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condition humaine
Le fléau de la faim dans le monde.
par Jean-Claude BOZ
De plus en plus des personnels sont confrontés quotidiennement à l'urgence !
Ils sont partout les personnels de l'humanitaire, engagés sur tous les fronts. Partout ou la mort rôde, que ce soit à Haïti, au Tchad auprès des réfugiés, ou aujourd'hui dans la Corne de l'Afrique, au Kenya, en Ethiopie, en Somalie, ou 13,5 millions de personnes souffrent de la faim. Selon l'ONU, l'Ouganda pourrait être le prochain pays touché à son tour, par cette tragédie annoncée depuis de nombreux mois.
Il faut se souvenir qu'en juillet dernier, le gouvernement éthiopien, confronté à un afflux de réfugiés en provenance principalement de Somalie, demandait déjà une aide d'urgence à la communauté internationale, étant dans l'impossibilité de répondre seul, tout à la fois à la demande alimentaire de sa propre population, durement touchée par une longue période de sécheresse, sans équivalence depuis 60 ans, ainsi qu'à celle des réfugiés somaliens, toujours plus nombreux à fuir leur pays ravagé par une guerre endémique dans le nord, et par la famine dans le sud, conséquence là aussi d'une rareté des pluies, ayant entrainé des sous-récoltes et une mortalité massive du bétail. Ce même gouvernement estimait alors que sur son seul territoire, 4,5 millions de personnes avaient besoin d'être secourues très rapidement. Mais les guerres en Somalie et au Soudan, ainsi que la sécheresse n'expliquent pas tout. Les famines à répétition qui ravagent toute cette immense région, exigeraient que les gouvernements concernés se décident enfin à renforcer leur secteur agricole par des mesures appropriées. Ce qui pour l'heure est loin d'être le cas, lorsqu'on sait qu'en Afrique subsaharienne, les investissements publics vers l'agriculture n'ont pas cessé de se réduire depuis une décennie, pour être aujourd'hui de 4 à 5% maximum seulement, alors qu'entre 57, 61, voire 63% de la population, suivant les pays, vit directement de ce secteur.
Pour autant dans l'immédiat, on ne voit pas comment, sans une aide financière extérieure conséquente, ces pays, parmi les plus pauvres du monde, pourraient se constituer des stocks alimentaires, seule possibilité pour eux de lutter contre les grands céréaliers, qui par leurs pratiques mafieuses et criminelles, raréfient régulièrement les marchés, pour pousser à l'augmentation des prix, et engranger ainsi des bénéfices considérables. Il faudrait également que soient remis en cause, les accords commerciaux iniques passés avec l'Europe et plus généralement avec les pays riches, dans le cadre d'une mondialisation ayant été sciemment et totalement dérégulée, et qui à partir d'une baisse excessive des droits de douane dans les pays africains, a permis aux géants de l'agroalimentaire, de s'implanter partout sur le continent, en pratiquant des prix défiant toute concurrence, ce qui immanquablement, a contribué à casser, ruiner, la chaine des productions nationales, notamment dans les secteurs de l'agriculture et de l'élevage, en faisant perdre à ces pays des dizaines de milliers d'emplois. Une absurdité ! Alors précisément que leur sécurité alimentaire devrait être garantie, et dépendre prioritairement de leur agriculture nationale, et non plus de l'extérieur.
"Pour un humanitaire, l'urgence est de sauver des vies."
Mais au-delà de cette rapide analyse, la situation actuelle dans la Corne de l'Afrique, nous ramène à d'autres tragédies, qu'il s'agisse des génocides du Rwanda ou du Darfour, d'une guerre qui a duré plus de 20 ans dans le Sud-Soudan, du massacre des Tamouls au Sri Lanka, du tremblement de terre à Haïti, qui a fait environ 230.000 morts, entre 240 et 250.000 blessés, dont un très grand nombre d'amputés, et a conduit au déplacement d'urgence d'un million de personnes. Et plus proches dans le temps, les révoltes, ou véritables guerres civiles terriblement meurtrières, dans les pays arabes, Tunisie, Egypte, Libye, Yémen, Syrie etc.. Pour un humanitaire, l'urgence est de sauver des vies. Un maximum de vies, tout en sachant que malheureusement beaucoup ne pourront pas l'être. C'est ce que font quotidiennement, avec compétence et abnégation, sur les divers théâtres d'opération où ils sont engagés, ces hommes et ces femmes, toujours confrontés à des situations d'extrêmes dénuements et d'extrêmes souffrances. Mais l'action humanitaire, tout en étant d'une nécessité absolue, à plus forte raison lorsqu'il y a atermoiements, pour ne pas dire défaillance avérée des principaux Etats, à intervenir sur tel terrain de tueries ou de génocide, pour y mettre un terme, sous l'éternel prétexte de blocage au sein du Conseil de sécurité de l'ONU, n'a ni les moyens, ni la vocation de changer quoi que ce soit à l'ordre du monde. Or, c'est précisément l'ordre actuel du monde qui est en cause. Et la cause de la plupart des tragédies qui l'endeuillent régulièrement.
Tant qu'il y aura des gens en Afrique, à Madagascar, au Pakistan, en Egypte, en Indonésie et ailleurs, qui survivent avec 1 dollar par jour, et parfois moins, des dizaines de milliers d'hommes, de femmes se mettront en marche pour ne pas mourir, et le nombre de bateaux de réfugiés à venir s'échouer sur les côtes européennes se multiplieront. Tout comme les mexicains tentent de passer aux USA pour échapper à la pauvreté dans leur pays. Tant qu'il y aura des millions de gens exclus, méprisés par le système, qui s'entassent dans des bidonvilles de plus en plus gigantesques, faits de baraques en bois, en tôles et en parpaings de récupération, vivant sans eau, sans électricité, il y aura, à chaque tremblement de terre, comme à Haïti, des dizaines de milliers de morts. Tant qu'il y aura des dictateurs qui oppriment leur peuple, pour leur profit et celui des multinationales, avec la complicité bienveillante et intéressée des gouvernements occidentaux, il y aura fatalement à un moment ou à un autre, des explosions à répercussions planétaires.
Quid du discours de Toulon ?
Avant-hier et hier, nous savions où était la misère, très localisée à certains pays du Tiers-Monde. Aujourd'hui elle s'est répandue partout, de la Russie à l'Australie, en passant par l'Europe, le Japon, les Etats-Unis. Le néocapitalisme " panacée " à la sauce Reagan-Thatcher, s'appuyant sur sa horde de traders, de banquiers véreux, d'affairistes interlopes et cosmopolites, de politicards sur le retour, dont quelques-uns ont été, ou sont mouillés, dans de sales affaires de fric, de fesses, ou de trafics d'armes, d'escrocs en tous genres qui pullulent dans tous les secteurs, de l'immobilier à la téléphonie, sans oublier les marchands de sommeil, rarement inquiétés, qui logent à prix prohibitifs, des familles d'immigrés dans des taudis, dont l'électricité n'est pas aux normes et les peintures au plomb, a laminé les basses et moyennes couches sociales, en ne cessant de tirer les salaires vers le bas. Responsable du dérèglement des marchés, et des deux crises financières qui vont conduire à la récession, il exige aujourd'hui des gouvernants obséquieux, qu'ils mettent en place des plans d'austérité, visant à appauvrir encore davantage les plus pauvres. J'ai eu connaissance du récent discours de Toulon, de l'actuel président français. Comme à son habitude, il s'en est pris aux conséquences mais pas aux causes, que sont les délocalisations d'entreprises, le chômage de masse, la pauvreté, les guerres, la famine. Ainsi, il préconise de revoir, repenser l'accord de Schengen sur l'immigration, pour en préserver la France et l'Europe. Il souhaite également refonder toute l'organisation européenne, à partir d'un nouveau traité, considérant que celui de Maastricht de 1993, avait été inadéquat. Et appuyant sur le fait que l'Europe pouvait à tout moment être balayée par la crise si elle ne se ressaisissait pas. Ce qui est exact ! Mais qui a tendance à laisser croire à l'approche de la présidentielle, que sans lui ce serait forcément le chaos. Etant donné qu'il est le sauveur tant espéré, n'ayant aucune responsabilité dans la situation présente. Ce qui n'est pas le cas !
Car c'est bien lui, qui a méprisé une majorité de nos compatriotes, ayant voté non lors du référendum sur la Constitution européenne. C'est bien lui , qui en refusant au peuple français le droit légitime à s'exprimer, lui a imposé un peu plus tard le Traité de Lisbonne, lequel nous a conduit là où nous en sommes, dans une Europe en crise qui fabrique le chômage de masse, la misère sociale et la peur du lendemain. J'ajoute enfin que c'est encore lui, qui tout en s'affirmant gaulliste pur et dur et européen convaincu, a abandonné l'idée de création d'une véritable armée européenne, en réintégrant nos forces dans l'OTAN, lesquelles en étaient sorties en 1966, on s'en souvient, par volonté du général de Gaulle, qui considérait à juste raison, que cette organisation militaire n'avait pas d'autre but que de servir partout dans le monde, les intérêts politico-économiques et géostratégiques américains. Le discours de Toulon n'est qu'une redite de précédents discours tout aussi inutiles. Un bonimenteur, quel que soit son talent, ne peut indéfiniment tromper tout le monde. Celui qui voulait dès son élection, enfoncer les portes ouvertes, n'a rien fait d'autre que s'y coincer les doigts. Il voulait se battre sur l'emploi, redonner tout son sens au travail. 9,8% de la population active est au chômage, contre 8,5% en 2008. Il voulait lutter contre l'insécurité. Elle est pire aujourd'hui que ce qu'elle était en 2007, 2008, 2009,2010. Et beaucoup plus violente. Les policiers et les gendarmes sont bien placés pour le savoir, étant de plus en plus souvent confrontés à des gangs qui n'hésitent plus à leur tirer dessus à la kalachnikov. Il voulait réduire la fracture sociale, faire reculer la misère. 13,5% de la population est en dessous du seuil de pauvreté, soit 4% de plus qu'en 2008. Les chiffres se suffisent à eux-mêmes. 8,2 millions de gens sont très pauvres et 10,1% des actifs sont pauvres, soit 6% de plus en un an. En 5 ans, l'écart de niveau de vie entre les 10% les plus riches et les 10% les plus pauvres s'est creusé de 10%.
Après la crise financière de la fin 2008, il avait déclaré vouloir " moraliser le capitalisme et s'attaquer aux paradis fiscaux ". La seconde crise, à laquelle nous sommes confrontés, tout comme la Grèce, le Portugal, l'Italie, l'Espagne et d'ores et déjà l'Angleterre, plus sévère que ne l'a été la précédente, prouve à quel point le capitalisme s'est effectivement moralisé. En ce qui concerne les paradis fiscaux, ces blanchisseries d'argent sale, aux dernières nouvelles, il apparait qu'ils sont aussi nombreux qu'avant, et se portent encore mieux, tellement mieux, qu'à Hong-Kong parait-il, de nouvelles succursales bancaires, se sont installées en catastrophe pour participer au festin. L'idée-force qui habite au plus haut des Etats, les responsables politiques actuels, est que le capitalisme, malgré les crises qui l'agitent, et les conséquences dramatiques qui en découlent pour les peuples, tant en Europe que partout dans le monde, peut malgré tout être guéri de sa perversité. En URSS dans les années 1980/83, les dirigeants, contre tout bon sens, persistaient encore à penser, et à faire croire, que " les multiples erreurs de parcours du communisme " ne suffisaient pas à remettre en cause le système tout entier, dans ses fondements mêmes, alors qu'il était déjà entièrement rongé de l'intérieur et s'est effondré en 1991. Il en est de même aujourd'hui du néocapitalisme, devenu un véritable cancer planétaire, qui pille les richesses des pays pauvres, méprise les populations qu'il recolonise économiquement, en utilisant leur force de travail, pour des salaires scandaleusement bas, qui les maintiennent en état permanent d'assistanat et de survie, à la merci du FMI et de la Banque mondiale. C'est ce système dévastateur et mortifère, qui après avoir cassé toutes les économies et fabriqué le chômage de masse dans les pays du Sud, a entrepris de les casser à présent, non seulement en Europe, aux USA, ou au Japon, mais dans le monde entier.
Il est donc clair pour nous, que les postures, les gesticulations, les boniments du président français à Toulon " qui veut repenser Schengen, ou Maastricht " ne sont rien d'autre " qu'un petit souffle de vent sur l'immensité de la steppe " comme dirait Anton Tchékhov. La situation mondiale est telle, qu'il n'est plus l'heure de tenter de rabibocher, encore et encore, à coups de milliards, un système politico-économique agonisant, en imposant aux basses et moyennes couches sociales, des plans d'austérité insupportables. Mais d'en sortir, pour tendre vers un système de répartition des richesses, et de redistribution équitable des fruits du travail. Seule possibilité pour relever le niveau de vie dans les pays pauvres, créer de l'emploi, fixer les populations, répondre aux nécessités de santé, d'habitat décent, de scolarité. Alors que dans les pays riches, les gens disposent des technologies les plus avancées, dans les pays pauvres des millions de gens se nourrissent d'ordures. Toutes les 6 secondes, dans les pays pauvres, un enfant meurt de faim ou de maladie. Et toutes les 12 secondes un adulte, souvent à la porte même des hôpitaux par manque d'argent. Par faute de soins appropriés, 4 millions de nouveaux nés, meurent dans les 28 jours qui suivent leur naissance. Compte tenu de la précarité, de la rareté, ou de l'absence de structures adéquates, les femmes dans ces pays, risquent 300 fois plus de mourir en couches, par suite de complications liées à leur grossesse, que les femmes des pays développés. Chaque année, ce sont ainsi plus de 500.000 femmes qui meurent, dont environ 70.000 jeunes filles âgées de 15 à 19 ans. Depuis 1990, on estime que plus de 10 millions de femmes sont mortes au cours de l'accouchement. Quotidiennement, plus de deux milliards de personnes dans le monde ne peuvent se nourrir correctement, dont plus d'un milliard sont en situation de malnutrition aiguë.
Dans son courrier, Monsieur François Danel, Directeur Général " d'Action contre la Faim " une magnifique organisation reconnue d'utilité publique, qui existe depuis 30 ans, et dont les personnels sont actuellement engagés sur la Corne de l'Afrique, explique. " Dans la plupart des cas, ces enfants dont le corps et les défenses immunitaires ont été affaiblis par la faim, ne survivent pas à des maladies que l'on peut pourtant soigner, comme une simple diarrhée " (...) "Dans nos centres de nutrition, les tout-petits sont pris en charge en grande urgence, tant leur cas semble souvent désespéré. Les plus faibles pèsent à peine plus d'un kilo. Leur peau est fripée à cause de la malnutrition. Ils sont si faibles qu'ils n'ont même plus la force de pleurer " (...) "Trop épuisés pour continuer à se battre, leurs souffrances s'expriment alors dans leurs yeux, un regard que l'on ne peut oublier. Pourtant, il aurait suffit de si peu pour qu'ils vivent ! " (...)" Après examen attentif et diagnostic, nous leur administrons les produits nutritionnels correspondant à leurs besoins. En même temps, nous les réalimentons avec un lait thérapeutique spécial à raison de 8 repas par jour. Privés trop longtemps de nourriture, leur estomac atrophié ne supporte plus que la nourriture liquide. Leurs organes vitaux, reins, foie et cœur sont si fragilisés qu'ils ne fonctionnent plus normalement " (...)" Les enfants qui sont trop faibles pour déglutir sont nourris par une sonde naso-gastrique qui leur administre le lait directement dans l'estomac. C'est dans ce cas que nous utilisons une seringue " (...)" Au bout de la deuxième semaine de prise en charge, nous leur donnons un lait plus riche, puis très vite, ils peuvent même prendre un vrai repas sous la forme d'une bouillie de maïs et de céréales, enrichie en vitamines et en minéraux ". Puis, pour conclure, Monsieur François Danel, précise à l'intention d'éventuels donateurs " Avec 28 euros, vous nous permettrez de prendre en charge les deux premières semaines de traitement nutritionnel d'un enfant dénutri, soit la phase la plus critique de notre action ". A titre personnel, nous avons fait avec mes collègues, ce que nous avions à faire. Car comment rester insensibles, passifs devant une telle tragédie, alors que des enfants meurent ? Et nous avons unanimement pris la décision de soutenir cette organisation, en relayant son appel auprès du plus grand nombre. Les personnels " d'Action contre la faim " engagés sur la Corne de l'Afrique, avec d'autres, auprès des tout-petits, font vivre et revivre à chaque instant, cette phrase sublime d'amour que répétait Mère Teresa " Donne tes mains pour servir et ton cœur pour aimer ".
Pour envoyer votre chèque : Action contre la faim 4, Rue Niepce 75662 Paris Cedex 14 Pour obtenir plus d'informations sur cette organisation : www.actioncontrelafaim.org et service.donateurs@actioncontrelafaim.org ou par téléphone : 01.43.35.80.30
Jean-Claude BOZ
Nigeria: la pauvreté est à l'origine des violences, pas la religion
Les incessantes violences au Nigeria depuis la présidentielle d'avril, entre chrétiens et musulmans dans le Nord, n'ont pas pour origine la religion mais la pauvreté dont souffre continuellement la population de ce géant pétrolier d'Afrique, selon des analystes.
"Je pense que le plus grand problème est la pauvreté, qui existe d'une manière encore plus prononcée dans le nord que dans le sud" du pays, le plus peuplé d'Afrique avec près de 160 millions d'habitants, affirme à l'AFP Clément Nwankwo, directeur du centre d'analyse Policy and Legal Advocacy Centre. Les violences post-électorales traduisent "le désespoir et la frustration de certains" Nigérians ne voyant pas d'exutoire. "Ils en sont arrivés à un point tel qu'ils se disent que leurs dirigeants font partie du problème", dit-il. Les émeutes, qui ont affecté le Nord et fait plus de 500 morts selon une ONG nigériane de défense des droits civiques, ont éclaté après l'élection présidentielle du 16 avril remportée (à 57% des voix) par le chef de l'Etat Goodluck Jonathan, chrétien du Sud, face à plusieurs adversaires dont le principal était le général Muhammadu Buhari, musulman du Nord. Pour Clément Nwankwo comme pour d'autres analystes interrogés par l'AFP, attribuer une origine religieuse à ces émeutes serait toutefois une mauvaise interprétation. D'après eux, plusieurs facteurs sont susceptibles d'avoir mis le feu aux poudres: soupçons de fraudes, litiges entre militants du même bord ou de camps politiques différents.... mais strictement aucun n'a de lien avec la religion. Dans un pays aussi turbulent que le Nigeria, aux quelque 250 groupes ethniques, avec de fabuleuses richesses en pétrole et gaz mais dont 70% de la population est pauvre, de réelles disparités existent entre le Nord, majoritairement musulman, et le Sud, à dominante chrétienne. Le Nord a longtemps été économiquement marginalisé par rapport au Sud, pétrolifère, ce qui alimente les animosités. Les églises et mosquées incendiées courant avril dans le Nord ne l'ont pas été par des extrémistes religieux mais par des foules visant les symboles du camp adverse, estiment les analystes. Ainsi, notent-ils, des chefs musulmans du Nord soupçonnés de corruption ont été pris à partie par les émeutiers, excédés par un système de prévarication d'ampleur gigantesque, exacerbant le ressentiment dans des régions qui souffrant d'un taux élevé de chômage parmi les jeunes. "C'est une communauté impressionnante de jeunes, et aucun effort n'a été fait pour sortir les gens de ce profond désespoir", déclare Chidi Odinkalu, de Open Society Justice Initiative. Beaucoup dans le Nord fondaient leurs espoirs sur Muhammadu Buhari même si, selon certains, il n'avait pas de véritable programme alternatif. Des pro-Buhari ont fait partie des manifestants descendus dans la rue après la présidentielle. Pour Jibrin Ibrahim, chef du Centre pour la démocratie et le développement, le président Jonathan doit s'attaquer au développement du Nord durant son mandat, afin que le pays puisse sortir du cycle de violences. La semaine dernière, M. Jonathan avait affirmé que les dernières violences rappelaient les événements ayant conduit à la guerre du Biafra (sud-est), qui a duré trente mois (1967-1970) et fait selon les estimations un à deux millions de morts. Il n'a pas tort, affirme Jibrin Ibrahim, en avertissant: "Ce genre de choses se déclenche facilement mais s'arrête difficilement. Ca pourrait continuer comme ça et avant qu'on ne le sache, tout le pays pourrait s'embraser".
En Inde, le blé pourrit à l'air libre pendant que des gens ont faim
Par Esther Oyarzun
(De Delhi) Alors que l'Inde ne parvient à exterminer la faim de son territoire, des tonnes de blé et de riz pourrissent sous des bâches, parce qu'elles n'ont pas été entreposées dans des hangars. Trop de production tue la production, et donne faim.
Au pays des affamés, les céréales périssent de n'être pas bien conservées puis mangées. En Inde, le blé et le riz s'entassent sous des bâches et attendent là le moment où ils seront consommés, s'ils ne pourrissent pas avant. Ce qui arrive souvent. On estime avoir perdu 17,8 millions de tonnes de céréales, faute de hangars de stockage suffisants et adaptés. Dans le seul Pendjab, 1,2 million de tonnes de céréales a été ainsi gâché, alors que chaque soir des centaines de milliers de personnes vont se coucher le ventre vide en Inde. 17,8 millions de tonnes de blé et de riz, soit une perte de 270 milliards de roupies [environ 4,5 milliards d'euros, ndlr]. 17,8 millions de tonnes de céréales qui pourraient nourrir combien de personnes… Les chiffres ne « conviennent » pas au secrétaire d'Etat à l'agriculture KV Thomas : selon lui, « seuls » 11,7 millions de tonnes de céréales sont périmées.
« Le stock est trois fois supérieur à ce qu'il devrait être »
Trop occupée à augmenter sa productivité agricole, l'Inde n'a pas pensé à investir dans l'entreposage, condamnant 40% de la production stockée en plein air à finir à la poubelle, ou plutôt à pourrir à ciel ouvert. Etant données les défaillances du système de distribution, et l'incapacité à le distribuer, « le stock est trois fois supérieur à ce qu'il devrait être », constate la journaliste Rupashree Nanda, spécialiste des questions agro-alimentaire. Les céréales ne devraient pas être laissées à l'air libre, et ne devraient surtout pas l'être plus de six mois. Les normes indiennes sont connues pour être élastiques, mais même les graines ne peuvent résister sous une bâche à plus d'une mousson, c'est-à-dire plus d'un an. Il y a plusieurs millions de tonnes de blé qui ont maintenant vu deux moussons, parfois trois, au Pendjab et en Haryana. Parmi elles, des milliers de tonnes sont devenues « sans solution ». En clair, cela signifie qu'on ne peut même pas les donner aux animaux. Mille huit cents entrepôts pour tout le pays, pas toujours remplis, faute d'acheminement à destination. Plus d'un tiers des céréales en Inde gardées sous des bâches. New Delhi a reconnu que le pourrissement des céréales était « une honte », et a promis de prendre des mesures pour augmenter les capacités de stockage dans les trois prochaines années. Le ministre de l'Agriculture Sharad Pawar a assuré : « Le gouvernement va d'un côté investir et encourager le secteur privé et les gouvernements des autres Etats à investir dans les entrepôts. Nous sommes en discussion avec le ministre des Finances afin de donner le statut d'infrastructures aux hangars. »
« Distribuez-les gratuitement à ceux qui ont faim »
Dernièrement, la Cour suprême a rappelé à l'ordre le gouvernement, lui rappelant ses engagements sur la sécurité alimentaire : « Les céréales sont en train de pourrir. Vous pouvez prendre soin de votre propre peuple. Prenez des mesures d'urgence et distribuez-les gratuitement à ceux qui ont faim ». La Cour a également suggéré d'augmenter la quantité de nourriture distribuée aux personnes vivant en dessous du seuil de pauvreté, et d'ouvrir tous les jours du mois les « fair price shops » (magasins gouvernementaux où se procurer la nourriture à très bas prix). Le ministre de l'Agriculture répond : « L'ordre de la Cour suprême ne peut être respecté, nous ne pouvons le distribuer gratuitement, nous achetons le blé à 16 roupies le kilo et le revendons à 2 roupies. » Trop cher de nourrir les pauvres. Argument d'autant moins recevable que la Cour parlait du blé pourrissant et non pas du blé « bien portant » auquel se réfère le ministre. Et construire des hangars ? Trop cher encore : environ 80 milliards de roupies [environ 1,3 milliard d'euros, ndlr]. Alors que faire de ces céréales ? « Vendez-les » écrivait dans son éditorial de l'Hindustan Times le même jour Salmar Halarnkar, proposant d'exporter les céréales pour gagner un peu d'argent, puisque l'argument financier prime sur l'humanitaire.
Les prix du blé augmentent
Si le blé continue à moisir, les prix risquent d'augmenter. L'Inde a banni les exportations de riz non-basmati et de blé depuis 2007, pour des raisons « humanitaires », de peur qu'elles ne fassent grimper les prix de la nourriture. Mais les prix continuent d'augmenter de toute façon, et les gens continuent d'avoir faim. Rupashree Nanda rappelle : « Même si chaque Indien pouvait se payer deux repas par jour, il n'y aurait pas assez à manger, et il faudrait encore importer des céréales ». L'Inde condamnée à la faim à perpétuité ?
Le Congo a faim
Marie-France Cros
Mais l’insécurité alimentaire du Congo-Kinshasa est exclusivement due à la main de l’homme, comme l’avait montré une journée d’étude sur ce sujet des facultés agronomiques de Gembloux.
La célèbre revue médicale britannique "The Lancet" a publié vendredi une étude sur la prévalence dans le monde de l’obésité, qui a presque doublé en trente ans. Les chercheurs britanniques et canadiens ont tiré leurs conclusions d’un recensement des indices moyens de masse corporelle par pays effectué en 2008. On y apprend que les hommes et femmes de Nauru, dans le Pacifique sud, sont les plus gros du monde avec 33,9 et 35. Lorsque l’œil file au bas de la colonne de chiffres pour voir qui sont les hommes les plus maigres, il tombe, avec consternation, sur ceux du... Congo-Kinshasa : 19,9 d’indice moyen - moyen ! - de masse corporelle, soit à peine 1,4 point au-dessus de "poids insuffisant". Les Congolaises sont juste un peu mieux loties, avec 21,7; seules les Indiennes et les Bangladaises sont plus maigres.
On s’expliquerait fort bien que les habitants du Bangladesh - affecté par des sécheresses et des inondations récurrentes - se retrouvent au bas de l’échelle. Mais l’insécurité alimentaire du Congo-Kinshasa est exclusivement due à la main de l’homme, comme l’avait montré une journée d’étude sur ce sujet des facultés agronomiques de Gembloux. Quelques semaines auparavant, la FAO (agence de l’Onu pour l’agriculture et l’alimentation) estimait que 44 millions de Congolais, sur une population totale de 55 millions, souffraient de malnutrition ou sous-nutrition. Comment les habitants d’un pays vaste, irrigué et fertile comme le Congo peuvent-ils mourir de faim ? Comment ses dirigeants n’en périssent-ils pas de honte ? L’année 2010 avait été déclarée, par les autorités congolaises, "année du social". Mais, une fois de plus, elles ont cru que leur boulot se limitait à dire, laissant - à qui ? - le travail de faire. Car, en 2010, la part de l’agriculture dans le budget national a été de... 0,69 %, soit moins que les autres pays du continent. A cela s’ajoutent le constant racket des paysans par des corps armés et autorités locales impayés; l’absence de routes; l’inertie des pouvoirs publics à donner aux cultivateurs accès à des semences de qualité, à des engrais et à des outils plus modernes que la houe; l’incapacité des élus à concevoir une politique d’encouragement à la production vivrière. Voilà un pays dont les élites sucent le sang des paysans puis s’étonnent, dans des discours fleuris où ils ne manquent pas de célébrer "le souverain primaire" qui a voté pour eux, que les Congolais en meurent.
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