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Haïti et les écrivains, une histoire d'amour
Par Marianne Payot
Le 3e Festival international du livre vient de se tenir à Port-au-Prince. Un beau défi, relevé avec succès dans un pays qui voue un culte à la littérature. Carnet de bord.
Le 12 janvier !
A Haïti, la date claque comme un "11 septembre". Un jour gravé à jamais dans la mémoire de Michel Le Bris et de ses compères Lyonel Trouillot et Dany Laferrière, qui s'apprêtaient, en ce 12 janvier 2010, à lancer la 2e édition du festival Etonnants Voyageurs de Port-au-Prince. Tout de suite, ils témoignèrent sur le séisme meurtrier et se jurèrent de revenir. Pari tenu. Du 1er au 4 février, quelque 60 auteurs francophones (dont le chanteur Arthur H) débattent de poésie, de crise, de passions humaines devant des auditoires enthousiastes. "Si pauvres que soient les pauvres, ils ont besoin d'âme", s'enflamme Michel Le Bris lorsque l'on s'interroge sur le bien-fondé d'un Salon du livre dans un pays en proie à la misère. Il est vrai qu'au hasard des rencontres - Georges Castera, Emmelie Prophète, Evelyne Trouillot, Louis-Philippe Dalembert, James Noël, Gary Victor... - se déploie l'extraordinaire vitalité de la littérature haïtienne. Etonnante Haïti, où même les analphabètes sont fiers de leurs poètes ; où, d'un séisme à l'autre ("la dictature est un séisme qui s'installe à demeure", rappelle Laferrière), le peuple se relève, sans cellule psychologique aucune ; et où l'on s'investit dans l'imaginaire, le pays rêvé étant plus facile à vivre que le pays réel. Carnet de route en compagnie de quatre étranges voyageurs....
Mercredi 1er février - Debray, le compagnon de route
C'est le précepte des Etonnants Voyageurs, on s'aère, on mixe, on touille et on s'abreuve d'un joli cocktail de mots. Malice du jour, le mélange est détonant : Régis Debray, l'ancien guérillero, écrivain, sociologue, académicien Goncourt, archétype de la pensée française en marche, fait équipe avec un drôle d'olibrius, Dominique Batraville, grigri au cou, poète romancier, protestant, mais aussi adepte du vaudou en quête de bouddhisme. Direction Jacmel, par la route de l'Amitié, financée par la France dans les années 1970. Soit quelque 80 kilomètres effectués en plus de trois heures. Le coût de l'amitié et, surtout, l'inextricable engorgement de Port-au-Prince, qui renvoie les encombrements parisiens au registre de douces plaisanteries. Au programme, rencontre avec des élèves, à l'Alliance française puis dans un lycée, deux établissements durement touchés par le séisme et venant à peine de renaître des décombres. Régis Debray connaît bien l'île, il a même signé en janvier 2004, pour Dominique de Villepin, un rapport, "Haïti et la France", destiné à faire vibrer de nouveau les relations entre les deux pays. C'est de sa rencontre avec le Jacmélien René Depestre, en 1961 à Cuba, que date la passion de l'ancien compagnon du Che pour l'ex-Saint-Domingue. "Vous les Noirs, vous avez de la couleur, nous venons plus en élèves qu'en pédagogues", entonne-t-il, un rien flagorneur. Et d'évoquer la dette morale de la France et celle, plus littéraire, de Victor Hugo, de Baudelaire, l'amoureux de Jeanne Duval, d'André Breton, de Malraux, le tout devant un parterre médusé d'adolescentes. Les questions fusent bientôt à l'attention de... Dominique Batraville, le grand frère qui a réussi. L'homme dit tout, son parcours chaotique, sa schizophrénie et les sept métiers que tout Haïtien doit avoir pour survivre. Pour lui, c'est poète, romancier, acteur (dans Royal Bonbon, sélectionné à Cannes !), journaliste, éditeur (les bonnes années)... Le public est sous le charme, Debray aussi. L'agrégé de philosophie se déride : "Tu es un faux fou", lance-t-il au grandéchalas. Fin du combat des deux guérilleros. Place aux agapes chez Gérard Borne, directeur de l'admirable école Alcibiade-Pommayrac, créée par Véronique Seydoux-Rossillon, et à un voluptueux bain de mer. Debray est aux anges.
Jeudi 2 février - Mabanckou, le frère africain
"L'enfant noir d'Haïti." Pour le quotidien Le Nouvelliste, nul doute : Haïti a définitivement adopté le Congolais Alain Mabanckou, l'auteur rieur du Sanglot de l'homme noir, qui vit entre Los Angeles (il y enseigne la littérature francophone) et Paris. Il n'est venu ici que trois fois, mais le grand Frankétienne l'appelle "mon fils" et Dany Laferrière le considère comme son frère depuis leur première rencontre, en 1993, au Salon du livre de Paris - ils publieront bientôt leur abondante correspondance. Mémoires de porc-épic, Verre cassé,Black Bazar... Si les auditeurs n'ont pas tous lu son oeuvre, tous l'applaudissent. Une formule choc - "L'écrivain n'est peut-être qu'un musicien raté" -, une anecdote de jeunesse - "On était effrayé, avec mes copains, à l'idée que le si joli mot de coccinelle puisse désigner un insecte qui trimballe de la merde" -, un zeste de sagesse africaine - "qui veut qu'on écoute plus les choses que les gens" - et, en cadeau, la primeur du CD Black Bazar, future BO du film bientôt adapté du roman éponyme... Mabanckou sait y faire pour emballer son public. L'homme à l'éternelle casquette la joue modeste : "Si j'ai été adopté, c'est aussi parce que mon nom leur rappelle leur rhum Barbancourt."
Vendredi 3 février - Laferrière, notre héros
Peut-être suscite-t-il la jalousie... Peut-être lui reproche-t-on son exil, aujourd'hui doré, de lauréat (du prix Médicis, pour L'Enigme du retour)... Lui, préfère ne pas savoir. Il assume tout, se sent ici au pays, parle de sa mère à tout bout de champ (environ 94 printemps le lundi 6 février), se démultiplie, envoie des messages aux apprentis écrivains ("Je me donne en exemple, pas en modèle") et assure le show. Comme lors de ses premiers pas à la télévision québécoise en tant que présentateur météo... "Un Noir parlant de blancheur, les Québécois faisaient une de ces têtes !" Il en rigole encore. En ce vendredi 3, c'est une impressionnante standing ovation qui accueille le romancier et sa consoeur du moment, Léonora Miano, dans l'église du lycée Saint-Louis-de-Gonzague de Port-au-Prince - "Ce n'est pas tous les jours qu'on parle sous une croix, entouré de fleurs. J'avais l'impression d'assister à mes propres funérailles", commentera le joyeux élu. Alors, devant les centaines de jeunes réunis, frère Laferrière lit - non pas l'Evangile, dans la famille c'est la mère qui tient le rôle de la croyante - mais des extraits d'Enigme du retour. Silence de cathédrale. Puis il évoque son père, l'exilé de Miami, ses premiers romans, les "blondes" du Québec, l'écriture, le 12 janvier et le besoin, impétueux, d'écrire dans le quart d'heure suivant la secousse - "J'avais le sentiment de soigner un blessé", explique l'auteur de Tout bouge autour de moi... Bientôt, une longue file se forme. Les élèves ont préparé de subtiles questions, à faire pâlir leurs lointains camarades du Vieux Continent. "Vous avez de l'appétit !" constate Laferrière, dans un sourire légèrement fatigué.
Samedi 4 février - Yanick Lahens ou l'élégance
Espace Babako. Ils sont trois invités à plancher sur le thème "Habiter un lieu", dont Yanick Lahens, l'une des rares romancières haïtiennes. En l'occurrence, c'est elle qui habite bientôt l'espace, avec son corps, sa grâce, son intelligence. "Un corps, précise-t-elle, qui n'a jamais été chevauché par les dieux" - traduisez, par le vaudou. Pour autant, la distinguée diplômée de la Sorbonne n'est en rien coupée du peuple. Chaque matin, elle part sur le terrain, fait se rencontrer les jeunes de Cité-Soleil et ceux de Piétonville, deux quartiers aux antipodes dans cette société inégalitaire, leur apprend la technique du documentaire, comme elle l'a fait également dans les camps improvisés au lendemain du séisme. Un séisme sur lequel elle a, elle aussi, écrit un superbe texte, Failles, et dans lequel elle voit une occasion ratée. "Comme en 1986 et en 2004, il y eut un frémissement, une tentative de s'éloigner du populisme, mais, en réalité, nous n'avons fait que passer de la léthargie à l'agitation." Quand elle parle des politiques ou même des intellectuels ("aussi atomisés et inorganisés que le reste du pays"), Yanick Lahens ne mâche pas ses mots. C'est dans la sagesse collective - "Vivre sans illusion, mais sans renoncement" - que l'auteur de La Couleur de l'aube puise sa force.
portrait
Omar Ba : la Suisse n'est pas l'Afrique
A 34 ans, Omar Ba est un artiste comblé. Un travail apprécié, ces cinq dernières années, par le biais d'expositions en Europe et la belle surprise de figurer, en 2011, parmi les primés de la prestigieuse Swiss Art Awards. Le Sénégalais Omar Ba n'est pas passé inaperçu à l'oeil du public et de notre magazine. Interview.
En ce lundi de Pentecôte 2011, dans les locaux de la Foire de Bâle, la Commission fédérale suisse d’art secondée par des experts des domaines de l’architecture et des arts numériques désignait les lauréats du Concours fédéral d’art 2011 sous le label Swiss Art Awards. Des artistes, architectes et médiateurs d’art ont été récompensés. La cérémonie de remise des prix était suivie par l’exposition présentant toutes les œuvres retenues.
Des 536 dossiers soumis à l’Office fédéral de la culture, la Commission en a choisi 88 pour participer au deuxième tour de Swiss Art Awards 2011. Vous faites partie des trente-deux artistes qui viennent de recevoir leurs prix. Que vous inspire cette distinction ?
Je ne me suis jamais posé la question d'une reconnaissance de mon travail ni d'une quelconque récompense. Ce fut une surprise. Je vois à travers cette distinction, une façon de légitimer mon art, une ouverture vers d'autres possibilités au même titre que tous les artistes qui l'ont reçue. C'est la preuve que la Suisse est un pays qui ouvre des opportunités aux artistes.
Vous êtes l'un des rares artistes d’origine africaine à exposer dans les galeries européennes. Quel beau parcours, n'est-ce pas ?
Je suis un artiste qui travaille beaucoup. Je m’intéresse à ce qui se passe autour de moi. Après différentes expositions de mes créations en Suisse, je me suis installé dans le paysage artistique suisse et européen. Un travail de longue haleine. Avant de m’installer à Genève, j’ai passé trois années à l'Ecole Nationale des Beaux-arts, au Sénégal. En 2002, je suis allé à Bonn, en Allemagne, participer au symposium sur le langage des couleurs plus. De retour d’Allemagne, j’ai participé à plusieurs expositions au Sénégal avant de venir en Suisse où je réside depuis 2003. J'ai poursuivi des études pour un postgrade de l'Ecole Supérieure des Beaux-arts, Genève. J'ai fréquenté, pendant deux ans, l'Ecole cantonale d'Art visuel du Valais, Sierre, en Suisse. C'est ici que j'ai été remarqué par la galerie Guy Bärtschi.
Pouvez-vous nous signaler les expositions auxquelles vous avez été associé ces cinq dernières années en Europe ?
J’ai participé à des expositions collective et individuelle. En 2007, mes tableaux étaient présentés à «Espace Kis » de Genève, tandis qu'en 2008, toujours dans une exposition individuelle, j'étais à « Art en l’ile » de Genève. En 2009, j'exposais dans le cadre du programme I am by birth a Genoves au « Vegas Galerie » de Londres, une exposition suivie d'une autre à l'Espace d’art contemporain « Forde » de Genève. En 2010 j'étais invité à une exposition collective à la Galerie 1000eventi de Milan, puis à l'exposition collective Project room à la Galerie Guy Bärtschi de Genève, Made in Switzerland. Toujours en 2010 j'étais présent à l'exposition collective Foire de Bologne à Bologne et à l'exposition collective à la Galerie Sanaa Utrecht. 2011 a été une année fructueuse par ma participation à une exposition collective à la Villa Bernasconi de Genève, à l'exposition collective EX-EPA à Vevey, à l'exposition collective The Armory Show au New York Galerie Anne de Villepoix. Toujours en 2011 mes tableaux étaient présents à la Galerie 1000 eventi et la Galerie Guy Bärtschi, sans oublier l'exposition collective Masterpiece de Lausanne et la Ferme Asile de Sion, en Suisse.
Vous ne produisez pas des toiles à proprement parler. Vous peignez sur du carton. Est-ce une façon de travailler qui vous est originale ?
Depuis pratiquement deux ans je n'utilise plus la toile. Cela ne veut pas dire qu'entre moi et la toile c’est fini. Pas du tout. Nombreux sont les artistes qui se servent de carton ondulé comme support pour leurs travaux. Personnellement, je suis arrivé au carton par pure coïncidence. Il est très solide comme matériel. Je peux le fixer au mur et au sol. J’ai l’impression d’avoir la maîtrise totale de ce support. Je prends ce que le carton me donne comme possibilité. Pour en faire ce que je cherche à transmettre, à dire ou à montrer. Je ne passe pas mon temps à me demander par où je dois commencer ma peinture. Je peux marcher sur le carton, le rouler, le transporter facilement, sans abîmer mon travail. Je peux le ranger facilement. Le peu d’espace que je dispose dans mon atelier me le permet.
Exécutés sur du carton ondulé, nombre de vos tableaux ont des hybridations entre l'Afrique et l'Occident. Est-ce, pour vous, un besoin de jeter des ponts entre les continents ?
Depuis plus de 7 ans, je m'intéresse aux rapports entre le Nord et le Sud, particulièrement entre l’Europe et l’Afrique. Je revisite en permanence l’histoire, pour mieux comprendre ce qui se passe autour de moi. Je suis très ouvert à l'actualité internationale tout en gardant solidement et jalousement les acquis de ma culture d'origine, l'africaine.
Vous abordez, dans vos tableaux, la réalité de manière non réaliste. Est-il facile de s'imprégner des réalités africaines tout en évoluant en terre d'exil ? Retournez-vous régulièrement au Sénégal ?
La Suisse n'est pas l'Afrique. L'Europe non plus. Je veux dire, par cet euphémisme que, pour me faire comprendre, je n'ai pas à transposer ma culture d’Afrique entièrement et uniquement dans mon art. Je suis un artiste africain vivant en Suisse. Je suis appelé à créer un langage nouveau dans lequel je ne revendique pas une appartenance à telle ou telle société d'hommes. Je crée, je contribue à ma manière à la compréhension de la société. Je dessine les contours de ma place dans cette vie. Place de l'humain, mais aussi de l'animal; progrès et nature, mais aussi tradition et modernité. Mon travail est visible dans mes personnages, des animaux, des paysages habités, des symboles.
Vous êtes maître assistant dans l’enseignement primaire et artiste visuel dans le monde de l’art contemporain à Genève. Vivez-vous de votre art, aujourd'hui ? Comment travaillez-vous ?
Aujourd’hui, j’arrive à vivre de l’art avec le stricte minimum. Depuis très longtemps je me suis détourné de beaucoup de loisirs. J'ai besoin de plus de temps pour ma peinture. Je dors peu. Il m’arrive de travailler toute la nuit; de ne dormir que deux à quatre heures par jour, pendant des longues semaines. Je réalise la plupart de mes dessins là où je me trouve, pas nécessairement à l'atelier. Le temps et l’espace, il m'en faut; j’ai besoin de cette flexibilité là.
Quelle place accordez-vous à la femme dans vos créations ?
La femme occupe une place de choix dans mon travail au même titre que l’homme. Vous savez, quand j’aborde une peinture je ne me soucie pas de savoir si le personnage central sera une femme ou un homme, ou les deux. C’est le geste et le tracé qui décident du choix du thème. Ils déterminent la suite de la peinture voire le choix du titre. Espace Schengen-Espace privé, suite d’un complément, Espace privé 2 etc. sont des peintures dans lesquelles la femme occupe la place centrale de la composition et de l'idée.
Quels sont vos projets artistiques à venir ? Avez-vous un message personnel pour les artistes africains évoluant en terre d'exil ?
Actuellement je travaille avec trois Galeries en Europe. Les Galeries Guy Bärtschi à Genève, 1000eventi à Milan et Anne de Villepoix à Paris. Au mois de novembre 2011, j’ai eu une exposition individuelle à la Galerie 1000 eventi à Milan. Mes travaux sont aussi montrés dans certaines foires d’art en Europe. Mon message pour les artistes est la suivante: il faut créer sans aucune limite et ne pas se laisser enfermer sur des autoroutes où beaucoup de panneaux de limitation de vitesse nous freinent.
Avez-vous d'autres occupations en dehors de l'art ?
Je fais du sport. J'ai mes préférences : je fais la course à pied et le Karaté. Quand je dispose d'un peu de temps, j'écoute de la musique, je lis des livres liés à l'art ou je vais au cinéma.
Contact : ba.omzo@hotmail.com
Propos recueillis par
Cikuru Batumike
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Association des Ecrivains de la Nouvelle-Calédonie
Créée en 1996, a pour objectif « l’échange d’idées et la promotion de l’écriture sous toutes ses formes ». Elle veille à ce que les intérêts moraux et matériels des auteurs soient reconnus. De toutes origines, les auteurs membres de l’AENC entendent à travers elle témoigner ensemble de la vitalité des écritures contemporaines de leur territoire. Voix plurielles, champs littéraires multiples, sont au rendez-vous d’une vie associative qui se manifeste également par des partenariats avec des artistes plasticiens, des musiciens, des metteurs en scène, d’Océanie et d’ailleurs. Est mise en évidence l’existence d’une littérature calédonienne tout à la fois singulière et en résonance avec les littératures du monde. Lire la suite ici
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La bande dessinée d’Afrique en 20 questions : de la création à la diffusion
Par Christophe Cassiau-Haurie, Conservateur,
Directeur des services au public de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg, France
1. Qui lit des bandes dessinées en Afrique ?
Dans une société où la majorité de la population lit très peu, la bande dessinée est particulièrement perçue comme un média destiné aux plus jeunes. En effet, les petits Africains, comme partout dans le monde, adorent la bande dessinée. Par la suite, le phénomène s’estompe et il est très rare de voir un adulte lisant un album, si ce n’est dans les milieux aisés et urbains. Les raisons en sont culturelles (un adulte ne lit pas de la « littérature pour enfants ») et financières (les albums de bande dessinée coûtent très cher). La presse pour jeunes, en particulier au Cameroun avec des titres comme Jeunes pour jeunes, Entre nous jeunes ou Junior, contient des planches de bandes dessinées. Cependant, la presse spécialisée n’arrive pas à s’installer durablement dans le paysage éditorial. Même si certains titres ont pu durer plusieurs années et marquer des générations entières de lecteurs (M’Quidèch en Algérie ou Jeunes pour jeunes en République démocratique du Congo), la plupart des tentatives ne tient que quelques numéros (Africanissimo ou Elima en République démocratique du Congo, Ébullitions au Mali, Ticomix à Maurice – les exemples abondent…). Il est vrai qu’un autre phénomène très important en Afrique est à prendre en compte : l’omnipotence de la « lecture utile » au détriment de la « lecture plaisir », pourtant nécessaire au développement de la personnalité et à la réussite scolaire. De fait, la bande dessinée reste assimilée à la littérature enfantine, ce qui constitue un véritable paradoxe puisque l’essentiel de la production est plutôt orienté vers les adultes.
2. Où lit-on de la bande dessinée sur le continent ?
La bande dessinée est peu lue en milieu rural, du fait d’une absence quasi-totale de bibliothèques et librairies en dehors des villes dans l’immense majorité des pays du continent, hormis ceux dotés d’un réseau de CLAC1. Quand les albums de bande dessinée sont présents, ils sont souvent en lambeaux, passés de main en main depuis des années. La situation dans les villes est à peine meilleure. Hormis le « traditionnel » rayon bandes dessinées des Instituts ou Centres Culturels Français, ainsi que des Alliances françaises, les occasions de lire de la bande dessinée sont rares et malaisées. Les bibliothèques locales les mieux achalandées, tout comme les librairies, ne proposent guère que quelques titres classiques français et belges (Tintin, Spirou, Astérix, Bob et Bobette...). Il est très difficile d’y trouver des titres édités localement. De plus, la bande dessinée reste encore très peu utilisée en classe par les enseignants qui n’y voient pas l’outil pédagogique formidable que cela peut représenter. Les manuels, souvent usagés et périmés, ne contiennent pas de bandes dessinées, que ce soient sous forme de strips ou de planches. Si l’image négative de la bande dessinée chez les adultes y est pour quelque chose, cette situation est surtout le fruit du faible taux de renouvellement du matériel pédagogique et didactique dans plusieurs pays d’Afrique où les ouvrages utilisés par les élèves et enseignants datent souvent de plusieurs décennies. La naissance d’une culture de la bande dessinée n’est donc pas pour demain... Néanmoins, les choses évoluent peu à peu. En 2009, lors de la réédition de manuels scolaires, la maison d’édition Les Classiques africains a fait appel à des auteurs de bande dessinée (entre autres, le Malgache Pov) pour introduire de la bande dessinée dans les supports pédagogiques proposés.
3. Quel est le rôle de la bande dessinée dans la société africaine ?
On peut estimer que la bande dessinée est l’une des passerelles les plus utiles et les plus efficaces pour amener la jeunesse du continent vers la lecture et « l’objet » livre en particulier. Toutefois, la capacité des bandes dessinées à être une courroie de transmission vers des lectures plus sérieuses, comme des essais ou des romans, n’est pas démontrée sur le terrain ni sur un plan scientifique. Ne lui faisons pas jouer un rôle surévalué. Concernant la bande dessinée d’Afrique en particulier, elle sert souvent de soupape sociale, en permettant aux lecteurs de rire des mésaventures de leurs dirigeants (dans le cas de la satire politique, en particulier) ou de rêver sur les aventures de héros locaux et ce dans un continent qui se cherche des modèles.
4. Comment la bande dessinée est-t-elle publiée et distribuée en Afrique ?
Il y a très peu de bandes dessinées dites commerciales en Afrique. La plupart du temps, ce sont des albums subventionnés par des bailleurs de fonds qui veulent faire passer un message à destination des populations. Dans ce cas, l’album est financé entièrement, y compris dans sa distribution qui se fait gratuitement dans les écoles et autres institutions (bibliothèques, centres socio-éducatifs…). La bande dessinée publiée à des fins commerciales se partage en deux catégories. La première est le fait d’éditeurs, un cas devenu rare pour les albums : à titre d’exemple, il y a eu six albums commerciaux publiés au Maroc ces douze dernières années et, en République démocratique du Congo, hormis les éditions Elondja (avec cinq mini albums depuis 2004), on ne compte aucune publication. La seule production quelque peu viable se limite à celle de revues et journaux, soit satiriques, soit pour les enfants, qui, on l’a vu, peuvent durer seulement quelques numéros. La deuxième concerne les bandes dessinées autoproduites, dites populaires, distribuées à un prix faible sur les marchés, à un petit nombre d’exemplaires (100 à 200 en moyenne) sur des feuilles ronéotypées de mauvaise qualité et reproduites à la demande. Mais ce genre, fort intéressant à étudier, ne concerne finalement pas un très large public et a quelque peu disparu du paysage. La différence est cependant de taille selon les anciennes aires coloniales. Dans les pays anglophones, on trouve une production autonome, alors qu’elle est très faible dans les pays francophones. Et lorsqu’elle existe, c’est rarement sans l’aide de la coopération française ou francophone.
5. Existe-t-il une bande dessinée africaine en langue locale ?
Là encore, il y a des différences assez nettes entre les zones linguistiques. Ces différences tiennent sans doute au rapport à la langue que chaque pays entretient. Par exemple, dans les pays francophones, les langues locales ne sont présentes que dans les bandes dessinées de sensibilisation, financées par des ONG (et donc destinées à être diffusées gratuitement auprès d’une population cible), ou dans des bandes dessinées de rue, distribuées sur les marchés. Les langues locales sont, par contre, rarissimes dans la bande dessinée commerciale. Dans les pays lusophones ou anglophones, les bandes dessinées en langue locale sont vendues en librairie et dans les circuits économiques. C’est le cas, par exemple, des éditions kényanes Sasa Sema, qui, dans les années 1990, ont publié cinq de leurs neuf albums en swahili2. Ces albums, tirés à 4 000 exemplaires, furent d’ailleurs vendus aussi bien au Kenya qu’en Tanzanie. En Guinée Bissau également, les frères Julio ont également beaucoup publié dans leur langue natale qui est le créole portugais (le krioul)3.
6. Quels sont les thèmes abordés dans la bande dessinée africaine ?
Tout dépend du style de bande dessinée dont on parle. Les albums soutenus par les congrégations religieuses (catholiques, protestantes, musulmanes…) traitent de thèmes qui les concernent et qui ont rapport avec leurs convictions. On y parle donc de morale et de foi. Cela n’empêche, cependant, pas certaines maisons d’édition confessionnelles de soutenir des ouvrages non religieux. C’est le cas de la collection « Contes et légendes d’Afrique » diffusée en République démocratique du Congo par Médiaspaul mais, également, de la revue catholique Renaître (en RDC, toujours) qui n’a pas hésité, en 2007, à publier la série Jungle urbaine de Thembo Kash, à la thématique pourtant fort éloignée des préoccupations évangéliques (aventure, meurtre, filles dénudées...). Les bandes dessinées dites de sensibilisation, souvent portées par des ONG internationales, vont évoquer les problèmes sociaux et de santé, comme le sida (grand thème de ces dernières années). Faites à la va-vite, ces brochures sont souvent de mauvaise qualité. Il y a cependant des exceptions tout à fait remarquables, par exemple, certains albums des auteurs Barly Baruti4 ou Fargas5. Par ailleurs, les bandes dessinées populaires, surtout présentes en République démocratique du Congo et au Nigeria, portent un regard caustique et satirique sur la société locale. Par leur thématique, elles se rapprochent plus de la peinture populaire que de la bande dessinée classique. En d’autres termes, on y parle beaucoup de sexe, de sorcellerie, d’enfants-sorciers ou encore, ponctuellement, de politique… Le cas le plus flagrant reste la production de Papa Mfumu’eto 1er en République démocratique du Congo. Mais, en général, la contestation, du moins dans les pays francophones, n’a que peu utilisé le média de la bande dessinée « classique ». À l’exception de la revue Gbich ! (Côte-d’Ivoire), les auteurs de bandes dessinées n’abordent en effet pas souvent la politique locale6 et réservent leurs critiques à leur activité de caricaturiste, comme, par exemple, Thembo Kash, très virulent dans ses caricatures du journal Le Potentiel et peu politisé dans sa production de bande dessinée, plus conventionnelle. Enfin, reste le cas, devenu rare, des bandes dessinées commerciales éditées par des éditeurs privés qui, souvent, se positionnent comme de pures histoires de fiction. Citons, par exemple, La Revanche du phénix de la Tunisienne Gihèn Ben Mahmoud chez View design international en 2008. Une thématique particulière se dégage de plus en plus de la production récente d’albums, en particulier en Europe : l’immigration. Bien des ouvrages édités récemment reprennent cette thématique qui, au vu de la situation des auteurs, tous immigrés en Europe, est une préoccupation importante : Malamine, un Africain à Paris (Ngalle Edimo, Mbumbo – Cameroun), Le Retour au pays d’Alphonse Madiba dit Daudet (Al’Mata, Ngalle Edimo – RDC, Cameroun), Des clandestins à la mer (Tchibemba, Pie Tshibanda – RDC), Une éternité à Tanger (Faustin Titi, Eyoum Nganguè – Côte-d’Ivoire, Cameroun)… Au pays également, les auteurs parlent de ce sujet, c’est le cas avec deux collectifs, l’un marocain (La Traversée, Ed. Nouiga, 2010) et l’autre congolais (Là-bas… Na poto, Croix rouge de Belgique, 2007). On peut même y ajouter le superbe album d’Edoardo di Muro, grand arpenteur du continent, Noir et blanc en couleur (Ed. Roymodus, 2010).
7. Quels styles graphiques caractérisent la bande dessinée d’Afrique ?
Sur un plan strictement graphique, la bande dessinée africaine n’existe, pour ainsi dire, pas. Car celle-ci est un phénomène d’importation et donc d’imitation. Les dessinateurs du continent s’inspirent pour la plupart des quelques bandes dessinées européennes, américaines, et maintenant japonaises, qui arrivent jusqu’à chez eux. Nous sommes, dans ce domaine, en plein néocolonialisme culturel ! De fait, dans leur style graphique, les auteurs sont encore très influencés par la bande dessinée franco-belge, en particulier « la ligne claire ». Ils ne se distinguent souvent pas beaucoup de leurs confrères européens et sont souvent peu au courant des courants plus récents, comme celui développé par la maison d’édition L’Association ou par les romans graphiques. Cela explique d’ailleurs pour partie leurs difficultés à s’exporter. Il s’agit, bien sur, d’une généralité mais celle-ci semble perdurer. Il existe, dans certains cas, quelques spécificités : en République démocratique du Congo, la peinture « naïve » et la bande dessinée populaire sont très liées et s’influencent l’une l’autre. Cela entraîne des particularités dans le cadrage, le récitatif et le découpage et peut classer la bande dessinée de la rue produite à Kinshasa comme un genre à part. Mais l’absence de conservation de ces petites brochures rend très difficile leur étude sur le long terme… À Madagascar, l’influence des marvel comics italiens des années 1960 et 1970 est très forte et se voit nettement dans le style, assez épais et très figuratif. Mais ce ne sont que des différences marginales. La majorité des bandes dessinées d’Afrique francophone se range dans la catégorie de « la ligne claire ». Le manga, par exemple, ou les comics américains y sont rarissimes, à l’exception très notable de la revue Laabstore, véritable succès d’édition en Algérie. Enfin, on peut noter quelques changements dans la jeune génération montante. C’est le cas de la revue camerounaise Bitchakala, éditée par le collectif A3 ou de la revue togolaise Ago fiction, pour lesquelles les styles présentés sont bien plus proches des comics américains. En ce qui concerne l’Afrique non francophone, les styles graphiques sont beaucoup plus diversifiés. En Tanzanie et au Nigeria, les bandes dessinées en langue locale ont un style graphique qui leur est propre. La particularité de la bande dessinée produite en Afrique tient plutôt à ses techniques qui restent très artisanales et sommaires : les auteurs dessinent à la plume simple ou tubulaire et au pinceau ; et ils peignent à l’aquarelle ou à la gouache pour les dessins en couleurs. Ici, en général, pas de scannage, de travail sur ordinateur ou d’utilisation d’un logiciel de dessin….
8. Quels sont les genres les plus populaires ?
Il y a plusieurs genres dans la bande dessinée africaine de fiction. Le cas de Madagascar, par exemple est à noter. Ce pays est l’un des rares à avoir vu émerger des bandes dessinées de format réduit, en noir et blanc, mettant en scène des karatékas, des cow-boys, des ninjas ou reproduisant des films d’horreur, tout cela en langue malgache. La bande dessinée historique existe, elle est même en augmentation, cela étant dû, sans doute, au désir des créateurs de raconter l’histoire africaine. C’est le cas avec le Congolais (RDC) Serge Diantantu, très actif sur ce plan-là en 2010 (dernier album de la trilogie biographique de Simon Kimbangu ; un album sur la traite, Bulambemba, mémoire de l’esclavage ; et une histoire du Congo-Brazzaville, Grand-père, raconte nous le Congo). C’est également le cas du Camerounais Biyong Djehouty (Chaka, Soundjata Keïta, La Bataille de Kirina) dont les projets restent encore dans les cartons. En 2011, à l’occasion du cinquantenaire des indépendances africaines, trois albums publiés en Afrique ont entrepris de raconter l’histoire des pays concernés : Le Mali de Madi (Éditions Prince du Sahel) du Malien Massiré Tounkara et deux collectifs, l’un en RDC (Congo 50) et l’autre à l’Île Maurice (Île était une fois). Ce phénomène est quasiment unique dans l’histoire de la bande dessinée du continent, en dehors des pays du Maghreb qui ont entrepris de raconter leur historie en bandes dessinées dans les années 1980, dans un contexte idéologique particulier, cependant. Il y a aussi ce que l’on peut appeler les bandes dessinées urbaines qui racontent des histoires du quotidien, de la rue, de la souffrance et des difficultés de vivre des populations. Ce type d’histoires est très présent dans les revues spécialisées du neuvième art comme Kin label (RDC) ou El Bendir (Algérie). Les bandes dessinées policières sont aussi un genre à part entière au Sénégal (Otages de Simon Pierre Kiba, L’Ombre de Boy Melakh de Samba Fall), mais aussi en République démocratique du Congo, au Cameroun ou au Gabon (Les Rats du musée de Fargas). On peut y ajouter les bandes dessinées humoristiques, quelquefois inspirées de caricatures : La voiture, c’est l’aventure de Barly Baruti (RDC) ; BD Boom explose la capote et toutes les bandes dessinées des éditions Achka au Gabon ; Les Zémidjans protestent de Hodall Béo au Bénin ; Cauphy Gombo ou Les Sorcières : feu aux foyers ! de Kan Souffle (albums édités par Gbich BD), John Koutoukou de Benjamin Kouadio, en Côte-d’Ivoire. Enfin, en Afrique du Sud, le genre du roman graphique concerne essentiellement le groupe des Bitterkomix dont l’influence est plus forte à l’étranger que dans leur propre pays. L’album Ma mère était une très belle femme, qui vient d’être réédité dans une version augmentée, n’a jamais été publié en Afrique du Sud, alors qu’il l’a été en Suisse alémanique et en France.
9. Humour, vous avez dit humour ?
En Europe, le milieu des caricaturistes et des bédéistes est assez séparé. Il n’en est pas du tout de même en Afrique. Dans leur parcours individuel, l’immense majorité des auteurs a travaillé, à un moment donné, dans le dessin de presse et dans la caricature. Cela a évidemment une influence sur leurs travaux. L’humour présent est surtout lié à un comique de situation et à une exagération des faits. On peut le voir, par exemple, à travers la bande dessinée Zam zam le mbenguétaire de Almo the best, paru en Algérie en 2009 ou la série Dipoula de Pahé, publié chez Paquet (Suisse). Enfin, dans le cas des histoires éditées sur place, celles-ci sont souvent inspirées de la vie quotidienne, de la rue, avec énormément de jeux de mots en langue locale, intraduisibles par ailleurs et donc peu exportables. C’est le cas de la revue Junior éditée et diffusée depuis vingt-cinq ans, par intermittence, par Lepa Mabila Saye.
10. La censure existe-t-elle ?
Il n’y a pas, à proprement parler, de censure sur la bande dessinée en Afrique… Les seuls cas pouvant s’y rapporter relèvent plutôt de l’auto censure, comme au Maroc où la personne du roi est sacrée. Il y a des thèmes en République démocratique du Congo (sexe, sorcellerie) ou à Madagascar (violence) qui ne passent pas en Afrique de l’Ouest ou au Maghreb. Et les différences de traitement d’une situation (c’est très vrai dans le cas du sida) varient d’un pays à l’autre. Mais la censure de l’église ou du pouvoir politique reste rare. Le seul cas connu a eu lieu en Afrique du Sud où une commission spécialisée a suspendu un ouvrage du groupe Bitterkomix pendant huit mois, car il a été jugé pornographique. Par contre, les dessinateurs ont régulièrement des problèmes avec la justice ou le pouvoir politique mais dans le cadre de leurs activités de caricaturistes. Ce fut le cas en 2007 quand le bédéiste tchadien Adji Moussa a été condamné à six mois de prison avec sursis pour diffamation en tant que directeur de publication du journal satirique Le Miroir. De même, l’année précédente, en Guinée équatoriale, Ramon Ebale a eu des ennuis pour une de ses caricatures représentant le chef de l’État, parue dans un journal de l’opposition. D’autres journaux, comme Gbich !, « le journal de BD et d’humour », quatrième groupe de presse ivoirien en terme de tirage, éprouvent parfois du mal à se positionner par rapport à l’échiquier politique de leur pays.
11. Quelles sont les grandes étapes de l’histoire de la bande dessinée africaine ?
On peut distinguer plusieurs étapes : à l’époque coloniale, comme le reste de l’édition, tout vient d’Europe, y compris les « illustrés pour la jeunesse ». Il n’y a pas, à proprement parler, de bandes dessinées venant d’Afrique. À partir de l’indépendance, commencent à apparaître les premières bandes dessinées, essentiellement soutenues par l’église catholique pour ce qui est des pays francophones. En parallèle, les coopérations étrangères soutiennent quelques réalisations locales sans grande envergure. Jusqu’à la fin des années 1980, c’est surtout « l’époque Kouakou », trimestriel très populaire, produit en France par l’éditeur Segedo, financé par la Coopération française et distribué gratuitement aux enfants africains entre 1963 et 1998. Ce journal est l’une des raisons essentielles de la popularité de la bande dessinée dans les différents pays africains francophones, mais également un frein à sa production par sa présence très envahissante. À partir du début des années 1990, un double phénomène entraîne une émergence du neuvième art. D’une part, la liberté de la presse devient plus importante en Afrique, ce qui provoque une multiplication des titres de la presse écrite et, en particulier, de la presse satirique avec son lot de caricaturistes et de dessinateurs. D’autre part, les ONG émergentes, voulant sensibiliser la population à des problèmes sociaux et sanitaires, utilisent régulièrement la bande dessinée comme média de diffusion. En parallèle, malheureusement, la crise économique met fin pour une vingtaine d’années aux quelques tentatives de production autonome, que ce soit en Afrique de l’Ouest (Nouvelles Éditions Africaines, Nouvelles Éditions Ivoiriennes) ou à Madagascar qui voit un effondrement de son édition. Enfin, on assiste à la fin des années 2000 à un certain retour de la bande dessinée chez les éditeurs plus traditionnels (Éd. Prince du Sahel au Mali, Vizavi à Maurice...), en particulier au Maghreb avec les éditions Dalimen et Lazhari Labter.
12. Dans quels pays la bande dessinée est-elle la plus populaire ?
Il existe plusieurs pays phares dans ce domaine. La République démocratique du Congo et Madagascar « génèrent » énormément d’artistes reconnus ; dans ces deux pays, la bande dessinée est une tradition vieille de près d’un demi-siècle. Le Cameroun et la Côte-d’Ivoire s’appuient sur une presse satirique très vivante où les dessinateurs de presse jouent un vrai rôle auprès de l’opinion publique et dans la société. Le Sénégal, du fait de son statut de pays hébergeant le plus d’ONG sur le continent africain, a des dessinateurs qui vivent de leur travail grâce à la production de bandes dessinées « à message ». Du coté des pays anglophones, le Nigeria, à l’image du reste de l’édition nationale, produit beaucoup de petites bandes dessinées locales, diffusées à tous les niveaux de la population. L’Afrique du Sud a développé un courant alternatif, très underground, surtout implanté dans le milieu de la minorité d’origine européenne : le mouvement des Bitterkomix et des Mamba comics. En ce qui concerne le Maghreb, la bande dessinée, qui avait quasiment disparu au cours des deux dernières décennies, fait un retour en force depuis 2008. C’est en particulier le cas en Algérie, où les éditeurs locaux, soutenus par les pouvoirs publics, ont édité plusieurs albums depuis trois ans. Mais également au Maroc, et en Tunisie, où la production a repris.
13. Quels sont les personnages les plus populaires ?
La bande dessinée en Afrique possède, comme partout ailleurs, ses héros. À titre illustratif, citons Yrmoaga au Burkina Faso ; Zoba Moke au Congo-Brazzaville ; Mata Mata et Pili Pili, Apolosa, Mohuta et Mapeka au Congo Démocratique ; Dago et Monsieur Zézé en Côte-d’Ivoire ; Bibeng et Tita Abessolo au Gabon ; Tekoué en République Centrafricaine ; Boy Melakh et Goorgoolou au Sénégal ; Bao à Mayotte ; et Benandro à Madagascar. Mais aucun de ces héros n’a pu dépasser ses frontières et s’imposer dans les autres pays. Il n’y a donc pas, à proprement parler, de héros africains. Ce manque est dû essentiellement à des problèmes de diffusion et de distribution, ainsi qu’à l’absence d’éditeurs professionnels capables de soutenir l’exportation, en dehors des frontières d’un pays, des albums édités localement. Les vendre en dehors de la capitale est déjà, en soi, une gageure. Le seul personnage pouvant prétendre à une échelle continentale était Kouakou, petit héros du journal du même nom. Mais ce héros, qui a été actif de 1963 à 1998, était l’œuvre de dessinateurs et scénaristes français (Jean Claude Morchoisne dans les années 1960, puis Bernard Dufossé dans les dix dernières années, et Serge Saint-Michel) et il était publié à Paris. Le ministère des Affaires Étrangères français a soutenu par la suite les revues Planète jeunes et Planète enfants, longtemps diffusées par le groupe Bayard Presse. Ces deux revues ont permis de populariser plusieurs séries à travers vingt-cinq pays d’Afrique : Max et Dina ou Bola et Ba (Planète Enfants) ; Takef (de Willy Zekid dans Planète Jeunes) ; et enfin, la plus vieille série toujours en cours, Lycée Samba Diallo (dessinée par Pat Masioni dans Planète Jeunes). Malgré un joli succès (les tirages tournent autour de 50 000 exemplaires pour chaque numéro), les deux titres n’atteignent pas les chiffres de Kouakou du milieu des années 1980 (jusqu’à 400 000 unités, mais en diffusion gratuite).
14. Quelles sont les séries et revues les plus populaires ?
Actuellement, le « produit BD » le plus populaire (et le seul) reste le journal ivoirien Gbich ! qui, malgré la guerre civile et les difficultés économiques, continue à tirer à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. Cette revue a imposé plusieurs héros populaires dans toute la région : le businessman fauché, Cauphy Gombo, un escroc qui ne recule devant rien pour faire du profit ; le policier corrompu Sergent Deutogo ; le malheureux Tommy Lapoasse à qui il n’arrive rien de bon ; mais aussi, Jo Bleck, Papou, Gnamankoudji… Ce journal est le seul cas qui bénéficie d’une certaine popularité transfrontalière, en partie due au fait que ces auteurs viennent de l’ensemble de l’Afrique (Congo-Brazzaville, Côte-d’Ivoire, République démocratique du Congo…) et que les sujets traités sont universels : corruption, pauvreté, système D… Bref, les problèmes qui affectent l’ensemble des pays africains et dans lesquels tous les lecteurs se reconnaissent. Enfin, l’état des routes et une certaine stabilité politique dans la région permettent une meilleure circulation des biens et, donc, des livres et revues.
15. Quels sont les auteurs les plus connus ?
La personnalité la plus connue sur le continent reste le Congolais Barly Baruti, premier Africain à avoir été publié dans les maisons d’édition européennes. Il a à son actif deux séries : Eva K. (3 tomes chez Soleil productions) et Mandrill (7 tomes chez Glénat). D’autres bédéistes congolais sont apparus sur le devant de la scène récemment : Thembo Kash qui poursuit la série Vanity chez Joker ; Pat Masioni qui fait une belle carrière en Europe9 et aux États-Unis ou encore, Hallain Paluku, installé à Bruxelles. En Europe, toujours, Serge Diantantu continue de mener une carrière loin des sentiers battus, avec une diffusion de ses albums par le biais de festivals et Salons où il est très présent. Alix Fuilu (RDC, encore !) est également connu comme le premier auteur du continent à avoir créé en France une association œuvrant dans le domaine de la bande dessinée d’Afrique : Afro-bulles. Mais la République démocratique du Congo n’a pas le monopole des talents ! Le Gabonais Pahé, auteur de deux tomes autobiographiques remarqués et d’une série sur un enfant albinos, Dipoula, commence également à se faire un nom. Le Centrafricain Didier Kassaï écume les festivals et Salons. Il est l’auteur d’une adaptation graphique de l’un des grands romans à succès de son pays : L’Odyssée de Mongou. L’Afrique de l’Ouest compte également trois poids lourds. On peut citer le béninois Hector Sonon, présent dans le métier depuis vingt ans, qui adapte en ce moment le roman Toubab or not toubab pour Casterman. Il y a l’Ivoirien Lassane Zohoré, fondateur de Gbich ! et auteur de la série Cauphy Gombo, quasiment passé du statut de dessinateur à celui de patron de presse. Le Sénégalais Alphonse Mendy, dit TT Fons, qui, après avoir tenté l’expérience du journal (Goor Mag qui a tenu huit numéros au début des années 2000), continue de dessiner les aventures de son héros Goorgoorlou dans la presse quotidienne sénégalaise. Enfin, dans l’océan Indien, les réunionnais Téhem, Li-An, Appollo et Huo-Chao-Si publient maintenant régulièrement en métropole où ils rencontrent le succès. Téhem a même réussi l’exploit de sortir, en 2010, chez Glénat, un nouvel album de son personnage fétiche, Tiburce, qui avait enchanté au début des années 1990, les lecteurs, jeunes et moins jeunes, de son île d’origine, La Réunion.
16. Peut-on dresser un portrait type du dessinateur africain de bande dessinée ?
Mais il n’y a pas de dessinateurs de bandes dessinées africains ! Il existe des artistes qui sont à la fois caricaturistes, dessinateurs de presse, peintres, graphistes, illustrateurs, designers et, quand ils le peuvent, dessinateurs de bandes dessinées ! Il s’agit le plus souvent d’hommes, car peu de femmes font de la bande dessinée. Enfin, ce dessinateur écrit rarement ses propres scénarios, un talon d’Achille pour la bande dessinée africaine…
17. Les dessinateurs gagnent t-ils correctement leur vie ?
Non, hélas ! Du fait d’une très faible production commerciale, quasiment aucun dessinateur africain de bande dessinée ne gagne sa vie correctement. Faire de la bande dessinée est un sacerdoce en Afrique. Très souvent, les dessinateurs ont un autre travail à côté qui les nourrit et leur permet de gagner leur vie. Leur place dans la société reste un problème, car le métier est peu valorisé et considéré avec un certain dédain par l’ensemble de la population qui n’y voit qu’amusement et activité peu sérieuse. Ce manque de reconnaissance et de valorisation, cumulé au désir de vivre de son art, explique, pour partie, le très fort désir d’émigrer de la plupart de ces artistes. Car l’Afrique produit des bédéistes mais pas de bandes dessinées…. Notons cependant quelques rares exceptions : le Sénégalais T.T. Fons qui a créé un personnage fort populaire (Goorgoorlou) qui fut même adapté en série télévisée, le Béninois Hector Sonon, le Malgache Pov qui vit de ses dessins de presse en tant que salarié du journal L’Express à Maurice ou le créateur du journal Gbich !, Lassane Zohoré. D’autres exceptions sont les quelques bédéistes africains qui travaillent en Europe et vivent encore dans leur propre pays : Laval Ng (Maurice), Thembo Kash ou Barly Baruti (République démocratique du Congo), à condition d’avoir déjà une belle production derrière eux. Mais, on ne doit pas oublier que le nombre d’auteurs de bande dessinée vivant de leur art est très rare en Europe également ! La situation africaine n’a donc rien d’exceptionnel.
18. Peut-on parler de l’émergence d’une « diaspora » des créateurs de BD africains ?
Cela a été très vrai à la fin des années 90 et début des années 2000, où plusieurs dessinateurs congolais sont partis en France et en Belgique : Hallain Paluku, Pat Masioni, Al’Mata, Fifi Mukuna, Albert Tshisuaka, Alain Kojélé… Mais également le Malgache Didier Randriamanantena, l’Ivoirien Titi Faustin, le Camerounais Simon Pierre Mbumbo, le Tchadien Adjim Danngar… Certains ont choisi des destinations « improbables » comme les Pays-Bas (le Congolais Éric Salla et le Rwandais Jean Claude Ngumire), le Danemark (Hector Sonon) ou la Grèce (Tshibemba, entre 1989 et 2009, avant de déménager en Belgique). Ces choix de destination pour des pays peu portés vers le neuvième art a, d’ailleurs, correspondu pour certains à un retrait du milieu de la bande dessinée. Mais avec les réussites, ces dernières années, de Pahé et Thembo Kash, tous les deux restés au pays, ainsi que le retour à Kinshasa de Barly Baruti, il semblerait que le mouvement se soit arrêté. Notons que ces bédéistes10 n’ont pas réellement montré de « particularités africaines » dans leurs premières productions. Les auteurs africains sont obligés de rentrer dans le moule des maisons d’édition européennes, soucieuses de rentabilité, et peu désireuses de tenter des expériences exotiques. Seuls les deux albums de la série Magie noir de Gilbert Groud (2003 et 2008) se sont fait remarquer par un style et un thème très novateurs, mais ce furent des échecs commerciaux.
19. Existe-t-il des formations à la bande dessinée en Afrique ?
Non, il n’y en a pas. Hormis au Maroc, à Tétouan, où une filière bande dessinée a été montée à l’École des beaux-arts, avec l’aide de son homologue de Tournai, et en Afrique du Sud, à l’université de Stellenbosch. Les quelques écoles d’art qui existent (par exemple l’Académie des beaux-arts de Kinshasa) n’ont pas de filière bande dessinée. Les étudiants doivent apprendre sur le tas. Par exemple, le grand bédéiste Mongo Sissé, quand il était professeur à l’Académie de Kinshasa, enseignait dans la section publicité. Ce qui explique également la frontière floue, en Afrique, entre le statut de peintre, d’illustrateur, de graphiste et de dessinateur de bande dessinée. Enfin, les Académies des beaux-arts sont un milieu où, souvent, règne « l’académisme ». Ce qui implique un faible éveil aux derniers courants artistiques et une grande peur de la nouveauté, en particulier en matière d’art conceptuel. Concernant le scénario, la situation est encore plus dramatique. Aucune formation n’existe nulle part, que ce soit dans les écoles, à l’université ou même après. Avec l’effondrement du niveau scolaire des différents pays du continent, on peut y voir les raisons du très faible nombre de scénaristes africains et la difficulté des dessinateurs à scénariser eux-mêmes leurs propres travaux au-delà de quatre planches… Heureusement, les coopérations françaises et belges viennent quelque peu combler ce vide en organisant des stages de perfectionnement encadrés par des professionnels confirmés.
20. Quels sont les concours, les festivals et les associations œuvrant pour la promotion de la bande dessinée, les plus connus en Afrique ?
Durant très longtemps, seul Segedo (éditeur de Kouakou) organisait des concours de bande dessinée à travers le continent. Cela a donné naissance à plusieurs albums collectifs (Au secours ! en 1992, Aventures dans l’océan Indien en 1984). De nos jours, l’ONG Africa é mediterraneo lance tous les ans le concours Africa comics qui donne lieu à l’édition d’une anthologie des meilleures planches, ainsi qu’à des expositions itinérantes. L’édition de 2010 risque probablement d’être la dernière, faute de financement de l’Union Européenne. Les festivals d’Afrique les plus réguliers ont été le Salon de la bande dessinée de Kinshasa qui a connu cinq éditions, le Festival Coco bulles d’Abidjan (trois éditions), le Salon de la bande dessinée de Bamako, Îl’en bulles de Port Louis (Île Maurice), Gazy bulles de Tananarive (Madagascar), les festivals de Tétouan, au Maroc, et Tazarka (12 éditions), en Tunisie. Au Festival de Kinshasa a succédé un autre événement en 2010, Kin Anima Bulles, tourné également vers le cinéma d’animation. Celui-ci connaîtra une deuxième édition en 2011. Enfin, depuis trois ans, on assiste à l’émergence du Festival international de bande dessinée d’Alger qui, doté de moyens importants grâce au ministère de la culture algérien, propose un plateau important d’auteurs européens et africains. Historiquement, l’organisation la plus influente sur le continent a été l’association ACRIA (Association de création, de recherche et d’initiation à l’art), créée en 1990 par Barly Baruti, Pat Masioni, Asimba Bathy qui, en fédérant les volontés, les talents et les financements, a donné, un temps, le statut de capitale de la bande dessinée africaine à la ville de Kinshasa. De nos jours, plusieurs associations de dessinateurs œuvrent sur le continent. On peut citer à l’Île Maurice, Croart, créée en 2008, qui organise des ateliers et expositions ; au Mali, le Centre de la bande dessinée de Bamako qui regroupe au sein d’une même structure tous les dessinateurs professionnels du pays ; à Kinshasa, Kin Label qui édite un journal du même nom. Enfin, on peut également citer l’association L’Afrique dessinée qui regroupe des dessinateurs africains évoluant en Europe et qui intervient régulièrement sur le continent.
Notes et références
1. Centre de lecture et d’animation culturelle, soutenu par l’Organisation Intergouvernementale de la francophonie (OIF).
2. Gitongade Stano (Stanislas Olonde) en 1996, Manywelede Tuf (Samuel Mulokwa Masawi) en 1998, Safari ya anga za juu de Anthony Mwangi en 1997, Macho ya mji de Ruth Wairimu Karani en 1997 et Abunawasi de Gado (Godfrey Mwampembwa) en 1996.
3. Dans la collection N’tori palan qui date de 2003 : Turbada di Junhu di 98 [La Tempête de juin 98], Na marcha Mansoa-Bissau [À la marche entre Mansoa et Bissau], Na metcha [Je fais de la musculation], Sangui nobu [Le Sang neuf], Karnaval mitin na foronta [Le carnaval m’a mis dans des problèmes], N’tori ku telemovel [N’tori avec le téléphone portable] et, en 2004,Na da Buska vida [Je pars à l’aventure]. Deux autres collections ont émergé : la collection « Dotor po » qui compte deux titres, Sen diploma [Sans diplôme] et Falença mitin na foronta [La pauvreté m’a mis dans de beaux draps], ainsi que la collection « 3 n’kurbados » [Les 3 complices] qui compte un seul titre, Lutadur di Banjul [le lutteur de Banjul].
4. Linga kasi keba [Aime mais fais attention]. RDC, Éd. Fored, 2005. Distribuée à 80 000 exemplaires. Tchounkoussouma sous les eucalyptus. Niger, Éd. LuxDev - Coopération luxembourgeoise, 2004.
5. Voir la série des Yannick Dombiau Gabon de 1992 à 2011.
6. Il existe des exceptions notables comme les marocains Aziz Mouride (On affame bien les rats !) et Mohammed Nadrani (Les Sarcophages du complexe).
7. Morchoisne, connu pour ses caricatures comparant les hommes politiques à des animaux (Les Grandes Gueules) est un ancien du journal Pilote. Il publie des dessins pour le journal Les Échos.
8. Il semblerait que ce soutien ait fortement diminué (voire même quasiment cessé) en 2010.
9. Celui-ci vient de participer au collectif : En chemin, elle rencontre... (Éd. Des ronds dans l’ô) est sorti en février 2011 et au n°80 de la revue Colors qui sortira en mars de cette même année.
10. Que ce soit Hallain Paluku (auteur du remarquable Missy, du tome 1 de Rugbillet et de Mes 18 ans, parlons-en !), Thembo Kash (les deux tomes de la série Vanity avec André Paul Duchateau), Pat Masioni (Rwanda 1994 mais aussi la reprise de Unknown soldier aux États-Unis), Tshitshi (Le Joyau du Pacifique et la série des Blagues coquines chez Joker), Barly Baruty (Mandrill), etc.
A lire
Comment peut-on faire de la BD en Afrique?
33 entretiens pour comprendre... Edition : Africultures Association, Harmattan (L'). ISBN : 978-2-296-54664-6. Nombre de pages : 240
Parution : mai 2011
Entre conditions de vie, censure et faiblesse des maisons d'édition, travailler dans le 9ème art en Afrique semble être une gageure. Pourtant, la bande dessinée est présente dans les journaux et publiée par des éditeurs privés du continent depuis près d'un siècle. Certains journaux spécialisés dans le genre ont même connu un réel succès dans le passé, comme Jeunes pour jeunes en RDC dans les années 70, ou continuent d'en avoir de nos jours, comme le phénomène Gbich en Côte d'Ivoire. De plus, certains héros de papier ont symbolisé pendant longtemps l'archétype de l'homme de la rue, que ce soit Mata-mata et Pili-pili en RDC, Monsieur Dago en Côte d'Ivoire, Goorgoorlou au Sénégal ou encore Tékoué en Centrafrique.
Par la suite, dans les années 2000, la BD d'Afrique se développe et se délocalise. L'émergence d'auteurs africains expatriés en Europe ou le succès de certaines séries issues du Sud tels qu'Aya de Yopougon ou Pahé, renforce l'aura du 9ème art africain auprès du public européen. Pour certaines de leurs productions, des éditeurs comme Joker font la part belle à des dessinateurs africains. Mais ces succès sont plus du ressort de l'exception et la BD venant d'Afrique continue d'être mal connue. En effet, dix années après son émergence en Europe, certaines interrogations demeurent : comment les auteurs africains produisent-ils ? Comment font-ils pour vivre de leur art ? Comment cette passion leur est-elle venue ?
Face à la singularité des situations et des parcours de vie, on ne saurait donner une réponse univoque. Un début de réponse est cependant apporté ici à travers la parole de 33 auteurs et éditeurs du continent interrogés par Christophe Cassiau-Haurie entre 2008 et 2010 selon un canevas homogène. Ces entretiens sont agrémentés de notices sur l'histoire de la BD dans chaque pays concerné et richement illustrés.
à suivre
Théâtre :
Les Intrigants : entre l’Amour et la Guerre
par Cikuru Batumike
image médiatropiques
La Compagnie Théâtre des Intrigants, de Kinshasa, était l’invitée d’honneur des manifestations qui ont marqué les 50 ans d’activités pour les droits humains de l’Organisation Amnesty International, section suisse. Cette dernière mettait un accent particulier sur les cas de viols des femmes de l’Est de la RDCongo.
En mars et avril 2011, « Lysistrata », pièce de Aristophane » (445-380 av. J.C.) était remise au goût du jour, sur les planches suisses, par la Compagnie Théâtre des Intrigants de Kinshasa. Où il fut question du rôle inattendu joué par les femmes en temps de guerre en RDCongo. Reportage. La Compagnie Théâtre des Intrigants, de Kinshasa, était l’invitée d’honneur des manifestations qui ont marqué les 50 ans d’activités pour les droits humains de l’Organisation Amnesty International, section suisse. Cette dernière mettait un accent particulier sur les cas de viols des femmes de l’Est de la RDCongo. Ces journées ont été enrichies par des expositions de photos, divers témoignages sur les réalités que vivent ces femmes et l’intéressante conférence de Mme Justine Masika Bihamba, coordinatrice de l’ONG Synergie des femmes contre les violences sexuelles au Nord-Kivu. Thème de la conférence : « Conflits armés : quelle justice pour les femmes ? » le jeudi 14 avril à la Grange de Dorigny, Université de Lausanne. L’intervention de Mme Justine Masika démontrait la gravité de la condition des femmes victimes des viols ; des actes commis massivement, au caractère organisé et systématique. Pour le seul mois d’ août 2010, Amnesty International signalait le viol, par des groupes armés, de plus de 300 femmes, fillettes, hommes et garçons lors d’une attaque de quatre jours dans la région de Walikale. Mme Justine Masika Bihamba avait été prise pour cible par des membres de l’armée de son pays, en raison du rôle qu’elle joua en tant que coordonnatrice au sein de son ONG contre ces violenc!es. Le but de la conférence était aussi de dénoncer, de sensibiliser une certaine opinion pour qu’elle modifie la perception qu’elle a de ces violences ; pour qu’elle contribue à la lutte contre l’exclusion des victimes, par la société.
Des mots sur les maux
Le clou de la manifestation aura été, assurément, le passage à Genève, Fribourg et Lausanne des comédiennes et des comédiens de la Compagnie Théâtre des Intrigants. Il y avait foule ce mardi 12 avril, à 20 heures, à l’ancienne gare CFF, Salle du Nouveau Monde à Fribourg. Le public avait rendez-vous avec la pièce de théâtre « La Guerre ou l’Amour ? » "La guerre ou l’amour ?" est une adaptation de Lysistrata d’Aristophane par Kulumbi Nsin Mbwelia et Michel Faure, mise en scène de ce dernier. La pièce retrace le vécu, à la fois joyeuse et dramatique, des femmes qui font le serment de se refuser à leurs maris tant que ceux-ci n’abandonneront pas la guerre. Elles entament la grève du sexe (à l’instar de la grève du sexe des femmes kenyanes de mai 2009) pour contraindre leurs maris à se soumettre. En prenant le chemin de l’école de la Paix, ils acceptent de voir leurs femmes jouer le rôle d’arbitres qui leur a été souvent confisqué par la société. Bonne prestation des personnages, interprétés magnifiquement, au niveau des répliques, du rythme ou des mouvements d’occupation de la scène, par les actrices Fyfy Kapalay, Nadine Kimbolo et Blaise-Sophie Nzokweno. Elles ont su, avec charme et arguments, faire plier leurs compagnes de scène, Bavon Diana, Edgar Kulumbi et Bona M’Fete dont l’entêtement et la conviction à faire la guerre ne souffraient, jusque là, d’aucune remise en question. La Compagnie Théâtre des Intrigants a su intégrer en son sein nombre de femmes comédi!ennes qui ne subissent pas des attitudes discriminatoires de la part de leurs collègues hommes dans les troupes. Elles jouent les rôles qui leur reviennent et pas nécessairement ceux qui les soumettent ou les confinent à la maternité et aux seuls travaux de ménage. Trois femmes et trois hommes, professionnels du théâtre pour faire prendre conscience, au public, des conséquences qu’engendre le conflit armé. Aux juteuses ventes et à l’utilisation d’armes qui interviennent dans ce genre de situation, ajoutons les viols des innocentes ; la souffrance qu’endurent les femmes violées ; leur exclusion sociale ; l’exploitation, dans des conditions éhontées, des matières du sous-sol, l’enrôlement des enfants soldats, la mise sur les routes des réfugiés, la dislocation des familles et l’avènement des enfants orphelins.
Conditions difficiles
Dénoncer, encore dénoncer, n’est-ce pas le rôle du théâtre qui fait sienne la critique sociale au même titre que d’autres instruments culturels ? Il fallait s’attendre à une prestation de bonne qualité, appuyée largement par des ovations répétées du public. Avec raison. Le théâtre des Intrigants assure, avec professionnalisme, depuis 30 ans, sur la scène, la représentation des pièces de théâtre, dont ses propres créations. A son actif les pièces « La Couronne de Fer Blanc » « Pique-nique sens unique » « Lettres du trottoir » « Drames Brefs » « La Dérive » « L’étranger de Mbanza velela » et « Tarquija », qui ont en commun un ton basé sur la critique la plus vive. Un théâtre qui intrigue parce qu’il sensibilise l’opinion sur certaines vérités qui ne sont pas bonnes à dire. Dans une RDCongo où les médias traditionnelles que sont la radio, la télévision et la presse écrite peinent à couvrir l’ensemble d’un territoire 80 fois l’ancienne colonie, la Belgique. Des vérités qui mett!ent à nue la situation paradoxale d’un pays, dont le sous-sol regorge le plus grand scandale écologique de la planète. Au lieu de servir les besoins de la population, la richesse du pays sert des intérêts et appétits d’individus, de multinationales et autres aventuriers de tout bord sur fond d’affrontements meurtriers. Il est encourageant de voir un théâtre prendre à bras le corps un travail de sensibilisation. Même si celui-ci évolue dans des conditions difficiles, pénalisé qu’il est par un manque de moyens et une absence criante d’une vraie politique de développement de la culture. En RDCongo, peu de théâtres sont dotés de structures propres à encadrer les comédiens. Aujourd’hui, il n’existe pas de subventions étatiques en mesure d’appuyer les écoles d’art existantes dont le célèbre Institut National des Arts, qui a offert au pays, son plus grand nombre d’artistes de renom. Dans ce pays, les années fastes du théâtre appartiennent au passé. Les années 67 – 80 ont enregistré l’émergence de compagnies théâtrales issues des diverses troupes théâtrales des lycées et des universités ou de l’Académie Nationale de Musique et d’Art Dramatique. Il y avait le Théâtre Mwondo, le Théâtre de Mille, le Petit Théâtre Noir, le Théâtre sur la Colline, le Théâtre National Congolais, le théâtre Malaika, le Théâtre africain des Muses avec, en exemple, l’Institut National des Arts (INA) voire le Centre pour la Promotion des Arts, (CEDAR). Les troupes professionnelles de théâtre congolaises se sont réduites comme une peau de chagrin. A leur place, des théâtres improvisés de la rue et les traditionnels groupes populaires non professionnels, brillent à la télévision, dans des modestes sketches éducatifs. Ou en plein air, à l'instar, à Bukavu, de Jirani Ni Ndugu (« Mon voisin, mon frère »), théâtre participatif pour la transformation des conflits en temps de guerre ou de paix. Thèmes abordés : conflits fonciers, questions liées à l’héritage, accusations de sorcellerie envers des enfants, oppression de femmes et violence sexuelle.
Nécessaire soutien
La Compagnie Théâtre des Intrigants fonctionne avec des moyens de bord. Il a réussi, tout au long de son existence, depuis son siège du Centre d’initiation artistique pour la jeunesse (Ciaj) dans la commune de N’djili, à développer des structures de proximité tels le marché théâtral, des lieux théâtraux, les Journées Congolaises de Théâtre pour et par l’Enfance et la Jeunesse. La Compagnie se propose d’offrir des lectures spectacles de pièces de théâtre et des lectures publiques de textes d’auteurs autochtones. L’objectif reste de faire découvrir au grand public les lettres congolaises. Un travail qui n’est pas de tout repos, dans un milieu où la fausse concurrence a fait des émules. Entre autres difficultés, l’absence de subsides qui a restreint la marge de manœuvres de la Compagnie, et la prolifération, en RDCongo, de salles non pas de spectacles théâtraux, mais de fêtes ou des prières pour le compte des églises de tout bord. En dépit de cette situation, l’intérêt du Théât!re des Intrigants reste double. Il réside dans la critique qu’il fait, avec humour, des maux qui rongent la société congolaise et dans le professionnalisme de ses comédiens. Ces derniers méritent un soutien d’organismes autres qu’étatiques, pour continuer leur travail. C’est dans ce cadre que l’Association de soutien au Théâtre des Intrigants-Congo (ASSOTIC), a vu le jour à Genève. Pour la soutenir, écrire à michelfaure@infomaniak.ch
Cikuru Batumike
Plumes rebelles, chez Desnel – ITW Suzanne Dracius
La romancière et poétesse martiniquaise Suzanne Dracius a coordonné pour les éditions Desnel un ouvrage consacrées aux plumes rebelles des Antilles et de la Guyane. Contrepied de l’anthologie officielle éditée pour le commissariat de l’année des Outre-mer, cet ouvrage n’est ni une compilation, ni une anthologie de la poésie créole. Explications avec Suzanne Dracius.
« Le racisme est soluble dans l’encre noire »
Pourquoi n’est-ce pas simplement une anthologie ?
Il y a des textes des auteurs, mais aussi des articles écrits par des universitaires ou des écrivains qui sont des analyses de ces textes. Ernest Pépin a écrit à propos de Saint-John Perse par exemple…
Quel a été votre point de départ ?
On a voulu montrer que la littérature de la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane n’est pas une littérature doudouiste, gnangnan ou cucul la praline et c’est pour ça que ça s’appelle Plumes rebelles. Ce sont les plumes rebelles d’hier et d’aujourd’hui et nous les publions dans la collection Anamnésis, c’est-à-dire un terme qui invite à désobéir à l’injonction d’oublier, mais aussi pour se souvenir de ces auteurs de manière originale. Il y a donc des plongées dans leurs œuvres respectives qui sont du jamais lu. C’est ainsi que nous proposons une analyse de la seule pièce de théâtre d’Edouard Glissant (voir hors texte). Il y a bien évidemment Césaire mais nous le confrontons au regard d’une jeune Guadeloupéenne, Laura Carvigan-Cassin, qui enseigne à l’UAG, et qui offre une vision de Césaire peut-être jamais abordée ainsi.
Vous rendez aussi un peu d’actualité à des auteurs oubliés comme Vincent Placoly ou Sony Rupaire…
Voilà ! Mis à part les grands inoubliables comme Césaire ou Fanon, il y a des personnes qui devraient être inoubliables et qui sont hélas un peu oubliées : Tirolien, Rupaire, mais aussi Paul Niger ! Avec l’explication de ce pseudonyme d’Albert Béville, parce que Niger veut dire noir en latin… Il y a aussi le rappel de René Maran qui est tout de même notre prix Goncourt avec une préface incroyable ! Il se permet de critiquer le colonialisme mais aussi le comportement des colons, pas seulement en théorie, mais de manière très réelle, concrète, en stigmatisant les exactions, les excès des colons dans l’Afrique équatoriale française de l’époque. On a aussi Damas… Ce Guyanais qui est tout de même le grand oublié parmi les pères de la négritude.
Y a-t-il une place pour les auteurs actuels ?
Il n’y a pas de vision passéiste. Au contraire, ce qu’on voudrait montrer et faire partager, c’est qu’il y a toute une filiation, toute une évolution, depuis la négritude, l’antillanité, la créolité jusqu’à parvenir au présent avec ses auteurs comme Monchoachi…
C’est un livre qui veut démontrer la vivacité et la permanence de la création antillo-guyanaise ?
D’autant plus que nous y avons adjoint un CD qui est une porte ouverte aux jeunes avec un peu de slam qui est aussi une forme d’expression intéressante et poétique. Il y a Papa Slam mais aussi Aliou Cissé qui dit un extrait du Discours sur le colonialisme, La prière d’un petit enfant noir de Tirolien ou du Paul Niger…
Vous avez coordonné cet ouvrage mais aussi écrit une contribution sur l’écriture et le racisme…
J’ai écrit un texte intitulé : « Le racisme est soluble dans l’encre noir ? » pour Témoignage chrétien qui interrogeait des auteurs sur la France et le racisme. Je n’ai répondu ni oui ni non à cette question, mais j’ai donné une recette, une potion. C’est une anaphore : le racisme est soluble dans l’eau de boudin, dans le ti punch, dans la fête, dans le partage des imaginaires, dans le sang mêlé. Le métissage permet d’évacuer une bonne partie du racisme… Et puis, évidemment, le racisme est soluble dans l’encre noire. A lire les écrivains de la diaspora black, on comprend qu’on ne peut pas être raciste ! La plume noire, l’écriture peut permettre cela.
C’est ce qui vous fait ouvrir ce livre par ce titre : « Nous finirons tous métis. » Vous rejoignez Glissant. Parvenez-vous à vous situer dans la tradition littéraire antillaise ?
Je ne renie pas l’héritage et je n’écris pas ex-nihilo. On peut reprocher des choses à la négritude mais pas d’avoir oublié d’être universelle, ce que l’on pourrait reprocher à la créolité plus récente qui n’aurait pas dû commettre ce crime, mais il manque à la négritude sa part de féminité… Moi, je veux pouvoir dire que je suis une femme qui aime les hommes comme les hommes peuvent dire qu’ils aiment les femmes. Sans pour autant dire que je suis une nymphomane. C’est ma part de plumes rebelles…
François-Xavier Guillerm
Agence de presse GHM
Plumes rebelles, coordonné par Suzanne Dracius, éditions Desnel, 340 pages, Collection Anamnésis, 12,80€, Avril 2011 CD inclus. ISBN : 978-2-915247-32-9
Plumes rebelles
Voici un ensemble de textes d’hommes et femmes de renom de la littérature française issue des Amériques insulaires françaises que sont la Guadeloupe, la Martinique et la Guyane, d’où partent tous ces chants poétiques et métis, en écritures rebelles. Bon nombre de lecteurs, à Paris et ailleurs, n’ont sans doute plus en mémoire certains de ces auteurs, qui constituent pourtant des références dans les lettres françaises : parmi eux, un Prix Nobel (St-John Perse de la Guadeloupe), un Prix Goncourt (René Maran, le Martinico-guyanais). Mais leurs textes, ainsi que ceux d’écrivains actuels, composent aussi, désormais, une part non négligeable du patrimoine de la littérature française. Plumes Rebelles, un ouvrage collectif de textes majeurs ou inédits d’auteurs contemporains et d’analyses de leurs oeuvres.
Cet ouvrage est né de la volonté de l’éditeur, qui souhaite que, pour une fois, ne se renouvelle pas ce qu’Aimé Césaire appelait « être le jouet sombre au carnaval des autres ». Bien sûr, l’initiative de l’Année de l’Outre-mer, en France continentale et vers les territoires de l’Outre-mer français, vers sa totalité, sur trois océans, est une initiative singulière et salutaire pour un regain, une affirmation et une confirmation de l’existence d’écrits majeurs de cette France plurielle et haute en couleurs. Depuis de nombreuses années les canaux médiatiques ne fonctionnent bien souvent que dans un seul sens ; il est donc opportun d’utiliser ce zoom appuyé sur nos Histoires, nos écrits, nos patrimoines respectifs, pour faire admettre, en ces temps troublés, que le vivre ensemble est bien possible dans une France plurielle et apaisée. Et tout cela commence par la connaissance de l’Autre ; comme cela les peurs ne seront plus fondées. Cet ouvrage, loin d’aligner un chapelet – à l’image de ces îles et terres paradis – de textes d’auteurs de la France ultramarine sans mettre en avant le contexte du travail de ces auteurs, – de renom, pour la plupart, ayant déjà largement contribué à la grandeur de la littérature française, mais, pour certains, tombés dans l’oubli –, se propose de faire découvrir ou redécouvrir par les lecteurs le côté vivace de leurs « plumes rebelles » d’hier et d’aujourd’hui, ainsi que l’affirme le nom de la collection dans laquelle ce titre est publié, « Anamnésis » : injonction de ne pas oublier.
Parmi ces Plumes rebelles d’auteurs de l’Outre-mer français d’Amérique que sont la Guadeloupe, la Guyane et la Martinique, se trouvent un Prix Nobel guadeloupéen, un Prix Goncourt guyanais et un Prix Renaudot martiniquais. Des plumes contemporaines d’auteurs connus, étudiés et traduits dans le monde entier y côtoient également, in memoriam, Aimé Césaire, Guy Tirolien, Léon-Gontran Damas… Par la force des choses, le choix des textes est limité, même s’ils sont les plus significatifs du style de ces auteurs. Libre au lecteur d’aller plus loin… Nous l’invitons largement, à partir des notices biobibliographiques fournies ici, à retrouver toutes ces publications chez leurs éditeurs respectifs, – parisiens pour la plupart, donc d’accès facile –, et à faire plus ample connaissance avec les œuvres complètes des auteurs ayant suscité un intérêt particulier. "Raï chyen mé di dan’y blan" – à l’heure où certains de ces auteurs sont encore victimes, même après leur mort, d’un « maccartisme à l’Antillaise ». Cette expression créole qui, traduite, donnerait à peu près ceci : « feignons de ne pas les connaître, mais reconnaissons leur talent » tombe à point nommé, au moment de projeter à la face du monde des plumes rebelles de talent. Alea jacta est…