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Au fil de l'actualité
Analyse

La tragédie des indépendances
Abdou Rahmane Mbengue 







Au lieu des parades militaires, des déhanchements passablement obscènes de ‘majorettes’, ne devrait-on pas faire le procès des Indépendances ? A la place des discours enfiévrés et pompeux sur la renaissance africaine, la question pertinente à poser est : qu’avons-nous fait de nos cinquante ans ? 

En dehors de la culture et accessoirement du sport, il y a très peu de domaines où les Africains trouvent un motif de fierté. Voici un demi-siècle que nous portons le bonnet d’âne de l’humanité. L’Afrique est le grabat sur lequel gît le sixième de la population mondiale. C’est la partie du monde où l’on a le moins de chance de vivre longtemps. Avant d’atteindre cinquante ans, l’homme africain court beaucoup plus le risque que n’importe quel autre de mourir de faim, de sauter sur une mine, si le paludisme ne l’a pas fauché à bas âge. Incorrigibles traînards, nous continuons d’offrir au monde le spectacle d’un continent miséreux, où résonnent toujours, comme dans un concert maudit, le crépitement des kalachnikovs, le cri des orphelins du sida, des enfants du kwashiorkor, l’appel de détresse des femmes qui meurent en couches, très souvent sans assistance. Cette année, nous célébrons, concomitamment, le cinquantenaire de l’indépendance de notre pays et la renaissance africaine, que la statue géante de Ouakam, inaugurée samedi, est censée symboliser. Il y a un paradoxe à relever : ce double évènement est fêté avec des exemples vivants de la faillite des élites du continent. En effet, qui mieux que le Zimbabwéen Robert Mugabé, héros décati de la guerre de libération de son peuple, incarne la désillusion post-coloniale ? La simple évocation du nom de Compaoré suffit à rappeler l’une des plus grandes tragédies de l’Afrique : l’assassinat de Sankara. Ali Ben Bongo, fils de son père, personnifie la gestion familiale du pouvoir africain, corrompu et sa dévolution dynastique - ce schéma successoral guette peut-être le Sénégal. Le Congolais Sassou Nguesso, le Tchadien Idriss Deby sont à la tête de pays gâtés en ressources pétrolières, dont l’exploitation ne profite guère aux populations majoritairement pauvres.

Il y a donc erreur de casting dans cette tragédie des Indépendances. Les vrais héros africains, ce ne sont pas ceux à qui on a déroulé le tapis rouge. Au procès des Indépendances, ils trouveront, sans doute, leur place au box des accusés. ’Chaque génération a ses pyramides à construire’. Ce serait faire preuve d’une étroitesse d’esprit que de résumer cet aphorisme à l’édification d’un édifice en bronze, fut-il une prouesse architecturale. Le vrai monument à construire est aujourd’hui l’Union africaine. Bâtir une union des peuples à la place de ce ‘machin’ que dirige Jean Ping, une pâle copie de l’Union européenne, c’est le meilleur cadeau d’anniversaire qu’on peut faire pour le cinquantenaire. Pour flatter notre orgueil national, on décrète la reprise des bases détenues sur notre sol par la France. Il est malsain de présenter cette mesure, consensuelle du reste, comme le symbole d’une liberté reconquise, sonnant ainsi l’acte final de la décolonisation. Cet évènement répond plus à une volonté de Nicolas Sarkozy de réorganiser la présence française sur le continent qu’à un patriotisme (tardif) de nos dirigeants. Insistons sur le fait qu’il serait criminel de ne pas combler le vide que laisseront les militaires français, quand on connaît le secours qu’ils nous portent en cas de catastrophe. Ne nous trompons pas de débat : la colonisation se perpétue sous d’autres formes. Le contingent de financiers en costumes gris et d’experts aux lunettes fines qui appliquent au continent ses recettes néfastes poursuit le même objectif que les hommes en kaki : mettre l’Afrique sous la coupe réglée des pays occidentaux.Ce que le colonisateur a entrepris avec la poudre et le canon, les Institutions de Bretton Woods le prolongent sous d’autres formes, beaucoup plus pernicieuses. L’émigration mortelle des fils de l’Afrique et sa pauvreté chronique sont la résultante de deux facteurs : la nocivité des politiques venues d’ailleurs et la corruption de ses gouvernants. La renaissance africaine peut corriger l’échec des Indépendances. A condition qu’elle ne soit pas qu’un slogan. Cinquante ans, c’est l’âge de raison. C’est le temps des choix que nous n’avions pas osé faire plutôt. Le premier doit être de supprimer les frontières artificielles laissées par le colonisateur, ces plaies béantes qui suppurent le mépris et la haine. Il est plus que temps, pour les Etats concernés, de rompre avec le Franc Cfa, véritable instrument de domination politique et économique. Enfin on ne peut pas espérer aller loin sans nos langues, ferment des cultures africaines. 

 
 
Sénégal: ruée sur les crèmes éclaircissantes, dangereuses et en vente libre 

Les crèmes éclaircissantes pour la peau, à base de corticoïdes et d'agents dépigmentants très puissants, n'ont jamais eu autant de succès sur les marchés du Sénégal où elles s'exposent en vente libre, malgré leur dangerosité avérée. Dans son cabinet de l'hôpital Aristide Le Dantec, à Dakar, la dermatologue Suzanne Oumou Niang s'alarme de voir que "leur utilisation est en augmentation constante depuis une dizaine d'années". "Ces crèmes sont en vente libre alors qu'elles ne devraient être livrées que par ordonnance et pour des affections dermatologiques! Certains corticoïdes n'ont même pas l'autorisation de vente dans les pharmacies", souligne le Pr. Niang à l'AFP. 

 Dans le service où elle exerce, "60% des cas d'infections sévères et profondes de la peau sont liés à l'application de produits de dépigmentation". Pour elle comme pour bien d'autres médecins dakarois, cette vogue est devenue "un vrai problème de santé publique". Dans les échoppes du marché Sandaga, en plein centre de la capitale sénégalaise, ce sont des cartons entiers de crèmes "Clair and White", "X-White" ou "L'Abidjannaise" que les marchands disent écouler quotidiennement. Les flacons se vendent de 500 CFA à 25.000 CFA (0,75 à 38 euros), les moins chers étant importés de Côte d'Ivoire, du Mali ou fabriqués au Sénégal. Sur les étiquettes, le taux d'hydroquinone - dépigmentant interdit dans l'Union Européenne depuis 2001 - est officiellement de 2%. En vérité, confesse un vendeur, "sur beaucoup de produits, le taux indiqué n'est pas le bon. Il est plutôt de 5%".

 Depuis quatre mois, Mounass, 21 ans, s'enduit de ces produits deux fois par jour. Parce qu'elle estime que "les hommes préfèrent les femmes à la peau claire", elle peut dépenser 40.000 FCFA (61 euros) par mois pour sa dépigmentation, soit l'équivalent du salaire minimum. En dépit de tous les avertissements, la jeune femme assure ignorer les dangers de ces produits. Les patientes que le Pr. Niang voit défiler à l'hôpital ont de l'acné, des tâches noires, des vergetures, des abcès. Deux cas de cancers de la peau spécifiquement dus à l'utilisation de crèmes éclaircissantes ont même été recensés ces quatre dernières années. "Le risque de décès est surtout lié aux infections sévères de la peau, principalement dues au corticoïdes, qui peuvent se généraliser" (septicémie), explique la dermatologue. L'utilisation de corticoïdes peut également engendrer hypertension et diabète. Et une étude effectuée en 2006 à la maternité de l'Institut d'hygiène sociale de Dakar a montré que les femmes utilisant des corticoïdes à outrance accouchaient d'enfants d'un poids plus faible que la moyenne des bébés, selon la dermatologue Fatimata Ly, présidente de l'Association internationale d'information sur la dépigmentation artificielle (Aiida) créée en 2002. Chaque soir, pendant 20 ans, Mme Diop s'est appliquée de tels produits éclaircissants, jusqu'au jour où des taches noires sont apparues sur sa peau. "Pour pouvoir arrêter, j'ai été aidée par un ami qui m'a soutenue. Sans lui cela aurait été difficile", raconte cette femme de 50 ans. Selon les médecins, l'utilisation des produits de dépigmentation finit par provoquer une sorte de "dépendance psychologique". "Les femmes ont l'impression que si elles ne s'en servent plus, elles ne seront plus les mêmes", constate le Pr. Niang. Durant l'été, l'Aiida organisera à Dakar une journée de consultations gratuites et des séances de prévention. 
 

 
 
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Le "Dossier noir" de l'armée française en Afrique 
Raphaël Granvaud 

"Que fait l'armée française en Afrique ? (1)", c'est le titre du dernier " Dossier noir " de l'association Survie paru aux éditions Agone. Un dossier on ne peut plus actuel en cette année de commémoration du cinquantenaire des indépendances africaines. Rencontre avec son auteur, Raphaël Granvaud, qui revient sur certaines questions abordées dans ce dossier.

Entretien de Dénètem Touam Bona

La troisième partie de votre livre s'intitule "la réhabilitation du colonial", j'ai ressenti un vrai malaise à sa lecture. Je ne savais pas que l'armée française, du moins les forces spéciales opérant en Afrique, étaient travaillées à ce point par la nostalgie du colonialisme. Je me demande s'il ne faut pas voir dans la forte implication militaire française en Afrique, au-delà des enjeux économiques et géopolitiques, une manifestation de puissance. Comme si la France n'avait toujours pas digéré les indépendances africaines, comme si elle ne pouvait renoncer à être une "plus grande France" (formule qui désignait l'empire français). Les hommes politiques le revendiquent très clairement, qu'il s'agisse de Mitterrand, de Chirac ou de Sarkozy, on retrouve toujours dans leurs discours l'idée que "la France doit garder son rang dans le monde". On sent bien que c'est l'argument qui légitime le maintien de cette présence militaire en Afrique. Bien sûr cette présence offre de nombreux avantages : elle conditionne, dans une large mesure, la possibilité d'entretenir des situations de monopole économique dans certains pays et de surveiller des ressources stratégiques.

D'ailleurs certains régimes africains comme ceux du Tchad ou de la Centrafrique ne tiennent que par la force des armes, que par le soutien de l'armée française. 

Depuis les indépendances, le prétexte majeur du maintien de la présence militaire française c'est de défendre les pays africains, avec lesquels on a passé des accords militaires, contre des agressions extérieures. Dans les faits, il n'y a quasiment jamais eu d'agressions extérieures, l'armée française n'a servi qu'à gérer les problèmes internes à des régimes confrontés à des rébellions armées ou à des mouvements populaires. 

Le plus souvent, les armées des Etats africains postcoloniaux se comportent vis-à-vis de leurs propres populations comme des armées d'occupation. Leurs forces armées sont conçues avant tout pour répondre au péril de l' "ennemi intérieur" et non à celui d'une agression extérieure. Vos analyses montrent clairement la responsabilité de la France dans cet état de choses. 

Absolument, ça faisait partie du kit théorique doctrinal qui a été inculqué aux officiers africains formés dans les écoles militaires françaises. Il faut rappeler qu'au moment des indépendances, les armées africaines sont créées de toute pièce : elles constituent alors une sorte de prolongement de l'armée coloniale française. Les armées africaines sont des filiales de l'armée française, elles sont structurées sur le même modèle, formées à partir de la même idéologie : la doctrine militaire de la "guerre révolutionnaire", de la "contre-insurrection" qui veut que le rôle principal de l'armée soit le "contrôle de la population". Mais pour les armées africaines, il ne s'agit pas du contrôle d'une population étrangère comme dans le cas de l'armée française en Algérie. La mission des militaires africains est de contrôler leurs propres populations, mais avec les mêmes méthodes que l'armée française a employées dans ses guerres coloniales. C'est ce qui s'est passé au Cameroun, au moment de l'indépendance, dans la guerre sanglante menée contre les maquis de l'UPC (Union des Populations Camerounaises). Dans le cas du Rwanda, le chercheur Gabriel Périès a retrouvé des mémoires d'officiers rwandais, formés en France dans les années 80-90, dans lesquels on retrouve cette obsession de lutter contre l'ennemi intérieur, de mettre en œuvre des tactiques contre-insurrectionnelles. Menée à son terme, la logique du " contrôle de la population " conduit au génocide… 

En dressant la généalogie de la guerre contre-insurrectionnelle, votre livre souligne les continuités et similitudes qui existent entre guerres coloniales d'Indochine et d'Algérie et guerres postcoloniales du Cameroun (une guerre occultée) et du Rwanda.

Je n'ai fait que rapporter des travaux qui existent sur le sujet. Officiellement, depuis la fin de la guerre d'Algérie, ces théories contre-insurrectionnelles sont remisées et des méthodes comme la torture ou la guerre psychologique proscrites. Dans les faits, il y a eu une première vague d'exportation des tactiques anti-subversives françaises à destination des dictatures sud-américaines : des gens comme le général Aussaresse (connu pour ses révélations sur l'usage systématique de la torture en Algérie) ont pu ainsi continuer à transmettre leur " savoir-faire "… Puis ce savoir-faire anti-insurrectionnel a été recyclé en Afrique francophone pour gérer les indépendances et la période post-indépendance. Moi, ce que j'ai essayé de montrer, c'est que cette tradition de la "guerre révolutionnaire" se poursuit aujourd'hui, de façon plus subtile. Quand on lit les publications militaires contemporaines, on retrouve des références à des gens comme Trinquier (théoricien principal de la "guerre contre-insurrectionnelle"), mais aussi des références aux techniques de conquête coloniale de Liautey ou de Gallieni (guerres coloniales de "pacification" fin 19ème - début 20ème siècle) ; des stratèges qui reviennent au goût du jour quand il s'agit de penser des situations de conflit comme celles de l'Afghanistan ou de la Côte d'ivoire.

Sur le plan des savoir-faire et des discours, l'armée française entretient donc un rapport intime avec son histoire coloniale. Y a-t-il une spécificité de l'armée française de ce point de vue là ?

Les militaires français considèrent qu'il y a une tradition culturelle française plus forte que celle des anglo-saxons sur le plan du contact avec les populations. L'armée française prétend détenir un vrai savoir-faire lui permettant de mieux se faire accepter en tant qu'armée d'occupation. C'est la question du "contrôle des populations". Pour les militaires français, il ne faut pas faire comme les Américains qui arrivent, militairement par la force, et qui ensuite se barricadent. L'armée française se flatte d'être capable d'agir de manière psychologique, en menant des opérations "civilo-militaires" pour faire accepter auprès des populations civiles la présence des militaires. Toujours avec cette idée, qui remonte à l'Indochine, qu'on va pouvoir séparer dans la population le bon grain de l'ivraie, et couper les rébellions de leurs bases populaires.

L'armée française a-t-elle recours à des savoirs de type ethnologique dans son approche des populations des pays occupés ? 

Quand on gratte un peu, on retombe toujours sur une espèce de prêt à penser, directement issu de la période coloniale. Les forces spéciales françaises sont sensées, en plus d'un savoir-faire proprement militaire, posséder un savoir culturel, ethnologique qui les rendrait plus à même d'opérer dans certaines zones géographiques du monde, en particulier en Afrique. Ces savoirs "culturalistes" reposent sur des conceptions complètement dépassées d'un point de vue universitaire. Quand on lit des interventions d'officiers dans des colloques, on trouve des choses absolument ahurissantes comme : "la présence de l'armée française est nécessaire parce que les Africains ont du mal à se projeter dans l'avenir". Les mêmes clichés éculés qui émaillaient le discours de Dakar de Sarkozy : ce vieux fond colonial qui prétend être une connaissance permettant une intervention sur des populations.

Revenons sur le cas du Cameroun, le premier pays africain, en 1960, à accéder à l'indépendance (le 1er janvier). Du milieu des années 50 au début des années 70, il s'est produit une véritable guerre dans ce pays : des dizaines de milliers de morts, plus de 100 000 selon certaines sources. Cette guerre menée contre l'UPC par un régime à la solde de la France relève-t-elle, elle aussi, de la guerre "anti-insurrectionnelle" ? 

Le chercheur Gabriel Périès a montré récemment comment les dispositifs mis en place en Algérie ont été décalqués au Cameroun à la même époque (2). Le quadrillage des territoires, la torture à grande échelle, la déportation des populations, la politique de la terre brûlée, tout ce qui se faisait en Algérie a été repris tel quel au Cameroun. Il faut signaler sur le sujet l'excellent documentaire "Autopsie d'une indépendance" (3) dans lequel on peut entendre Mesmer déclarer à propos des bombardements des villages au napalm que "ce n'est pas important". Ce sont des choses qui, ces dernières années, commencent à remonter à la surface.

Cela remet donc complètement en question le mythe d'une "décolonisation douce"…? 

La " décolonisation en douceur " reste la version officielle si l'on se réfère aux programmes scolaires en histoire au collège ou au lycée. Un des enjeux de l'étude de la décolonisation c'est de montrer qu'il y a eu, d'un côté, une décolonisation violente, celle de l'Algérie et, de l'autre, une décolonisation qualifiée de pacifique, de "douce". Les cas du Cameroun et de Madagascar suffisent à montrer que c'est un mythe complet : le mythe des indépendances en douceur préparées par Deferre et de Gaulle après la conférence de Brazzaville en 46. Dans les faits, tout ce qui a été concédé par la France l'a été contre le gré de la métropole, souvent après des tentatives désespérées de reprise en main violentes. Cela s'est accompagné d'un processus d'élimination des mouvements indépendantistes et de leurs leaders, mais aussi de la promotion d'hommes politiques à la dévotion des intérêts français. Dans l'après-guerre, il y a eu une émergence de mouvements indépendantistes, autonomistes, progressistes, révolutionnaires, un vent d'espoir irrésistible : il y avait des idéologies variées qui mobilisaient les populations, et ces mouvements ont été étouffés, brisés, parfois, comme dans le cas du Cameroun, complètement éradiqués. Il y a donc eu une longue période où les populations africaines ont été orphelines d'un certain nombre de mouvements et de leaders. Ça commence à renaître maintenant avec les mouvements sociaux africains et les contre-sommets où la question de la domination néocoloniale est au centre des préoccupations de la société civile ; qu'il s'agisse de la présence française ou de systèmes plus mondialisés comme la dette et les politiques imposées par le FMI et la Banque Mondiale.

Revenons à l'armée française. Dans votre livre vous mentionnez un "détail" qui fait froid dans le dos : les troupes de marine sont toujours surnommées la "Coloniale"…? 

Les questions de tradition et d'identité sont des questions extrêmement fortes, en particulier dans les forces spéciales, dans cette composante de l'armée française issue de l'armée coloniale. Les troupes de marine sont extrêmement fières de leur passé colonial, elles en revendiquent l'esprit et les méthodes. Les prises d'armes comme les éditoriaux de leur revue L'Ancre d'or continuent à se clôturer sur ces mots " Et, au nom de Dieu, vive la Coloniale ! " Et j'imagine qu'on retrouve souvent ces troupes de marine dans les opérations françaises menées en terre africaine.??      Elles composent en effet la majeure partie des forces spéciales auxquelles on fait appel lors des opérations sensibles : des opérations "coups de poing", des opérations à forte teneur en renseignement. On les retrouve également dans les opérations européennes (EUFOR). Lors de la première d'entre elles, en République Démocratique du Congo, en 2003, la France s'était flattée d'avoir inculqué un certain nombre de méthodes à des forces militaires européennes, en particulier aux forces spéciales suédoises. Depuis on se demande quelles méthodes puisque parmi ces forces suédoises, certains militaires s'étaient plaints auprès de leur hiérarchie d'avoir eu à subir la vision d'actes de torture pratiqués par des militaires français sur des congolais. Ca a fait beaucoup de bruit en Suède, beaucoup moins en France.

Est-ce qu'il y a un contrôle du Parlement français sur les opérations militaires menées en Afrique ?

Théoriquement, depuis la modification constitutionnelle opérée à l'été 2008, il y a un droit de regard du parlement sur les opérations extérieures, mais un droit extrêmement limité. Les députés ont le droit d'être informé d'une opération extérieure dans les 3 jours après son déclenchement, ils restent donc mis devant le fait accompli. Le parlement ne possède un pouvoir de contrôle que sur les opérations lourdes de plus de 4 mois (qui ne représentent qu'une petite partie des opérations militaires) dont il peut refuser le renouvellement. Il n'y a aucun contrôle par contre sur les opérations secret-défense spéciales et les opérations clandestines de la DGSE.

Le Tchad et la République Centrafricaine (RCA) représentent certainement aujourd'hui l'exemple le plus caricatural de l'ingérence militaire française dans certaines régions d'Afrique. Vous consacrez d'ailleurs une place importante dans votre livre à ces deux terrains d'intervention.

En 2006, en RCA, la France a monté une opération du même type que Kolwezi (sauvetage du régime de Mobutu grâce à l'intervention des parachutistes français) : l'armée française a largué des parachutistes pour reconquérir Birao, dans l'ignorance totale de la population française mais aussi des parlementaires. Cette opération a sauvé le régime du président centrafricain Bozizé. Ce type d'opération reste aujourd'hui tout à fait possible. Plus récemment, lors de la dernière offensive sérieuse des rebelles sur la capitale tchadienne, il y a eu une intervention officielle de l'armée française sous prétexte de sécuriser ses ressortissants. Cette opération a permis de sécuriser l'aéroport d'où ont pu décoller les mercenaires d'Idriss Deby… D'après le journal La Croix, la "sécurisation" de l'aéroport de N'Djamena s'est accompagnée aussi d'une intervention militaire des forces spéciales françaises qui ont pris directement part aux combats contre les rebelles : une opération clandestine qui n'est toujours pas reconnue par les autorités françaises.

Dans son dernier rapport sur la Centrafrique, Human Rights Watch est très critique par rapport aux dernières interventions de l'armée française en RCA

Dans le rapport qu'elle a publié en 2007, l'ONG a pointé un certain nombre de choses : elle a détaillé la politique de terre brûlée menée par l'armée centrafricaine à l'égard des populations du Nord, des populations accusées de soutenir les mouvements rebelles. Là aussi, on retrouve les techniques coloniales françaises : il s'agit de terroriser les populations afin de priver de leur soutien les mouvements rebelles. Les exactions les plus graves ont été commises dans le sillage direct des interventions militaires françaises. Après la reprise de Birao par l'armée française, cette ville a été ravagée par les forces centrafricaines. A l'époque, dans les journaux, les militaires français ont fait peser la responsabilité des destructions sur les rebelles. On sait depuis qu'il s'agissait d'une tentative de dissimulation qui relève de la complicité de crime de guerre. Il y a également dans le rapport de HRW des photos qui interrogent : on voit des officiers français à proximité directe de l'OCRB (Office Central de Répression du Banditisme), une sorte de milice qui se livre à des exécutions sommaires.

Vu la nature de ses interventions en Afrique, la France est-elle vraiment en mesure de commémorer le cinquantenaire des "indépendances" africaines ?

On sent qu'il y a un gros malaise au niveau de la commémoration de ce cinquantenaire. Ce malaise n'est pas étranger au fait que toutes les interventions orales de Nicolas Sarkozy sur la question de l'Afrique affirment une volonté de rupture avec les pratiques de ses prédécesseurs. Mais en dehors des discours, de rupture on n'en voit pas : c'est toujours le règne des pressions diverses, des émissaires occultes, des accords secrets, des opérations clandestines. On va avoir en guise de célébration des choses assez caricaturales : un défilé du 14 juillet où, sous couvert de rendre hommage aux tirailleurs africains, on va inviter des armées comme celles du Cameroun ou du Congo connues pour leurs exactions envers les populations. La véritable décolonisation et la célébration de cette décolonisation restent à faire...

1. Que fait l'armée française en Afrique ? Editions Agone, oct. 2009.
2. cf. Une guerre noire, enquête sur les origines du génocide rwandais (1959-1994), Gabriel Périès et David Servenay, Editions La Découverte, 2007.
3. Cameroun, Autopsie d'une indépendance, réalisation Gaëlle Le Roy et Valérie Osouf, durée 52', production : France 5 / Program 33, 2007.

Vie au quotidien en RDC
Qui veut peut désormais se faire cuire une boule de « fufu » en plein boulevard. À Kinshasa, l'économie informelle (80%) ayant vaincu la formelle (20%), point n'est besoin d'ouvrir un établissement, tout pouvant se vendre dans la rue au vu et au su de l'État.
 

KINSHASA, la Capitale de la R-dCongo, se mue en super marché à ciel ouvert. L'habitant n'achète et ne consomme désormais que dans la rue. Qui veut une boule de « foufou » chaud peut se la faire cuire le long du boulevard, en plein quartier résidentiel, par des mamans venues des quartiers déshérités. Qui recherche un meuble de bureau ou une chambre à coucher trouve l'article dans la rue. Inutile de visiter l'intérieur des magasins. Désormais, toute l'activité économique s'exerce et se déploie dans la rue et cela n'offusque personne. À la rencontre d'un phénomène qui tire sa source de la pauvreté générale de la population et échappe à l'administration fiscale… 

Allées clairsemées, étals vides ou à moitié pleins, le Marché central de Kinshasa est de plus en plus déserté. 

Les vendeurs ont envahi les rues environnantes pour accrocher les clients, là où ils sont : chez eux. Dès l'entame de la journée, les avenues - Rwakadingi, Kato, Bokassa, Plateau, Marché, Commerce… - sont encombrées par des vendeurs à la criée et des étals à même le sol, obstruant ainsi la voie, obligeant automobiles et passants à se frayer le passage sous l'œil indifférent des agents de circulation routière. Les tenanciers des boutiques et magasins eux aussi ont transformé les devantures de leurs établissements en étalages. 

La Capitale donne désormais l'impression d'un grand super marché à ciel ouvert. De jour comme de nuit, tout se passe, se négocie, se fait, se vend et s'achète dans la rue. Tous les produits d'import - véhicules, machines et équipements ménagers, textiles, gadgets - ainsi que les produits vivriers sont offerts sur le trottoir, sans que cela ne gêne personne. Toute l'activité économique s'y exerce et s'y déploie désormais aux dépens des marchés et même des shoppings qui paient taxes et impôts à l'État. 

« Le commerce de trottoir, un genre nouveau à Kin est à tout le moins entretenu par les agents de l'administration du marché pour contourner la traçabilité des taxes publiques. Les vendeurs assis aux abords des rues payent des taxes qui ne sont pas comptabilisées dans le livre de caisse de l'administration du marché », explique un vendeur sur l'avenue du commerce. Pour avoir un étal au marché central, il faut débourser 20 dollars. 

Chaque vendeur assis dans les environs du marché central s'acquitte d'une taxe journalière de 100 Fc perçus par des agents de la commune. Le service des affaires économiques de l'Hôtel de ville de Kinshasa recouvre en début et en fin de semaine 200 Fc par étal. À cela s'ajoutent d'autres impositions pour le parking (100 Fc), la salubrité (150 Fc par semaine), la patente (10 dollars) et pour la fiche d'enregistrement (5 dollars). 

Tous commerçants 

La multitude de taxes pousse les vendeurs à déserter les marchés publics pour le trottoir. « Si on ne nous chasse pas des rues, c'est parce qu'il existe une perception parallèle des taxes par tous ces services. Et cela fait nourrir son homme », fait remarquer Mbuta, vendeur d'articles de sport. 

Les tracasseries ont favorisé le commerce ambulant de trottoir qui échappe non seulement au contrôle fiscal de l'administration de l'Hôtel de ville, mais aussi à celui des agents véreux. Ce commerce ambulant a ses niches : les lieux publics constamment pris d'assaut par des vendeurs ambulants au battage commercial très agressif. Difficile de résister à la tentation d'acheter tant le matraquage est à la limite du viol psychologique. On achète même quand on n'en a pas envie. 

Rien à faire, notre belle et bonne ville de jadis est transformée en un grand centre de négoce. Le phénomène de commerce ambulant de trottoir, reflet de l'émergence de l'économie souterraine qui absorbe l'activité économique à hauteur de 80 pc et qui échappe donc au contrôle fiscal de l'État, tire sa source de la pauvreté générale de la population dès la fin des années 70. Déjà à cette époque, Tabu Ley Rochereau, comme dans une sorte de pulsion prémonitoire, y avait consacré une chanson dans laquelle il pérorait que tout le monde était devenu commerçant à Kinshasa. Et depuis, le commerce de trottoir a pris de l'ampleur et a fait des adeptes, surtout dans les milieux défavorisés. Ce sont les « chailleurs », les « coopérants », les « Italiens » ou autres « Romains »… Qui, à défaut de se fixer au coin des rues, furètent bureaux, cabarets, restaurants et même les résidences pour vendre ou proposer des services. 

Dans les alentours de nos hôtels, services publics, bref de tout lieu supposé être fréquenté par ceux qui ont le cash, se dressent des gargotes, débits de boisson appelés ici « Nganda », salons de coiffure, cabines téléphoniques publiques… 

Comme des abeilles 

Des marchands ambulants y tournoient comme des abeilles en quête du pollen que secrètent les fleurs. Devant l'hôtel Memling, en plein centre-ville, s'entremêlent vendeurs de pains, de boissons sucrées, de cartes prépayées de téléphone, cireurs de chaussures, antiquaires, coiffeurs, changeurs de monnaie, filles de joie, voire des mamans qui tiennent des gargotes où l'on sert des mets locaux - fufu, haricots, pondu, etc. -. Pis que cela, devant le siège de la société Orgaman sur l'avenue Likusa à la Gombe, des familles entières y squattent, vendent de tout jusqu'au charme. En un mot, un village érigé en plein quartier résidentiel de la Gombe. 

Les contraintes de la vie ont donc jeté dans la rue toute cette masse de jeunes Kinois désoeuvrés et de ménagères en quête de survie. Tout le « résidu » d'enfants que l'école a rejeté faute de payer les frais scolaires vient grossir les rangs de cette armée de vendeurs ambulants. À Kin, ça s'appelle « article 15 », « effo perso » - pour effort personnel -, « chaille », « kobeta libanga ou caillou » - pour travailler -… En un mot, la débrouille. Ce sont en général des jeunes gens, filles et garçons, de 10 à 30 ans en moyenne, habitant des quartiers populeux de Masina, Kimbaseke, Ngaba, Kisenso, Selembao, Matete, Bumbu… qui s'élèvent chaque matin, gagnent le centre-ville par le train ou les taxi-bus, s'approvisionnent et arpentent la ville pour vendre divers produits locaux et d'import. 

Les petits vendeurs de cacahuètes, biscuits, œufs, cigarettes, etc., se donnent le devoir de suivre à la radio les communiqués nécrologiques pour se rendre aux lieux mortuaires afin de se faire une aubaine. Savoir où ces jeunes gens s'approvisionnent reste un mystère. « Nous nous approvisionnons ici même en ville auprès des grossistes ou bien nous traversons à Brazzaville. Souvent nous ne gagnons presque rien parce que nous vendons parfois au prix du magasin », confie Thomas Boketshu, vendeur des bric-à-brac sur l'avenue Lukusa. « Pas facile, la débrouille », fait remarquer son ami, Hilaire Tamba. 

Marcher sous la canicule, affronter les policiers, passer parfois la nuit à la belle étoile, crier à longueur de journée, la « chaille » ou le commerce de trottoir a tout d'un parcours du combattant. Tous entonnent comme un hymne le slogan du chanteur rd-congolais, le Wenge BCBG JB Mpiana, « chemin de fer », c'est-à-dire l'homme doit se battre pour réussir. 

Affaire de tribu 

« Souvent ce qu'on gagne dans la journée ne sert qu'à faire bouillir la marmite ou à noyer nos soucis dans un verre de bière le soir », déclare Simon Ntela, vendeur des cacahuètes, qui dit n'avoir aucun projet de vie si ce n'est que vivre au jour le jour. Comme lui, beaucoup de jeunes kinois sont résignés. Ils ont seulement l'espoir qu'un jour, eux aussi, pourront réussir dans la vie. Le commerce de trottoir a ses particularités. Les pratiques sont désormais identifiées à des tribus ou aux habitants d'une commune. Par exemple, dans la vente des costumes ou chemises de la friperie, ce sont les Mongo, une tribu de la province de l'Equateur. On les retrouve également dans la vente des poissons fumés ou la viande boucanée. 

La vente des pains à la criée est l'affaire des Yaka, une tribu de la province de Bandundu. Pour la plupart, ils viennent du camp Luka, leur réserve naturelle. Le commerce des fruits et d'autres produits vivriers est assuré par des filles et mères provenant des quartiers périphériques de Kinshasa. Pour acheter un véhicule d'occasion il faut aller voir du côté de Ndjili. Avec le commerce de trottoir, le Kinois, n'achète et ne consomme que dans la rue. Ce qui rajoute à l'insalubrité dans la ville avec ces emballages qui jonchent les artères et les caniveaux. 

Tshimanga Dolay/Sage Gayala 

©agencetropiques.ch
 

 

 

 
L’État de la Démocratie Libérale en Afrique
par Tony LEON



Où va la démocratie en Afrique ? Faut-il être pessimiste ou optimiste ? Quels facteurs peuvent expliquer les tendances récentes ? Quels liens entre réformes économiques et réformes démocratiques ? Autant de questions auxquelles tente de répondre Tony LEON dans cet étude toute récente du Cato Institute

L’un des paradoxes extraordinaires de l’Afrique est le fait qu’un continent richement doté en ressources humaines et en minéraux soit le continent le plus pauvre du monde, un continent qui a des étendues de terres arables assez vastes pour nourrir des continents entiers, mais qui ne peut pas se nourrir seul, un continent qui est doté de lacs et de grandes rivières et souffre encore de la sécheresse et où son peuple meurt de soif, et, le plus étrange paradoxe de tout le continent le plus pauvre du monde, qui a quelques-uns des dirigeants les plus riches du monde. Sam MPASU, ancien ministre de l’Éducation, Malawi. L’Afrique subsaharienne contient 48 pays. Dans son livre de 2007 intitulé Challenges of African Growth, la Banque mondiale note que les pays africains vont de « sophistiqués, à revenu intermédiaire tels que l’Afrique du Sud, aux États défaillants comme la Somalie ; des pays grands et riches producteurs de pétrole comme le Nigeria, aux petits pays pauvres en ressources comme le Niger ; des pays qui sont sortis d’un conflit et ont récemment connu d’énormes succès, tels que le Mozambique et le Rwanda, aux pays pris au piège dans les conflits et la pauvreté, et des États pauvres comme la Somalie ». Toutefois, pour l’essentiel de la période postindépendance (depuis 1960), la plupart des pays africains ont fait preuve, avec un degré de similitude frappante, d’une absence des bases essentielles nécessaires à un gouvernement démocratique. Ainsi, de nombreux chercheurs, décideurs et politiciens ont considéré qu’ »Afrique » et « démocratie libérale » était un oxymore. La Banque mondiale, par exemple, note que jusqu’en 1982, un dixième seulement des pays africains avait élu leurs chefs d’État suite à un processus compétitif et, même aussi tard que 1991, l’Afrique n’avait « montré pratiquement aucune amélioration » au niveau démocratique. Les 30 premières années après l’émergence de l’Afrique de la domination coloniale a été marquée par le spectre des systèmes à partie unique, des « présidents à vie », et les violentes usurpations de pouvoir soit par l’assassinat ou par les coups d’État militaires. La personnalisation du pouvoir, la répression des droits de l’homme, et les dirigeants véreux et vénaux ont été à l’ordre du jour. MOBUTU SESE SEKO, dont le régime corrompu et dictatorial régna sur le Zaïre pendant plus de 30 ans, aurait affirmé que « la démocratie n’est pas faite pour l’Afrique ». Cette affirmation se confirma pour une grande partie du continent, au moins jusqu’à la fin de la guerre froide. Au cours de cette soi-disant « première libération », seuls quelques petits pays africains, comme la Mauritanie et le Botswana, pourraient avoir été classés comme démocratiques. Dans le reste de l’Afrique, lorsque des élections ont été organisées elles étaient mandatées de réaffirmer le pouvoir des dirigeants et ont généralement été caractérisées par une tricherie à peine dissimulée et par de la violence pure et simple.

Larry DIAMOND de l’Université Stanford note qu’un seul président africain, Aden ABDULLAH OSMAN de la Somalie, a été défait lors d’élections entre 1960 et 1990. À la fin des années 1980, sur les quelques 150 chefs d’État ayant gouverné les pays africains depuis l’indépendance, seulement 6 ont volontairement renoncé au pouvoir – et même dans ces cas, ce n’est qu’après avoir occupé leur poste 20 ans ou plus. Dans son livre The State of Africa, Martin MEREDITH relate les commentaires de Félix HOUPHOUËT-BOIGNY en 1991, alors âgé de 84 ans, qui, après 29 ans de régime autoritaire sans entraves en Côte d’Ivoire, a déclaré : « Il n’y a pas de numéro deux, ou trois ou quatre […] en Côte d’Ivoire… Ici le seul numéro un c’est moi et je ne partage pas mes décisions ». Ce président aurait très bien pu parler d’une génération entière de soi-disant « Big-Man » qui ont disposé de leur pays et des trésoreries de leurs pays comme de leur possession personnelle. Ils ont gouverné sans entraves, en tirant pleinement parti de ce qu’on appelait alors les « fruits de la libération », ce qui leur a permis, en tant que libérateurs postcoloniaux, d’avoir une plus grande marge de manœuvre politique. Cela allait de pair avec leur statut de mandataire de la guerre froide, où les alignements et allégeances à Washington ou à Moscou étaient beaucoup plus déterminants dans l’attribution des flux d’Aide et la reconnaissance internationale que le respect des règles de base d’une bonne gouvernance. Aujourd’hui, la situation démocratique dans 48 pays africains où vivent les quelque 800 millions de personnes est mieux qu’à tout autre moment depuis l’indépendance.
 

En 2009, Freedom House a identifié 10 pays d’Afrique comme « libres », 23 comme « partiellement libres », et 15 comme « non libres ». En revanche, en 1980, seulement 4 pays sont libres, 15 en partie libres, et 27 non libres. (Freedom House définit un pays comme étant « partiellement libres » un pays où il y a peu de respect pour les droits politiques et libertés civiles. Les Etats « partiellement libres » souffrent souvent d’une corruption endémique, d’un faible respect pour la règle de droit, de conflits ethniques ou religieux, et disposent souvent d’un parti politique unique qui jouit d’une position dominante en dépit d’une façade de pluralisme limité. Il définit comme « non libre » les pays caractérisés par la répression, l’autoritarisme et l’absence de libertés civiles). Selon Larry DIAMOND de la Hoover Institution, la démocratie sur le continent africain est fragile, mais « il y a de bonnes raisons de garder espoir ». Le présent document examinera la qualité des différents niveaux de démocratisation et la mesure dans laquelle ces évolutions démocratiques sont réversibles. Il est certainement vrai que dans les années 1960, le système à parti unique était considéré comme un modèle de développement par une grande partie de l’élite africaine. Aujourd’hui, il n’y a plus que la démocratie – quoique bien souvent il s’agisse d’une pseudo démocratie ou d’une variété boiteuse – qui soit considérée comme une forme légitime de gouvernement dans la région. Cela a conduit Jeff HERBST de l’Université de Miami à conclure que, nonobstant les autres dangers et le manque d’approfondissement démocratique, « tant qu’il n’y a pas de concurrent intellectuel à la démocratie, la perspective de [la démocratisation en Afrique] reste au moins positive ». D’autres données encourageantes ont été récoltées dans une série d’études qui suggèrent toutes que l’adoption de la démocratie dans la région et des signes de sa permanence. Une étude menée par Daniel POSNER et Daniel YOUNG de l’Université de Californie à Los Angeles contient une foule de données qui suggèrent que l’Afrique n’est plus synonyme de fraudes électorales, de dirigeants avides et irresponsables, et d’États prédateurs. Les constatations les plus intéressantes sont les suivantes : Les élections sont maintenant la norme, et non plus l’exception en Afrique. Dans les années 1960 et 1970, le sous-continent ne voyait en moyenne que 28 élections par décennie. Dans les années 1990, cette proportion était passée à 65 élections par décennie et, dans la période entre 2000 et 2005, il y a eu 41 élections dans cinq ans seulement. Élections sont de plus en plus contestées, souvent avec vigueur. Extraordinairement, dans les premières années suivant l’indépendance, seulement deux présidents furent confrontés à une opposition lors des 26 élections menées à travers le sous-continent. Dans les années 1990, 90 pour cent des élections ont été contestées. Bien que, comme on le verra plus en détail ci-dessous, la nature et la qualité de la contestation électorale varie énormément, il y a au moins une « modeste, mais significative » augmentation de la possibilité théorique d’une perte du pouvoir par la puissance en place dans une élection présidentielle en Afrique.

Les auteurs évaluent les chances d’un président au pouvoir d’être évincé à environ 14 %. Mais c’est arrivé avec une certaine fréquence par rapport à 1960. Compte tenu des avantages prépondérants dont jouissent les chefs d’État sortant en Afrique l’émergence, et l’adhérence à la limitation des règles formelles d’une Constitution sur la façon dont les dirigeants acquièrent et quittent le pouvoir. POSNER et YOUNG insistent sur le fait qu’une foule de puissants présidents africains sortants, y compris MULUZI au Malawi, RAWLINGS au Ghana, ARAP MOI au Kenya, OBASANJO au Nigeria, et 10 autres, ont été contraints de quitter leurs fonctions par des limites au nombre de termes depuis 2000 seulement. Ils insistent sur le contraste avec la situation dans les années 1960 et 1970, quand les renversements violents étaient la règle de base quand il s’agissait de départs du pouvoir de dirigeants. Les auteurs ont recensé 18 cas où des présidents africains ont achevé deux mandats et se sont vus interdire d’en briguer un troisième. Les présidents sortants avaient trois choix ; se conformer à la durée limite et se retirer ; tenter de changer la Constitution afin de permettre la prolongation de leur mandat, ou à mettre au rebut la Constitution et se maintenir au pouvoir de façon extraconstitutionnelle. Fait révélateur, pas un président n’a choisi la voie extraconstitutionnelle, neuf se sont retirés volontairement, tandis que les neuf autres ont essayé de changer la Constitution, et dans un tiers des cas (en Zambie, le Malawi et le Nigéria) ils en ont été incapables. Sur les six qui ont réussi à modifier leurs constitutions, tous ont remporté l’élection subséquente. POSNER et YOUNG en tirent une conclusion importante. Au lieu de présenter une taxonomie de la démocratie africaine, le classement des régimes de « démocraties », « démocraties de façade », « démocraties hybrides », « démocraties à risque » et autres, il est plus intéressant d’examiner si oui ou non le comportement des acteurs politiques est régi par des règles et donc soumis à la contrainte. Bien qu’ils soulignent que l’existence de « contraintes formelles sur l’exercice du pouvoir » n’est pas une vaccination contre l’abus de pouvoir, elle est néanmoins éclairante de la façon dont les « règles du jeu » ont profondément changé, somme toute, pour le mieux en Afrique. Tout comme la distribution de ses ressources naturelles, la croissance et la viabilité de la démocratie en Afrique ont été profondément inégales. Les 10 pays les plus démocratiques, c’est-à-dire ceux qui ont atteint la meilleure note chez Freedom House, sont, à l’exception de l’Afrique du Sud, relativement petits. Jeff HERBST pose le contraste saisissant entre ces nations et les trois plus grands pays du continent, qui abritent plus d’un tiers de la population du sous-continent. Ces trois pays sont, au mieux, « partiellement libres », comme c’est le cas avec le Nigeria et ses 146 millions d’habitants et de l’Éthiopie avec ses 82 millions de personnes. La République démocratique du Congo, avec une population de 67 millions de personnes, n’est pas libre. La conclusion qu’il tire est que les petits pays, par définition, ont moins de tensions ethniques et régionales lourdes et compliquées. En effet, les trois plus grands pays d’Afrique sont de loin les moins démocratisés et sont tous issus, ou sont encore engagés dans, des conflits ethniques et des guerres régionales.
 

Le renouveau de la démocratie en Afrique a contribué à créer une image plus nuancée de l’Afrique. Par exemple, dans son enquête sur l’Afrique, The Economist a noté que le continent autrefois décrit par ce journal, peut-être avec une rudesse excessive, comme “le continent sans espoir”, pouvait encore confondre les légions de défaitistes et montrer que sa renaissance fréquemment annoncée n’était pas seulement une autre fausse aurore invitée par la manne de passage des prix des produits en plein essor, mais le début de quelque chose de solide et durable. Toutefois, le même article, même s’il était globalement positif et optimiste, indiquait que la myriade de défis auxquels l’Afrique est confrontée, notamment de mauvaises conditions climatiques, des maladies très répandues, des niveaux élevés d’analphabétisme, et une pléthore de tensions ethniques, est aggravée par des « gouvernements mauvais et corrompus?, que The Economist considère la principale raison de l’incapacité du continent à « marcher progressivement vers la prospérité ». Le problème de la mauvaise gouvernance ne se limite pas à l’Afrique. Cependant, l’Afrique a l’une des sociétés civiles les plus faibles, ce qui affecte négativement la qualité et la transparence de l’État et ses institutions. Les pays riches peuvent souvent se permettre ou d’incompétence des mauvais gouvernements. En Afrique, la mauvaise gouvernance peut détruire toute perspective de décollage économique.
 


La démocratie libérale peut-elle prendre racine sur le sol pierreux de l’Afrique ?

Le but de ce document est d’examiner si la démocratie libérale a pris racine en Afrique, quels sont les facteurs qui influencent l’avènement d’une véritable démocratie sur le sous-continent, et si la démocratie libérale est une forme nécessaire ou appropriée de gouvernement pour l’Afrique. Il examinera aussi brièvement les différentes expériences démocratiques au Botswana, au Zimbabwe, au Kenya et en Afrique du Sud. Tous ces pays ont adopté la démocratie et sa règle de la majorité, mais c’est là les seules similitudes entre eux. Le Botswana est une démocratie depuis l’indépendance, alors que le Zimbabwe a sombré dans la tyrannie, après une courte expérience de la règle démocratique. Après plusieurs années de système à parti unique, le Kenya s’est engagé sur une route cahoteuse vers la démocratie, tandis que l’Afrique du Sud, jusqu’à la fin de la présidence MBEKI en 2008, a montré des signes de fatigue démocratique. Ci-dessous il sera étudié les raisons de ces évolutions disparates. Essentiellement, il sera démontré que la liberté politique et la libéralisation économique vont de pair.

Démocratie libérale et démocratie

Le « libéralisme » est un terme très contesté, tant en Afrique que dans le reste du monde. Il peut s’appliquer à un large éventail de propositions politiques, du libéralisme de laissez-faire économique, à l’égalitarisme démocratique et au dirigisme de l’État providence. Toutefois, aux fins du présent document, il sera limité à la conclusion générale sur le sens du libéralisme décrit par Thomas NAGEL de la New York University, dans lequel « le pouvoir souverain de l’État sur l’individu est limité par l’exigence que les individus restent inviolables à certains égards et qu’ils doivent être traités de manière identique ». Il y a une riche littérature qui suggère fortement que beaucoup de nouvelles démocraties sont au point mort dans leur mission de diffusion de la liberté, d’éradication de la pauvreté, et de réduction des inégalités dues à la corruption, aux politiques économiques ineptes, et à la prédation des élites. Par conséquent, une démocratie libérale exige plus que de simples élections périodiques. Elle nécessite également l’existence de l’état de droit, des libertés individuelles, des limites et contrepouvoirs constitutionnels, une transparence et une responsabilisation adéquate, et le contrôle civil des forces armées. Ce n’est pas une liste extensive, mais elle comprend les aspects essentiels d’une démocratie libérale. La distinction entre ce qui pourrait être décrit comme « l’électoralisme » ou « la démocratie au sens strict », et une démocratie complètement libérale, a été précisée par Samuel P. HUNTINGTON de l’Université Harvard qui a noté que « les élections ouvertes, libres et justes sont l’essence même de la démocratie, la condition sine qua non inéluctable. Les gouvernements produits par des élections peuvent se révéler inefficaces, corrompus, myopes, irresponsables, dominés par des intérêts particuliers… Ces qualités rendent ces gouvernements indésirables, mais ne les rendent pas anti-démocratiques ». En d’autres termes, les procédures démocratiques, telles que les élections librement contestées, peuvent parfois conduire à des résultats douteux, voire même profondément anti-démocratique. C’est la thèse centrale de FAREED ZAKARIA dans The Future of Freedom. Pour que les démocraties comportent à la fois des moyens et des fins démocratiques, il suggère que l’adjectif « libéral » est nécessaire. Ainsi, des élections justes et libres doivent être enrichies par un « faisceau de libertés » caractérisé par (mais pas uniquement) l’état de droit, la séparation des pouvoirs, et la protection des libertés fondamentales d’expression, d’association, de religion, et de propriété. Selon ZAKARIA, tandis que les deux types de la démocratie libérale (à savoir la liberté et la démocratie) sont imbriqués dans le tissu politique occidental, dans d’autres parties du monde, elles sont toujours « en train de se diviser »

Est-ce que « l’approfondissement démocratique » dépend de la liberté économique ?

La démocratie libérale place à la fois l’individu et l’état de droit au centre de la politique, et protège les libertés individuelles contre les agresseurs, qu’il s’agisse de l’État, de l’église, du groupe ethnique, etc…Dans son analyse, ZAKARIA cite en l’approuvant le politologue Seymour LIPSET M., qui a noté que « plus une nation fait de bonnes choses, plus la démocratie a de chances de survivre ». Bien qu’il existe quelques exceptions à cette formule, le développement économique semble généralement fournir le terreau le plus riche pour la démocratie libérale. La mise en place d’un secteur privé qui est indépendant du gouvernement crée des pouvoirs concurrents. C’est cette large décentralisation du pouvoir qui est l’une des clés du développement démocratique. Malheureusement, l’Afrique est pauvre. Le PIB mondial en 2008 était de 60,6 trillions de dollars. De ce montant, l’Afrique n’a créé qu’un petit 987 $ milliards. Selon la Banque mondiale, l’Afrique représente 10 % de la population mondiale, mais 30 % des pauvres du monde. Sans surprise, Michael CHEGE de l’Université de Floride à Gainesville fait remarquer que, bien que l’Afrique ait tenu plusieurs élections multipartites depuis 1990, ces élections n’ont pas abouti, dans la majorité des pays, à l’établissement de démocraties vraiment libérales. ZAKARIA suggère aussi que ce n’est pas une coïncidence que les deux démocraties libérales les plus avancées en Afrique, l’Afrique du Sud et le Botswana, ont des revenus par habitant beaucoup plus élevés que la moyenne africaine. En 2008, par exemple, la moyenne du revenu national brut par habitant en Afrique du Sud et au Botswana était de 5.820 $ et 6.470 $, respectivement. La moyenne des pays africains était de 1082 $. Dans l’ensemble, les données semblent confirmer l’idée que plus le niveau de développement économique est élevé, plus la perspective d’approfondissement démocratique est grande. Il est à noter que plusieurs pays africains pauvres ont progressé de façon très significative sur le chemin de la pleine démocratie. Le Mali et le Bénin sont deux des exemples qui se détachent du lot, mais ils pourraient également être deux exceptions qui confirment la règle générale. (Leur continuité démocratique est également loin d’être assurée.) Peter LEWIS de la Johns Hopkins University of Advanced International Studies a trouvé une « affinité élective » entre la démocratie et les marchés.

LEWIS fait remarquer qu’ils « s’appuient à la fois sur des informations ouvertes, des choix, et des sorties décentralisées pour la prise de décisions. L’économie de marché ouvre la voie à des demandes d’information et des groupes sociaux réclamant que les gouvernements assouplissent leur contrôle ». Les conditions contraires caractérisent souvent, quoique pas toujours, les régimes autoritaires. Cela a certainement été le cas en Afrique. Comme LEWIS le fait remarquer, le lien entre économie de marché et démocratie est confirmé par le fait que chaque démocratie mature au monde est également fondée sur une économie de marché. James GWARTNEY de la Florida State University et Robert LAWSON, de l’Université d’Auburn ont constaté que la liberté économique est fortement corrélée avec le revenu et la croissance. Les pays avec les degrés de liberté économique les plus élevés ont tendances à avoir les populations les plus riches et avoir une croissance plus élevée. Dans leur publication, la liberté économique dans le monde : Rapport annuel 2009, ils ont aussi constaté que la liberté économique est fortement corrélée avec les droits politiques et libertés civiles (telle que mesurée par Freedom House), et avec moins de corruption (telle que mesurée par Transparency International).

Les gens qui vivent dans des pays avec des degrés de liberté économique plus élevée ont tendance à avoir plus de droits politiques et des libertés civiles. Ils ont aussi tendance à connaître des degrés de corruption moindres. En 2008, Larry DIAMOND a conclu une enquête sur ce qu’il appelait « le recul de la démocratie ». Il a observé que si la démocratie était devenue mondiale, il était trop tôt pour célébrer son triomphe. Il a insisté sur le « puissant reflux autoritaire » qui a provoqué le glissement de certaines parties du monde vers une récession démocratique. Contrairement à la thèse de ZAKARIA, qui voit la croissance économique comme une condition de premier ordre pour la consolidation de la démocratie, DIAMOND estime que seule une réforme en profondeur des instruments et des institutions de l’État démocratique va créer les conditions nécessaires pour le décollage économique et la durabilité des politiques de croissance. En outre, Paul COLLIER de l’Université d’Oxford estime qu’une meilleure démocratie ne peut pas, à elle seule, sauver les États défaillants. Une « masse critique de personnes instruites qui travaillent à améliorer la stratégie de réforme » peut-être plus propice à un changement positif que de bonnes institutions (par exemple, la démocratie ou les droits politiques), sans minimiser l’importance de ces derniers. Quel que soit le lien de causalité entre la croissance économique et la durabilité de la démocratie, il ne fait aucun doute que le suffrage universel et les autres formes superficielles de démocratie détournent l’attention de la communauté internationale des mauvais gouvernements dans les pays pauvres.

Les mauvais gouvernements et le développement humain en chute libre en Afrique

L’absence historique et l’inégalité de la diffusion actuelle de la démocratie en Afrique se reflètent dans le déclin économique du continent. Le Ghana, par exemple, fut le premier pays d’Afrique à obtenir l’indépendance de la Grande- Bretagne en 1957. Même s’il s’agit aujourd’hui d’une démocratie constitutionnelle, ce pays a souffert de 40 années de mauvaise gouvernance. Comme le faisait remarquer le journal The Economist, les « récents succès du Ghana doivent être tempérés par les catastrophes antérieures ». À l’indépendance, le Ghana était environ aussi riche que la Corée du Sud, mais aujourd’hui il est 30 fois plus pauvre en termes de richesse par personne. Selon le Rapport annuel 2006 du Programme des Nations Unies pour le développement, les statistiques de l’Afrique sont inexorablement mauvaises. Les 23 pays les plus pauvres dans le monde en termes de développement humain sont tous africains. Principalement en raison de la propagation du VIH et du sida, l’espérance de vie en Afrique a chuté à 46 ans, tandis qu’environ la moitié de tous les Africains n’ont pas accès à de l’eau potable et 30 pour cent sont sous-alimentées en permanence. Larry DIAMOND établit une corrélation entre l’absence historique et, sur la plupart du continent, l’absence continue de la démocratie libérale, et le sous-développement chronique. Selon lui « le taux de survie n’est pas sans rapport avec les données en matière de qualité de la gouvernance ». Il note que l’Afrique est encore « la région la plus mal gouvernée dans le monde » aux côtés des pays de l’ex-Union soviétique. Cela peut aider à expliquer pourquoi l’Afrique se classe bon dernier, et par une large marge, dans sa moyenne de l’indice de développement humain.

Toutefois, c’est seulement après des décennies d’échecs économiques soutenus et de régression démocratique que certaines institutions internationales ont reconnu que certains problèmes économiques de l’Afrique étaient d’origine politique et économique. La Banque Mondiale, par exemple, s’appuyant sur 45 années de vie économique et d’expérience africaine, a constaté que « l’effet de mauvaises mesures représente entre un quart et la moitié de la différence de croissance anticipée entre pays en voie de développement africains et non africains ». Malheureusement, plusieurs commentateurs, comme Jeffrey SACHS, économiste à l’Université Columbia, et des pop-stars telles que BONO et Bob GELDOFF, rejettent ou minimisent l’importance d’avoir un bon gouvernement comme déterminant clé de la performance économique. Au lieu de cela, comme Peter LEWIS le fait valoir, les « optimistes de l’Aide humanitaire » préfèrent expliquer la faible croissance de l’Afrique en stigmatisant une « géographie défavorable, une pénurie de capitaux, et le manque d’accès aux marchés mondiaux ». La démocratie a besoin d’être approfondie au-delà d’élections multipartites périodiques. En effet, la Banque Mondiale elle-même reconnaît désormais que pour augmenter la croissance, les pays doivent créer ce qu’ils appellent une capacité institutionnelle comprenant la protection des droits de propriété, l’exécution des contrats, la promotion de la société civile, et la prévention de la corruption par le renforcement des limites constitutionnelles.

Les avantages de la démocratie libérale pour l’Afrique

Les pays africains avec des opportunités similaires, et faisant souvent face aux mêmes avantages et inconvénients, ont des résultats différents selon les politiques mis en œuvre. Le contraste frappant entre le Botswana et la Zambie avoisinante, tous deux sans accès à la mer et riche en ressources et à qui a été accordée l’indépendance à la même période, est un cas exemplaire. À l’indépendance en 1964, la Zambie était le deuxième plus riche pays d’Afrique, alors que le Botswana était décrit par un officiel colonial britannique comme un « morceau de territoire inutile ». Or, le Botswana a adopté des politiques économiques favorables au marché ancré et renforcé par un environnement démocratique environnement qui l’a propulsé vers le groupe des pays à revenu moyen supérieur. La Zambie, en attendant, se languit dans le bas du classement sur le revenu, avec un niveau de revenu par habitant à peine différent de ce qu’il était en 1960. Le revenu par habitant du Botswana, ajusté à l’inflation et à la parité de pouvoir d’achat, a été de 12.420 $ en 2007. Il était de 167 $ en 1960. La Zambie était 1,220 $ en 2007. En 1960, elle était de 984 $. La progression démocratique du Botswana depuis son indépendance en 1966 sera examinée ci-dessous. Mais la nationalisation des mines de cuivre par le gouvernement et de l’instauration d’un système à parti unique qui a duré 25 ans devrait être considérée comme des jalons sur la route vers la ruine de la Zambie. La transition de la Zambie de l’autoritarisme plutôt bienveillant de Kenneth KAUNDA (1964-1991) à la kleptocratie élue de son successeur, Frederick CHILUBA (1991-2001) illustre bien les dangers inhérents à la démocratisation superficielle.

Au cours de son mandat, ce dirigeant démocratiquement élu de la Zambie a gagné des dizaines de millions de dollars. En 2008, un tribunal britannique a conclu que CHILUBA avait comploté pour voler 40 millions de dollars, tandis que le gouvernement zambien a affirmé avoir récupéré 60 millions de dollars en gelant ses avoirs domestiques et à l’étranger. La Zambie a seulement commencé à se redresser lorsque le successeur de CHILUBA, Levy MWANAWASA, a commencé à instaurer des politiques favorables au marché et une plus grande responsabilisation démocratique de l’État après être devenu président en 2002. Cependant, sa mort en août 2008 et l’élection suspecte de son successeur en novembre 2008 suggèrent une fragilité de la démocratie zambienne. L’accaparement des richesses par des élites politiques avides a souvent lieu dansdes environnements complètement autocratiques,comme le Soudan le Congo Brazzaville et le Gabon.Mais, comme la Zambie le démontre, elle peut également se produire dans les pays en apparence démocratiques. Ainsi, une grande partie de l’Afrique reflète une piètre image quand il s’agit de la corruption. Le rapport annuel Indice de perception de la corruption, publié par Transparency International, qui note les pays sur une échelle de 0 à 10, avec les chiffres faibles indiquant une plus grande perception de la corruption. Selon l’IPC 2008, sur les 47 pays africains examinés, 30 n’ont pas atteint le 3 et 14 ont obtenu entre 3 et 5. Seuls trois pays d’Afrique ont reçu plus de 5. Il s’agit du Botswana, de Cap-Vert et de Maurice.En revanche, au Danemark, le pays le moins corrompu dans le monde en 2008, a reçu 9,3. On pouvait s’y attendre, les trois pays les moins corrompus ont également reçu les meilleures notes parmi les pays africains étudiés par Freedom House. La prédominance de la corruption provoque une variété de problèmes. Elle peut décourager l’investissement privé, et en même temps emprisonner les pauvres dans leur dépendance à des prestations de services publics inefficaces, voire inexistantes.

COLLIER offre un exemple instructif de la corruption au Tchad. Comme il l’écrit, « en 2004, une enquête de suivi de l’argent débloqué par le ministère des Finances au Tchad destiné à des cliniques de santé rurales. L’enquête avait le modeste objectif de savoir combien d’argent avait effectivement atteint les cliniques – sans chercher à savoir si les cliniques l’avait bien dépensé, ou si le personnel dans les cliniques savait si ce qu’ils faisaient, juste savoir où allait l’argent. Étonnamment, moins de 1 pour cent des fonds atteint les cliniques – 99 pour ne sont pas parvenus à sa destination ». Avoir une bonne gouvernance est beaucoup plus dans les pays où les services de l’État, ou son absence, peuvent littéralement faire la différence entre la vie et la mort. La responsabilisation est l’ennemi des pratiques étatiques opaques et des secrets officiels. Mais dans de nombreux, si ce n’est la plupart, des États africains, ces derniers sont très répandus. La Justice Initiative de l’Open Society Institute, par exemple, favorise l’adoption des lois sur la liberté de l’information, sur l’amélioration du système de justice pénale, et, surtout, la création et la protection de véritables droits pour les citoyens. Puisant dans ses travaux pratiques dans ces domaines cruciaux à travers l’Afrique, l’organisation a récemment conclu que « les processus politiques et les fonctions de l’État restent en grande partie personnifiés par une figure de l’élite et arbitraire dans la plupart des pays, tandis que les fondations institutionnelles sont assez faibles. En conséquence, l’abus du pouvoir de l’État continu d’aller sans être inquiété ».

En conséquence, les pays qui sont devenus plus démocratiques entre 1975 et 2000 ont eu une croissance économique plus rapide que leurs homologues moins démocratiques. Plus important, l’étude n’a trouvé aucune preuve pour soutenir le soi-disant « avantage autoritaire » pour le développement économique parfois proféré en Asie et en Amérique latine. Au lieu de cela, l’étude a révélé qu’il « est difficile d’échapper à l’association entre des règles anti-démocratiques et l’échec économique en Afrique ». Mais même dans les démocraties africaines, l’état de droit et de la règle du plus fort continuent de se rivaliser. La démocratie libérale est un puissant antidote à l’autoritarisme politique. Sa diffusion est toutefois confrontée à certains obstacles importants.

L’obstacle ethnique

Aucune autre région sur Terre ne présente une propension au conflit et à la guerre civile comparable à l’Afrique. Depuis la décolonisation, près de 40 pour cent des pays africains ont connu la guerre civile. La violence continue de faire rage à l’est du Congo. Ce conflit a, au fil du temps, touché 10 pays et coûté des millions de vies. Il n’est pas étonnant qu’en 2007, 70 pour cent des 70000 casques bleus engagés dans le monde entier aient été déployés en Afrique. Les conflits en Afrique ne sont pas tous causés par des tensions ethniques. La Somalie, par exemple, est un État ethniquement homogène. Mais la plupart des tumultes violents de l’Afrique portent sur les différences ethniques ou religieuses. Les colons européens ne se souciaient guère de l’existence de sociétés ethniquement distinctes et homogènes en Afrique au cours de la découpe du continent à la fin du 19ème siècle. Les frontières coloniales ont parfois morcelé les sociétés africaines traditionnelles ou, dans certains cas plus inquiétants en termes de conflits futurs, rassemblés des centaines de différents groupes avec peu ou pas d’intérêts communs les unissant. À l’indépendance, les frontières de ces États de fortune avec des populations variées, souvent volatiles, et ethniquement mixtes ont été laissées intactes. Il est possible que des partitions, comme celle qui a séparé le Pakistan de l’Inde en 1948, aurait eu leurs propres conséquences violentes. Mais la persistance du statu quo colonial et, plus important encore, l’échec des puissances coloniales et les dirigeants de l’indépendance pour établir des dispositions constitutionnelles tenant compte des différences ethniques, ont coûté cher à l’Afrique en termes économiques. Par exemple, des études montrent que les pays qui ont connu une guerre civile avaient un revenu moyen qui était environ 50 pour cent moindres que les pays qui n’ayant pas connu de tel conflit. Les taux d’investissement en capital humain et physique étaient également inférieurs d’environ 50 pour cent dans les pays post conflit. Mais au-delà des effets économiques et des niveaux extraordinaires de souffrance humaine causée par les conflits ethniques, les appartenances ethniques ont empêché la consolidation démocratique et les conciliations politiques des minorités.

Dès 1979, le sociologue Pierre VAN DEN BERGHE a averti que « si votre circonscription contient une majorité démographique, le racisme peut facilement être déguisé en démocratie. Bien entendu, le tour de main idéologique c’est qu’une majorité ascriptive définie racialement n’a rien à voir avec une majorité composée d’une coalition dynamique d’individus… La règle de la majorité en Afrique peut donc facilement devenir un voile pour la domination raciale ». En d’autres termes, la politique de l’identité l’emportera sur la politique d’intérêt. La plupart des partis politiques africains ont des racines idéologiques superficielles. Ils sont beaucoup plus définis à la fois dans leurs propositions politiques et dans la perception des électeurs par les clivages régionaux ou ethniques. En conséquence, la politique est souvent réduite à une lutte à somme nulle entre les gagnants de la majorité et les minorités exclues. En l’absence de dispositions constitutionnelles qui tiennent compte des minorités, comme celles que l’on voit en Belgique ou en Suisse, les majorités ont tendance à dominer, et l’opposition tend à être faible et isolée. Bien sûr, comme Jerry MULLER de la Catholic University of America l’a observé, les identités politiques ethniquement définies ne sont pas propres à l’Afrique. En effet, la stabilisation paisible post-Seconde Guerre mondiale en Europe faisait suite à un violent processus antérieur de séparation ethnique. « Dans les régions de l’Europe, où la séparation n’a pas encore eu lieu tels qu’en Yougoslavie la politique est susceptible de rester abjecte », écrivait-il.

La persistance des conflits ethnonationalistes dans plusieurs grands pays africains a aussi fait barrage à l’épanouissement d’une société civile plus largement établie et d’institutions nationales transethniques. Même dans les pays sophistiqués, tels que l’Afrique du Sud, la récente vague de violence xénophobe qui a éclaté de mai 2008 indique la prédominance de sentiments nationalo-ethniques destructeurs. MULLER suggère que bien que la démocratie libérale soit, par définition, racialement et ethniquement inclusive, elle fonctionne mieux dans les unités politiques qui sont en grande partie ethniquement homogènes. Bien sûr, ce n’est pas simplement les identités tribales qui provoquent des troubles civils et les conflits ethniques, mais l’incitation délibérée à la violence de certains dirigeants sans scrupules. Comme l’écrivait Robert GUEST de The Economist, « la plupart des conflits actuels doivent leur persistance à la politique moderne, et non pas aux passions primitives ».

La malédiction des ressources

L’ethnicité n’est pas le seul obstacle à la démocratie en Afrique. Près d’un tiers des États africains sont riches en ressources naturelles, et l’Afrique est un grand producteur des minéraux et des métaux les plus importants du monde, y compris l’or, les diamants, le platine, le pétrole et le gaz. L’avantage économique immédiat issu de l’abondance de tels minéraux varié due aux fluctuations des prix, est contrebalancé par les effets néfastes des prix élevés des matières premières sur les taux de change intérieur et en conséquence le sous-développement de l’exportation chez l’industrie locale. Néanmoins, le pétrole a eu un effet presque entièrement négatif sur la progression de la démocratie dans les pays producteurs de pétrole en Afrique et en particulier en Angola, au Nigeria, en Guinée équatoriale au Congo Brazzaville, au Gabon et au Soudan. Pas une seule des nations d’Afrique exportant du pétrole n’est classée comme « libre » par Freedom House. L’Afrique du Sud et le Botswana, tous deux producteurs de minéraux, sont parvenus à obtenir cette note, mais ils n’ont pas de pétrole. Selon HERBST, « une économie fondée sur les exportations de minéraux durs, et notamment le pétrole, cultive l’autoritarisme, parce qu’une grande part du total des recettes d’exportation est accaparée par le gouvernement central. Les flux financiers relativement importants alimentent les gouvernements qui, autrement, se seraient effondrés, et il est très difficile pour les régimes autoritaires de se retirer du pouvoir ».

Il est intéressant de noter que d’importantes réserves de pétrole ont été récemment découvertes au Ghana. Il reste à déterminer si cette nouvelle manne aura un effet sur l’impressionnant classement démocratique. L’Angola est l’un des exemples les plus flagrants d’un État despotique et vénal alimenté par le pétrole. La production à grande échelle de pétrole au large de la côte atlantique dans les années 1960 a prolongé et alimenté la guerre civile de 40 ans en Angola. Pendant cette période, 1 million de personnes sur une population de 13 millions ont été tuées et 1,7 million de personnes ont été déplacées. Human Rights Watch a prétendu que les dirigeants angolais ont « perdu » plus de 4 milliards de dollars de recettes de l’État entre 1997 et 2002. Le cycle de guerres civiles et de violence a été, à des moments importants, aidés par les revenus de l’industrie extractive, et alors que la paix est revenue en Angola, la résurgence de la violence dans le pays voisin riche en minéraux, la République démocratique du Congo, suggère la poursuite de problèmes similaires dans ce pays. Deux initiatives internationales récentes pour modérer la violence et les pulsions autoritaires alimentées par la lutte pour les ressources minérales ont donné des résultats mitigés. La campagne mondiale contre les soi-disant « diamants de sang » a abouti au « processus de Kimberley », un instrument destiné à améliorer la transparence et la responsabilité des dirigeants qui sont parmi les deux conditions préalables les plus importantes pour les réformes démocratiques.

Cette initiative conjointe des gouvernements, de l’industrie et de la société civile impose des exigences détaillées à ses membres pour voir les expéditions de diamants bruts se faire certifier « sans conflit ». Cela pourrait endiguer le flot des pierres illicites, qui sont souvent utilisées par les troupes rebelles pour financer les guerres en Afrique. Parmi les 74 signataires se trouvent l’Angola, le Congo Brazzaville, la Côte d’Ivoire, la République démocratique du Congo et la Sierra Leone. L’initiative sur la Transparence des Industries Extractives (ITIE) est une autre tentative d’établir des principes de bonne gouvernance en Afrique et qui a été mis en place par le gouvernement britannique en 2003. L’ITIE crée un cadre pour la transparence et la responsabilisation dans les pays riches en minéraux. Elle exige par exemple une plus grande publication financière des entreprises d’extractions étatiques et privées et des gouvernements des pays en voie de développement. Malheureusement, le seul pays d’Afrique qui soit pleinement conforme aux critères de l’ITIE est le Libéria. Le processus de l’ITIE est volontaire, et requiert une comptabilité honnête, des textes législatifs, et un suivi attentif. Ce sont précisément les caractéristiques d’une bonne gouvernance qui font défaut à nombre d’États africains qui ont signé l’ITIE, mais qui n’en satisfont pas les exigences.

Aide à l’étranger : ami ou ennemi de la démocratisation ?

Il doit y avoir l’équivalent de plusieurs forêts d’études relatant l’échec de l’aide internationale pour atténuer la pauvreté en Afrique. Robert GUEST écrit : Certains dirigeants africains parlent parfois de la nécessité d’un plan Marshall. Mais l’Afrique a bénéficié d’une aide équivalant à six Plans Marshall depuis l’indépendance…Entre 1960 et 1992, l’Afrique a bénéficié d’aides totalisant environ 400 milliards de dollars américains ajusté à l’inflation. Mais alors que le plan Marshall original a été un succès, l’aide à l’Afrique n’a pas réussi à atténuer la pauvreté sur le continent. Certains commentateurs estiment que l’aide peut être bénéfique dans les pays où des politiques économiques saines sont pratiquées dans un cadre démocratique ancré dans la règle de droit.Toutefois, cette conclusion a été contestée par plusieurs chercheurs qui n’ont trouvé aucune preuve concluante que, dans un bon environnement politique l’aide étrangère ait un effet positif sur la croissance économique. L’échec de l’aide étrangère à améliorer les taux de croissance économique et de développement humain en Afrique n’a pas empêché les appels et les engagements de son extension. En 2005, par exemple, Jeffrey SACHS de l’Université de Columbia a appelé à un doublement de l’aide pour les nations les plus pauvres du monde. Cette même année, le G8 s’était engagé à doubler l’aide à l’Afrique, faisant ainsi 50 milliards de dollars par an.

Bien que nous n’ayons toujours pas vu ces sommes, le G8 a mis beaucoup trop d’accent sur l’aide et l’allégement de la dette comme solutions aux problèmes de l’Afrique. L’Afrique a besoin d’adopter des réformes économiques et politiques comme solution au sous-développement. Alors que le G8 s’est également engagé à s’attaquer aux distorsions des tarifs et des subventions agricoles du monde riche qui nuisent aux exportations africaines, il est intéressant de noter que la libéralisation des échanges n’a pas progressé ces dernières années. L’échec des négociations du cycle de Doha sur la libéralisation des échanges fait peser un doute sur la réalisation future de cet engagement. Des tentatives d’utiliser l’aide étrangère comme un levier pour promouvoir et récompenser la démocratisation en Afrique ont été beaucoup plus controversée dans leur portée et douteuse dans leurs résultats.Il existe plusieurs exemples où la combinaison des pressions étrangères et de l’opposition domestique a entraîné le passage d’un système à parti unique ou de la loi martiale à un système de multipartisme. Le Kenya en 1991, par exemple, vient à l’esprit. Toutefois, même dans ces pays, les résultats ont été mitigés. Il saute aux yeux que récemment les gouvernements sortants ont conservé le pouvoir après des élections entachées de flagrantes irrégularités. On peut soutenir que des élections multipartites, même imparfaites, créent plus d’espace démocratique que le maintien d’un système de parti unique. Mais tandis que les aides sous conditions ont eu un certain succès dans l’élargissement de l’arène électorale, elle a été bien plus inefficace dans la complexe tâche d’approfondir et de développer la démocratie et les institutions qui la soutiennent. Dans son étude approfondie sur les aides étrangères et la promotion de la démocratie, Stephen BROWN de l’Université d’Ottawa conclut que « les autocrates » survivent souvent à la pression pour la démocratisation. La conditionnalité politique, telle qu’elle est actuellement appliquée, peut être contournée. De nombreux gouvernements africains apprennent rapidement à faire le minimum de réformes nécessaire pour conserver leurs aides : en permettant aux partis d’opposition de faire campagne, mais pas de gagner ; en permettant à une presse indépendante de fonctionner, mais pas librement ; en permettant à la société civile de fonctionner, mais pas de manière efficace ; et de consentir à ce que les élections aient lieu, mais jamais de remplacer le parti au pouvoir. Comme BROWN le souligne, les pays allant de l’Éthiopie à l’Ouganda ont mis en œuvre le strict minimum de réformes pour satisfaire les organisations internationales.

En tout état de cause, beaucoup trop de programmes d’assistance-démocratie sont techniquement biaisés et ne parviennent pas à évaluer si la démocratie a pris racine ou non. Trop souvent, les donateurs et les promoteurs internationaux de la démocratie traitent les symptômes plutôt que les causes, et n’ont pas d’expérience sur le terrain ou l’expertise nécessaire pour contrôler l’efficacité des institutions et de leur personnel. Il y a eu un fort soutien aux États-Unis pour le principe de la conditionnalité et de la sélectivité qui a été placée au cœur de la Millennium Challenge Corporation, une initiative clé de l’Aide de l’administration BUSH. Elle fournit des critères objectifs – fondée sur la bonne gouvernance, une économie saine, et des politiques adressant la pauvreté – que le pays bénéficiaire doit satisfaire pour bénéficier d’une aide. Malheureusement, la MCC a été critiquée pour avoir distribué de l’aide aux pays corrompus comme le Sénégal. Au moins la MCC a été relativement transparente dans son utilisation des évaluations de parties tierces, comme celles publiées par Freedom House. La MCC est peut-être une amélioration par rapport aux anciennes façons de dispenser de l’Aide mais il est important de noter que la MCC s’ajoute, plutôt qu’elle ne remplace, aux autres programmes d’aide. L’approche de l’approfondissement empruntée par le leadership en Afrique frappe par son manque de considération pour la société civile. Par exemple, le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) de l’Union africaine qui a été lancé par les présidents THABO MBEKI de l’Afrique du Sud et OLUSEGUN OBASANJO du Nigeria, et les présidents ABDOULAYI WADE du Sénégal et ABDELAZIZ BOUTEFLIKA de l’Algérie en 2001. Le NEPAD est une tentative d’obtenir davantage d’Aide internationale, un allégement de la dette, et de l’investissement en échange d’une amélioration de la démocratie et d’une bonne gouvernance. Pourtant, ses actes fondateurs ne contiennent aucune référence à des formations politiques autres que les partis au pouvoir et les États. Cette omission explique probablement, en grande partie, le manque de succès du NEPAD dans la démocratisation de l’Afrique au cours des neuf dernières années.

Le retour de la présidence impériale

La section précédente conduit au défi central et peut-être le plus important de la démocratisation en Afrique : l’enracinement des élites politiques en raison de l’absence de contrepoids démocratiques et d’institutions indépendantes. La survie du « néo-patrimonialisme » ou de la présidence impériale, avec ses effets atrophiant sur la création de contrôles et d’équilibres démocratiques, demeure un obstacle majeur à une véritable démocratisation en Afrique. Dans presque tous les pays africains, les améliorations dans les perspectives démocratiques générales doivent être nuancées par la survie, et souvent la prépondérance, du « néo-patrimonialisme », connu en Afrique sous la forme du leadership des « Big-Man ». Comme le professeur ghanéen H. KWASI PREMPEH l’écrit, « le nombre maximal de mandats présidentiels peut être limité en Afrique, mais en aucun cas ils n’ont été domptés… Ils ont émergé des récentes séries de réformes démocratiques avec leur puissance intacte… Il y a plus de libertés individuelles et plus d’espace pour l’opposition, mais les présidents africains continuent de contrôler les ressources et le népotisme, ce qui signifie que la capture et le contrôle de la présidence sont toujours l’unique ambition des politiciens africains » Nous observerons ce phénomène à l’œuvre dans diverses proportions dans chacun des quatre pays spécifiques étudiés ci-dessous. Cependant, la plupart des pays africains continuent aujourd’hui de témoigner de la persistance de la domination présidentielle et l’absence de contrepoids démocratiques efficaces. Les résultats peuvent varier dans chacun des cas, mais les causes semblent être communes. Par exemple, très peu de transitions démocratiques en Afrique ont été caractérisées par des réformes constitutionnelles fondamentales. Les conférences constitutionnelles ont été dominées par des questions « d’accès », tels que des élections libres, la liberté des médias, la durée du mandat, et ainsi de suite. La plupart du temps peu d’attention, voir aucune, a été accordé à l’établissement et l’approfondissement des contrôles et équilibres démocratiques.

Même dans les pays où un tout nouvel ordre constitutionnel a été créé, comme en Afrique du Sud entre 1992 et 1994, la création d’un cadre politique soutenu par une déclaration des droits, la séparation des pouvoirs, et la création d’institutions indépendantes se sont révélées très difficiles dans la pratique. L’écrasant poids politique de la majorité du parti nouvellement élu lui a permis de violer de nombreux édifices constitutionnels visant à lutter contre la surconcentration du pouvoir. La persistance de la domination par un seul parti dans de nombreuses démocraties d’Afrique – pour des raisons d’appartenance ethnique, ce que l’on a appelé « les dividendes de la libération », et à cause de la faiblesse de l’opposition – a encore réduit l’efficacité des mécanismes constitutionnels et a permis aux dirigeants du parti majoritaire dans différents pays de détourner et d’abuser leur pouvoir. En outre, l’expérience démocratique en Afrique est relativement nouvelle. En conséquence, les assemblées législatives et municipales et les gouvernements régionaux font souvent preuve d’une dépendance pathologique au Président et à son parrainage. Le contrôle de l’exécutif et la création de contre-pouvoirs ont donné jusqu’ici des résultats très mitigés. Il y a eu des cas récents de parlements africains faisant barrage au pouvoir exécutif. Par exemple, en juillet 2008, le parlement du Kenya, maintenant contrôlé par l’opposition, a adopté une motion de censure à l’égard du ministre des Finances du président M. KIBAKI. En revanche, trois ans seulement avant le chef de la lutte contre la corruption dans ce pays, John GITHONGO, a été licencié lorsque ses enquêtes l’ont mené trop proches de la présidence.

Cette expérience l’avait amené à conclure que « une ère, débutant au milieu des années 1990 lorsque les gouvernements africains ont au moins essayé de prendre la corruption au sérieux, s’est terminée ». Le Nigeria, qui est devenu synonyme de corruption en Afrique, a fait subir le même sort à NUHU RIBADU, la tête de sa Commission anti-corruption. Après avoir été renvoyé en 2008 avant la fin de son mandat de sonder la corruption au plus haut niveau de l’État, il a qualifié le mode de gouvernance du Nigeria de « gangstérisme ». Il semble y avoir chez les forces de l’opposition peu d’enthousiasme pour la réforme de l’État et ses institutions. Au contraire, la plupart des militants de l’opposition poussant au changement politique en Afrique ont, selon PREMPEH, « été motivée par l’objectif à court-terme de former le gouvernement eux-mêmes ». Il cite le cas du Ghana, où l’enthousiasme pour les réformes exigées par le New Patriot Party « a sensiblement diminué après avoir obtenu le pouvoir ». Le pouvoir judiciaire, dans de nombreux pays, a montré une grande amélioration depuis les années 1960. Dans de nombreuses juridictions, il a joué le rôle de contrepoids efficace contre les excès présidentiels. Toutefois, l’expérience varie selon les pays et il semble toujours avoir beaucoup trop de cas où les tribunaux hésitent à s’en prendre au pouvoir exécutif.

La première Cour africaine des droits de l’homme et des peuples qui a siégé à Arusha, en Tanzanie, depuis juin 2008, est un développement inspirant l’espoir dans l’institutionnalisation d’une protection des droits de l’homme à l’échelle du continent. Les compétences juridictionnelles de la Cour l’habilite à rendre des arrêts obligatoires pour toutes les parties, y compris les États signataires, qui violent la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples. Toutefois, seulement 24 des 53 membres de l’Union africaine ont ratifié le protocole d’Arusha et sont donc soumis à ses jugements. Malheureusement, les institutions panafricaines ont tendance à refléter, et dans de nombreux cas renforcer, les défauts démocratiques des États membres. Par exemple, un rapport de 2008 par Amnesty International constate un déplorable « manque de volonté politique de s’attaquer aux violations des droits de l’homme qui, généralement, sont à l’origine des tensions et des hostilités politiques ». Elle précise également que le Conseil pour la paix et la sécurité de l’Union africaine « échoué dans son mandat d’adresser la dimension des droits de l’homme dans les conflits armés en Afrique ». Une pléthore d’autres institutions et de chartes, y compris la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples de 1986 et la Commission et la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, continuent d’être inefficace à cause « d’obstacles politiques et financiers ». Il y avait de considérables anticipations que le mécanisme africain d’évaluation entre pairs (MAEP) du NEPAD, qui contenait des dispositions pour l’évaluation d’un bon gouvernement dans une tentative d’accroître l’aide internationale et l’investissement à l’Afrique, donnerait des résultats positifs. Malheureusement, les régimes les plus odieux, comme ceux du Zimbabwe et du Soudan, ont tout simplement choisi de ne pas participer au processus qui est, encore une fois, tout à fait volontaire. Le gouvernement sud-africain a été largement accusé par ses opposants internes de marginaliser l’opposition et les groupes de la société civile du processus du MAEP. En conséquence, Ian TAYLOR de l’Université St. Andrews note que « le NEPAD restera un club pour les États africains et les Big Man qui les dirigent ». 

Tony LEON
 
 
actuel 
Les Français depuis moins de 10 ans 
pourraient perdre leur nationalité
C'est un des deux amendements qui devraient être arbitrés ces prochains jours, avant l'examen de la loi sur l'immigration le 27 septembre. On en sait un peu plus sur le contenu de la loi immigration. Le ministre de l'Immigration, Eric Besson, a annoncé ce vendredi 27 août sur RMC que les déchéances de nationalité concerneront certains délinquants et criminels qui l'ont acquise depuis moins de dix ans. Le quotidien Libération publie, lui, les deux amendements que le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, veut voir adopter sur ce thème qui suscite un vif débat dans la société française. Ces derniers, qui doivent faire l'objet d'arbitrages dans les prochains jours, seraient intégrés au projet de loi sur l'immigration examiné par le parlement à partir du 27 septembre. Une réunion d'arbitrage présidée par le président Nicolas Sarkozy discutera la "semaine prochaine" de ces amendements. Les ministres concernés pourront apporter leurs propositions. 

Un délit de polygamie passible de 5 ans de prison

Le premier amendement crée un "délit de 'polygamie de fait, escroquerie, abus de faiblesse'" passible de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende. Si l'infraction est commise en profitant de l'état d'ignorance ou de la situation de faiblesse du partenaire, les peines seraient portées à sept ans de prison et 100 000 euros d'amende. A cela s'ajoute la déchéance de la nationalité. L'autre amendement prévoit que les personnes naturalisées depuis moins de dix ans perdraient la nationalité française en cas de condamnation à cinq ans de prison ou plus pour un crime ou délit visant un représentant des forces de l'ordre mais aussi un pompier, gardien assermenté d'immeuble, juré ou avocat, voire un conjoint, descendant, ascendant ou toute personne vivant habituellement au domicile de ces personnes, écrit Libération. Selon Eric Besson, "il faut se mettre d'accord sur la notion d'origine étrangère, c'est: ayant acquis récemment la nationalité française. Dans les conventions internationales c'est simple, c'est réglé, c'est moins de dix ans".  Cette volonté du gouvernement de déchoir de leur nationalité certains délinquants d'origine étrangère risque, selon de nombreux élus de l'opposition et même de la majorité, de se heurter au refus du conseil constitutionnel. 

Comprendre la montée des tensions au lendemain de l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire.
 Par Catherine Gouëset

Une élection à haut risque

Après six années de report, l'élection présidentielle en Côte d'Ivoire se tient dans un pays traumatisé par la division nord/sud.  Latente au cours de la campagne électorale, la tension a commencé à monter dès le premier tour, le 31 octobre. Les reports successifs de l'échéance, avaient perverti le débat, empoisonné par la tentation populiste et le calcul ethno-régional. La débauche de moyens à la disposition du président candidat Laurent Gbagbo semblait alors devoir jouer en sa faveur, au détriment de son challenger Alassane Ouattara (Lire Les jeux et les enjeux des élections en Côte d'Ivoire). Quelques jours avant le deuxième tour, alors que la campagne a été marquée par des affrontements ayant fait un mort, Laurent Gbagbo a imposé un couvre-feu au soir du vote. Le jour fatidique, les camps des deux candidats s'accusent mutuellement d'intimidations contre les électeurs. Nerveux, le camp Gbagbo annonce ce mardi qu'il a saisi la commission électorale "pour faire en sorte que (les) résultats soient invalidés" dans au moins trois régions du nord. Des incidents éclatent, notamment au sein de la commission électorale où des partisans du chef de l'Etat empêchent l'annonce de résultats partiels du second tour de la présidentielle. Des rumeurs concordantes expliquent cette nervosité par le constat de la victoire de d'Alassane Ouattara. 

L'arrière plan historique de la crise

Le "pays des éléphants" accède à l'indépendance en 1960 sous la houlette de Félix Houphouët-Boigny, partisan d'une coopération étroite avec la France. Le pays connaît jusqu'en 1980 une transformation économique spectaculaire; on parle alors de "miracle ivoirien". Mais à partir du milieu des années 1980, la situation se dégrade et les dettes de l'État s'accroissent.  Jusqu'à sa mort en 1994, Félix Houphouët-Boigny parvient à éviter les tensions communautaires dans un pays composé de plusieurs groupes ethniques qui a attiré nombre d'immigrés pendant les années de croissance. Son successeur, Henri Konan Bédié, souffle au contraire sur les braises des divisions ethniques en développant le concept d'"ivoirité", provoquant un climat de plus en plus délétère qui aboutit à 15 années d'instabilité. A l'issue d'une élection controversée, Laurent Gbagbo est investi président en octobre 2000.  Un coup d'Etat manqué en septembre 2002 aboutit à la partition de la Côte d'Ivoire en un sud loyaliste et un nord tenu par la rébellion. La France intervient, déployant l'"opération Licorne". En 2003, un accord signé à Marcoussis prévoit la création d'un gouvernement de réconciliation nationale et des élections crédibles et transparentes. Mais la présidentielle sera reportée six fois, jusqu'au premier tour le 31 octobre 2010. 

Pourquoi tant de haine

Une aversion mutuelle ancienne et tenace sépare les deux candidats. Le fondateur du Front populaire ivoirien (FPI) n'a jamais pardonné à Ouattara, alors chef du gouvernement de Félix Houphouët-Boigny, d'avoir avalisé sinon ordonné son emprisonnement. Et il le considère toujours comme l'inspirateur et le financier de la rébellion nordiste qui, en septembre 2002, faillit lui coûter son fauteuil. Quant à ADO, il rêve d'effacer l'"injustice" que constitue à ses yeux son éviction passée de l'échiquier politique (Lire Gbagbo-Ouattara au bout du suspense). 

Pourquoi l'élection a tant tardé

La Côte d'Ivoire attend ces élections depuis la fin officielle du mandat de Laurent Gbagbo en 2005.  Laurent Gbagbo est surnommé le "boulanger d'Abidjan". Il doit ce sobriquet à son aptitude à rouler son monde dans la farine. Arrivé au pouvoir en l'absence d'adversaire à sa mesure, les chances de sa réélection n'étaient pas gagnées d'avance ; déjà en 2006, le géographe Christian Bouquet, estimait le parti des héritiers de Félix Houphouët-Boigny, le PDCI était beaucoup mieux implanté dans le pays que le RDR de Ouattara et le FPI de Gbagbo. Il s'est depuis lors efforcé d'éluder le scrutin. Issu de l'ethnie minoritaire bété, le président sortant a néanmoins réussi à élargir sa base électorale, notamment à Abidjan, y compris au sein de bastions populaires réputés acquis à l'opposition. Il a su tirer profit du brassage urbain et de l'émergence d'une génération de jeunes électeurs, moins perméables que leurs parents provinciaux aux thématiques communautaires. L'attitude de l'électorat baoulé de l'ancien président Henri Konan Bédié, aura joué un rôle déterminant pour l'issue dus scrutin, son score de 25% lui ayant conféré un statut de faiseur de roi. 

 

  Humeur
La dignité de l'homme exige qu'il porte la burqa 
par Pierrette Fleutiaux

Si j'étais un homme pieux, voici ce que je proposerais. La femme est un être faible, soumis à toutes les tentations, nous le savons depuis la nuit des temps. Elle est concupiscente, tout entière la proie de pulsions condamnables. Son corps aspire à celui de l'homme, la société doit maîtriser ce corps, dès son plus jeune âge. La burqa peut sembler une réponse appropriée. Contraindre les mouvements de la femme, la ramener à la modestie, encadrer les désirs sauvages qui lui sont naturels, qui troublent son esprit et corrompent la société, relève du devoir de l'homme respectueux de l'ordre divin. Cependant, peut-être avons-nous fait erreur non pas dans l'interprétation de la loi divine, mais dans les moyens de la mieux appliquer. En effet, les yeux de la femme, même derrière un grillage, même dans la fente du niqab, restent libres. La vision périphérique en est certes limitée, mais la perversité naturelle de la femme lui fera trouver le moyen de contourner ce léger handicap. La femme en burqa continue de voir. On imagine quelles turpitudes alors peuvent agiter son esprit. Cachée sous son voile intégral, la femme peut encore se livrer à la débauche mentale. Une solution serait de l'aveugler totalement, par le moyen d'un bandeau ou tout autre moyen non cruel mais efficace. Cette solution est à écarter : la femme ne pourrait plus en effet accomplir les tâches auxquelles la destine sa condition subalterne : nourrir l'homme et ses fils, conduire les fils de l'homme à l'école, et faire toutes choses qui dégagent l'homme des tâches matérielles, facilitent l'exercice de son vouloir et son étude des textes sacrés.Je soumets ici une modeste proposition à mes frères. 

Que les hommes portent la burqa, qu'ils s'approprient ce vêtement que dévoie trop facilement la femme. L'homme est beau, l'homme est la création première de Dieu, la femme le désire indécemment. Ne lui donnant pas la liberté de convoiter, ne tentons pas sa faible nature. Voyez l'homme derrière lequel marche la femme en burqa. Même voilée, justement parce que voilée, elle a toute licence de contempler les bras que montrent les chemisettes d'été, les pieds dans les sandales, les fesses agiles et les jambes qui se devinent sous les pantalons, les poitrines mâles et les visages nobles. L'homme croit avoir mis la femme à l'abri de tout danger dans sa prison portative de la burqa. En réalité, il lui accorde une liberté scandaleuse. 

L'homme en burqa brisera net l'élan pervers de la femme. Ces yeux brillants, qui transpercent le voile le plus épais, se heurteront à un mur. Ainsi privée dans la journée, elle n'en sera dans sa maison que plus portée à répondre aux besoins sexuels légitimes de son époux. Que la femme aille dans la rue dans les atours aguicheurs qu'elle ne manquera pas de se choisir. Son regard s'épuisera sur les autres femmes, elle y verra comme dans un miroir sa propre indécence, sa futilité même la détournera de toute compétition malsaine avec l'homme. Quant à cette exposition de la féminité, elle ne saurait nuire à l'homme. Il s'y verra conforté dans son incontestable supériorité. Il saura, dans les autres burqas, reconnaître les hommes pieux et respectueux de la loi, et ainsi renforcera nécessairement la belle et indispensable communauté masculine. 

 ORDRE DIVIN 

Repoussons cette croyance absurde qu'il faudrait voiler les femmes pour que les hommes ne soient pas portés à désirer celles d'autrui. Une telle croyance est mécréante : elle accrédite l'idée que l'homme a été créé libidineux, violeur par nature et faible devant ses désirs. Et que, devant toute femme passant sous ses yeux, s'éveille aussitôt en lui la pulsion de lui sauter sur le râble pour consommer l'oeuvre de chair. L'homme a en lui la force de l'âme et le respect naturel de l'ordre divin. L'homme n'a rien à craindre des misérables appâts de la femme. Enfin, reconnaissons qu'il y a grand danger à abandonner les fils de l'homme aux soins de la femme. Son faible entendement ne peut que leur nuire. A l'homme de prendre en charge l'homme dans le nourrisson, à lui de le langer, le nourrir, le soigner. Une fois sa tâche reproductive accomplie, que la femme dirige ses agissements erratiques vers l'extérieur, qu'elle s'en aille piailler dans les assemblées publiques, mais que ses miasmes ne corrompent plus le foyer sacré de l'homme. La dignité de l'homme exige qu'il porte la burqa. La burqa est faite pour l'homme. 

Pierrette Fleutiaux 
Ecrivaine 


 

 
 
 
mondialisation
 
  Les élites des banlieues françaises choyées par… les Etats-Unis



En France, le « diversity management », la gestion de la diversité, a du mal à passer des bonnes intentions aux actes. Outre-Atlantique, c'est une réalité. L'ambassade américaine à Paris repère et forme les jeunes français prometteurs issus des quartiers populaires via son programme de « visiteurs internationaux ».

Aux Etats-Unis, c'est un concept politique. Et il s'enseigne. Le « diversity management » (gestion de la diversité), dans un pays qui vient d'élire son premier président noir, est l'un des thèmes de l'« International Visitors Program » (Programme pour les visiteurs internationaux). Chaque année, ils sont 4.000 jeunes, dont une trentaine de Français conviés aux Etats-Unis pour trois semaines de séminaire. Ressortissants des pays où les Etats-Unis ont une ambassade, issus des formations de jeunesse des partis ou d'associations jugées influentes, ils sont appelés à être la future élite de leurs pays et sont invités à ce séminaire où l'on évoque aussi bien le manque d'accès à l'eau courante en Alabama que l'évolution des droits civiques. Le programme est en place depuis soixante ans. En leur temps, Nicolas Sarkozy, François Fillon ou Laurent Fabius y ont participé. 

Mais depuis la fin des années 1990, l'Oncle Sam n'invite pas chez lui que les nouveaux diplômés de grandes écoles. « On regarde ce que les jeunes font sur le terrain, pas quelle école ils ont fait. Ceux qui fondent un magazine ou une association de réflexion sur la banlieue sont forcément des gens d'avenir », explique Lora Berg, attachée culturelle de l'ambassade américaine à Paris, dont tous les employés sont invités à repérer les jeunes prometteurs. Mais c'est surtout une Française, Randiane Peccoud, qui supervise ce travail. Réunions, lancement de projets, bouche-à-oreille… L'ambassade suit tout ce qui bouge dans les quartiers populaires, avec des techniques de réseau classiques. Elle dispose aujourd'hui de la meilleure liste de la diversité en France. 

« Le pouvoir se prend »

Invitée à Washington en tant que fondatrice de l'association Les Indivisibles (lire ci-contre), Rokhaya Diallo pense que, « contrairement à la France, les Etats-Unis ont compris qu'il y avait des Noirs, des Beurs, des Ultramarins qui peuvent compter. Pour des raisons démographiques, il y en a qui perceront ». Et donc, autant les aider. Le séminaire comporte aussi une branche consacrée aux techniques de campagne politique. Les conseillers en communication démocrates y enseignent comment démarcher les électeurs en porte-à-porte, comment se constituer un réseau. « Ce que j'en ai tiré, c'est que le pouvoir ne se demande pas, il se prend », s'enthousiasme Reda Didi, fondateur du think tank Graines de France. 

Car ce programme révèle une différence de fond entre la France et les Etats-Unis. Dans un pays qui pratiquait la ségrégation il y a cinquante ans, les minorités participent aujourd'hui aux conseils d'administration et sont dans les plus hautes sphères politiques. « La France continue de traiter les questions de diversité comme si elle était obligée, elle n'a pas compris qu'il en allait de sa propre dynamique », observe Marc Cheb Sun, fondateur de « Respect Mag ». « Aux Etats-Unis, la diversité est vue comme une grande force. Même s'il y a des signes encourageants, ce n'est pas encore le cas en France », souligne Lora Berg. 

Les participants semblent satisfaits : les Etats-Unis leur portent un intérêt qu'ils disent ne pas recevoir en France. « Les mêmes personnes qui sont discriminées en France sont promues aux Etats-Unis », résume Rokhaya Diallo. « J'ai envoyé un tract sur mon think tank aux députés français ; personne ne m'a répondu. Par contre, ça a enthousiasmé plusieurs membres du Congrès américain », ajoute Reda Didi. Comme les autres, il assure toutefois ne pas avoir mis son sens critique dans sa poche pour succomber à un nouveau rêve américain. 

CORENTIN BAINIER

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 en librairie

Femmes du Congo-Kinshasa. Défis, acquis et visibilité de genre
de Cikuru Batumike. 

Collection : études africaines. Editions L'Harmattan, mai 2009, Paris. Poids : 120 g 100 pages. ISBN : 978-2-296-07779-9. Prix public TTC : 11,00 €; frais de port et emballage : 1,50 € pour la Suisse. Réservez votre exemplaire auprès de l'auteur : cikurubatumike@hotmail.com ou par un simple courriel aux éditions l'Harmattan, service de diffusion : presse.harmattan5@wanadoo.fr
Lettres...
Les correspondances entre deux personnes aux origines culturelles éloignées, en terme géographique, se suivent mais ne se ressemblent pas. Les lettres de Marie Ito et de Cikuru Batumike, réunies ici, gardent un ton original. Au lieu d’être une perception née d’un choc de cultures, elles révèlent un échange qui ne se limite pas au seul cadre des référents culturels. 
Lettres à (de) l’amie qui me veut du bien, Nb de pages : 88, aux Editions Baudelaire, avril 2009. ISBN : 9782355081170 Achat par correspondance : 13 € + 3 € de port.
A propos de l'article "Le renforcement du négationnisme du génocide des Tutsis" 
de Benjamin Abtan publié dans Le Monde.Fr

D’après Mr. Abtan, le flou serait la caractéristique première  du discours négationniste. Je trouve que c’est inquiétant pour lui, qui pourtant commence par « Soyons précis », car il fait un large usage de ce flou et en maints points de son exposé, on voit un épais nuage de brouillard descendre très opportunément pour cacher l’un ou l’autre détail qu’il serait incommode de faire cdrer avec son exposé. Ainsi, « avant d'être chef de l'Etat rwandais, Paul Kagame a été un chef de guérilla ». Précisons un peu : depuis 1990, il menait une guerre civile contre le gouvernement d’Habyarimana et en 1994, il était engagé, comme d’autres composantes du paysage politique rwandais dans un processus de dialogue censé mettre fin à  et cette guerre. Il a rompu ses engagements et « à la tête du Front patriotique rwandais il a pris le pouvoir à Kigali ». Ce faisant, il s’est écarté du processus d’accès pacifique au pouvoir que l’on s’efforçait d’instaurer. La justification de son action est qu’en s’emparant du pouvoir par la force, il « mettait fin au génocide qui se déroulait sous l'impulsion des forces politiques qui dirigeaient alors le pays ». Ce qui est clair, c’est qu’au deuxième paragraphe de son texte, déjà, Mr. Abtan pose comme des faits avérés et incontestables deux postulats du Credo du FPR : 1° Il y a eu un génocide. 2° Il a eu lieu sous l'impulsion des forces politiques proches d’Habyarimana, plus particulièrement de son beau-frère, généralement désigné comme animateur de l’hypothétique Akazu. (On voudra bien noter que des deux points, le 2° est le plus important, parce que sans un lieu de décision central, il n’y aurait pas de raison de prétendre qu’il y a eu un seul génocide. Et sans lieu de décision et d’organisation, il n’y aurait pas de génocide du tout, la définition de ce crime étant liée à la préméditation).

Venons-en au nœud de l’article : « dire, comme on l'entend de plus en plus depuis la parution de ce rapport, que ce qui s'est passé au Rwanda en 1994 est "trop compliqué" pour en parler publiquement avec clarté, qu'il faut attendre que les événements politiques actuels soient analysés avec la distance du temps pour affirmer la simple vérité historique du génocide, que tout ça, finalement, n'est pas si clair qu'on voudrait bien nous le dire, et donc qu'il est délicat de qualifier de génocide le meurtre collectif et organisé de quelque 800 000 Tutsis entre avril et juillet 1994, c'est participer du renforcement du discours négationniste ».
« Depuis la parution de ce rapport » (du HCDH de l’ONU) est inexact. Depuis 1994, des thèses que MM. Kagame et Abtan qualifieraient de négationnistes (car, pour eux, est négationniste ou même génocidaire tout qui n’admet pas ce qui pour Kigali est la Loi et les Prophétes :  un génocide et un seul, organisé par l’introuvable Akazu), ont été avancées, non seulement par Pierre Péan, mais par diverses autres personnes. Il est vrai qu’avec le rapport HCDH, et la sortie d’un livre de Mr. Péan, les évènements d’Afrique Centrale dont les massacres rwandais de 94 ont connu un renouveau d’attention médiatique. Il est toutefois étrange qu’un auteur prônant le « dialogue des mémoires » et membre de « SOS Racisme », comme Benjamin Abtan se plaigne  de voir l’attention se tourner vers le souvenir d’un crime abominable et certainement inspiré par des sentiments relevant du racisme. S’il y a un fait qui a relancé l’attention des négationnistes, ce n’est ni le rapport de l’ONU, ni la parution de la dernière œuvre de Pierre Péan. C’est la constatation qu’à Arusha, le TPIR a dû conclure le procès de Théoneste Bagosora, le dernier prévenu de « planification de génocide » par un acquittement pour ce chef d’accusation. On se retrouve donc dans une situation juridique insoutenable : un crime sans coupable. Les prévenus poursuivis pour la planification du « génocide » ont été acquittés et l’Akazu est plus que jamais un fantôme, un ectoplasme. Il est donc légitime à partir de là de poser deux questions (et je dis bien questions, ou si l’on veut, hypothèses d’enquête.) « N’y aurait-il pas eu plus d’un génocide ? » et « Sans Akazu, donc sans rien qui témoigne de la préméditation, peut-on encore parler de génocide ?»

Et qui a dit « qu'il faut attendre que les événements politiques actuels soient analysés avec la distance du temps pour affirmer la simple vérité historique du génocide » ? Ceux qui remettent en question non les faits mais leur interprétation unilatérale n’ont cessé de réclamer des enquêtes, pour la simple raison que les témoins vieillissent et sont mortels, et n’ont cessé de se heurter à des obstacles mis par le pouvoir rwandais ou à ses tentatives pour orienter toute recherche dans la « juste ligne » de sa thèse. 
Et quels faits ? « Le meurtre collectif et organisé de quelque entre avril et juillet 1994 » ? On est plus prudent à Kigali, où l’on évoque le meurtre de 800 000 personnes, Tutsi et Hutu modérés. Les négationnistes affirmeraient qu’il est « délicat de le qualifier de génocide ». Là, Mr Abtan joue sur les mots, et d’une manière qui n’est pas bien belle car, s’agissant précisément de victimes et de massacres, il est difficile d’être simplement comique. Le mot « génocide » a plusieurs sens. Notamment un sens populaire et un sens juridique. Dans le langage populaire, il est assez commun de parler de génocide dès qu’un massacre prend de grandes proportions, surtout si la nouvelle s’accompagne d’images de charniers ou de cadavres en tas. On l’emploie alors comme pratiquement interchangeable avec « massacre », « tuerie », « hécatombe » ou « boucherie ». On parlera alors aussi, par exemple, d’homicide, de meurtre ou d’assassinat, alors que dans le langage juridique, ce n’est pas la même chose ! Dans ce même langage juridique, « génocide » a lui aussi un sens précis, qui inclut l’idée d’extermination d’un groupe ethnique bien défini, ainsi que celle de préméditation. Dans ce dernier sens (qui est bien sûr celui où l’on emploie le mot lorsqu’on remet en cause le discours officiel imposé par Kagame) où il renvoie à la définition en Droit d’un crime précis, il appartient à une catégorie de mots avec lesquels, si on suivait Mr. Abtan, on ferait du « négationnisme » tous les jours, car il ne s’en passe pas un sans que, quelque part, un tribunal décide de « requalifier » des faits, de décider, par exemple, que tel crime, jusque là qualifié de « meurtre » sera jugé comme « homicide ». Jouant sur cette équivoque, l’auteur veut donner l’impression que tous les critiques de la thèse de Kagame nient purement et simplement le massacre. Alors qu’ils se bornent à constater que  800 000 victimes, Tutsi et Hutu modérés,  cela fait un massacre rwandais, et certainement un des plus grands crimes politiques de l’histoire, mais pas un génocide et que, l’Akazu s’étant avéré plus évanescent que le vaisseau fantôme, la préméditation, indispensable pour qu’il y ait génocide, n’est pas établie. 

Comme mon tempérament m’incline à détester faire des critiques en forme de démolition, je dirai avec soulagement que je suis pleinement d’accord avec Mr. Abtan lorsqu’il écrit que le « flou » « empêche la transmission de la connaissance historique de l'événement, perpétuellement remise à plus tard, alors que les voix de certains témoins directs s'éteignent avec leurs disparitions..., il sert à couvrir les responsables,…  profite à ceux… qui portent une responsabilité dans la préparation, l'organisation ou la perpétration du génocide et qui cherchent à se soustraire à l'examen de celle-ci » et qu’il faut « que la vérité historique soit dite avec force et que la justice soit faite ». 

Il faut, avant la disparition des témoins, se livrer aux enquêtes, notamment celles que voulaient entreprendre Carla del Ponte ou Naveneteen Pilay, qui ont été entravées par le gouvernement de Kagame. Il faut que cessent les intimidations qui consistent à traiter de « génocidaire » des gens qui en 1994 n’avaient même pas l’âge de raison, mais se trouvent être d’un autre avis de Kagame. Il y a surtout la vérité historique qui doit être dite avec force et la justice qui doit être faite à propos de l’ensemble de crimes monstrueux qui a endeuillé le centre de l’Afrique au tournant du siècle, et dont les massacres du Rwanda, entre avril et juillet 1994, ne sont qu’un épisode. Ces événements, pour la seule RD Congo ont fait plusieurs millions de morts. Il faudra bien qu’un jour en parle… même si cela nuira sans doute un peu à la réputation de Kagame.

Guy De Boeck
 
Demain la R.D. Congo
 
Qui gagnera les élections présidentielles de 2011 ?

Il y a, au jour d’aujourd’hui, de plus en plus de compatriotes qui estiment que notre pays est sous occupation et qu’il ne sert à rient d’aller aux élections sans que les occupants soient mis hors d’état d’agir. C’est se voiler la face que d’ignorer cette approche de la marche socio-politique de notre pays. N’empêche qu’il y en ait aussi qui croient en l’avènement d’un autre Congo à partir du processus démocratique promoteur d’institutions républicaines au service de nos populations. D’autres compatriotes encore croient tout simplement dans un changement quel qu’il soit, pourvu que notre pays se débarrasse des gouvernants actuels. Des radicaux , des modérés et des opportunistes se retrouvent dans l’un ou l’autre camp. 

Le but de cet article est d’étudier certaines questions liées à l’organisation probable des élections présidentielles en 2011 et à la lecture qu’en font « les experts es Congo ». En effet, en lisant certains médias dominants et certains textes des « experts » du Congo sur ces élections, il y a des questions qui méritent d’être posées. Prenons un premier exemple. Comment une étude aussi fouillée que celle menée dernièrement par l’ICG ( Congo : l’enlisement du projet démocratique du 8 avril 2010) constatant que « la consolidation de la démocratie a été reléguée au second plan » face aux paradoxes dans lesquels s’enferment les gouvernants actuels puissent encore croire que leur chef sera reconduit aux échéances électorales prochaines ? Revenons à ces paradoxes. 

Sous peine de s’adonner aux cinq chantiers et de travailler au retour de la paix à l’est, les gouvernants actuels renoncent aux réformes promises au début de leur mandat et prévues par la Constitution (de Liège ?). « Cela constitue, écrivent les experts de l’ICG, un premier paradoxe : le retard observé dans les réformes promises, telles que la décentralisation ou la réforme du secteur de la sécurité, fragilise davantage le régime. Ce retard a largement contribué à amplifie les crises sécuritaires qui se sont manifestées depuis 2006. Les affrontements au Bas-Congo, au Kivu et plus récemment en Equateur ont démontré que des institutions politiques provinciales faibles ne peuvent pas faire face à certains conflits locaux qui dégénèrent rapidement. » Ce paradoxe prouve que « loin de s’incarner dans des institutions, l’application des principes constitutionnels dépend de la bonne volonté des gouvernants. » De ce constat à croire qu’il y a lieu « de donner un second souffle aux réformes démocratiques » avec les mêmes acteurs politiques « sans volonté politique », il y a une marge de l’ICG semble franchir. 

Le second paradoxe. « La nature politique des solutions recherchées est au centre d’un seconde paradoxe : sous prétexte d’avoir contribué à doter Kabila d’une autorité souveraine par vertu d’une élection réussie, la communauté internationale s’empêche de critiquer ou de dénoncer les choix et pratiques anti-démocratiques du régime congolais. » Ici, quand l’ICG lit dans cette façon de faire un paradoxe, nous nous y voyons l’hypocrisie de la communauté dite internationale et sa capacité d’instrumentaliser les institutions démocratiques au profit de ses hommes et femmes liges. Nous ne le dirons jamais assez : « La communauté du marché mondialisé avait besoin de faire du Congo un réservoir des matières premières où elle pouvait puiser à sa guise. La réussite de ce projet été lié à la mise sur pied d’un réseau de « nègres de service » dont Joseph Kabila est un membre parmi tant d’autres. » 

Dans cette perspective, il devient plus ou moins facile de comprendre que l’ICG, malgré son diagnostic négatif de la gouvernance du pays sous Kabila, écrive ce qui suit : «  Kabila, qui conclut son premier mandat en 2011, garde de grandes chances d’être réélu sans un tel recours (à la révision constitutionnelle). Malgré l’érosion de sa base électorale dans l’Est du pays en raison des violences permanentes au Kivu et en Province Orientale, l’opposition ne semble pas de lui opposer un candidat puissant aux prochaines élections présidentielles. » 

Etonnant ! L’avenir du Congo se jouerait entre les acteurs politiques actuels (majorité et opposition) et la communauté dite internationale ! Curieux ! Cette analyse fouillée de l’ICG ne tient pas compte du fait que tous les Congolais n’ont pas participé à « la mascarade électorale » de 2006 ; que la classe politique actuelle n’est pas représentative de toutes les capacités et énergies dont notre pays regorge ! C’est comme si cette analyse participait d’un matraquage psychologique (comme plusieurs autres du même genre) visant à orienter les choix futurs des compatriotes ! Elle semble avoir la prétention de connaître et de maîtrise le mode de fonctionnement des Congolais(es) ! 

Selon cette étude, Kabila gagnerait en 2011 sans base électorale ! Curieux ! Ses alliances avec le CNDP qui gouverne réellement une bonne partie de l’Est de notre pays n’auraient rien à voir avec 2011 !  Non. L’ICG n’est pas dans le secret des Congolais(es). Il risque d’être surpris. Kabila tient à conserver sa base électorale à l’Est. Des sources dignes de foi nous ont confirmé que son ami Kamerhe, à défaut de le soutenir au vu et au su de tous, ne lui mettra pas les bâtons dans les roues ; il ne se présentera pas en 2011. Leurs parrains communs lui auraient demandé d’attendre 2016. Non. L’ICG n’est pas dans le secret des Congolais : « Le Congo n’aura plus un deuxième Mobutu ». Si nous considérons le champ électoral comme l’un des lieux où la lutte politique devrait se mener chez nous, d’autres acteurs politiques risquent de rendre l’équation plus compliquée que « les experts es Congo » ne le croient. De Kinshasa, nous avons appris par exemple qu’un groupe de plus de 100 étudiants de nos universités et instituts supérieurs font appel à un candidat qui avait désisté en 2006, un avocat du Barreau de Kinshasa et un expert en droit humanitaire international, Guillaume Ngefa. Ils estiment, après un constat de l’échec des gouvernants actuels sur tous les plans, qu’il devra être leur candidat aux élections de 2011. 

Dans un article intitulé Kabila a-t-il déjà gagné 2011 ?, Afrikarabia écrit ce qui suit : « Notons enfin Guillaume Ngefa, avocat au Barreau de Kinshasa, actuellement fonctionnaire des Nations Unies et spécialiste des droits de l’homme. Initiateur et président honoraire de ASADHO, il a dénoncé la dictature sous Mobutu, puis sous l’AFDL. Selon certain observateur, « discret, perspicace et convaincu pour ses idéaux, Guillaume Ngefa est un présidentiable à prendre au sérieux ». Ce qui apparaît comme une évidence pour certains milieux « internationaux » ne semble plus l’être pour certains médias alternatifs et certains milieux congolais avertis. Et plusieurs compatriotes amoureux de leur pays et travaillant pour un autre Congo sont « invisibles ». 

De toutes les façons, un fait est sûr : « Les petits restes, les minorités organisées et les autres ascètes du provisoire Congolais luttent sur plusieurs fronts. Un temps viendra où ils vont étonner le monde entier. Les élections hypothétiques de 2011 ne sont pas gagnées d’avance. » L’erreur à éviter serait que le front gagnant puisse exclure les autres. Il y a là un travail anticipatif à abattre… 

J.-P. Mbelu

Demain la R.D. Congo