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Au fil de l'actualité
Enquête
Pourquoi le monde gaspille autant de nourriture
 


quand les pays pauvres trinquent...

Nourriture jetée, récoltes perdues... enquête sur le grand gâchis alimentaire

Les pays développés gaspillent jusqu'à 40 % de l'alimentation disponible. Et si, au lieu de chercher à augmenter la production agricole pour nourrir le monde, les hommes commençaient par cesser de gaspiller la nourriture ? Une étude, parue dans la revue scientifique PLOS One de novembre, démontre que, chaque année, 40 % de l'alimentation disponible aux Etats-Unis est jetée. Ce gâchis entraîne la dilapidation d'un quart de l'eau douce consommée annuellement dans le pays (utilisée pour produire ces aliments) et de l'équivalent en énergie de 300 millions de barils de pétrole par an. Ces données confirment des estimations antérieures du gaspillage alimentaire dans les pays développés, évalué de 30 % à 40 % des denrées. Le phénomène touche également les pays en développement. Les chiffres sont discutés, mais les pertes atteindraient entre 10 % et 60 % des récoltes, en fonction des produits agricoles. « La pensée dominante veut que pour répondre au doublement de la demande alimentaire dans les décennies à venir, il faut augmenter la production, affirme Jan Lundqvist, directeur du comité scientifique du Stockholm International Water Institute (SIWI). Il serait plus rationnel de chercher d'abord à réduire le gaspillage. Celui-ci conduit à une dilapidation de ressources qui se font de plus en plus rares, notamment l'eau. »

Pour aboutir à leur estimation du gaspillage outre-Atlantique, des physiologistes de l'Institut national de la santé américain ont calculé la différence entre les quantités de nourriture disponibles dans le pays et la consommation des habitants, estimée à partir de l'évolution de leur poids moyen. Résultat : en 1970, chaque Américain absorbait en moyenne 2 100 calories par jour, tandis que la nourriture disponible par personne équivalait à 3 000 calories. Aujourd'hui, ces chiffres atteignent respectivement 2 300 et 3 800 calories. Dans l'intervalle, le poids moyen a augmenté de 10 kg. « La différence entre les deux chiffres correspond aux quantités jetées, explique Kevin Hall, responsable de l'étude. Elles s'élevaient à un peu moins de 30 % de l'alimentation disponible en 1970, contre 40 % aujourd'hui. » Dans les pays riches, l'essentiel des pertes a lieu « en bout de chaîne ». La distribution rejette une partie des produits en fonction de critères esthétiques, et applique des marges de sécurité importantes sur les dates limites de consommation. Mais des pertes considérables ont également lieu dans la restauration collective et... dans les cuisines des particuliers. Une étude détaillée du contenu des poubelles en Grande-Bretagne, parue en novembre 2009, estime que 25 % des aliments achetés par les ménages sont jetés. On trouve dans les détritus, par ordre d'importance, des légumes frais et des salades, des boissons, des fruits, des produits de boulangerie, de la viande et du poisson... Selon WRAP (Waste and resources action programme), l'organisme public qui a mené l'enquête, l'essentiel de ce gaspillage est évitable : soit les aliments n'ont pas été consommés à temps, soit ils ont été préparés en trop grande quantité. Ils représentent l'équivalent de 13 milliards d'euros par an (soit 530 euros par ménage et par an), et 2,4 % des émissions de gaz à effet de serre du pays.

Dans les pays en développement, on ne parle pas de gaspillage, mais de pertes, et les raisons en sont très différentes. « Elles sont dues à de mauvaises conditions de récolte, de transport, de stockage, et à une formation insuffisante sur les méthodes de conservation des aliments », explique Stepanka Gallatova à l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO). Assez limitées pour les céréales, elles peuvent atteindre des volumes considérables pour les denrées périssables. Elles s'amplifient avec l'urbanisation : plus les lieux de consommation s'éloignent des lieux de production, plus la chaîne d'approvisionnement se complexifie et les risques de pertes augmentent. Si le sujet est de plus en plus mis en avant par les chercheurs et des institutions spécialisées, il n'est pas à l'agenda des politiques prioritaires d'une grande majorité d'Etats. Dans les pays pauvres, la réduction des pertes serait cependant moins coûteuse que l'augmentation de la productivité agricole, selon Mme Gallatova. Elle estime toutefois que, « depuis la crise alimentaire [de 2008], le thème commence à susciter de l'intérêt parmi les pays en développement ». Mais le sujet est complexe. « Il faut se méfier des solutions «magiques», affirme Michel Griffon, agronome, directeur général adjoint de l'Agence nationale de la recherche (ANR). De très nombreux acteurs sont impliqués dans la chaîne alimentaire. La réduction des pertes demande la mise en place de stratégies très sophistiquées. » En outre, si autant d'intervenants s'intéressent aux moyens d'accroître la production, et aussi peu à la réduction du gaspillage, c'est aussi parce que ce dernier représente un marché nettement moins attractif. Parmi les pays développés qui ont fait de la fourniture d'alimentation à bas prix la pierre angulaire de leur politique, seule la Grande-Bretagne mène une politique de sensibilisation au gaspillage, en insistant sur les ressources dépensées et les déchets émis en pure perte : eau, énergie, engrais, pesticides, émissions de gaz à effet de serre (CO2 et méthane dans les décharges)... « Peu de gens se rendent compte qu'ils jettent autant, et peu savent que la production alimentaire consomme autant de ressources, affirme M. Lundqvist. Il est pourtant utile de faire le lien. Et cela peut permettre aux gens de faire des économies. » « Le gaspillage est lié à l'importance que les gens accordent à la nourriture, estime M. Griffon. Les ménages y consacrent aujourd'hui 15 % de leur budget, contre 40 % il y a soixante ans. Il existe cependant un risque de raréfaction de la nourriture au niveau planétaire dans les décennies à venir, donc de remontée des prix, qui pourrait mécaniquement réduire le gaspillage. » Selon l'agronome, les Etats devraient cependant sans attendre se saisir du sujet, et lancer contre le gaspillage alimentaire « des politiques comparables à celles menées en faveur des économies d'énergie ».

Gaëlle Dupont avec Le Monde

les titres
 
Santé

KENYA: Les guerriers massaïs sur le front du VIH/Sida

avec IRIN - Alors que les tentatives visant à sensibiliser la communauté massaï du Kenya aux dangers du VIH se sont souvent heurtées au refus de la communauté d'accepter des changements préconisés par des membres externes, une nouvelle initiative fait appel aux « morans », ou guerriers massaïs, afin de diffuser des messages de prévention. 

« Les Massaïs sont un peuple très traditionnel et la meilleure façon de leur adresser des messages est de s'insérer dans leur communauté sans essayer d'affaiblir leur culture. Nous leur offrons la liberté d'apprendre en utilisant leurs systèmes culturels afin de les sensibiliser à la santé de la reproduction », a déclaré Peter Ngura, gestionnaire de programme dans le cadre d'un projet destiné aux jeunes nomades mené par l'Association pour la médecine et la recherche en Afrique (AMREF en anglais), une ONG dédiée à la santé et au développement.  « Nous formons les 'morans' comme pairs éducateurs et nous nous servons d'eux pour adresser des messages aux autres 'morans', car ce sont les uniques autres personnes avec lesquelles la culture massaï les autorise à interagir librement », a-t-il poursuivi.  « Les 'morans' écoutent seulement leurs chefs 'morans', et c'est la raison pour laquelle ce sont ces personnes que nous formons afin qu'elles forment à leur tour leurs camarades 'morans' qui sont sous leur supervision », a-t-il précisé.  Les « morans » sont de jeunes hommes âgés de 15 à 25 ans chargés de protéger leur communauté et leur bétail. En outre, ils sont encouragés à avoir des partenaires multiples et vivent la plupart du temps dans la brousse, isolés du reste de la communauté. Ils ne communiquent qu'avec leurs amies, les aînés et les chefs qui leur rendent visite afin de partager les croyances traditionnelles massaï. 

Lelein Kanunga est un chef « moran » qui a rompu avec la tradition et consacre son temps à sensibiliser les autres « morans » aux dangers du VIH, dans le cadre du programme mené par l'AMREF.  « J'ai été sensibilisé aux dangers que représentent les rapports sexuels non protégés, la circoncision féminine et la violence à l'égard des femmes et j'ai décidé qu'il était en mon devoir de sensibiliser à mon tour mes amis 'morans' », a-t-il confié à IRIN/PlusNews. « Nous pratiquons par exemple [la mutilation génitale féminine], mais je sais qu'il n'existe pas de raisons valables à cela. »  Les statistiques sur le taux de prévalence du VIH au sein de la communauté massaï, qui représente près de 2 pour cent de la population kényane, sont limitées. Toutefois, en vivant relativement isolés de la société moderne, les Massaïs ont plutôt été épargnés par le virus, par rapport aux autres habitants de la vallée du Rift - une province qui affiche un taux de prévalence de 7 pour cent.  Cependant, à l'heure actuelle, de nombreux jeunes Massaïs quittent leur communauté afin de gagner leur vie comme chauffeurs ou commerçants dans de vastes régions urbaines à forte prévalence VIH. En outre, ils reviennent dans leur village, continuent d'observer les coutumes traditionnelles, comme la polygamie, et exposent ainsi leur communauté à des risques accrus de
contracter le virus.  « Il est difficile de dire aux 'morans' de quitter leurs amies, car ils passent leur temps à parler de filles et de sexualité. Toutefois, ils savent désormais que le préservatif peut les protéger contre le VIH et d'autres maladies sexuellement transmissibles et ils s'en servent », a ajouté Lelein Kanunga. « Ce n'est pas facile, mais aujourd'hui, certains d'entre nous disent à des parents : 'nous ne marierons vos filles que si elles ne sont pas excisées'. » 

La culture au profit de la participation communautaire 

James Reteti, un autre « moran » devenu pair éducateur, s'est mis à utiliser une calebasse qui sert traditionnellement de pot à lait, afin de transporter et distribuer des préservatifs à ces camarades « morans ».  « Les 'Morans' accordent de l'importance à la calebasse dans laquelle on transporte le lait qui leur est destiné. Selon eux, la calebasse sert à transporter des choses précieuses», a-t-il précisé. « Nous nous servons de ces calebasses comme distributeurs de préservatifs. Ils comprennent ainsi que le préservatif est une chose importante pour eux. »  Selon M Ngura de l'AMREF, l'un des aspects clés du projet est la participation des chefs culturels massaïs qui exercent une grande influence dans la communauté.  « Selon la tradition, ce sont les aînés qui prennent les décisions et leurs dires sont entendus. Par conséquent, nous faisons appel à ces aînés afin de transmettre, par exemple, des connaissances sur les dangers de la polygamie, du mariage précoce des jeunes filles, de la mutilation génitale féminine et sur l'importance du planning familial », a-t-il souligné.  Jusqu'à présent, le programme a formé 70 chefs « morans » comme pairs éducateurs dans les districts de Kajiado, Magadi et Loitoktok, dans la province de la vallée du Rift.

Togo: Faure Gnassingbé sera candidat à un second mandat le 28 février.
Le président togolais Faure Gnassingbé a été investi sans surprise mardi pour briguer un second mandat le 28 février par le Rassemblement du peuple togolais (RPT) au pouvoir.

TCHAD: Lutter contre les mutilations génitales dans les camps de réfugiés

avec IRIN - Au Tchad, le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR) identifie les femmes enceintes qui ont été excisées, afin qu'elles soient mieux préparées à d'éventuelles complications, d'après le UNHCR et ses partenaires médicaux. Cette mesure fait partie des efforts réalisés dans les camps pour remédier aux conséquences sur la santé de la mutilation génitale féminine/excision (MGF/E), ainsi que pour empêcher que de nouvelles excisions soient pratiquées. 

En septembre 2009, les travailleurs du centre de santé du camp de Djabal, dans l'est du Tchad, ont commencé à enregistrer le nombre de patientes en soins prénataux qui avaient été excisées ; en septembre, elles étaient 22, pour un total de 330 femmes. « Cela nous aide à identifier les grossesses à risques, car chez les femmes dont le vagin est fermé [conséquence de la MGF/E] il peut y avoir des déchirures lors de l'accouchement », a dit à IRIN Nassourou Drassadou, directeur de la santé dans le camp. COOPI, l'ONG (organisation non gouvernementale) italienne qui emploie M. Drassadou, offre des services médicaux à environ 17 000 réfugiés dans le camp de Djabal, à 220 kilomètres au sud d'Abéché, la ville principale de l'est du pays. Les déchirures obstétricales que l'on appelle fistules peuvent entraîner des problèmes de miction douloureuse et incontrôlable, et leur guérison nécessite parfois plusieurs interventions chirurgicales. M. Drassadou a dit à IRIN que 10 pour cent des patientes prises en charge en soins prénataux dans le camp étaient confrontées à un fort risque de complications, en partie à cause de la MGF/E.  En général, la plupart des cas de MGF/E rapportés chez les femmes réfugiées sont liés à des complications médicales, a dit le médecin à IRIN. « Dans les camps de réfugiés, le personnel de santé apprend généralement [qu'une femme a été excisée] lorsque quelque chose s'est horriblement mal passé ». Mais les travailleurs humanitaires ne voient pas seulement l'impact à long terme des MGF/E sur la santé ; dans les camps, des filles sont toujours soumises à l'excision. Des ONG de santé ont enregistré près de 60 cas d'excisions dans des camps de réfugiés en 2009. « Malgré les efforts pour faire disparaître [la MGF/E], nous savons que cette pratique a toujours cours », a dit à IRIN M. Drassadou. Dans le camp de Djabal, une petite fille a été victime d'une hémorragie mortelle suite à une excision mal exécutée, a-t-il dit. Quelques jours avant la visite d'IRIN, une enfant de cinq ans a été amenée à la clinique du camp pour des infections urinaires. « Elle ne pouvait pas uriner. Ses voies urinaires n'étaient même pas visibles », d'après M. Drassadou, qui a dit que le problème venait du fait que la petite fille avait été excisée à 18 mois. Quand IRIN lui a rendu visite à l'hôpital régional de Goz Beida, où elle avait été transférée, sa famille se préparait à la ramener à la maison. « Elle va mieux et elle peut uriner maintenant », a dit à IRIN Ashta Ali Heissein, sa mère. Mme Heissein et ses enfants ont fui les violences au Soudan en 2006, peu après que son mari a été tué pour avoir tenté de résister à des hommes qui voulaient prendre ses vaches, a-t-elle dit à IRIN. « Je me suis mariée à 19 ans et au Soudan, nous n'avons jamais entendu dire que nous ne devrions pas faire exciser nos filles. Toutes les mères le faisaient ». A l'arrivée au camp de réfugiés, elle a appris, par les travailleurs humanitaires et des spots radiophoniques, que la MGF/E était dangereuse et potentiellement mortelle. Juste après l'arrivée de la petite fille au Tchad, les médecins ont dû l'opérer à cause de complications liées à la MGF/E, a dit Mme Heissein. « Elle allait mieux, puis elle a recommencé à avoir des problèmes [en 2009] ». Après la récente hospitalisation de l'enfant, le médecin a dit à IRIN qu'elle avait de bonnes chances de ne pas avoir besoin d'une nouvelle intervention chirurgicale. « Grâce à Dieu », a dit Mme Heissein, en prière, tandis que sa fille était assise sur son lit d'hôpital, attendant d'être autorisée à sortir. « Dieu est bon. Les médecins aussi ». 

 
Cameroun:
Le biocarburant menace des populations  
Sylvestre Tetchiada 
   
(© crédit photo: Isabelle Alexandra Ricq)

Dans la partie méridionale du Cameroun - un des pays les plus agricoles d’Afrique centrale, près de 108.000 hectares de terre sont affectés à la culture du palmier à huile, et environ 30.000 hectares de forêts ont été défrichés, de 2001 à 2006, pour l’expansion de cette plante.

Du palmier à huile, est extraite une huile alimentaire consommée aussi bien au Cameroun que dans bien d’autres pays côtiers de l’Afrique de l’ouest et du centre. Mais depuis 2005, le biodiesel, un marché naissant et prometteur pourrait constituer un moteur puissant pour la culture du palmier à huile et les entreprises industrielles. Selon Jean Momo, ingénieur au ministère de l’Agriculture et du Développement rural, c’est en 2001 que le gouvernement a lancé le projet "Palmier à huile", dans le cadre de sa politique volontariste de modernisation de l’agriculture. Avec l’aide du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, dit-il à IPS, nous voulons établir d’ici à 2010, environ 50.000 hectares de plantations supplémentaires, pour un objectif de 250.000 tonnes. Le Cameroun a une superficie d’environ 475.5OO kilomètres carrés, avec une population de quelque 17 millions d’habitants, selon des statistiques officielles. En 2005, la production d’huile brute de palme du Cameroun était d’environ 140.000 tonnes. Elle se répartit entre trois secteurs : un secteur agro-industriel, des plantations villageoises au service des agro-industries, et un secteur artisanal traditionnel. Des entreprises agro-industrielles, comme la Socapalm, la Safacam et la Ferme suisse, présentent, à ce jour, un plan de développement ambitieux dans la filière. Ce plan repose sur l’extension des plantations et sur les gains de productivité qu’il est possible de réaliser aussi bien dans la production que dans la transformation. Selon des dirigeants de ces trois entreprises, l’huile de palme crue est une source de biodiesel appropriée. Beaucoup de pays d’Europe et le Japon ont déjà adopté des politiques favorables aux énergies renouvelables à la suite de leurs engagements pour la mise en œuvre du Protocole de Kyoto signé en 1997 pour diminuer le réchauffement de la terre par une réduction des gaz à effet de serre. Ce protocole préconise la réduction, par les pays développés, des émissions de six gaz à effet de serre de 5,2 pour cent entre 2008 et 2012, par rapport aux niveaux de 1990 qui étaient de 55 pour cent. Le biodiesel, produit au Cameroun depuis 2005, est utilisé seulement par les entreprises qui l’exploitent. Mais la quantité produite n’est pas rendue publique, malgré l’insistance de IPS auprès de ces entreprises. Elles ont simplement indiqué qu’une quantité d’huile de palme brute est exportée principalement vers le Nigeria, la France, l’Italie, la Malaisie et l’Indonésie, tandis qu’une autre est transformée par des industries locales. "Les nouveaux marchés pour les biocarburants favorisent également l’augmentation des ventes d’huile de palme", affirme Jacques Emana, ingénieur à la Socapalm. "Il est normal que le Cameroun et les entreprises, qui sont basées dans ce pays, obtiennent des parts considérables du marché". Mais, ces plans et projections d’expansion de la culture du palmier à huile pour la fabrication des biocarburants ont de fortes répercussions sur les forêts camerounaises et sur les populations qui en dépendent, expliquent des organisations non gouvernementales (ONG) du Cameroun.

"Le défrichage en vue de la plantation de palmiers est l’une des causes principales de la déforestation du pays et des incendies de forêts", explique à IPS, Marie Mendouga, membre de l’Organisation camerounaise pour la défense de l’environnement, une ONG basée à Yaoundé, la capitale. "Une autre cause importante est l’exploitation du bois par les spéculateurs". Pour Mendouga, l’expansion du palmier à huile implique un changement important dans l’affectation des terres et des ressources, des modifications radicales de la végétation des écosystèmes locaux, des mouvements et des réinstallations de populations.  Les populations sont confrontées à de graves problèmes dans les zones de plantations de palmier à huile. La plupart de ces problèmes naissent des conflits d’ordre foncier avec les entreprises. Le sentiment général, selon Philippe Engoulo, habitant de Nyeté, près de Kribi, au sud-ouest de Yaoundé, est que les entreprises escroquent et spolient les populations de leurs terres, en les incitant à passer des accords fondés sur de fausses promesses et en les empêchant de participer aux décisions. Les habitants dénoncent, entre autres, la non-reconnaissance des droits coutumiers ; des plantations établies sans permis gouvernemental ; une absence d’information aux communautés ; des accords non négociés ; la manipulation des chefs traditionnels pour forcer les ventes ; des indemnités non payées ; des avantages promis mais non fournis ; des terres non attribuées aux petits agriculteurs. Les responsables de la Safacam et de la Socapalm, interrogés par IPS à Yaoundé, ont refusé de se prononcer, estimant qu’ils n’avaient pas le pouvoir de parler à la presse. Mais un dirigeant de Ferme-Suisse, joint au téléphone, qui a préféré garder l’anonymat, a dit à IPS que les entreprises ne spoliaient pas les individus de leurs terres. "Nous les achetons, parfois à de meilleurs prix qu’ailleurs. Le problème, c’est que des gens soi-disant personnes éduquées viennent, par la suite, leur dire qu’au regard de l’investissement réalisé par notre société, ils méritaient mieux que ce qui leur a été versé". Par ailleurs, l’extension en cours de la plantation de palmiers à huile, dans la région de Kribi, est faite au détriment des forêts avoisinantes, affirme Hubert Minkoulou, un ressortissant de la région. ’’C’est de ces forêts’’, ajoute-t-il, ’’que dépendent les populations locales’’. "Les grands conflits fonciers avec les groupes ethniques Bagyelis, Boulous et Fang, à qui la terre a été confisquée sans compensation, ont été mis sur le compte des entreprises industrielles", dit-il à IPS.

"Notre mode de vie traditionnel est devenu impossible et aucune insertion dans l’économie de marché n’est envisagée", explique à IPS, Florence Mpecke, une habitante de Kribi. Selon elle, les entreprises font venir leurs ouvriers d’autres régions du Cameroun et les logent dans des campements situés dans la plantation. "Les villageois riverains, eux, ne sont que rarement embauchés", se Mpecke plaint-elle. Par ailleurs, les produits chimiques utilisés par les entreprises et les rejets de leurs usines polluent massivement des cours d’eau avoisinants et provoquent des maladies (diarrhée, bilharziose, typhoïde, dysenterie, choléra), selon les affirmations de Mpecke, confirmées par Dr Marc Dzomou, de la clinique de l’Espoir, à Yaoundé. Depuis 1963, année de création de la première plantation industrielle de palmier à huile au Cameroun, l’histoire des plantations est douloureuse et entachée du sang et des larmes des communautés autochtones, selon Pierre Minko de ’Equal Rights Opportunity Forum’, une ONG basée dans la capitale. Aujourd’hui, ajoute Minko, avec les projets de production de biodiesel, les planteurs de palmier et les promoteurs de ces entreprises ont encore de nouvelles possibilités de croissance, mais probablement au détriment des populations encore. "Et pourtant, notre histoire, c’est l’histoire silencieuse des forêts disparues pour devenir des plantations", regrette Odette Lobe, présidente du Comité de développement villageois de Nyete. "C’est l’histoire des cultures ancestrales et (des populations) transformées en prolétariats ruraux. Leurs voix demandent qu’on arrête la destruction proposée par les promoteurs du biodiesel".
Cette semaine
En Italie, les étrangers auront un permis de séjour à points

Le ministre de l'intérieur italien, Roberto Maroni, et son collègue des affaires sociales, Maurizio Sacconi, ont annoncé, jeudi 4 février, leur intention de publier un décret instituant un permis de séjour à points pour les étrangers non ressortissants de l'Union européenne résidant en Italie de façon régulière. Selon M. Maroni, membre du parti anti-immigrés de la Ligue du Nord, cette disposition peut être édictée "dans les prochains jours" car elle a été adoptée avec le "paquet sécurité" voté en juin 2009 par le Parlement.

Ce nouveau permis de séjour valable deux ans devrait être crédité de trente points à la fin de cette période pour pouvoir être renouvelé. Le demandeur, en plus d'avoir un contrat de travail et un logement, devra démontrer une connaissance de la langue et des lois italiennes, apporter la preuve qu'il est inscrit auprès des services sanitaires, que ses enfants sont scolarisés et qu'il est en règle avec le fisc. Dans le cas où le seuil fatidique des trente points ne serait pas atteint malgré la bonne volonté du requérant, il se verrait offrir une année supplémentaire pour l'atteindre. Présenté comme une "charte des valeurs de la citoyenneté et de l'intégration" par le ministère de l'intérieur, ce projet comprend également un volet répressif. Les délits commis par les étrangers leur vaudront de perdre des points, voire d'être expulsés en cas de condamnation en première instance à une peine supérieure à trois mois de prison. Le projet de décret devrait également s'appliquer aux mineurs âgés de 16 ans et plus.

"LOTERIE SOCIALE"

A l'annonce de ce nouveau tour de vis sur l'immigration, la gauche a dénoncé "une loterie sociale". Selon Livia Turco, chargée des questions d'immigration au Parti démocrate, le permis de séjour à points sera "au contraire un obstacle à l'intégration qui favorisera la clandestinité" de ceux qui échoueront à l'obtenir. Pour l'association Migrare, qui lutte pour raccourcir les délais de renouvellement du permis de séjour (actuellement de 190 jours en moyenne), il s'agit d'"une réponse xénophobe de plus au problème de l'immigration". Ce texte va s'ajouter à un arsenal de mesures déjà très restrictives concernant l'immigration. Chacune d'elles - comme la création d'un délit d'immigration clandestine - a été imposée au gouvernement de M. Berlusconi par la Ligue du Nord, pour qui l'insécurité est une conséquence de l'immigration. Commentant les violences de Rosarno (Calabre) entre immigrés africains et population locale, début janvier, M. Maroni n'avait pas hésité à déclarer que ces émeutes étaient le fait "d'une trop grande tolérance vis-à-vis de l'immigration". "Avec ce système, s'est félicité M. Maroni, je suggère à l'étranger la marche à suivre pour s'intégrer. S'il le fait, je lui donne le permis de séjour, s'il ne le fait pas, cela signifie qu'il ne veut pas s'intégrer." 

Philippe Ridet

PORT-AU-PRINCE, NAIROBI, GOMA, KINSHASA, DAKAR… 
Le destin noir des villes du tiers monde
Mame Aly KONTE

Port au-Prince, avant le tremblement de terre de mardi, une petite ville tranquille, pauvre, pas résignée sur son sort. Quelques secondes après, la terre tremble. Les portes de l’enfer s’ouvrent sur un désastre humanitaire et urbain qui ne résume pas toute la détresse des millions de gens qui ont perdu un proche et/ou tout dans ce séisme.

Depuis trois jours, le monde fait face à des images terribles qu’il découvre encore en ce nouvel an, après les mille et un souhaits et vœux que se sont adressées les humains de cette planète. L’enfer sur terre, comme c’est devenu probable et possible depuis le tsunami de décembre 2004. Mais, quel mot placer pour expliquer et justifier la position haïtienne sur la carte et la plaque pacifique fragile aux séismes, quand on voit passer les images. Désastre humanitaire. Mais encore, désastre urbain. Un palais présidentiel détruit, le bâtiment des Nations Unies en poussière, un aéroport où il ne subsiste que le goudron, que reste-t-il aujourd’hui à Port-au-Prince ? L’habitat qui fait la base d’une cité disparaît, les équipements aussi. Une cité fantôme à l’image de Pompéi, surgit du néant. Que dire d’autres ? Toutes ces questions éveillent dans les consciences, la problématique majeure de la sécurité urbaine dans les grandes villes du tiers monde ; un sujet qui a été évoqué, toute une journée au cours du Forum Urbain mondial de Vancouver d’il y trois ans, au mois de juin 2006 et au cours duquel les grands absents ont été les élus de villes du tiers monde. Or, de Dakar à Kinshasa, en passant par les grandes mégapoles d’Asie et de l’autre côté de l’Amérique latine au Mexique, en Bolivie, à vol d’oiseau, en se tournant vers les Caraïbes, en Haïti, à Saint Domingue, la question de la sécurité foncière et par delà urbaine, reste un casse tête qui ne semble intéresser personne. Ni l’Etat, ni les élus. Face à la fenêtre de tir ouverte aux catastrophes du genre, l’Afrique comme les Caraïbes, semblent battre sur point tous les records de négligence. Pour revenir à Haïti, pays où l’on a parlé dès le départ de quelque 100.000 morts ou plus, la question majeure reste le mode d’urbanisation qui n’a prévu aucun moyen de lutter contre les grandes catastrophes (inondations, tempêtes tropicales, éboulement, ras de marée etc.)

Port-au Prince Un gros village d’Afrique aux Caraïbes

L’histoire est un révélateur du malaise urbain haïtien dont Port aux Princes est aujourd’hui le symbole dans ses quartiers modernes comme dans les bidonvilles à Martissant, Bel air, Cité Soleil etc. Et dans un article paru chez nos confrères du monde, Yann Libessart rappelle que, « Depuis l’indépendance haïtienne arrachée aux forces napoléoniennes par les esclaves de Saint-Domingue en 1804, Port-au-Prince a connu une croissance exponentielle déraisonnée, alimentée par des vagues successives d’exode rural. Des dizaines de bidonvilles bigarrés sont alors venus se greffer tout autour des quartiers huppés de la vieille ville, comme Pacot ou Pétionville. La moindre parcelle est exploitée, les constructions précaires s’enchevêtrent sur les flancs de collines, les terrains vagues, les zones industrielles, les plages. Dans ces sinistres faubourgs impénétrables, peuplés de centaines de milliers d’ombres, la terreur accompagne la misère, les plus forts font la loi. » Ce pays qui a reçu jusqu’au début des années 1890, la dernière vague d’esclaves envoyés d’Afrique est un dangereux mélange sociologique dans lequel la mayonnaise n’a jamais pris entre les Africains récemment débarqués et ceux dont les familles étaient là depuis un siècle ou plus. Entre magie noire, règlements de compte, Haïti, n’a jamais pu devenir une république. On se rappelle encore des actes barbares d’un autre monde, que même le Moyen Age n’a pas connu, commis par les Tonton Macoutes avant l’élection de l’homme d’église aujourd’hui réfugié en Afrique du sud, Jean Bertrand Aristide. Le règne sanglant des Duvalier, (père et fils) a fait oublier tout l’héritage laissé par la révolte des esclaves ; un symbole à l’époque. Ce qui a fait dire à une femme haïtienne hier devant l’ampleur du désastre, « on n’avait les sacrifices humains et les désastres politiques, maintenant, nous voila face au désastre sismique… Nous sommes maudits. »

ANARCHIE, DESORDRE, INCULTURE URBAINE…

L’enfer aux portes des grandes agglomérations. Vues d’Afrique, ces images choquent, mais ne font pas peur aux décideurs qui invoquent souvent la fatalité, en attendant la prochaine catastrophe chez les autres. Et pourtant, le continent et ses grandes villes sont aussi dans l’œil du cyclone. La mer avance partout, la terre est partout occupée. Et, il y a aussi des zones de turbulences volcaniques et sismiques. Les exemples ne manquent pas. Dakar, avec ses énormes inondations. Kinshasa, ville gigantesque connaît un des plus gros malaises dans son organisation en Afrique aggravée par l’anarchie, la fuite de la guerre qui a fini de multiplier les grands bidonvilles autour de l’agglomération kinoise. On peut citer encore les cas de la grande capitale kenyane, avec ses bidonvilles de Matare et Kibera. Les mauvais exemples reviennent encore quand on parle de l’Afrique du côté de Goma, Bukavu, Kalemie villes située au pied des volcans Nyiragongo et Nyamulagira parmi les plus actifs au monde. 

BUKAVU-GOMA-KALEMIE

La terre de feu. Nous sommes le 19 janvier 2002, Goma est encore secoué par terrible tremblement de terre. Goma, avec ses 700.000 habitants dont 450.000 déplacés des guerres, reste aujourd’hui une ruine d’elle même, désertée par sa population fuyant la coulée des laves du volcan Nyiragongo qui est entré en éruption dans la matinée du 16 janvier 2002. Trois mois avant l’éruption, les mêmes chercheurs ont encore lancé leur cri sans espoir aucun. Même les organismes humanitaires ont gardé sourd d’oreille et non pas voulu appuyer leur programme de surveillance, d’alerte et d’évacuation de la population en cas de besoin. Abandonné à lui-même, l’Observatoire du Centre de Recherche de IRSAC situé à Lwiro au Sud Kivu en face du volcan Nyiragongo, donne depuis longtemps l’image d’un parent pauvre : Pas de prise en charge de l’équipe de chercheurs;  Matériels de surveillance détruits par l’arrivée des réfugiés rwandais de 1994. Les chercheurs sont souvent contraints de descendre sur le cratère pour observer directement au lieu d’utiliser du matériel moderne dont les coûts n’étaient excessif au Rcd / Goma. 

Créé en 1995 par la Société civile du Nord Kivu, le Comité de Prévention des Calamités Naturelles, Cpcn, avait eu dans le temps et ceci en collaboration avec le Irsac/ Lwiro, à éduquer la population sur les attitudes à prendre en cas d’un tremblement de terre et d’une éruption volcanique, mais ses activités ont été sensiblement réduites fautes des moyens. Le Comité mis sur pied par le gouvernorat de Province du Nord-Kivu, il y a de cela deux ans, prétendait toujours n’être pas en mesure d’accompagner ou appuyer l’Observatoire arguant les difficultés des moyens financiers. Malgré le tremblement de terre d’une plus forte magnitude qui avait secoué la ville de Goma en date du 05.01.2002 et l’alerte encore une fois des chercheurs de l’Observatoire, les autorités de Goma sont restées de marbre à toutes leurs propositions. Et pourtant le cocktail était bien explosif à l’époque. Le volcan Nyiragongo était entré en éruption dans la matinée du 16 janvier 2002 sans attirer l’attention des autorités. La situation humanitaire devenait de plus en plus alarmante avec plus de 700.000 réfugiés au Rwanda et à Masisi. L’enclavement de tous les territoires occupés par le Rcd et leurs alliés avec comme conséquences des pénuries de première nécessité (médicaments, nourriture, etc.). La tension risque d’augmenter dans le territoire de Masisi où les conflits de terre s’observent avec les éleveurs qui viennent du Rwanda.

Les exemples récents datent de l’année 2008. Dimanche 3 février 2008 à 9 heures 30 locales ( 7 heures 30 Gmt) un tremblement de terre de 6 degrés sur l’échelle de Richter, a secoué la ville de Bukavu, dans le Sud-Kivu sans causer des dégâts énormes. Tout à côté de la localité de Bukavu, était annoncé un autre tremblement de terre conséquent au premier ressenti dans la ville de Goma, dans le Nord-Kivu, ce même dimanche à 10 heures locales (8 heures Gmt), selon Radio Okapi, la station de la Mission de l’Onu en Rdc (Monuc). Deux volcans dont celui de Nyiragongo sont actifs autour de la ville de Goma et sont à la base des tremblements de terre enregistrés dans la région. Ce même dimanche, 03 février 2008, alors que tous les yeux sont tournés vers l’après conférence pour voir si la paix, la sécurité et le développement projetés sont au rendez-vous, une catastrophe naturelle vient endeuiller la province du Sud-Kivu et la partie rwandaise voisine. Comme Haïti, le Congo est un vaste territoire ouvert aux séismes et catastrophes en tout genre. Toute cette partie du Kivu et lac Tanganyika est enserrée dans des zones de fractures collines, gorges et plaines se superposent. Une véritable terre de feu, d’eau et de contrastes. Quand il se produit un séisme, toute la population comprise entre Goma, Bukavu et aux abords de Kalemie est concernée et sous la peur. Pour dire encore que le séisme du 3 février 2008, a aussi été fortement ressenti du côté de Goma, mais aussi de Kalemie, ville située au bord du lac Tanganyika, dans la province du Katanga, a l’Est de la Rd. Congo, signalent les autorités administratives et humanitaires basées dans la région. Intervenu le 7 février, Kalemie a été la principale victime de ce nouveau séisme. La ville étant située près de l’épicentre du tremblement de terre de magnitude 6,8 qui s’est produit dans le Lac Tanganyika. Le bilan n’a pas été lourd et selon le personnel humanitaire et les autorités locales, il a fait un mort, trois blessés, et a détruit une dizaine de maisons. Dans ces zones démunies sans beaucoup d’équipement, un comité de pêcheurs a été mobilisé pour participer aux recherches car des gens menaient leurs activités habituelles sur le lac au moment du séisme, à 12h30, a ajouté M. Tshimanga.

Selon Michel Bonnardeaux, porte-parole d’Ocha, « Ocha et la Monuc, continuent de sensibiliser les populations pour qu’elles se tiennent à l’écart des maisons qui ont subi des dommages et qui présentent de fissures. » Dans ce genre de catastrophe, note Célestin Kasereka Mahinda, responsable de l’Observatoire volcanique de Goma, « les secousses ont été ressenties à Kabalo, dans la province du Katanga, mais aussi à Lodja dans le Kasai-Oriental, à Goma dans le Nord-Kivu, et même en Tanzanie. » Pour dire que la zone est très instable. Selon Mohamed Mhita, directeur général de l’Agence météorologique de Tanzanie, un pays qui partage le lac avec le Burundi et la Zambie, « il est fréquent que les tremblements de terre touchent au moins neuf régions du pays : Dar es Salaam, Kigoma, Rukwa, Kagera, Mwanza, Shinyanga, Tabora, Mbeya et Tanga. » Côté urbanisme, les relations avec ce genre d’évènements malheureux sont très sensibles. Ce qui fait dire à Abraham Marress, Président du Conseil de l’Ordre des architectes tanzaniens « qu’aucune des régions n’était pas préparé aux tremblements de terre car nombre d’immeubles n’étaient pas conformes aux normes de constructions. Beaucoup d’immeubles ne sont pas sûrs du tout ; certains sont construits sans le concours d’architectes qualifiés ».

Des alertes sans réponses

Un communiqué publié par le Pnud a tenu préparer les autorités à la recrudescence de ce genre de catastrophes au niveau du Kivu et du lac Tanganyika. Pour rassurer la population, l’unité de gestion des risques volcaniques mise en place par le Pnud avertissait que : " C’est la conséquence de la relaxation de contraintes importantes de la croûte terrestre au niveau de la branche occidentale du rift est-africain. Quoique ce séisme majeur soit suivi de répliques nombreuses, le même communiqué de signaler néanmoins, « qu’il est extrêmement peu vraisemblable qu’un fort séisme se produise dans la région avant longtemps, les contraintes existantes ayant été résolues par le choc principal. » Mais, la population supposée rassurée par ces précisions doit savoir, ajoute le même communiqué, que " dans l’état actuel de la recherche scientifique, et ce dans n’importe quel pays du monde ou quels que soient les crédits affectés, il est impossible de faire une prévision d’un futur tremblement de terre. » En voilà pour le commentaire.

Lorsque l’équipe dépêchée par l’Observatoire Volcanologique de Goma (OVG) arrive à Bukavu au lendemain de la catastrophe, sa première déclaration a été faite dans le but d’interpeller les sinistrés : " Il ne faut pas continuer à construire les maisons en étage de n’importe quelle manière, surtout comme vous en avez l’habitude ici. Il faut associer les experts, de bons ingénieurs ; respecter ne fût-ce que les petites notions parasismiques ", s’écrie Dieudonné Wafula, expert congolais en gestion des risques naturels. Pour lui, le séisme qui vient de frapper Bukavu était prévisible. D’après son intervention sur la radio onusienne Okapi : " Nous nous retrouvons ici dans une région où la cassure des rifts est dominante. Depuis 1997, nous avons parlé des tremblements de terre qui étaient déjà ressentis il y a dix ans, ici au niveau de la ville de Bukavu. Nous avions en ce moment-là parlé de réactivation sismique du bassin du lac Kivu. Cela doit nous interpeller. " Apparemment, cet appel n’aurait pas interpellé grand monde. Les responsables en Afrique semblent encore peu réceptifs de ce genre de discours. A Bukavu, c’est seulement lorsque l’autorité urbaine a appelé chacune et chacun à s’éloigner de 20 à 200m de ses bâtiments qu’elle s’est rendu compte de l’incongruité de cette mesure. En effet, le moindre centimètre vide de cette ville est depuis offert à l’habitat spontané avec toutes les autorisations officielles nécessaires accordées par les services étatiques habilités à le faire. Le séisme n’a eu qu’à secouer un peu et le pire était là. Un cas qui configure aujourd’hui assez bien la situation à Port-Aux Princes. Laissé à la générosité des subventions du Programme des Nations Unies pour le Développement (Pnud), l’Observatoire Volcanologique de Goma (Ovg), construit par les Japonais, ne fonctionne encore que sous la perfusion des miettes qui tombaient de l’institution onusienne, déplorent les sismologues congolais et de la région des Grands lacs.

De ce fait, les avis des scientifiques congolais ont été reçus par les politiques comme des demandes d’emploi superflus. Belle méprise. On a beau parcourir dans tous les sens le document du budget provincial, il n’est nulle part fait mention d’une dépense quelconque pour prévenir le risque bien réel d’un tremblement de terre ou d’une éruption volcanique pour une ville comme Goma implantée au pied d’un volcan (22 km du centre) qui ne se prive pas de piquer assez régulièrement ses colères incendiaires. Les médias signalent l’exécution de plusieurs expériences malheureuses sont là pour montrer qu’il ne faudrait pas trop compter sur le pouvoir pour s’occuper du quotidien des populations, c’est donc sur une conscientisation des citoyens sur leur rôle dans les revendications en leur faveur qu’il faut s’appuyer pour faire pression sur les dirigeants et les amener à changer leurs pratiques du pouvoir. Le tremblement de terre doit désormais remonter par les pieds des autorités pour faire trembler leurs tripes chaque fois qu’une catastrophe survient et que le défaut de prévoyance peut leur être clairement imputable.

SECURITE URBAINE ET GESTION DES CATASTROPHES Nairobi se penche sur Kibera

Connue comme un complexe urbain sans fin, Nairobi la capitale du Kenya, ne connaît pas encore de séisme du genre de celui qui est arrivé à Port-aux Princes, mais est aussi une ville exposée. Il compte à ce jour, le deuxième plus grand bidonville d’Afrique : Kibera. Dans cette vaste mégapole, située un peu plus au nord de vaste zone de fracture située au niveau des grands lacs, toute la terre et d’anciens lacs sont occupés. KIbera et Mataré autre bidonville situé au dessous d’une ligne de chemin de fer et sous un ravin souvent rempli d’eau, sont des exemples à ne pas reproduire. Au début de novembre, un groupe d’explorateurs se sont mis à représenter un endroit vide sur une carte d’Afrique. Douze jeunes équipés d’appareils du système de positionnement global (GPS) ont fait le tour du bidonville de Kibera. Ces adolescents travaillent avec une organisation appelée « OpenStreetMap » pour créer une carte publique de leur quartier, à sept kilomètres au sud-ouest du centre-ville. C’est la deuxième plus grande installation informelle en Afrique, après le township de Soweto en Afrique du Sud. Le programme des Nations Unies pour les établissements humains (Onu-Habitat) estime sa population entre 500.000 et 700.000 habitants, avec une densité de plus de 2.000 personnes par hectare. Cette installation est divisée en 10 villages : Lindi, Soweto (est et ouest), Makina, Kianda, Mashimoni, Gatuikira, Kisumu Ndogo, Laini Saba et Siranga. En dépit du fait qu’il abrite environ un million de personnes, Kibera, une zone densément peuplée, reste un endroit vide sur la carte du Kenya. La région manque de services de base comme les toilettes et l’eau courante. Ses modes de trafic et ses plans immobiliers restent largement invisibles au monde extérieur, et aux habitants eux-mêmes", explique Mikel Maron de « OpenStreetMap ». "Bien que beaucoup d’organisations aient collecté des données sur Kibera, ces informations ne sont pas encore partagées comme étant une ressource à utiliser par tous. Cartographier Kibera devrait combler ce vide en produisant gratuitement des données cartographiques numériques de source ouverte, en utilisant les techniques de « OpenStreetMap », une carte du monde éditée par l’utilisateur. » Ces informations peuvent être facilement obtenues et utilisées par des organisations non gouvernementales et des entreprises privées et publiques qui travaillent dans la région.

Ces jeunes cartographes ont participé à un atelier de deux jours sur les systèmes d’information géographique (SIG) avant de se mettre à cartographier les points de repère importants au sein des installations. Ces images seront ensuite scannées et mises dans le SIG, et placées plus tard sur Internet et rendues disponibles pour tout le monde. Ils ne sont pas des géomètres qualifiés, mais des jeunes ordinaires qui ont appris à utiliser la technologie GPS. Les organisations partenaires de l’industrie de la technologie aideront à former et établir un réseau de contacts avec la communauté de Kibera sur le projet. Maron affirme que la carte indiquera les points de repère tels que les églises et les mosquées, les écoles, les entreprises, les restaurants, les locaux des organisations travaillant dans la région et les bureaux administratifs publics. Il dit que le projet ne vise pas à recueillir des données démographiques, mais plutôt à consolider les informations sur l’infrastructure publique. "On sait très peu sur ce qui se passe exactement dans les différents villages. En effet, les gens à Kibera peuvent ne pas être au courant de toutes les installations disponibles, telles que les centres de santé et les organisations caritatives. Les informations que nous consoliderons aideront ceux qui veulent accéder à Kibera à savoir exactement là où se trouve une place particulière, et le type de service qu’ils offrent. » Le projet est piloté par l’équipe humanitaire de ’OpenStreetMap’ en collaboration avec « JumpStart International », et d’autres partenaires dont « Jubal Harpster » de « WhereCampAfrica », le Réseau de développement social, « Pamoja Trust », « Hands on Kenya » et « Carolina for Kibera ». Pour rappel « OpenStreetMap » crée des cartes du monde entier pouvant être gratuitement éditées, qui fournissent des données géographiques à toute personne qui les désire. Les cartes sont placées sur Internet et peuvent être éditées par n’importe qui pour fournir des informations supplémentaires. "Avec ce genre de connaissances, il sera possible de parler d’un point de vue éclairé concernant la planification de la zone en termes d’infrastructures. Par exemple, nous pouvons indiquer combien de centres de santé sont disponibles, là où ils se trouvent et ce qui doit être ajouté", explique Mikel Maron.

Sources : Institut rwandais de presse, Ips Hebdo, Institut Interculturel dans la Région des Grands Lacs

Cette semaine
France

Voile intégral : le casse-tête d'une interdiction générale
Cécilia Gabizon et le Figaro
«On ne peut pas imposer la dignité contre la liberté», estime le professeur de droit public Denys de Bechillon devant la mission parlementaire sur le voile intégral.

Ulcérés par le sort de ces femmes ensevelies sous une toile noire, beaucoup de députés souhaitaient au printemps dernier interdire ce vêtement au nom des droits de l'homme. Mais, très vite, le paradoxe de la burqa en Occident a éclaté : la plupart sont des emmurées volontaires. Sur les quelque 1.900 femmes portant le voile intégral selon les services de renseignement, les trois quarts seraient françaises et 25%, converties. Cette sociologie, jusqu'alors méconnue, a fragilisé les fondements d'une loi sur la dignité de la femme. «On ne peut pas imposer la dignité contre la liberté», a ainsi estimé le professeur de droit public Denys de Bechillon devant la mission parlementaire sur le voile intégral.

Les partisans de l'interdiction ont alors évoqué des considérations sécuritaires ou d'ordre public. Certains à contrecœur, comme le député PS Jean Glavany, qui trouve qu'une loi basée sur la sécurité serait «hypocrite », même s'«il existe de vrais problèmes d'identification». Le voile intégral, en dissimulant le visage, met en échec la vidéosurveillance qui se développe dans les villes et pose également des problèmes dans les banques ou les administrations. Cependant, si chacun doit «faire état de son identité à la demande des forces de l'ordre, les individus ne sont pas dans un état de contrôle permanent », a mis en garde le conseiller d'état Rémy Schwartz, interrogé par la mission parlementaire. «C'est pourquoi je ne suis pas sûr que la sécurité soit le meilleur argument», a souligné le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, lors de son intervention devant les députés.

Application complexe
Le président du groupe UMP à l'Assemblée, Jean-François Copé, semble vouloir invoquer la sécurité et le trouble à l'ordre public, une notion plus large, qui englobe les mœurs. «En France, on cache son sexe et on montre son visage», résume le professeur de droit public Guy Carcassonne. «Lorsque quelqu'un me cache son visage parce qu'il me juge indigne de le voir, il me ­porte tort», avait développé le juriste devant la mission. C'est au nom de ce trouble qu'il propose d'interdire tout ce qui masque le visage sur la voie publique, avec des sanctions légères et une application de bon sens. Cet énoncé simple qui sécularise la question, puisque cette fois ce ne sont plus seulement les femmes portant le voile intégral qui seront visées, mais également les cagoules utilisées par les extrémistes de toute obédience, a emporté la conviction d'une partie des membres de la mission parlementaire, dont les députés UMP chargés de cette question. Guy Carcassonne assure que la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH) pourra difficilement démontrer que «se balader masqué est un droit fondamental».

Des doutes persistent cependant sur le sort d'un interdit général. Une prohibition constante, qui restreint la liberté personnelle et la liberté religieuse doit être justifiée par un trouble majeur.

Enfin, son application s'avère complexe. Dans la rue, «faudra-t-il une patrouille anti-burqa ?» avaient ironisé des opposants à la loi, devant la mission. Les partisans de la loi, à l'UMP, veulent croire que la prohibition finira, après une période de médiation, par raisonner ces femmes. Les récalcitrantes seraient soumises à une amende. Mais «faudra-t-il sanctionner la femme qui porte ce voile, avait interrogé Brice Hortefeux, ou l'homme qui l'y contraint, si tel est le cas ?» «Nous n'avons pas le droit à l'erreur», a estimé le ministre. Pour éviter revers juridiques ou provocations sans sanction, il préférerait s'en tenir à l'interdit dans les lieux de services publics, plus facile à justifier et à mettre en œuvre.

 
politique

Barack Obama est-il au niveau?
Patrice de Méritens
 «Il n'a aucune stratégie, aucune vision de la place de l'Amérique dans le monde», dit Yves Roucaute. «Il n'est pas un faiseur de miracles, laissons-lui du temps et aidons-le!» lui répond Nicole Bacharan.
Patrice de Méritens avec Le Figaro Magazine/Au vu d'un bilan assez mince, et malgré l'hom mage de son prix Nobel, diriez-vous que Barack Obama est resté un amateur ?
Le Figaro Magazine - Au vu d'un bilan assez mince, et malgré l'hom mage de son prix Nobel, diriez-vous que Barack Obama est resté un amateur ?

Yves Roucaute - Aristote affirmait que la politique n'est pas une science mais un art, et que, pour bien l'exercer, il faut de l'expérience. C'est le problème d'Obama, qui en manque et qui n'a pas de vision stratégique. Son élection a été fondée sur un discours démagogique proclamant « tout est possible », jouant sur le renouveau, la jeunesse, la couleur de peau, déclenchant un phénomène d'engouement national puis international. Il est généreux, séduisant, certainement charmant, mais s'il n'avait été métissé, il n'aurait pas été élu sur son seul programme. C'est Hillary Clinton qui serait présidente. L'obamania s'estompe maintenant, sans doute aidée par le grotesque de ce prix Nobel. L'inconsistance d'Obama s'impose. 

Nicole Bacharan - Inconsistance ou pragmatisme ? On a reproché leur manque d'expérience à presque tous les prédécesseurs d'Obama, particulièrement en politique internationale : George W. Bush, Bill Clinton, Jimmy Carter et même Ronald Reagan. Obama a fait une magnifique campagne, suscitant un espoir légitime, mais, comme toute campagne, sans reality check, sans l'épreuve de la réalité. L'y voici désormais. Il y révèle un tempérament assez cérébral et distant qui déçoit en partie les électeurs qui ont porté sur lui tant d'affects. Sa méthode surprend parce qu'elle est diamétralement opposée à celle de son prédécesseur : il prend son temps, écoute les points de vue divergents, fait beaucoup de pédagogie et de communication, cherche le compromis. C'est une méthode naturellement lente, et il est encore trop tôt pour juger de son efficacité. 

Yves Roucaute - C'est vrai, mais le compromis a ses limites. Gouverner, c'est avoir le courage de sauter les obstacles, pas de les refuser. Ses « mains tendues » sont naïves, à l'Iran par exemple. Jimmy Carter est resté dans cet infantilisme et il n'a jamais été un bon président. Ronald Reagan, lui, était un stratège. Dès le départ, il savait ce qu'il voulait : détruire l'Union soviétique et libéraliser. A peine élu, avec le 11 Septembre, George W. Bush a dû choisir une stratégie globale. Le problème d'Obama, c'est la démagogie. Il faut l'oser pour clamer sans sourciller «Yes, we can !» En vérité, Barack Obama, c'est « Mr. Can't ». Parce qu'il y a des invariants inhérents à la puissance américaine. D'ailleurs, pour se valoriser, il doit mentir sur la politique de Bush. Dans son discours du Caire, il dit : «Nous, Américains, allons enfin marquer de l'intérêt et du respect pour les musulmans.» George W. Bush anti-musulman ? C'est absurde, depuis son projet de grand Orient avec son ami le roi du Maroc jusqu'au soutien des Etats du Golfe, de l'Egypte, de la Jordanie, de l'Irak ou de l'Afghanistan, et il favorisait même l'adhésion des Turcs à l'Union européenne. Obama devait tout changer, c'était le slogan majeur de sa campagne. Mais on ne peut pas abandonner brusquement l'Irak, ni lâcher Israël, ni déserter l'Afghanistan. Fermer Guantanamo ? Il faut bien mettre les prisonniers pris les armes à la main quelque part. En vérité, he can't. 

Nicole Bacharan - Imagine-t-on un homme politique faisant une campagne électorale sur le thème de l'impuissance ? «Yes, we can !» signifiait d'abord : « Oui, nous pouvons élire un Noir à la présidence », colossale évolution dans un pays qui a connu deux siècles d'esclavage et cent ans de ségrégation. Les Etats-Unis et une bonne partie du monde se sont identifiés à cette capacité de changement. Au bout d'un an de mandat, «Yes, we can !» a rempli certaines attentes : le système bancaire a tenu, du moins jusqu'à présent ; la croissance repart aux alentours de 3 %. La réforme du système de santé, elle, sera peut-être moins ample que ne le souhaitait le candidat Obama, mais elle marquera un tournant historique. Sur le plan international, c'est une autre histoire : Obama a ouvert tous les chantiers, mais, c'est vrai, sans guère de résultats. Là encore, il applique sa méthode et pratique le soft power, un cocktail de diplomatie et d'ouverture culturelle. Il tente de tendre la main aux populations du Moyen-Orient qui restent partagées entre la fascination pour l'Amérique - l'envie d'immigrer n'a pas faibli - et la haine anti-américaine héritée de la période Bush (quelles qu'aient été les intentions véritables de George Bush, la guerre d'Irak a bien été perçue comme anti-musulmane). Mais, quand il a parlé dans son discours du Caire du «droit des femmes à se voiler», j'aurais préféré qu'il insiste sur le droit des femmes à ne pas se voiler. Reconnaissons que, dans le même discours, il a aussi affirmé clairement la réalité de l'holocauste - une vérité que l'on n'entend jamais dans cette partie du monde. Il reste qu'Obama a peu d'influence sur ses vrais interlocuteurs, des régimes autoritaires qui n'ont rien à gagner à s'ouvrir au pluralisme. Il n'a pas les moyens, pour l'instant, d'imposer un changement de cap au Hezbollah, au Hamas, encore moins à l'Iran. Et même pas à la Syrie ou à Benyamin Netanyahou. Les pays arabes, mais aussi la Russie, voient les Etats-Unis affaiblis, en pleine crise économique, empêtrés dans deux guerres, et ils considèrent les tentatives d'ouverture d'Obama comme de la faiblesse. L'Amérique ne fait plus peur. Ce qui n'est pas forcément une bonne chose. 

Yves Roucaute - Et nous revoici devant la question de la méthode. Toutes les chancelleries des pays musulmans, Syrie et Iran compris, se sont secrètement réjouies de l'intervention en Irak qui les déstabilisait. Obama, lui, craint de déplaire. Pour être applaudi, il a prétendu que George W. Bush ne savait pas s'y prendre. Avec le Hamas, le Hezbollah ou l'Iran, «moi, je veux leur tendre la main !» a-t-il dit. «Tendre la main, d'accord, répondent-ils, mais vous nous laissez caraméliser Israël ou pas?» On a un vrai problème Obama : il manque de charpente. Aucune stratégie, aucune vision de la place de l'Amérique. C'était flagrant dans son attitude courbée face à l'empereur du Japon ou dans sa monumentale bourde avec l'Inde. Pour la défense des droits de l'homme ou la misère en Afrique, il n'est jamais en première ligne. Pas un mot à propos du dalaï-lama lors de son voyage en Chine. Exactement le contraire de ce qu'avait fait Bush. Agir, trancher, risquer sa popularité, il ne sait pas. Lors de la crise financière, c'est Nicolas Sarkozy qui s'est retrouvé en pointe au G20, pas Obama. Encore Nicolas Sarkozy avec Lula sur les questions d'écologie malgré les promesses d'Obama. Obama se désintéresse même de l'Union européenne. Son absence de Berlin lors de la commémoration de la chute du Mur est symbolique, car cette chute n'est pas l'effet d'une main tendue mais d'un bras de fer où Jean-Paul II et Reagan ont gagné en refusant tout compromis sur les valeurs. Il est temps pour « Mr. Can't » de retrouver le sens de la politique plutôt que celui du spectacle et de renouer avec les fondamentaux américains. 

Nicole Bacharan - Difficile pour Obama de prendre l'initiative sur l'économie quand son pays est en grande partie à l'origine de la crise. Sur l'environnement, le Congrès ne le suit guère. L'expression « l'homme le plus puissant du monde » est trompeuse. Le président américain a moins de latitude qu'un président français. Le système institutionnel américain est extraordinairement lourd, sans cesse bloqué par les contre-pouvoirs. Obama n'est pas un faiseur de miracles, laissons-lui du temps ! Son mandat sera jugé sur l'état de l'économie et sur l'évolution de la guerre en Afghanistan. Ce que l'on peut attendre de lui, c'est qu'il trouve le bon équilibre entre main tendue et exercice de la puissance. Il vient de prendre la décision d'envoyer de nouvelles troupes en Afgha nistan. La guerre n'est pas populaire, mais les Américains semblent encore faire confiance à leur président. En sera-t-il de même avec ses alliés ? Le suivront-ils ? Si l'on veut qu'Obama soit fort, alors aidons-le ! 

Lecture
Kossi Efoui : Une oeuvre inclassable
Afriscope

Le dernier numéro d'Afriscope vient de paraître. Au sommaire : •Nouara Naghouche, one-woman-choc ! Citoyenneté : •On s’bouge : Villiers-le-Bel fusionne ses mémoires / Malika Makhoukhi et Fatima Kouider, tandem gagnant à Cenon !; •Nos Droits : Salariés sans-papiers : du nouveau dans leur régularisation ?; •Des hauts et débats : Mamadou M’Baye : « Être français, c’est être moi ! » Culture : •Musique : Pytshens Kambilo, sur les marches du succès; •Cinéma : Les Secrets de Raja Amari; •Danse : Gladys Foggéa, la danse au-delà du handicap et •Théâtre : Kossi Efoui, une œuvre inclassable.

Revoilà Kossi Efoui sur le devant de la scène littéraire ! Son dernier roman, Solo d’un revenant, a remporté le prestigieux Prix Tropiques 2009. Les 12 et 13 février prochains, son théâtre fait l’objet d’un colloque au musée Dapper à Paris. Une occasion à ne pas manquer pour plonger dans l’œuvre déroutante de det enfant terrible de la littérature francophone. Il y a vingt ans Kossi Efoui, jeune philosophe et opposant politique togolais, remportait le prix interafricain de Radio France Internationale avec Le Carrefour, une pièce déconcertante pour le public occidental qui s’était forgé une certaine idée des canons de l’esthétique théâtrale africaine et de sa dramaturgie exotique et musicale. C’est le début d’une longue carrière, durant laquelle Kossi Efoui, depuis la France où il s’est installé, ne cessera de dénoncer l’acharnement de la barbarie et l’injustice des sociétés dictatoriales à travers l’errance de personnages déracinés. Pour beaucoup de critiques, le théâtre de Kossi Efoui reste encore aujourd’hui un Ovni : non identifiable mais surtout non classifiable. Il faut dire que son œuvre travaille justement sur l’insaisissable, la frontière entre le vrai et le faux, l’illusion que nos sens nous imposent.

Un théâtre qui se joue des masques

Le théâtre de Kossi Efoui propose une réflexion sur nos sociétés actuelles : l’immigration, l’altérité, l’exode, le retour au pays... des thématiques qu’il explore à travers un processus d’écriture original. Tel un jazzman, Efoui s’amuse, d’après un canevas dramatique identique, à réécrire, rejouer, ré-imaginer ses textes. Tout y est en mouvement, en projections, à l’image que l’auteur se fait de l’humanité : une humanité éphémère, qui ne peut se penser qu’en devenir, qu’en évolution, qu’en tâtonnement… en correction. « Je ne suis pas dans une quête identitaire. Ce qui m’intéresse c’est de jouer avec toutes les figures possibles et imaginables de l’identité parce que je pense que les territoires de l’identité sont une scène de théâtre. [...] Il semble que les hommes ne soient pas encore prêts à faire des choix de civilisation qui n’intègrent pas la perception qu’ils ont d’eux-mêmes et celle qu’ils voudraient que les autres aient d’eux-mêmes. »…Une belle réponse au débat qui agite la France en ce moment… et une œuvre passionnante à (re)découvrir d’urgence !

Afriscope est un magazine culturel et citoyen; un gratuit bimestriel de 32 pages édité par la rédaction parisienne d’Africultures. D’un tirage de 50 000 exemplaires, Afriscope, entièrement en quadrichromie dans une maquette originale et très visuelle, est dans un premier temps bimestriel et distribué dans la Région Ile de France.Pour s'abonner, envoyez un simple message à : Rédaction d'Africultures, 26110 Les Pilles, France.
 
 
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Femmes du Congo-Kinshasa. Défis, acquis et visibilité de genre
de Cikuru Batumike. 
Collection : Etudes africaines. Editions L'Harmattan, mai 2009, Paris. Poids : 120 g 100 pages. ISBN : 978-2-296-07779-9. Prix public TTC : 11,00 EUR; frais de port et emballage : 1,50 EUR pour la Suisse. Réservez votre exemplaire auprès de l'auteur : cikurubatumike@hotmail.com ou par un simple courriel aux Editions l'Harmattan, service de diffusion : presse.harmattan5@wanadoo.fr

Lettres...
Les correspondances entre deux personnes aux origines culturelles éloignées, en terme géographique, se suivent mais ne se ressemblent pas. Les lettres de Marie Ito et de Cikuru Batumike, réunies ici, gardent un ton original. Au lieu d’être une perception née d’un choc de cultures, elles révèlent un échange qui ne se limite pas au seul cadre des référents culturels. 
Lettres à (de) l’amie qui me veut du bien, Nb de pages : 88, aux Editions Baudelaire, avril 2009. ISBN : 9782355081170 Achat par correspondance : 13 € + 3 € de port.
Destin
Les dernières heures d'Albert Camus
Par Jérôme Dupuis

Alors qu'on célébre le cinquantenaire de la mort de l'écrivain et après la polémique sur son éventuelle entrée au Panthéon, retour sur les circonstances de l'accident qui a coûté la vie à l'auteur de L'Etranger.

"A la semaine prochaine, monsieur Camus !" Suzanne Ginoux n'a jamais pu oublier la dernière phrase qu'elle a lancée au célèbre romancier au moment où il prenait place dans cette Facel Vega qui allait être son tombeau. C'était le 3 janvier 1960 au matin, dans une petite rue de Lourmarin, ce village ocre du Vaucluse où l'écrivain s'était installé deux ans plus tôt. La fidèle gouvernante du prix Nobel de littérature - que nous avions rencontrée en 2005, peu avant sa mort - se souvenait aussi parfaitement de la réponse de l'auteur de La Peste, au moment où l'élégant coupé sport démarrait pour Paris : "Oui, Suzanne, je fuis l'épidémie de grippe ! A dans huit jours !" Ni dans huit jours ni jamais. A peine vingt-quatre heures plus tard, "monsieur Camus" meurt dans le plus célèbre accident de voiture des lettres françaises. A 13 h 55, ce 4 janvier 1960, les 355 chevaux de la Facel Vega percutent violemment un platane le long de la nationale 5, un peu au sud de Fontainebleau. Albert Camus, 46 ans, meurt sur le coup. C'était il y a cinquante ans, tout juste.

Retour à Lourmarin. A quoi sert le prix Nobel de littérature ? A s'acheter une belle maison dans le Lubéron. Grâce au chèque de l'académie de Stockholm, reçu en 1957, Camus devient propriétaire d'une ancienne magnanerie, ces fermes où l'on élevait des vers à soie, dans la Grand-Rue - aujourd'hui rebaptisée rue Albert-Camus. Loin du ballet protocolaire du Nobel, des polémiques avec Sartre et des intrigues de couloirs de la maison Gallimard, l'auteur de L'Etranger revit dans ce pays de soleil et de vignes, qui lui rappelle son Algérie natale. On le croise régulièrement au bord du terrain de foot, encourageant la Jeunesse sportive lourmarinoise, ou à la terrasse du café Ollier. Comme en paix avec lui-même. "J'y ai passé quelques semaines en juillet 1959, se souvient sa fille Catherine, qui avait 14 ans à l'époque et publie ces jours-ci un somptueux livre illustré sur son père. Il était dans son élément, en adéquation avec ce ciel, cette terre. Il s'y déplaçait avec le naturel d'un chat."

Qui est le Camus de cette fin 1959 ? "On a parfois laissé entendre que c'était un auteur "fini", mais c'est totalement faux, s'insurge Jeanyves Guérin, maître d'oeuvre de l'excellent Dictionnaire Albert Camus, qui vient de paraître dans la collection Bouquins. Il travaillait au Premier Homme, ce chef-d'oeuvre sur l'Algérie, qui ne sera publié que bien plus tard, et on sait aujourd'hui que Malraux s'apprêtait à lui confier les clefs d'un grand théâtre public, l'Athénée ou le Récamier." Parmi les papiers retrouvés après sa mort, on découvrira un horoscope, que l'écrivain avait découpé et sur lequel on pouvait lire : "L'oeuvre donnant l'immortalité se situe entre 1960 et 1965." Justement, Noël 1959 approche. Son épouse Francine et leurs deux enfants, les jumeaux Catherine et Jean, le rejoignent à Lourmarin pour les vacances. On réveillonne joyeusement - 13 desserts au menu... - et on ouvre les paquets. "Il m'a offert une montre, car avec lui il fallait toujours que les cadeaux soient utiles", en sourit encore Catherine. Le 2 janvier, femme et enfants prennent le train du retour, en Avignon. On sait aujourd'hui, tragique flash-back du destin, qu'Albert Camus devait lui aussi rentrer par le chemin de fer, deux jours plus tard, en compagnie de son ami René Char. Il avait même déjà acheté son billet. Il ne s'en servira jamais.

Car entre-temps sont arrivés à Lourmarin - au volant d'une Facel Vega... - Michel et Janine Gallimard, accompagnés de leur fille Anne et de leur chien Floc. Le neveu de Gaston Gallimard et son épouse sont des intimes de Camus. Michel, qui dirige la célèbre collection La Pléiade, est tuberculeux, comme Albert, ce qui crée un lien invisible entre eux. Janine, elle, était la secrétaire du comité de lecture de la maison Gallimard, le jour de 1941 où L'Etranger fut accepté dans l'enthousiasme général. En 1953, déjà, l'écrivain était remonté du Midi à Paris dans leur voiture, par ces mêmes routes qui allaient leur être fatales...Car, c'est entendu, Albert Camus rentrera dans la Facel Vega de ses amis. Le 3 janvier au matin, le romancier glisse donc dans sa serviette noire à soufflets son passeport, quelques photographies, le manuscrit du Premier Homme, un exemplaire du Gai Savoir, de Nietzsche, et une édition scolaire d'Othello. On fait un dernier plein à la station Shell du village et le garagiste en profite pour se faire dédicacer son exemplaire de L'Etranger : "A monsieur Baumas, qui contribue à me faire revenir souvent dans le beau Lourmarin", écrit Camus... Puis ce sont les adieux à la fidèle Suzanne Ginoux. Tout le monde - Michel, au volant, Janine, Anne, Camus et Floc - grimpe dans la voiture. Oui, à dans huit jours...

Nationale 7, déjeuner à Orange, puis remontée vers la Bourgogne, discussions animées sur les velléités théâtrales d'Anne Gallimard, encouragées par Camus, nationale 6 et, enfin, halte pour la nuit au Chapon fin, deux étoiles au Michelin, à Thoissey, un peu avant Mâcon. Le dîner est joyeux : on célèbre les 18 ans d'Anne Gallimard. Au matin du 4 janvier, on repart tranquillement vers Paris. Bien qu'il aimât les puissantes voitures de sport, Michel Gallimard n'était pas, comme on l'a parfois laissé entendre, un "fou du volant". Il goûtait la mécanique et roulait beaucoup. Tout juste son ami Albert devait-il parfois le tempérer d'un : "Eh, petit, on n'est pas pressés", comme le confiera Janine Gallimard au biographe de Camus, Herbert R. Lottman.

Les amis s'arrêtent à Sens pour un bref déjeuner à l'hôtel de Paris et de la Poste. Puis c'est la nationale 5 jusqu'à Paris (autre signe du destin, la construction de l'autoroute du Sud, qui aurait peut-être pu éviter le drame, commencera cette même année 1960...), Camus est assis sur le siège passager, sans ceinture de sécurité (non obligatoire à l'époque), les deux femmes à l'arrière. La voiture vient de passer Champigny-sur-Yonne et aborde une longue ligne droite bordée de platanes. Que s'est-il exactement produit à cet instant ? La Facel Vega sort de la route, frappe de plein fouet un premier arbre puis rebondit 13 mètres plus loin sur un second platane, autour duquel le châssis s'enroule. Les débris de la voiture, littéralement coupée en deux, sont éparpillés sur des dizaines de mètres, comme en témoigne une saisissante bande d'actualités tournée peu après et visible sur le site de l'INA. Les gendarmes, qui penchent pour un pneu éclaté et, sans doute, une vitesse excessive, relèvent une trace de 63 mètres de long. On n'a, semble-t-il, signalé aucun autre véhicule ni obstacle imprévu à proximité du drame.

La tête d'Albert Camus est passée à travers le pare-brise arrière. Il est mort sur le coup, selon le médecin qui l'examina. L'écrivain Emmanuel Roblès, qui veillera le corps cette nuit-là à la mairie toute proche de Villeblevin, dira : "Sous la lumière d'une lampe nue, il avait le visage d'un dormeur très las." Michel Gallimard, qui souffre notamment d'un éclatement de la rate, saigne abondamment. Il est transporté d'urgence dans un hôpital, mais mourra six jours plus tard. Les deux femmes sont miraculeusement indemnes. Le chien a disparu. Des décombres, maculée de boue, on extrait la serviette d'Albert Camus. A l'intérieur, donc, les 144 feuillets du Premier Homme. Ce chef-d'oeuvre, sur sa mère, sur son Algérie natale, ne paraîtra que bien plus tard, en 1994. Pour tous les amoureux de Camus, le choc provoqué par ce dernier livre sera immense. Avec lui, l'écrivain accède encore un peu plus à l'immortalité. Son horoscope ne s'était pas trompé.
 

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