation d’un bon
gouvernement dans une tentative d’accroître l’aide internationale
et l’investissement à l’Afrique, donnerait des résultats
positifs. Malheureusement, les régimes les plus odieux, comme ceux
du Zimbabwe et du Soudan, ont tout simplement choisi de ne pas participer
au processus qui est, encore une fois, tout à fait volontaire. Le
gouvernement sud-africain a été largement accusé par
ses opposants internes de marginaliser l’opposition et les groupes de la
société civile du processus du MAEP. En conséquence,
Ian TAYLOR de l’Université St. Andrews note que « le NEPAD
restera un club pour les États africains et les Big Man qui les
dirigent ».
Tony LEON
actuel
Les Français depuis
moins de 10 ans
pourraient perdre leur nationalité
C'est un des deux amendements qui devraient être
arbitrés ces prochains jours, avant l'examen de la loi sur l'immigration
le 27 septembre. On en sait un peu plus sur le contenu de la loi immigration.
Le ministre de l'Immigration, Eric Besson, a annoncé ce vendredi
27 août sur RMC que les déchéances de nationalité
concerneront certains délinquants et criminels qui l'ont acquise
depuis moins de dix ans. Le quotidien Libération publie, lui, les
deux amendements que le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux,
veut voir adopter sur ce thème qui suscite un vif débat dans
la société française. Ces derniers, qui doivent faire
l'objet d'arbitrages dans les prochains jours, seraient intégrés
au projet de loi sur l'immigration examiné par le parlement à
partir du 27 septembre. Une réunion d'arbitrage présidée
par le président Nicolas Sarkozy discutera la "semaine prochaine"
de ces amendements. Les ministres concernés pourront apporter leurs
propositions.
Un délit de polygamie passible de 5
ans de prison
Le premier amendement crée un "délit
de 'polygamie de fait, escroquerie, abus de faiblesse'" passible de cinq
ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende. Si l'infraction est commise
en profitant de l'état d'ignorance ou de la situation de faiblesse
du partenaire, les peines seraient portées à sept ans de
prison et 100 000 euros d'amende. A cela s'ajoute la déchéance
de la nationalité. L'autre amendement prévoit que les personnes
naturalisées depuis moins de dix ans perdraient la nationalité
française en cas de condamnation à cinq ans de prison ou
plus pour un crime ou délit visant un représentant des forces
de l'ordre mais aussi un pompier, gardien assermenté d'immeuble,
juré ou avocat, voire un conjoint, descendant, ascendant ou toute
personne vivant habituellement au domicile de ces personnes, écrit
Libération. Selon Eric Besson, "il faut se mettre d'accord sur la
notion d'origine étrangère, c'est: ayant acquis récemment
la nationalité française. Dans les conventions internationales
c'est simple, c'est réglé, c'est moins de dix ans".
Cette volonté du gouvernement de déchoir de leur nationalité
certains délinquants d'origine étrangère risque, selon
de nombreux élus de l'opposition et même de la majorité,
de se heurter au refus du conseil constitutionnel.
Comprendre la montée
des tensions au lendemain de l'élection présidentielle en
Côte d'Ivoire.
Par Catherine Gouëset
Une élection à
haut risque
Après six années de report, l'élection
présidentielle en Côte d'Ivoire se tient dans un pays traumatisé
par la division nord/sud. Latente au cours de la campagne électorale,
la tension a commencé à monter dès le premier tour,
le 31 octobre. Les reports successifs de l'échéance, avaient
perverti le débat, empoisonné par la tentation populiste
et le calcul ethno-régional. La débauche de moyens à
la disposition du président candidat Laurent Gbagbo semblait alors
devoir jouer en sa faveur, au détriment de son challenger Alassane
Ouattara (Lire Les jeux et les enjeux des élections en Côte
d'Ivoire). Quelques jours avant le deuxième tour, alors que la campagne
a été marquée par des affrontements ayant fait un
mort, Laurent Gbagbo a imposé un couvre-feu au soir du vote. Le
jour fatidique, les camps des deux candidats s'accusent mutuellement d'intimidations
contre les électeurs. Nerveux, le camp Gbagbo annonce ce mardi qu'il
a saisi la commission électorale "pour faire en sorte que (les)
résultats soient invalidés" dans au moins trois régions
du nord. Des incidents éclatent, notamment au sein de la commission
électorale où des partisans du chef de l'Etat empêchent
l'annonce de résultats partiels du second tour de la présidentielle.
Des rumeurs concordantes expliquent cette nervosité par le constat
de la victoire de d'Alassane Ouattara.
L'arrière plan historique
de la crise
Le "pays des éléphants" accède
à l'indépendance en 1960 sous la houlette de Félix
Houphouët-Boigny, partisan d'une coopération étroite
avec la France. Le pays connaît jusqu'en 1980 une transformation
économique spectaculaire; on parle alors de "miracle ivoirien".
Mais à partir du milieu des années 1980, la situation se
dégrade et les dettes de l'État s'accroissent. Jusqu'à
sa mort en 1994, Félix Houphouët-Boigny parvient à éviter
les tensions communautaires dans un pays composé de plusieurs groupes
ethniques qui a attiré nombre d'immigrés pendant les années
de croissance. Son successeur, Henri Konan Bédié, souffle
au contraire sur les braises des divisions ethniques en développant
le concept d'"ivoirité", provoquant un climat de plus en plus délétère
qui aboutit à 15 années d'instabilité. A l'issue d'une
élection controversée, Laurent Gbagbo est investi président
en octobre 2000. Un coup d'Etat manqué en septembre 2002 aboutit
à la partition de la Côte d'Ivoire en un sud loyaliste et
un nord tenu par la rébellion. La France intervient, déployant
l'"opération Licorne". En 2003, un accord signé à
Marcoussis prévoit la création d'un gouvernement de réconciliation
nationale et des élections crédibles et transparentes. Mais
la présidentielle sera reportée six fois, jusqu'au premier
tour le 31 octobre 2010.
Pourquoi tant de haine
Une aversion mutuelle ancienne et tenace sépare
les deux candidats. Le fondateur du Front populaire ivoirien (FPI) n'a
jamais pardonné à Ouattara, alors chef du gouvernement de
Félix Houphouët-Boigny, d'avoir avalisé sinon ordonné
son emprisonnement. Et il le considère toujours comme l'inspirateur
et le financier de la rébellion nordiste qui, en septembre 2002,
faillit lui coûter son fauteuil. Quant à ADO, il rêve
d'effacer l'"injustice" que constitue à ses yeux son éviction
passée de l'échiquier politique (Lire Gbagbo-Ouattara au
bout du suspense).
Pourquoi l'élection a
tant tardé
La Côte d'Ivoire attend ces élections
depuis la fin officielle du mandat de Laurent Gbagbo en 2005. Laurent
Gbagbo est surnommé le "boulanger d'Abidjan". Il doit ce sobriquet
à son aptitude à rouler son monde dans la farine. Arrivé
au pouvoir en l'absence d'adversaire à sa mesure, les chances de
sa réélection n'étaient pas gagnées d'avance
; déjà en 2006, le géographe Christian Bouquet, estimait
le parti des héritiers de Félix Houphouët-Boigny, le
PDCI était beaucoup mieux implanté dans le pays que le RDR
de Ouattara et le FPI de Gbagbo. Il s'est depuis lors efforcé d'éluder
le scrutin. Issu de l'ethnie minoritaire bété, le président
sortant a néanmoins réussi à élargir sa base
électorale, notamment à Abidjan, y compris au sein de bastions
populaires réputés acquis à l'opposition. Il a su
tirer profit du brassage urbain et de l'émergence d'une génération
de jeunes électeurs, moins perméables que leurs parents provinciaux
aux thématiques communautaires. L'attitude de l'électorat
baoulé de l'ancien président Henri Konan Bédié,
aura joué un rôle déterminant pour l'issue dus scrutin,
son score de 25% lui ayant conféré un statut de faiseur de
roi.
|
Humeur
La
dignité de l'homme exige qu'il porte la burqa
par
Pierrette Fleutiaux
Si j'étais un homme pieux,
voici ce que je proposerais. La femme est un être faible, soumis
à toutes les tentations, nous le savons depuis la nuit des temps.
Elle est concupiscente, tout entière la proie de pulsions condamnables.
Son corps aspire à celui de l'homme, la société doit
maîtriser ce corps, dès son plus jeune âge. La burqa
peut sembler une réponse appropriée. Contraindre les mouvements
de la femme, la ramener à la modestie, encadrer les désirs
sauvages qui lui sont naturels, qui troublent son esprit et corrompent
la société, relève du devoir de l'homme respectueux
de l'ordre divin. Cependant, peut-être avons-nous fait erreur non
pas dans l'interprétation de la loi divine, mais dans les moyens
de la mieux appliquer. En effet, les yeux de la femme, même derrière
un grillage, même dans la fente du niqab, restent libres. La vision
périphérique en est certes limitée, mais la perversité
naturelle de la femme lui fera trouver le moyen de contourner ce léger
handicap. La femme en burqa continue de voir. On imagine quelles turpitudes
alors peuvent agiter son esprit. Cachée sous son voile intégral,
la femme peut encore se livrer à la débauche mentale. Une
solution serait de l'aveugler totalement, par le moyen d'un bandeau ou
tout autre moyen non cruel mais efficace. Cette solution est à écarter
: la femme ne pourrait plus en effet accomplir les tâches auxquelles
la destine sa condition subalterne : nourrir l'homme et ses fils, conduire
les fils de l'homme à l'école, et faire toutes choses qui
dégagent l'homme des tâches matérielles, facilitent
l'exercice de son vouloir et son étude des textes sacrés.Je
soumets ici une modeste proposition à mes frères.
Que les hommes portent la burqa,
qu'ils s'approprient ce vêtement que dévoie trop facilement
la femme. L'homme est beau, l'homme est la création première
de Dieu, la femme le désire indécemment. Ne lui donnant pas
la liberté de convoiter, ne tentons pas sa faible nature. Voyez
l'homme derrière lequel marche la femme en burqa. Même voilée,
justement parce que voilée, elle a toute licence de contempler les
bras que montrent les chemisettes d'été, les pieds dans les
sandales, les fesses agiles et les jambes qui se devinent sous les pantalons,
les poitrines mâles et les visages nobles. L'homme croit avoir mis
la femme à l'abri de tout danger dans sa prison portative de la
burqa. En réalité, il lui accorde une liberté scandaleuse.
L'homme en burqa brisera net l'élan
pervers de la femme. Ces yeux brillants, qui transpercent le voile le plus
épais, se heurteront à un mur. Ainsi privée dans la
journée, elle n'en sera dans sa maison que plus portée à
répondre aux besoins sexuels légitimes de son époux.
Que la femme aille dans la rue dans les atours aguicheurs qu'elle ne manquera
pas de se choisir. Son regard s'épuisera sur les autres femmes,
elle y verra comme dans un miroir sa propre indécence, sa futilité
même la détournera de toute compétition malsaine avec
l'homme. Quant à cette exposition de la féminité,
elle ne saurait nuire à l'homme. Il s'y verra conforté dans
son incontestable supériorité. Il saura, dans les autres
burqas, reconnaître les hommes pieux et respectueux de la loi, et
ainsi renforcera nécessairement la belle et indispensable communauté
masculine.
ORDRE DIVIN
Repoussons cette croyance absurde
qu'il faudrait voiler les femmes pour que les hommes ne soient pas portés
à désirer celles d'autrui. Une telle croyance est mécréante
: elle accrédite l'idée que l'homme a été créé
libidineux, violeur par nature et faible devant ses désirs. Et que,
devant toute femme passant sous ses yeux, s'éveille aussitôt
en lui la pulsion de lui sauter sur le râble pour consommer l'oeuvre
de chair. L'homme a en lui la force de l'âme et le respect naturel
de l'ordre divin. L'homme n'a rien à craindre des misérables
appâts de la femme. Enfin, reconnaissons qu'il y a grand danger à
abandonner les fils de l'homme aux soins de la femme. Son faible entendement
ne peut que leur nuire. A l'homme de prendre en charge l'homme dans le
nourrisson, à lui de le langer, le nourrir, le soigner. Une fois
sa tâche reproductive accomplie, que la femme dirige ses agissements
erratiques vers l'extérieur, qu'elle s'en aille piailler dans les
assemblées publiques, mais que ses miasmes ne corrompent plus le
foyer sacré de l'homme. La dignité de l'homme exige qu'il
porte la burqa. La burqa est faite pour l'homme.
Pierrette Fleutiaux
Ecrivaine |
|

mondialisation
Les
élites des banlieues françaises choyées par… les Etats-Unis
En France, le « diversity management »,
la gestion de la diversité, a du mal à passer des bonnes
intentions aux actes. Outre-Atlantique, c'est une réalité.
L'ambassade américaine à Paris repère et forme les
jeunes français prometteurs issus des quartiers populaires via son
programme de « visiteurs internationaux ».
Aux Etats-Unis, c'est un concept politique. Et il s'enseigne. Le «
diversity management » (gestion de la diversité), dans un
pays qui vient d'élire son premier président noir, est l'un
des thèmes de l'« International Visitors Program » (Programme
pour les visiteurs internationaux). Chaque année, ils sont 4.000
jeunes, dont une trentaine de Français conviés aux Etats-Unis
pour trois semaines de séminaire. Ressortissants des pays où
les Etats-Unis ont une ambassade, issus des formations de jeunesse des
partis ou d'associations jugées influentes, ils sont appelés
à être la future élite de leurs pays et sont invités
à ce séminaire où l'on évoque aussi bien le
manque d'accès à l'eau courante en Alabama que l'évolution
des droits civiques. Le programme est en place depuis soixante ans. En
leur temps, Nicolas Sarkozy, François Fillon ou Laurent Fabius y
ont participé.
Mais depuis la fin des années 1990, l'Oncle Sam n'invite pas
chez lui que les nouveaux diplômés de grandes écoles.
« On regarde ce que les jeunes font sur le terrain, pas quelle école
ils ont fait. Ceux qui fondent un magazine ou une association de réflexion
sur la banlieue sont forcément des gens d'avenir », explique
Lora Berg, attachée culturelle de l'ambassade américaine
à Paris, dont tous les employés sont invités à
repérer les jeunes prometteurs. Mais c'est surtout une Française,
Randiane Peccoud, qui supervise ce travail. Réunions, lancement
de projets, bouche-à-oreille… L'ambassade suit tout ce qui bouge
dans les quartiers populaires, avec des techniques de réseau classiques.
Elle dispose aujourd'hui de la meilleure liste de la diversité en
France.
« Le pouvoir se prend »
Invitée à Washington en tant que fondatrice de l'association
Les Indivisibles (lire ci-contre), Rokhaya Diallo pense que, « contrairement
à la France, les Etats-Unis ont compris qu'il y avait des Noirs,
des Beurs, des Ultramarins qui peuvent compter. Pour des raisons démographiques,
il y en a qui perceront ». Et donc, autant les aider. Le séminaire
comporte aussi une branche consacrée aux techniques de campagne
politique. Les conseillers en communication démocrates y enseignent
comment démarcher les électeurs en porte-à-porte,
comment se constituer un réseau. « Ce que j'en ai tiré,
c'est que le pouvoir ne se demande pas, il se prend », s'enthousiasme
Reda Didi, fondateur du think tank Graines de France.
Car ce programme révèle une différence de fond
entre la France et les Etats-Unis. Dans un pays qui pratiquait la ségrégation
il y a cinquante ans, les minorités participent aujourd'hui aux
conseils d'administration et sont dans les plus hautes sphères politiques.
« La France continue de traiter les questions de diversité
comme si elle était obligée, elle n'a pas compris qu'il en
allait de sa propre dynamique », observe Marc Cheb Sun, fondateur
de « Respect Mag ». « Aux Etats-Unis, la diversité
est vue comme une grande force. Même s'il y a des signes encourageants,
ce n'est pas encore le cas en France », souligne Lora Berg.
Les participants semblent satisfaits : les Etats-Unis leur portent un
intérêt qu'ils disent ne pas recevoir en France. « Les
mêmes personnes qui sont discriminées en France sont promues
aux Etats-Unis », résume Rokhaya Diallo. « J'ai envoyé
un tract sur mon think tank aux députés français ;
personne ne m'a répondu. Par contre, ça a enthousiasmé
plusieurs membres du Congrès américain », ajoute Reda
Didi. Comme les autres, il assure toutefois ne pas avoir mis son sens critique
dans sa poche pour succomber à un nouveau rêve américain.
CORENTIN BAINIER
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A propos de l'article "Le renforcement du négationnisme
du génocide des Tutsis"
de Benjamin Abtan publié dans Le Monde.Fr
D’après Mr. Abtan, le flou serait la caractéristique première
du discours négationniste. Je trouve que c’est inquiétant
pour lui, qui pourtant commence par « Soyons précis »,
car il fait un large usage de ce flou et en maints points de son exposé,
on voit un épais nuage de brouillard descendre très opportunément
pour cacher l’un ou l’autre détail qu’il serait incommode de faire
cdrer avec son exposé. Ainsi, « avant d'être chef
de l'Etat rwandais, Paul Kagame a été un chef de guérilla
». Précisons un peu : depuis 1990, il menait une guerre
civile contre le gouvernement d’Habyarimana et en 1994, il était
engagé, comme d’autres composantes du paysage politique rwandais
dans un processus de dialogue censé mettre fin à et
cette guerre. Il a rompu ses engagements et « à la tête
du Front patriotique rwandais il a pris le pouvoir à Kigali ».
Ce faisant, il s’est écarté du processus d’accès pacifique
au pouvoir que l’on s’efforçait d’instaurer. La justification de
son action est qu’en s’emparant du pouvoir par la force, il «
mettait fin au génocide qui se déroulait sous l'impulsion
des forces politiques qui dirigeaient alors le pays ». Ce qui
est clair, c’est qu’au deuxième paragraphe de son texte, déjà,
Mr. Abtan pose comme des faits avérés et incontestables deux
postulats du Credo du FPR : 1° Il y a eu un génocide. 2°
Il a eu lieu sous l'impulsion des forces politiques proches d’Habyarimana,
plus particulièrement de son beau-frère, généralement
désigné comme animateur de l’hypothétique Akazu. (On
voudra bien noter que des deux points, le 2° est le plus important,
parce que sans un lieu de décision central, il n’y aurait pas de
raison de prétendre qu’il y a eu un seul génocide. Et sans
lieu de décision et d’organisation, il n’y aurait pas de génocide
du tout, la définition de ce crime étant liée à
la préméditation).
Venons-en au nœud de l’article : « dire, comme on l'entend
de plus en plus depuis la parution de ce rapport, que ce qui s'est passé
au Rwanda en 1994 est "trop compliqué" pour en parler publiquement
avec clarté, qu'il faut attendre que les événements
politiques actuels soient analysés avec la distance du temps pour
affirmer la simple vérité historique du génocide,
que tout ça, finalement, n'est pas si clair qu'on voudrait bien
nous le dire, et donc qu'il est délicat de qualifier de génocide
le meurtre collectif et organisé de quelque 800 000 Tutsis entre
avril et juillet 1994, c'est participer du renforcement du discours négationniste
».
« Depuis la parution de ce rapport » (du HCDH de l’ONU)
est inexact. Depuis 1994, des thèses que MM. Kagame et Abtan qualifieraient
de négationnistes (car, pour eux, est négationniste ou même
génocidaire tout qui n’admet pas ce qui pour Kigali est la Loi et
les Prophétes : un génocide et un seul, organisé
par l’introuvable Akazu), ont été avancées, non seulement
par Pierre Péan, mais par diverses autres personnes. Il est vrai
qu’avec le rapport HCDH, et la sortie d’un livre de Mr. Péan, les
évènements d’Afrique Centrale dont les massacres rwandais
de 94 ont connu un renouveau d’attention médiatique. Il est toutefois
étrange qu’un auteur prônant le « dialogue des mémoires
» et membre de « SOS Racisme », comme Benjamin
Abtan se plaigne de voir l’attention se tourner vers le souvenir
d’un crime abominable et certainement inspiré par des sentiments
relevant du racisme. S’il y a un fait qui a relancé l’attention
des négationnistes, ce n’est ni le rapport de l’ONU, ni la parution
de la dernière œuvre de Pierre Péan. C’est la constatation
qu’à Arusha, le TPIR a dû conclure le procès de Théoneste
Bagosora, le dernier prévenu de « planification de génocide
» par un acquittement pour ce chef d’accusation. On se retrouve donc
dans une situation juridique insoutenable : un crime sans coupable. Les
prévenus poursuivis pour la planification du « génocide
» ont été acquittés et l’Akazu est plus que
jamais un fantôme, un ectoplasme. Il est donc légitime à
partir de là de poser deux questions (et je dis bien questions,
ou si l’on veut, hypothèses d’enquête.) « N’y aurait-il
pas eu plus d’un génocide ? » et « Sans Akazu,
donc sans rien qui témoigne de la préméditation, peut-on
encore parler de génocide ?»
Et qui a dit « qu'il faut attendre que les événements
politiques actuels soient analysés avec la distance du temps pour
affirmer la simple vérité historique du génocide »
? Ceux qui remettent en question non les faits mais leur interprétation
unilatérale n’ont cessé de réclamer des enquêtes,
pour la simple raison que les témoins vieillissent et sont mortels,
et n’ont cessé de se heurter à des obstacles mis par le pouvoir
rwandais ou à ses tentatives pour orienter toute recherche dans
la « juste ligne » de sa thèse.
Et quels faits ? « Le meurtre collectif et organisé
de quelque entre avril et juillet 1994 » ? On est plus prudent
à Kigali, où l’on évoque le meurtre de 800 000 personnes,
Tutsi et Hutu modérés. Les négationnistes affirmeraient
qu’il est « délicat de le qualifier de génocide
». Là, Mr Abtan joue sur les mots, et d’une manière
qui n’est pas bien belle car, s’agissant précisément de victimes
et de massacres, il est difficile d’être simplement comique. Le mot
« génocide » a plusieurs sens. Notamment un sens populaire
et un sens juridique. Dans le langage populaire, il est assez commun de
parler de génocide dès qu’un massacre prend de grandes proportions,
surtout si la nouvelle s’accompagne d’images de charniers ou de cadavres
en tas. On l’emploie alors comme pratiquement interchangeable avec «
massacre », « tuerie », « hécatombe »
ou « boucherie ». On parlera alors aussi, par exemple,
d’homicide, de meurtre ou d’assassinat, alors que dans le langage juridique,
ce n’est pas la même chose ! Dans ce même langage juridique,
« génocide » a lui aussi un sens précis,
qui inclut l’idée d’extermination d’un groupe ethnique bien défini,
ainsi que celle de préméditation. Dans ce dernier sens (qui
est bien sûr celui où l’on emploie le mot lorsqu’on remet
en cause le discours officiel imposé par Kagame) où il renvoie
à la définition en Droit d’un crime précis, il appartient
à une catégorie de mots avec lesquels, si on suivait Mr.
Abtan, on ferait du « négationnisme » tous les jours,
car il ne s’en passe pas un sans que, quelque part, un tribunal décide
de « requalifier » des faits, de décider, par
exemple, que tel crime, jusque là qualifié de «
meurtre » sera jugé comme « homicide ».
Jouant sur cette équivoque, l’auteur veut donner l’impression que
tous les critiques de la thèse de Kagame nient purement et simplement
le massacre. Alors qu’ils se bornent à constater que 800 000
victimes, Tutsi et Hutu modérés, cela fait un massacre
rwandais, et certainement un des plus grands crimes politiques de l’histoire,
mais pas un génocide et que, l’Akazu s’étant avéré
plus évanescent que le vaisseau fantôme, la préméditation,
indispensable pour qu’il y ait génocide, n’est pas établie.
Comme mon tempérament m’incline à détester faire
des critiques en forme de démolition, je dirai avec soulagement
que je suis pleinement d’accord avec Mr. Abtan lorsqu’il écrit que
le « flou » « empêche la transmission de la connaissance
historique de l'événement, perpétuellement remise
à plus tard, alors que les voix de certains témoins directs
s'éteignent avec leurs disparitions..., il sert à couvrir
les responsables,… profite à ceux… qui portent une responsabilité
dans la préparation, l'organisation ou la perpétration du
génocide et qui cherchent à se soustraire à l'examen
de celle-ci » et qu’il faut « que la vérité historique
soit dite avec force et que la justice soit faite ».
Il faut, avant la disparition des témoins, se livrer aux enquêtes,
notamment celles que voulaient entreprendre Carla del Ponte ou Naveneteen
Pilay, qui ont été entravées par le gouvernement de
Kagame. Il faut que cessent les intimidations qui consistent à traiter
de « génocidaire » des gens qui en 1994 n’avaient même
pas l’âge de raison, mais se trouvent être d’un autre avis
de Kagame. Il y a surtout la vérité historique qui doit être
dite avec force et la justice qui doit être faite à propos
de l’ensemble de crimes monstrueux qui a endeuillé le centre de
l’Afrique au tournant du siècle, et dont les massacres du Rwanda,
entre avril et juillet 1994, ne sont qu’un épisode. Ces événements,
pour la seule RD Congo ont fait plusieurs millions de morts. Il faudra
bien qu’un jour en parle… même si cela nuira sans doute un peu à
la réputation de Kagame.
Guy De Boeck
Demain
la R.D. Congo
Qui gagnera les élections
présidentielles de 2011 ?
Il y a, au jour d’aujourd’hui, de plus en plus de compatriotes qui
estiment que notre pays est sous occupation et qu’il ne sert à rient
d’aller aux élections sans que les occupants soient mis hors d’état
d’agir. C’est se voiler la face que d’ignorer cette approche de la marche
socio-politique de notre pays. N’empêche qu’il y en ait aussi qui
croient en l’avènement d’un autre Congo à partir du processus
démocratique promoteur d’institutions républicaines au service
de nos populations. D’autres compatriotes encore croient tout simplement
dans un changement quel qu’il soit, pourvu que notre pays se débarrasse
des gouvernants actuels. Des radicaux , des modérés et des
opportunistes se retrouvent dans l’un ou l’autre camp.
Le but de cet article est d’étudier certaines questions liées
à l’organisation probable des élections présidentielles
en 2011 et à la lecture qu’en font « les experts es Congo
». En effet, en lisant certains médias dominants et certains
textes des « experts » du Congo sur ces élections, il
y a des questions qui méritent d’être posées. Prenons
un premier exemple. Comment une étude aussi fouillée que
celle menée dernièrement par l’ICG ( Congo : l’enlisement
du projet démocratique du 8 avril 2010) constatant que « la
consolidation de la démocratie a été reléguée
au second plan » face aux paradoxes dans lesquels s’enferment les
gouvernants actuels puissent encore croire que leur chef sera reconduit
aux échéances électorales prochaines ? Revenons à
ces paradoxes.
Sous peine de s’adonner aux cinq chantiers et de travailler au retour
de la paix à l’est, les gouvernants actuels renoncent aux réformes
promises au début de leur mandat et prévues par la Constitution
(de Liège ?). « Cela constitue, écrivent les experts
de l’ICG, un premier paradoxe : le retard observé dans les réformes
promises, telles que la décentralisation ou la réforme du
secteur de la sécurité, fragilise davantage le régime.
Ce retard a largement contribué à amplifie les crises sécuritaires
qui se sont manifestées depuis 2006. Les affrontements au Bas-Congo,
au Kivu et plus récemment en Equateur ont démontré
que des institutions politiques provinciales faibles ne peuvent pas faire
face à certains conflits locaux qui dégénèrent
rapidement. » Ce paradoxe prouve que « loin de s’incarner dans
des institutions, l’application des principes constitutionnels dépend
de la bonne volonté des gouvernants. » De ce constat à
croire qu’il y a lieu « de donner un second souffle aux réformes
démocratiques » avec les mêmes acteurs politiques «
sans volonté politique », il y a une marge de l’ICG semble
franchir.
Le second paradoxe. « La nature politique des solutions recherchées
est au centre d’un seconde paradoxe : sous prétexte d’avoir contribué
à doter Kabila d’une autorité souveraine par vertu d’une
élection réussie, la communauté internationale s’empêche
de critiquer ou de dénoncer les choix et pratiques anti-démocratiques
du régime congolais. » Ici, quand l’ICG lit dans cette façon
de faire un paradoxe, nous nous y voyons l’hypocrisie de la communauté
dite internationale et sa capacité d’instrumentaliser les institutions
démocratiques au profit de ses hommes et femmes liges. Nous ne le
dirons jamais assez : « La communauté du marché mondialisé
avait besoin de faire du Congo un réservoir des matières
premières où elle pouvait puiser à sa guise. La réussite
de ce projet été lié à la mise sur pied d’un
réseau de « nègres de service » dont Joseph Kabila
est un membre parmi tant d’autres. »
Dans cette perspective, il devient plus ou moins facile de comprendre
que l’ICG, malgré son diagnostic négatif de la gouvernance
du pays sous Kabila, écrive ce qui suit : « Kabila,
qui conclut son premier mandat en 2011, garde de grandes chances d’être
réélu sans un tel recours (à la révision constitutionnelle).
Malgré l’érosion de sa base électorale dans l’Est
du pays en raison des violences permanentes au Kivu et en Province Orientale,
l’opposition ne semble pas de lui opposer un candidat puissant aux prochaines
élections présidentielles. »
Etonnant ! L’avenir du Congo se jouerait entre les acteurs politiques
actuels (majorité et opposition) et la communauté dite internationale
! Curieux ! Cette analyse fouillée de l’ICG ne tient pas compte
du fait que tous les Congolais n’ont pas participé à «
la mascarade électorale » de 2006 ; que la classe politique
actuelle n’est pas représentative de toutes les capacités
et énergies dont notre pays regorge ! C’est comme si cette analyse
participait d’un matraquage psychologique (comme plusieurs autres du même
genre) visant à orienter les choix futurs des compatriotes ! Elle
semble avoir la prétention de connaître et de maîtrise
le mode de fonctionnement des Congolais(es) !
Selon cette étude, Kabila gagnerait en 2011 sans base électorale
! Curieux ! Ses alliances avec le CNDP qui gouverne réellement une
bonne partie de l’Est de notre pays n’auraient rien à voir avec
2011 ! Non. L’ICG n’est pas dans le secret des Congolais(es). Il
risque d’être surpris. Kabila tient à conserver sa base électorale
à l’Est. Des sources dignes de foi nous ont confirmé que
son ami Kamerhe, à défaut de le soutenir au vu et au su de
tous, ne lui mettra pas les bâtons dans les roues ; il ne se présentera
pas en 2011. Leurs parrains communs lui auraient demandé d’attendre
2016. Non. L’ICG n’est pas dans le secret des Congolais : « Le Congo
n’aura plus un deuxième Mobutu ». Si nous considérons
le champ électoral comme l’un des lieux où la lutte politique
devrait se mener chez nous, d’autres acteurs politiques risquent de rendre
l’équation plus compliquée que « les experts es Congo
» ne le croient. De Kinshasa, nous avons appris par exemple qu’un
groupe de plus de 100 étudiants de nos universités et instituts
supérieurs font appel à un candidat qui avait désisté
en 2006, un avocat du Barreau de Kinshasa et un expert en droit humanitaire
international, Guillaume Ngefa. Ils estiment, après un constat de
l’échec des gouvernants actuels sur tous les plans, qu’il devra
être leur candidat aux élections de 2011.
Dans un article intitulé Kabila a-t-il déjà gagné
2011 ?, Afrikarabia écrit ce qui suit : « Notons enfin Guillaume
Ngefa, avocat au Barreau de Kinshasa, actuellement fonctionnaire des Nations
Unies et spécialiste des droits de l’homme. Initiateur et président
honoraire de ASADHO, il a dénoncé la dictature sous Mobutu,
puis sous l’AFDL. Selon certain observateur, « discret, perspicace
et convaincu pour ses idéaux, Guillaume Ngefa est un présidentiable
à prendre au sérieux ». Ce qui apparaît comme
une évidence pour certains milieux « internationaux »
ne semble plus l’être pour certains médias alternatifs et
certains milieux congolais avertis. Et plusieurs compatriotes amoureux
de leur pays et travaillant pour un autre Congo sont « invisibles
».
De toutes les façons, un fait est sûr : « Les petits
restes, les minorités organisées et les autres ascètes
du provisoire Congolais luttent sur plusieurs fronts. Un temps viendra
où ils vont étonner le monde entier. Les élections
hypothétiques de 2011 ne sont pas gagnées d’avance. »
L’erreur à éviter serait que le front gagnant puisse exclure
les autres. Il y a là un travail anticipatif à abattre…
J.-P. Mbelu
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Demain
la R.D. Congo |
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