Au fil de l'actualité
Enquête
Pourquoi le monde gaspille autant
de nourriture
quand les pays pauvres trinquent...
Nourriture jetée, récoltes perdues... enquête
sur le grand gâchis alimentaire
Les pays développés gaspillent jusqu'à 40 % de
l'alimentation disponible. Et si, au lieu de chercher à augmenter
la production agricole pour nourrir le monde, les hommes commençaient
par cesser de gaspiller la nourriture ? Une étude, parue dans la
revue scientifique PLOS One de novembre, démontre que, chaque année,
40 % de l'alimentation disponible aux Etats-Unis est jetée. Ce gâchis
entraîne la dilapidation d'un quart de l'eau douce consommée
annuellement dans le pays (utilisée pour produire ces aliments)
et de l'équivalent en énergie de 300 millions de barils de
pétrole par an. Ces données confirment des estimations antérieures
du gaspillage alimentaire dans les pays développés, évalué
de 30 % à 40 % des denrées. Le phénomène touche
également les pays en développement. Les chiffres sont discutés,
mais les pertes atteindraient entre 10 % et 60 % des récoltes, en
fonction des produits agricoles. « La pensée dominante veut
que pour répondre au doublement de la demande alimentaire dans les
décennies à venir, il faut augmenter la production, affirme
Jan Lundqvist, directeur du comité scientifique du Stockholm International
Water Institute (SIWI). Il serait plus rationnel de chercher d'abord à
réduire le gaspillage. Celui-ci conduit à une dilapidation
de ressources qui se font de plus en plus rares, notamment l'eau. »
Pour aboutir à leur estimation du gaspillage outre-Atlantique,
des physiologistes de l'Institut national de la santé américain
ont calculé la différence entre les quantités de nourriture
disponibles dans le pays et la consommation des habitants, estimée
à partir de l'évolution de leur poids moyen. Résultat
: en 1970, chaque Américain absorbait en moyenne 2 100 calories
par jour, tandis que la nourriture disponible par personne équivalait
à 3 000 calories. Aujourd'hui, ces chiffres atteignent respectivement
2 300 et 3 800 calories. Dans l'intervalle, le poids moyen a augmenté
de 10 kg. « La différence entre les deux chiffres correspond
aux quantités jetées, explique Kevin Hall, responsable de
l'étude. Elles s'élevaient à un peu moins de 30 %
de l'alimentation disponible en 1970, contre 40 % aujourd'hui. »
Dans les pays riches, l'essentiel des pertes a lieu « en bout de
chaîne ». La distribution rejette une partie des produits en
fonction de critères esthétiques, et applique des marges
de sécurité importantes sur les dates limites de consommation.
Mais des pertes considérables ont également lieu dans la
restauration collective et... dans les cuisines des particuliers. Une étude
détaillée du contenu des poubelles en Grande-Bretagne, parue
en novembre 2009, estime que 25 % des aliments achetés par les ménages
sont jetés. On trouve dans les détritus, par ordre d'importance,
des légumes frais et des salades, des boissons, des fruits, des
produits de boulangerie, de la viande et du poisson... Selon WRAP (Waste
and resources action programme), l'organisme public qui a mené l'enquête,
l'essentiel de ce gaspillage est évitable : soit les aliments n'ont
pas été consommés à temps, soit ils ont été
préparés en trop grande quantité. Ils représentent
l'équivalent de 13 milliards d'euros par an (soit 530 euros par
ménage et par an), et 2,4 % des émissions de gaz à
effet de serre du pays.
Dans les pays en développement, on ne parle pas de gaspillage,
mais de pertes, et les raisons en sont très différentes.
« Elles sont dues à de mauvaises conditions de récolte,
de transport, de stockage, et à une formation insuffisante sur les
méthodes de conservation des aliments », explique Stepanka
Gallatova à l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation
et l'agriculture (FAO). Assez limitées pour les céréales,
elles peuvent atteindre des volumes considérables pour les denrées
périssables. Elles s'amplifient avec l'urbanisation : plus les lieux
de consommation s'éloignent des lieux de production, plus la chaîne
d'approvisionnement se complexifie et les risques de pertes augmentent.
Si le sujet est de plus en plus mis en avant par les chercheurs et des
institutions spécialisées, il n'est pas à l'agenda
des politiques prioritaires d'une grande majorité d'Etats. Dans
les pays pauvres, la réduction des pertes serait cependant moins
coûteuse que l'augmentation de la productivité agricole, selon
Mme Gallatova. Elle estime toutefois que, « depuis la crise alimentaire
[de 2008], le thème commence à susciter de l'intérêt
parmi les pays en développement ». Mais le sujet est complexe.
« Il faut se méfier des solutions «magiques»,
affirme Michel Griffon, agronome, directeur général adjoint
de l'Agence nationale de la recherche (ANR). De très nombreux acteurs
sont impliqués dans la chaîne alimentaire. La réduction
des pertes demande la mise en place de stratégies très sophistiquées.
» En outre, si autant d'intervenants s'intéressent aux moyens
d'accroître la production, et aussi peu à la réduction
du gaspillage, c'est aussi parce que ce dernier représente un marché
nettement moins attractif. Parmi les pays développés qui
ont fait de la fourniture d'alimentation à bas prix la pierre angulaire
de leur politique, seule la Grande-Bretagne mène une politique de
sensibilisation au gaspillage, en insistant sur les ressources dépensées
et les déchets émis en pure perte : eau, énergie,
engrais, pesticides, émissions de gaz à effet de serre (CO2
et méthane dans les décharges)... « Peu de gens se
rendent compte qu'ils jettent autant, et peu savent que la production alimentaire
consomme autant de ressources, affirme M. Lundqvist. Il est pourtant utile
de faire le lien. Et cela peut permettre aux gens de faire des économies.
» « Le gaspillage est lié à l'importance que
les gens accordent à la nourriture, estime M. Griffon. Les ménages
y consacrent aujourd'hui 15 % de leur budget, contre 40 % il y a soixante
ans. Il existe cependant un risque de raréfaction de la nourriture
au niveau planétaire dans les décennies à venir, donc
de remontée des prix, qui pourrait mécaniquement réduire
le gaspillage. » Selon l'agronome, les Etats devraient cependant
sans attendre se saisir du sujet, et lancer contre le gaspillage alimentaire
« des politiques comparables à celles menées en faveur
des économies d'énergie ».
Gaëlle Dupont avec Le Monde |
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Santé
KENYA:
Les guerriers massaïs sur le front du VIH/Sida |
avec IRIN - Alors que les tentatives visant
à sensibiliser la communauté massaï du Kenya aux dangers
du VIH se sont souvent heurtées au refus de la communauté
d'accepter des changements préconisés par des membres externes,
une nouvelle initiative fait appel aux « morans », ou guerriers
massaïs, afin de diffuser des messages de prévention.
« Les Massaïs sont un peuple très
traditionnel et la meilleure façon de leur adresser des messages
est de s'insérer dans leur communauté sans essayer d'affaiblir
leur culture. Nous leur offrons la liberté d'apprendre en utilisant
leurs systèmes culturels afin de les sensibiliser à la santé
de la reproduction », a déclaré Peter Ngura, gestionnaire
de programme dans le cadre d'un projet destiné aux jeunes nomades
mené par l'Association pour la médecine et la recherche en
Afrique (AMREF en anglais), une ONG dédiée à la santé
et au développement. « Nous formons les 'morans' comme
pairs éducateurs et nous nous servons d'eux pour adresser des messages
aux autres 'morans', car ce sont les uniques autres personnes avec lesquelles
la culture massaï les autorise à interagir librement »,
a-t-il poursuivi. « Les 'morans' écoutent seulement
leurs chefs 'morans', et c'est la raison pour laquelle ce sont ces personnes
que nous formons afin qu'elles forment à leur tour leurs camarades
'morans' qui sont sous leur supervision », a-t-il précisé.
Les « morans » sont de jeunes hommes âgés de 15
à 25 ans chargés de protéger leur communauté
et leur bétail. En outre, ils sont encouragés à avoir
des partenaires multiples et vivent la plupart du temps dans la brousse,
isolés du reste de la communauté. Ils ne communiquent qu'avec
leurs amies, les aînés et les chefs qui leur rendent visite
afin de partager les croyances traditionnelles massaï.
Lelein Kanunga est un chef « moran »
qui a rompu avec la tradition et consacre son temps à sensibiliser
les autres « morans » aux dangers du VIH, dans le cadre du
programme mené par l'AMREF. « J'ai été
sensibilisé aux dangers que représentent les rapports sexuels
non protégés, la circoncision féminine et la violence
à l'égard des femmes et j'ai décidé qu'il était
en mon devoir de sensibiliser à mon tour mes amis 'morans' »,
a-t-il confié à IRIN/PlusNews. « Nous pratiquons par
exemple [la mutilation génitale féminine], mais je sais qu'il
n'existe pas de raisons valables à cela. » Les statistiques
sur le taux de prévalence du VIH au sein de la communauté
massaï, qui représente près de 2 pour cent de la population
kényane, sont limitées. Toutefois, en vivant relativement
isolés de la société moderne, les Massaïs ont
plutôt été épargnés par le virus, par
rapport aux autres habitants de la vallée du Rift - une province
qui affiche un taux de prévalence de 7 pour cent. Cependant,
à l'heure actuelle, de nombreux jeunes Massaïs quittent leur
communauté afin de gagner leur vie comme chauffeurs ou commerçants
dans de vastes régions urbaines à forte prévalence
VIH. En outre, ils reviennent dans leur village, continuent d'observer
les coutumes traditionnelles, comme la polygamie, et exposent ainsi leur
communauté à des risques accrus de
contracter le virus. « Il est difficile
de dire aux 'morans' de quitter leurs amies, car ils passent leur temps
à parler de filles et de sexualité. Toutefois, ils savent
désormais que le préservatif peut les protéger contre
le VIH et d'autres maladies sexuellement transmissibles et ils s'en servent
», a ajouté Lelein Kanunga. « Ce n'est pas facile, mais
aujourd'hui, certains d'entre nous disent à des parents : 'nous
ne marierons vos filles que si elles ne sont pas excisées'. »
La culture au profit de la participation communautaire
James Reteti, un autre « moran » devenu
pair éducateur, s'est mis à utiliser une calebasse qui sert
traditionnellement de pot à lait, afin de transporter et distribuer
des préservatifs à ces camarades « morans ».
« Les 'Morans' accordent de l'importance à la calebasse dans
laquelle on transporte le lait qui leur est destiné. Selon eux,
la calebasse sert à transporter des choses précieuses»,
a-t-il précisé. « Nous nous servons de ces calebasses
comme distributeurs de préservatifs. Ils comprennent ainsi que le
préservatif est une chose importante pour eux. » Selon
M Ngura de l'AMREF, l'un des aspects clés du projet est la participation
des chefs culturels massaïs qui exercent une grande influence dans
la communauté. « Selon la tradition, ce sont les aînés
qui prennent les décisions et leurs dires sont entendus. Par conséquent,
nous faisons appel à ces aînés afin de transmettre,
par exemple, des connaissances sur les dangers de la polygamie, du mariage
précoce des jeunes filles, de la mutilation génitale féminine
et sur l'importance du planning familial », a-t-il souligné.
Jusqu'à présent, le programme a formé 70 chefs «
morans » comme pairs éducateurs dans les districts de Kajiado,
Magadi et Loitoktok, dans la province de la vallée du Rift. |
Togo:
Faure Gnassingbé sera candidat à un second mandat le 28 février.
Le
président togolais Faure Gnassingbé a été investi
sans surprise mardi pour briguer un second mandat le 28 février
par le Rassemblement du peuple togolais (RPT) au pouvoir.
TCHAD:
Lutter contre les mutilations génitales dans les camps de réfugiés
avec IRIN - Au Tchad, le Haut commissariat des Nations Unies pour
les réfugiés (UNHCR) identifie les femmes enceintes qui ont
été excisées, afin qu'elles soient mieux préparées
à d'éventuelles complications, d'après le UNHCR et
ses partenaires médicaux. Cette mesure fait partie des efforts réalisés
dans les camps pour remédier aux conséquences sur la santé
de la mutilation génitale féminine/excision (MGF/E), ainsi
que pour empêcher que de nouvelles excisions soient pratiquées.
En septembre 2009, les travailleurs du centre de santé
du camp de Djabal, dans l'est du Tchad, ont commencé à enregistrer
le nombre de patientes en soins prénataux qui avaient été
excisées ; en septembre, elles étaient 22, pour un total
de 330 femmes. « Cela nous aide à identifier les grossesses
à risques, car chez les femmes dont le vagin est fermé [conséquence
de la MGF/E] il peut y avoir des déchirures lors de l'accouchement
», a dit à IRIN Nassourou Drassadou, directeur de la santé
dans le camp. COOPI, l'ONG (organisation non gouvernementale) italienne
qui emploie M. Drassadou, offre des services médicaux à environ
17 000 réfugiés dans le camp de Djabal, à 220 kilomètres
au sud d'Abéché, la ville principale de l'est du pays. Les
déchirures obstétricales que l'on appelle fistules peuvent
entraîner des problèmes de miction douloureuse et incontrôlable,
et leur guérison nécessite parfois plusieurs interventions
chirurgicales. M. Drassadou a dit à IRIN que 10 pour cent des patientes
prises en charge en soins prénataux dans le camp étaient
confrontées à un fort risque de complications, en partie
à cause de la MGF/E. En général, la plupart
des cas de MGF/E rapportés chez les femmes réfugiées
sont liés à des complications médicales, a dit le
médecin à IRIN. « Dans les camps de réfugiés,
le personnel de santé apprend généralement [qu'une
femme a été excisée] lorsque quelque chose s'est horriblement
mal passé ». Mais les travailleurs humanitaires ne voient
pas seulement l'impact à long terme des MGF/E sur la santé
; dans les camps, des filles sont toujours soumises à l'excision.
Des ONG de santé ont enregistré près de 60 cas d'excisions
dans des camps de réfugiés en 2009. « Malgré
les efforts pour faire disparaître [la MGF/E], nous savons que cette
pratique a toujours cours », a dit à IRIN M. Drassadou. Dans
le camp de Djabal, une petite fille a été victime d'une hémorragie
mortelle suite à une excision mal exécutée, a-t-il
dit. Quelques jours avant la visite d'IRIN, une enfant de cinq ans a été
amenée à la clinique du camp pour des infections urinaires.
« Elle ne pouvait pas uriner. Ses voies urinaires n'étaient
même pas visibles », d'après M. Drassadou, qui a dit
que le problème venait du fait que la petite fille avait été
excisée à 18 mois. Quand IRIN lui a rendu visite à
l'hôpital régional de Goz Beida, où elle avait été
transférée, sa famille se préparait à la ramener
à la maison. « Elle va mieux et elle peut uriner maintenant
», a dit à IRIN Ashta Ali Heissein, sa mère. Mme Heissein
et ses enfants ont fui les violences au Soudan en 2006, peu après
que son mari a été tué pour avoir tenté de
résister à des hommes qui voulaient prendre ses vaches, a-t-elle
dit à IRIN. « Je me suis mariée à 19 ans et
au Soudan, nous n'avons jamais entendu dire que nous ne devrions pas faire
exciser nos filles. Toutes les mères le faisaient ». A l'arrivée
au camp de réfugiés, elle a appris, par les travailleurs
humanitaires et des spots radiophoniques, que la MGF/E était dangereuse
et potentiellement mortelle. Juste après l'arrivée de la
petite fille au Tchad, les médecins ont dû l'opérer
à cause de complications liées à la MGF/E, a dit Mme
Heissein. « Elle allait mieux, puis elle a recommencé à
avoir des problèmes [en 2009] ». Après la récente
hospitalisation de l'enfant, le médecin a dit à IRIN qu'elle
avait de bonnes chances de ne pas avoir besoin d'une nouvelle intervention
chirurgicale. « Grâce à Dieu », a dit Mme Heissein,
en prière, tandis que sa fille était assise sur son lit d'hôpital,
attendant d'être autorisée à sortir. « Dieu est
bon. Les médecins aussi ». |
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Cameroun:
Le
biocarburant menace des populations
Sylvestre Tetchiada
(© crédit photo: Isabelle Alexandra Ricq)
Dans la partie méridionale du Cameroun - un des pays les plus
agricoles d’Afrique centrale, près de 108.000 hectares de terre
sont affectés à la culture du palmier à huile, et
environ 30.000 hectares de forêts ont été défrichés,
de 2001 à 2006, pour l’expansion de cette plante.
Du palmier à huile, est extraite une huile alimentaire
consommée aussi bien au Cameroun que dans bien d’autres pays côtiers
de l’Afrique de l’ouest et du centre. Mais depuis 2005, le biodiesel, un
marché naissant et prometteur pourrait constituer un moteur puissant
pour la culture du palmier à huile et les entreprises industrielles.
Selon Jean Momo, ingénieur au ministère de l’Agriculture
et du Développement rural, c’est en 2001 que le gouvernement a lancé
le projet "Palmier à huile", dans le cadre de sa politique volontariste
de modernisation de l’agriculture. Avec l’aide du Fonds monétaire
international et de la Banque mondiale, dit-il à IPS, nous voulons
établir d’ici à 2010, environ 50.000 hectares de plantations
supplémentaires, pour un objectif de 250.000 tonnes. Le Cameroun
a une superficie d’environ 475.5OO kilomètres carrés, avec
une population de quelque 17 millions d’habitants, selon des statistiques
officielles. En 2005, la production d’huile brute de palme du Cameroun
était d’environ 140.000 tonnes. Elle se répartit entre trois
secteurs : un secteur agro-industriel, des plantations villageoises au
service des agro-industries, et un secteur artisanal traditionnel. Des
entreprises agro-industrielles, comme la Socapalm, la Safacam et la Ferme
suisse, présentent, à ce jour, un plan de développement
ambitieux dans la filière. Ce plan repose sur l’extension des plantations
et sur les gains de productivité qu’il est possible de réaliser
aussi bien dans la production que dans la transformation. Selon des dirigeants
de ces trois entreprises, l’huile de palme crue est une source de biodiesel
appropriée. Beaucoup de pays d’Europe et le Japon ont déjà
adopté des politiques favorables aux énergies renouvelables
à la suite de leurs engagements pour la mise en œuvre du Protocole
de Kyoto signé en 1997 pour diminuer le réchauffement de
la terre par une réduction des gaz à effet de serre. Ce protocole
préconise la réduction, par les pays développés,
des émissions de six gaz à effet de serre de 5,2 pour cent
entre 2008 et 2012, par rapport aux niveaux de 1990 qui étaient
de 55 pour cent. Le biodiesel, produit au Cameroun depuis 2005, est utilisé
seulement par les entreprises qui l’exploitent. Mais la quantité
produite n’est pas rendue publique, malgré l’insistance de IPS auprès
de ces entreprises. Elles ont simplement indiqué qu’une quantité
d’huile de palme brute est exportée principalement vers le Nigeria,
la France, l’Italie, la Malaisie et l’Indonésie, tandis qu’une autre
est transformée par des industries locales. "Les nouveaux marchés
pour les biocarburants favorisent également l’augmentation des ventes
d’huile de palme", affirme Jacques Emana, ingénieur à la
Socapalm. "Il est normal que le Cameroun et les entreprises, qui sont basées
dans ce pays, obtiennent des parts considérables du marché".
Mais, ces plans et projections d’expansion de la culture du palmier à
huile pour la fabrication des biocarburants ont de fortes répercussions
sur les forêts camerounaises et sur les populations qui en dépendent,
expliquent des organisations non gouvernementales (ONG) du Cameroun.
"Le défrichage en vue de la plantation de palmiers
est l’une des causes principales de la déforestation du pays et
des incendies de forêts", explique à IPS, Marie Mendouga,
membre de l’Organisation camerounaise pour la défense de l’environnement,
une ONG basée à Yaoundé, la capitale. "Une autre cause
importante est l’exploitation du bois par les spéculateurs". Pour
Mendouga, l’expansion du palmier à huile implique un changement
important dans l’affectation des terres et des ressources, des modifications
radicales de la végétation des écosystèmes
locaux, des mouvements et des réinstallations de populations.
Les populations sont confrontées à de graves problèmes
dans les zones de plantations de palmier à huile. La plupart de
ces problèmes naissent des conflits d’ordre foncier avec les entreprises.
Le sentiment général, selon Philippe Engoulo, habitant de
Nyeté, près de Kribi, au sud-ouest de Yaoundé, est
que les entreprises escroquent et spolient les populations de leurs terres,
en les incitant à passer des accords fondés sur de fausses
promesses et en les empêchant de participer aux décisions.
Les habitants dénoncent, entre autres, la non-reconnaissance des
droits coutumiers ; des plantations établies sans permis gouvernemental
; une absence d’information aux communautés ; des accords non négociés
; la manipulation des chefs traditionnels pour forcer les ventes ; des
indemnités non payées ; des avantages promis mais non fournis
; des terres non attribuées aux petits agriculteurs. Les responsables
de la Safacam et de la Socapalm, interrogés par IPS à Yaoundé,
ont refusé de se prononcer, estimant qu’ils n’avaient pas le pouvoir
de parler à la presse. Mais un dirigeant de Ferme-Suisse, joint
au téléphone, qui a préféré garder l’anonymat,
a dit à IPS que les entreprises ne spoliaient pas les individus
de leurs terres. "Nous les achetons, parfois à de meilleurs prix
qu’ailleurs. Le problème, c’est que des gens soi-disant personnes
éduquées viennent, par la suite, leur dire qu’au regard de
l’investissement réalisé par notre société,
ils méritaient mieux que ce qui leur a été versé".
Par ailleurs, l’extension en cours de la plantation de palmiers à
huile, dans la région de Kribi, est faite au détriment des
forêts avoisinantes, affirme Hubert Minkoulou, un ressortissant de
la région. ’’C’est de ces forêts’’, ajoute-t-il, ’’que dépendent
les populations locales’’. "Les grands conflits fonciers avec les groupes
ethniques Bagyelis, Boulous et Fang, à qui la terre a été
confisquée sans compensation, ont été mis sur le compte
des entreprises industrielles", dit-il à IPS.
"Notre mode de vie traditionnel est devenu impossible
et aucune insertion dans l’économie de marché n’est envisagée",
explique à IPS, Florence Mpecke, une habitante de Kribi. Selon elle,
les entreprises font venir leurs ouvriers d’autres régions du Cameroun
et les logent dans des campements situés dans la plantation. "Les
villageois riverains, eux, ne sont que rarement embauchés", se Mpecke
plaint-elle. Par ailleurs, les produits chimiques utilisés par les
entreprises et les rejets de leurs usines polluent massivement des cours
d’eau avoisinants et provoquent des maladies (diarrhée, bilharziose,
typhoïde, dysenterie, choléra), selon les affirmations de Mpecke,
confirmées par Dr Marc Dzomou, de la clinique de l’Espoir, à
Yaoundé. Depuis 1963, année de création de la première
plantation industrielle de palmier à huile au Cameroun, l’histoire
des plantations est douloureuse et entachée du sang et des larmes
des communautés autochtones, selon Pierre Minko de ’Equal Rights
Opportunity Forum’, une ONG basée dans la capitale. Aujourd’hui,
ajoute Minko, avec les projets de production de biodiesel, les planteurs
de palmier et les promoteurs de ces entreprises ont encore de nouvelles
possibilités de croissance, mais probablement au détriment
des populations encore. "Et pourtant, notre histoire, c’est l’histoire
silencieuse des forêts disparues pour devenir des plantations", regrette
Odette Lobe, présidente du Comité de développement
villageois de Nyete. "C’est l’histoire des cultures ancestrales et (des
populations) transformées en prolétariats ruraux. Leurs voix
demandent qu’on arrête la destruction proposée par les promoteurs
du biodiesel".
Cette semaine
En
Italie, les étrangers auront un permis de séjour à
points
Le ministre de l'intérieur italien, Roberto Maroni, et son
collègue des affaires sociales, Maurizio Sacconi, ont annoncé,
jeudi 4 février, leur intention de publier un décret instituant
un permis de séjour à points pour les étrangers non
ressortissants de l'Union européenne résidant en Italie de
façon régulière. Selon M. Maroni, membre du parti
anti-immigrés de la Ligue du Nord, cette disposition peut être
édictée "dans les prochains jours" car elle a été
adoptée avec le "paquet sécurité" voté en juin
2009 par le Parlement.
Ce nouveau permis de séjour valable deux ans devrait
être crédité de trente points à la fin de cette
période pour pouvoir être renouvelé. Le demandeur,
en plus d'avoir un contrat de travail et un logement, devra démontrer
une connaissance de la langue et des lois italiennes, apporter la preuve
qu'il est inscrit auprès des services sanitaires, que ses enfants
sont scolarisés et qu'il est en règle avec le fisc. Dans
le cas où le seuil fatidique des trente points ne serait pas atteint
malgré la bonne volonté du requérant, il se verrait
offrir une année supplémentaire pour l'atteindre. Présenté
comme une "charte des valeurs de la citoyenneté et de l'intégration"
par le ministère de l'intérieur, ce projet comprend également
un volet répressif. Les délits commis par les étrangers
leur vaudront de perdre des points, voire d'être expulsés
en cas de condamnation en première instance à une peine supérieure
à trois mois de prison. Le projet de décret devrait également
s'appliquer aux mineurs âgés de 16 ans et plus.
"LOTERIE SOCIALE"
A l'annonce de ce nouveau tour de vis sur l'immigration,
la gauche a dénoncé "une loterie sociale". Selon Livia Turco,
chargée des questions d'immigration au Parti démocrate, le
permis de séjour à points sera "au contraire un obstacle
à l'intégration qui favorisera la clandestinité" de
ceux qui échoueront à l'obtenir. Pour l'association Migrare,
qui lutte pour raccourcir les délais de renouvellement du permis
de séjour (actuellement de 190 jours en moyenne), il s'agit d'"une
réponse xénophobe de plus au problème de l'immigration".
Ce texte va s'ajouter à un arsenal de mesures déjà
très restrictives concernant l'immigration. Chacune d'elles - comme
la création d'un délit d'immigration clandestine - a été
imposée au gouvernement de M. Berlusconi par la Ligue du Nord, pour
qui l'insécurité est une conséquence de l'immigration.
Commentant les violences de Rosarno (Calabre) entre immigrés africains
et population locale, début janvier, M. Maroni n'avait pas hésité
à déclarer que ces émeutes étaient le fait
"d'une trop grande tolérance vis-à-vis de l'immigration".
"Avec ce système, s'est félicité M. Maroni, je suggère
à l'étranger la marche à suivre pour s'intégrer.
S'il le fait, je lui donne le permis de séjour, s'il ne le fait
pas, cela signifie qu'il ne veut pas s'intégrer."
Philippe Ridet
PORT-AU-PRINCE,
NAIROBI, GOMA, KINSHASA, DAKAR…
Le
destin noir des villes du tiers monde
Mame Aly KONTE
Port au-Prince, avant le tremblement de terre de mardi, une petite
ville tranquille, pauvre, pas résignée sur son sort. Quelques
secondes après, la terre tremble. Les portes de l’enfer s’ouvrent
sur un désastre humanitaire et urbain qui ne résume pas toute
la détresse des millions de gens qui ont perdu un proche et/ou tout
dans ce séisme.
Depuis trois jours, le monde fait face à des images
terribles qu’il découvre encore en ce nouvel an, après les
mille et un souhaits et vœux que se sont adressées les humains de
cette planète. L’enfer sur terre, comme c’est devenu probable et
possible depuis le tsunami de décembre 2004. Mais, quel mot placer
pour expliquer et justifier la position haïtienne sur la carte et
la plaque pacifique fragile aux séismes, quand on voit passer les
images. Désastre humanitaire. Mais encore, désastre urbain.
Un palais présidentiel détruit, le bâtiment des Nations
Unies en poussière, un aéroport où il ne subsiste
que le goudron, que reste-t-il aujourd’hui à Port-au-Prince ? L’habitat
qui fait la base d’une cité disparaît, les équipements
aussi. Une cité fantôme à l’image de Pompéi,
surgit du néant. Que dire d’autres ? Toutes ces questions éveillent
dans les consciences, la problématique majeure de la sécurité
urbaine dans les grandes villes du tiers monde ; un sujet qui a été
évoqué, toute une journée au cours du Forum Urbain
mondial de Vancouver d’il y trois ans, au mois de juin 2006 et au cours
duquel les grands absents ont été les élus de villes
du tiers monde. Or, de Dakar à Kinshasa, en passant par les grandes
mégapoles d’Asie et de l’autre côté de l’Amérique
latine au Mexique, en Bolivie, à vol d’oiseau, en se tournant vers
les Caraïbes, en Haïti, à Saint Domingue, la question
de la sécurité foncière et par delà urbaine,
reste un casse tête qui ne semble intéresser personne. Ni
l’Etat, ni les élus. Face à la fenêtre de tir ouverte
aux catastrophes du genre, l’Afrique comme les Caraïbes, semblent
battre sur point tous les records de négligence. Pour revenir à
Haïti, pays où l’on a parlé dès le départ
de quelque 100.000 morts ou plus, la question majeure reste le mode d’urbanisation
qui n’a prévu aucun moyen de lutter contre les grandes catastrophes
(inondations, tempêtes tropicales, éboulement, ras de marée
etc.)
Port-au Prince Un gros village d’Afrique aux Caraïbes
L’histoire est un révélateur du malaise
urbain haïtien dont Port aux Princes est aujourd’hui le symbole dans
ses quartiers modernes comme dans les bidonvilles à Martissant,
Bel air, Cité Soleil etc. Et dans un article paru chez nos confrères
du monde, Yann Libessart rappelle que, « Depuis l’indépendance
haïtienne arrachée aux forces napoléoniennes par les
esclaves de Saint-Domingue en 1804, Port-au-Prince a connu une croissance
exponentielle déraisonnée, alimentée par des vagues
successives d’exode rural. Des dizaines de bidonvilles bigarrés
sont alors venus se greffer tout autour des quartiers huppés de
la vieille ville, comme Pacot ou Pétionville. La moindre parcelle
est exploitée, les constructions précaires s’enchevêtrent
sur les flancs de collines, les terrains vagues, les zones industrielles,
les plages. Dans ces sinistres faubourgs impénétrables, peuplés
de centaines de milliers d’ombres, la terreur accompagne la misère,
les plus forts font la loi. » Ce pays qui a reçu jusqu’au
début des années 1890, la dernière vague d’esclaves
envoyés d’Afrique est un dangereux mélange sociologique dans
lequel la mayonnaise n’a jamais pris entre les Africains récemment
débarqués et ceux dont les familles étaient là
depuis un siècle ou plus. Entre magie noire, règlements de
compte, Haïti, n’a jamais pu devenir une république. On se
rappelle encore des actes barbares d’un autre monde, que même le
Moyen Age n’a pas connu, commis par les Tonton Macoutes avant l’élection
de l’homme d’église aujourd’hui réfugié en Afrique
du sud, Jean Bertrand Aristide. Le règne sanglant des Duvalier,
(père et fils) a fait oublier tout l’héritage laissé
par la révolte des esclaves ; un symbole à l’époque.
Ce qui a fait dire à une femme haïtienne hier devant l’ampleur
du désastre, « on n’avait les sacrifices humains et les désastres
politiques, maintenant, nous voila face au désastre sismique… Nous
sommes maudits. »
ANARCHIE, DESORDRE, INCULTURE URBAINE…
L’enfer aux portes des grandes agglomérations.
Vues
d’Afrique, ces images choquent, mais ne font pas peur aux décideurs
qui invoquent souvent la fatalité, en attendant la prochaine catastrophe
chez les autres. Et pourtant, le continent et ses grandes villes sont aussi
dans l’œil du cyclone. La mer avance partout, la terre est partout occupée.
Et, il y a aussi des zones de turbulences volcaniques et sismiques. Les
exemples ne manquent pas. Dakar, avec ses énormes inondations. Kinshasa,
ville gigantesque connaît un des plus gros malaises dans son organisation
en Afrique aggravée par l’anarchie, la fuite de la guerre qui a
fini de multiplier les grands bidonvilles autour de l’agglomération
kinoise. On peut citer encore les cas de la grande capitale kenyane, avec
ses bidonvilles de Matare et Kibera. Les mauvais exemples reviennent encore
quand on parle de l’Afrique du côté de Goma, Bukavu, Kalemie
villes située au pied des volcans Nyiragongo et Nyamulagira parmi
les plus actifs au monde.
BUKAVU-GOMA-KALEMIE
La terre de feu. Nous sommes le 19 janvier 2002,
Goma est encore secoué par terrible tremblement de terre. Goma,
avec ses 700.000 habitants dont 450.000 déplacés des guerres,
reste aujourd’hui une ruine d’elle même, désertée par
sa population fuyant la coulée des laves du volcan Nyiragongo qui
est entré en éruption dans la matinée du 16 janvier
2002. Trois mois avant l’éruption, les mêmes chercheurs ont
encore lancé leur cri sans espoir aucun. Même les organismes
humanitaires ont gardé sourd d’oreille et non pas voulu appuyer
leur programme de surveillance, d’alerte et d’évacuation de la population
en cas de besoin. Abandonné à lui-même, l’Observatoire
du Centre de Recherche de IRSAC situé à Lwiro au Sud Kivu
en face du volcan Nyiragongo, donne depuis longtemps l’image d’un parent
pauvre : Pas de prise en charge de l’équipe de chercheurs;
Matériels de surveillance détruits par l’arrivée des
réfugiés rwandais de 1994. Les chercheurs sont souvent contraints
de descendre sur le cratère pour observer directement au lieu d’utiliser
du matériel moderne dont les coûts n’étaient excessif
au Rcd / Goma.
Créé en 1995 par la Société
civile du Nord Kivu, le Comité de Prévention des Calamités
Naturelles, Cpcn, avait eu dans le temps et ceci en collaboration avec
le Irsac/ Lwiro, à éduquer la population sur les attitudes
à prendre en cas d’un tremblement de terre et d’une éruption
volcanique, mais ses activités ont été sensiblement
réduites fautes des moyens. Le Comité mis sur pied par le
gouvernorat de Province du Nord-Kivu, il y a de cela deux ans, prétendait
toujours n’être pas en mesure d’accompagner ou appuyer l’Observatoire
arguant les difficultés des moyens financiers. Malgré le
tremblement de terre d’une plus forte magnitude qui avait secoué
la ville de Goma en date du 05.01.2002 et l’alerte encore une fois des
chercheurs de l’Observatoire, les autorités de Goma sont restées
de marbre à toutes leurs propositions. Et pourtant le cocktail était
bien explosif à l’époque. Le volcan Nyiragongo était
entré en éruption dans la matinée du 16 janvier 2002
sans attirer l’attention des autorités. La situation humanitaire
devenait de plus en plus alarmante avec plus de 700.000 réfugiés
au Rwanda et à Masisi. L’enclavement de tous les territoires occupés
par le Rcd et leurs alliés avec comme conséquences des pénuries
de première nécessité (médicaments, nourriture,
etc.). La tension risque d’augmenter dans le territoire de Masisi où
les conflits de terre s’observent avec les éleveurs qui viennent
du Rwanda.
Les exemples récents datent de l’année 2008.
Dimanche 3 février 2008 à 9 heures 30 locales ( 7 heures
30 Gmt) un tremblement de terre de 6 degrés sur l’échelle
de Richter, a secoué la ville de Bukavu, dans le Sud-Kivu sans causer
des dégâts énormes. Tout à côté
de la localité de Bukavu, était annoncé un autre tremblement
de terre conséquent au premier ressenti dans la ville de Goma, dans
le Nord-Kivu, ce même dimanche à 10 heures locales (8 heures
Gmt), selon Radio Okapi, la station de la Mission de l’Onu en Rdc (Monuc).
Deux volcans dont celui de Nyiragongo sont actifs autour de la ville de
Goma et sont à la base des tremblements de terre enregistrés
dans la région. Ce même dimanche, 03 février 2008,
alors que tous les yeux sont tournés vers l’après conférence
pour voir si la paix, la sécurité et le développement
projetés sont au rendez-vous, une catastrophe naturelle vient endeuiller
la province du Sud-Kivu et la partie rwandaise voisine. Comme Haïti,
le Congo est un vaste territoire ouvert aux séismes et catastrophes
en tout genre. Toute cette partie du Kivu et lac Tanganyika est enserrée
dans des zones de fractures collines, gorges et plaines se superposent.
Une véritable terre de feu, d’eau et de contrastes. Quand il se
produit un séisme, toute la population comprise entre Goma, Bukavu
et aux abords de Kalemie est concernée et sous la peur. Pour dire
encore que le séisme du 3 février 2008, a aussi été
fortement ressenti du côté de Goma, mais aussi de Kalemie,
ville située au bord du lac Tanganyika, dans la province du Katanga,
a l’Est de la Rd. Congo, signalent les autorités administratives
et humanitaires basées dans la région. Intervenu le 7 février,
Kalemie a été la principale victime de ce nouveau séisme.
La ville étant située près de l’épicentre du
tremblement de terre de magnitude 6,8 qui s’est produit dans le Lac Tanganyika.
Le bilan n’a pas été lourd et selon le personnel humanitaire
et les autorités locales, il a fait un mort, trois blessés,
et a détruit une dizaine de maisons. Dans ces zones démunies
sans beaucoup d’équipement, un comité de pêcheurs a
été mobilisé pour participer aux recherches car des
gens menaient leurs activités habituelles sur le lac au moment du
séisme, à 12h30, a ajouté M. Tshimanga.
Selon Michel Bonnardeaux, porte-parole d’Ocha, «
Ocha et la Monuc, continuent de sensibiliser les populations pour qu’elles
se tiennent à l’écart des maisons qui ont subi des dommages
et qui présentent de fissures. » Dans ce genre de catastrophe,
note Célestin Kasereka Mahinda, responsable de l’Observatoire volcanique
de Goma, « les secousses ont été ressenties à
Kabalo, dans la province du Katanga, mais aussi à Lodja dans le
Kasai-Oriental, à Goma dans le Nord-Kivu, et même en Tanzanie.
» Pour dire que la zone est très instable. Selon Mohamed Mhita,
directeur général de l’Agence météorologique
de Tanzanie, un pays qui partage le lac avec le Burundi et la Zambie, «
il est fréquent que les tremblements de terre touchent au moins
neuf régions du pays : Dar es Salaam, Kigoma, Rukwa, Kagera, Mwanza,
Shinyanga, Tabora, Mbeya et Tanga. » Côté urbanisme,
les relations avec ce genre d’évènements malheureux sont
très sensibles. Ce qui fait dire à Abraham Marress, Président
du Conseil de l’Ordre des architectes tanzaniens « qu’aucune des
régions n’était pas préparé aux tremblements
de terre car nombre d’immeubles n’étaient pas conformes aux normes
de constructions. Beaucoup d’immeubles ne sont pas sûrs du tout ;
certains sont construits sans le concours d’architectes qualifiés
».
Des alertes sans réponses
Un communiqué publié par le Pnud a tenu
préparer les autorités à la recrudescence de ce genre
de catastrophes au niveau du Kivu et du lac Tanganyika. Pour rassurer la
population, l’unité de gestion des risques volcaniques mise en place
par le Pnud avertissait que : " C’est la conséquence de la relaxation
de contraintes importantes de la croûte terrestre au niveau de la
branche occidentale du rift est-africain. Quoique ce séisme majeur
soit suivi de répliques nombreuses, le même communiqué
de signaler néanmoins, « qu’il est extrêmement peu vraisemblable
qu’un fort séisme se produise dans la région avant longtemps,
les contraintes existantes ayant été résolues par
le choc principal. » Mais, la population supposée rassurée
par ces précisions doit savoir, ajoute le même communiqué,
que " dans l’état actuel de la recherche scientifique, et ce dans
n’importe quel pays du monde ou quels que soient les crédits affectés,
il est impossible de faire une prévision d’un futur tremblement
de terre. » En voilà pour le commentaire.
Lorsque l’équipe dépêchée par
l’Observatoire Volcanologique de Goma (OVG) arrive à Bukavu au lendemain
de la catastrophe, sa première déclaration a été
faite dans le but d’interpeller les sinistrés : " Il ne faut pas
continuer à construire les maisons en étage de n’importe
quelle manière, surtout comme vous en avez l’habitude ici. Il faut
associer les experts, de bons ingénieurs ; respecter ne fût-ce
que les petites notions parasismiques ", s’écrie Dieudonné
Wafula, expert congolais en gestion des risques naturels. Pour lui, le
séisme qui vient de frapper Bukavu était prévisible.
D’après son intervention sur la radio onusienne Okapi : " Nous nous
retrouvons ici dans une région où la cassure des rifts est
dominante. Depuis 1997, nous avons parlé des tremblements de terre
qui étaient déjà ressentis il y a dix ans, ici au
niveau de la ville de Bukavu. Nous avions en ce moment-là parlé
de réactivation sismique du bassin du lac Kivu. Cela doit nous interpeller.
" Apparemment, cet appel n’aurait pas interpellé grand monde. Les
responsables en Afrique semblent encore peu réceptifs de ce genre
de discours. A Bukavu, c’est seulement lorsque l’autorité urbaine
a appelé chacune et chacun à s’éloigner de 20 à
200m de ses bâtiments qu’elle s’est rendu compte de l’incongruité
de cette mesure. En effet, le moindre centimètre vide de cette ville
est depuis offert à l’habitat spontané avec toutes les autorisations
officielles nécessaires accordées par les services étatiques
habilités à le faire. Le séisme n’a eu qu’à
secouer un peu et le pire était là. Un cas qui configure
aujourd’hui assez bien la situation à Port-Aux Princes. Laissé
à la générosité des subventions du Programme
des Nations Unies pour le Développement (Pnud), l’Observatoire Volcanologique
de Goma (Ovg), construit par les Japonais, ne fonctionne encore que sous
la perfusion des miettes qui tombaient de l’institution onusienne, déplorent
les sismologues congolais et de la région des Grands lacs.
De ce fait, les avis des scientifiques congolais ont été
reçus par les politiques comme des demandes d’emploi superflus.
Belle méprise. On a beau parcourir dans tous les sens le document
du budget provincial, il n’est nulle part fait mention d’une dépense
quelconque pour prévenir le risque bien réel d’un tremblement
de terre ou d’une éruption volcanique pour une ville comme Goma
implantée au pied d’un volcan (22 km du centre) qui ne se prive
pas de piquer assez régulièrement ses colères incendiaires.
Les médias signalent l’exécution de plusieurs expériences
malheureuses sont là pour montrer qu’il ne faudrait pas trop compter
sur le pouvoir pour s’occuper du quotidien des populations, c’est donc
sur une conscientisation des citoyens sur leur rôle dans les revendications
en leur faveur qu’il faut s’appuyer pour faire pression sur les dirigeants
et les amener à changer leurs pratiques du pouvoir. Le tremblement
de terre doit désormais remonter par les pieds des autorités
pour faire trembler leurs tripes chaque fois qu’une catastrophe survient
et que le défaut de prévoyance peut leur être clairement
imputable.
SECURITE URBAINE ET GESTION DES CATASTROPHES Nairobi se penche sur
Kibera
Connue comme un complexe urbain sans fin, Nairobi la capitale
du Kenya, ne connaît pas encore de séisme du genre de celui
qui est arrivé à Port-aux Princes, mais est aussi une ville
exposée. Il compte à ce jour, le deuxième plus grand
bidonville d’Afrique : Kibera. Dans cette vaste mégapole, située
un peu plus au nord de vaste zone de fracture située au niveau des
grands lacs, toute la terre et d’anciens lacs sont occupés. KIbera
et Mataré autre bidonville situé au dessous d’une ligne de
chemin de fer et sous un ravin souvent rempli d’eau, sont des exemples
à ne pas reproduire. Au début de novembre, un groupe d’explorateurs
se sont mis à représenter un endroit vide sur une carte d’Afrique.
Douze jeunes équipés d’appareils du système de positionnement
global (GPS) ont fait le tour du bidonville de Kibera. Ces adolescents
travaillent avec une organisation appelée « OpenStreetMap
» pour créer une carte publique de leur quartier, à
sept kilomètres au sud-ouest du centre-ville. C’est la deuxième
plus grande installation informelle en Afrique, après le township
de Soweto en Afrique du Sud. Le programme des Nations Unies pour les établissements
humains (Onu-Habitat) estime sa population entre 500.000 et 700.000 habitants,
avec une densité de plus de 2.000 personnes par hectare. Cette installation
est divisée en 10 villages : Lindi, Soweto (est et ouest), Makina,
Kianda, Mashimoni, Gatuikira, Kisumu Ndogo, Laini Saba et Siranga. En dépit
du fait qu’il abrite environ un million de personnes, Kibera, une zone
densément peuplée, reste un endroit vide sur la carte du
Kenya. La région manque de services de base comme les toilettes
et l’eau courante. Ses modes de trafic et ses plans immobiliers restent
largement invisibles au monde extérieur, et aux habitants eux-mêmes",
explique Mikel Maron de « OpenStreetMap ». "Bien que beaucoup
d’organisations aient collecté des données sur Kibera, ces
informations ne sont pas encore partagées comme étant une
ressource à utiliser par tous. Cartographier Kibera devrait combler
ce vide en produisant gratuitement des données cartographiques numériques
de source ouverte, en utilisant les techniques de « OpenStreetMap
», une carte du monde éditée par l’utilisateur. »
Ces informations peuvent être facilement obtenues et utilisées
par des organisations non gouvernementales et des entreprises privées
et publiques qui travaillent dans la région.
Ces jeunes cartographes ont participé à
un atelier de deux jours sur les systèmes d’information géographique
(SIG) avant de se mettre à cartographier les points de repère
importants au sein des installations. Ces images seront ensuite scannées
et mises dans le SIG, et placées plus tard sur Internet et rendues
disponibles pour tout le monde. Ils ne sont pas des géomètres
qualifiés, mais des jeunes ordinaires qui ont appris à utiliser
la technologie GPS. Les organisations partenaires de l’industrie de la
technologie aideront à former et établir un réseau
de contacts avec la communauté de Kibera sur le projet. Maron affirme
que la carte indiquera les points de repère tels que les églises
et les mosquées, les écoles, les entreprises, les restaurants,
les locaux des organisations travaillant dans la région et les bureaux
administratifs publics. Il dit que le projet ne vise pas à recueillir
des données démographiques, mais plutôt à consolider
les informations sur l’infrastructure publique. "On sait très peu
sur ce qui se passe exactement dans les différents villages. En
effet, les gens à Kibera peuvent ne pas être au courant de
toutes les installations disponibles, telles que les centres de santé
et les organisations caritatives. Les informations que nous consoliderons
aideront ceux qui veulent accéder à Kibera à savoir
exactement là où se trouve une place particulière,
et le type de service qu’ils offrent. » Le projet est piloté
par l’équipe humanitaire de ’OpenStreetMap’ en collaboration avec
« JumpStart International », et d’autres partenaires dont «
Jubal Harpster » de « WhereCampAfrica », le Réseau
de développement social, « Pamoja Trust », « Hands
on Kenya » et « Carolina for Kibera ». Pour rappel «
OpenStreetMap » crée des cartes du monde entier pouvant être
gratuitement éditées, qui fournissent des données
géographiques à toute personne qui les désire. Les
cartes sont placées sur Internet et peuvent être éditées
par n’importe qui pour fournir des informations supplémentaires.
"Avec ce genre de connaissances, il sera possible de parler d’un point
de vue éclairé concernant la planification de la zone en
termes d’infrastructures. Par exemple, nous pouvons indiquer combien de
centres de santé sont disponibles, là où ils se trouvent
et ce qui doit être ajouté", explique Mikel Maron.
Sources : Institut rwandais de presse, Ips Hebdo, Institut Interculturel
dans la Région des Grands Lacs |
Cette semaine |
France
Voile intégral
: le casse-tête d'une interdiction générale
Cécilia Gabizon et le Figaro
«On ne peut pas imposer la dignité
contre la liberté», estime le professeur de droit public Denys
de Bechillon devant la mission parlementaire sur le voile intégral.
Ulcérés par
le sort de ces femmes ensevelies sous une toile noire, beaucoup de députés
souhaitaient au printemps dernier interdire ce vêtement au nom des
droits de l'homme. Mais, très vite, le paradoxe de la burqa en Occident
a éclaté : la plupart sont des emmurées volontaires.
Sur les quelque 1.900 femmes portant le voile intégral selon les
services de renseignement, les trois quarts seraient françaises
et 25%, converties. Cette sociologie, jusqu'alors méconnue, a fragilisé
les fondements d'une loi sur la dignité de la femme. «On ne
peut pas imposer la dignité contre la liberté», a ainsi
estimé le professeur de droit public Denys de Bechillon devant la
mission parlementaire sur le voile intégral.
Les partisans de l'interdiction
ont alors évoqué des considérations sécuritaires
ou d'ordre public. Certains à contrecœur, comme le député
PS Jean Glavany, qui trouve qu'une loi basée sur la sécurité
serait «hypocrite », même s'«il existe de vrais
problèmes d'identification». Le voile intégral, en
dissimulant le visage, met en échec la vidéosurveillance
qui se développe dans les villes et pose également des problèmes
dans les banques ou les administrations. Cependant, si chacun doit «faire
état de son identité à la demande des forces de l'ordre,
les individus ne sont pas dans un état de contrôle permanent
», a mis en garde le conseiller d'état Rémy Schwartz,
interrogé par la mission parlementaire. «C'est pourquoi je
ne suis pas sûr que la sécurité soit le meilleur argument»,
a souligné le ministre de l'Intérieur, Brice Hortefeux, lors
de son intervention devant les députés.
Application complexe
Le président du groupe UMP à l'Assemblée,
Jean-François Copé, semble vouloir invoquer la sécurité
et le trouble à l'ordre public, une notion plus large, qui englobe
les mœurs. «En France, on cache son sexe et on montre son visage»,
résume le professeur de droit public Guy Carcassonne. «Lorsque
quelqu'un me cache son visage parce qu'il me juge indigne de le voir, il
me porte tort», avait développé le juriste devant
la mission. C'est au nom de ce trouble qu'il propose d'interdire tout ce
qui masque le visage sur la voie publique, avec des sanctions légères
et une application de bon sens. Cet énoncé simple qui sécularise
la question, puisque cette fois ce ne sont plus seulement les femmes portant
le voile intégral qui seront visées, mais également
les cagoules utilisées par les extrémistes de toute obédience,
a emporté la conviction d'une partie des membres de la mission parlementaire,
dont les députés UMP chargés de cette question. Guy
Carcassonne assure que la Cour européenne des droits de l'homme
(CEDH) pourra difficilement démontrer que «se balader masqué
est un droit fondamental».
Des doutes persistent cependant
sur le sort d'un interdit général. Une prohibition constante,
qui restreint la liberté personnelle et la liberté religieuse
doit être justifiée par un trouble majeur.
Enfin, son application s'avère
complexe. Dans la rue, «faudra-t-il une patrouille anti-burqa ?»
avaient ironisé des opposants à la loi, devant la mission.
Les partisans de la loi, à l'UMP, veulent croire que la prohibition
finira, après une période de médiation, par raisonner
ces femmes. Les récalcitrantes seraient soumises à une amende.
Mais «faudra-t-il sanctionner la femme qui porte ce voile, avait
interrogé Brice Hortefeux, ou l'homme qui l'y contraint, si tel
est le cas ?» «Nous n'avons pas le droit à l'erreur»,
a estimé le ministre. Pour éviter revers juridiques ou provocations
sans sanction, il préférerait s'en tenir à l'interdit
dans les lieux de services publics, plus facile à justifier et à
mettre en œuvre.
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politique
Barack
Obama est-il au niveau?
Patrice
de Méritens
«Il
n'a
aucune stratégie, aucune vision de la place de l'Amérique
dans le monde», dit Yves Roucaute. «Il n'est pas un faiseur
de miracles, laissons-lui du temps et aidons-le!» lui répond
Nicole Bacharan.
Patrice
de Méritens avec Le Figaro Magazine/Au vu d'un bilan assez
mince, et malgré l'hom mage de son prix Nobel, diriez-vous que Barack
Obama est resté un amateur ?
Le Figaro Magazine - Au vu d'un bilan assez mince, et malgré
l'hom mage de son prix Nobel, diriez-vous que Barack Obama est resté
un amateur ?
Yves Roucaute - Aristote
affirmait que la politique n'est pas une science mais un art, et que, pour
bien l'exercer, il faut de l'expérience. C'est le problème
d'Obama, qui en manque et qui n'a pas de vision stratégique. Son
élection a été fondée sur un discours démagogique
proclamant « tout est possible », jouant sur le renouveau,
la jeunesse, la couleur de peau, déclenchant un phénomène
d'engouement national puis international. Il est généreux,
séduisant, certainement charmant, mais s'il n'avait été
métissé, il n'aurait pas été élu sur
son seul programme. C'est Hillary Clinton qui serait présidente.
L'obamania s'estompe maintenant, sans doute aidée par le grotesque
de ce prix Nobel. L'inconsistance d'Obama s'impose.
Nicole Bacharan -
Inconsistance ou pragmatisme ? On a reproché leur manque d'expérience
à presque tous les prédécesseurs d'Obama, particulièrement
en politique internationale : George W. Bush, Bill Clinton, Jimmy Carter
et même Ronald Reagan. Obama a fait une magnifique campagne, suscitant
un espoir légitime, mais, comme toute campagne, sans reality check,
sans l'épreuve de la réalité. L'y voici désormais.
Il y révèle un tempérament assez cérébral
et distant qui déçoit en partie les électeurs qui
ont porté sur lui tant d'affects. Sa méthode surprend parce
qu'elle est diamétralement opposée à celle de son
prédécesseur : il prend son temps, écoute les points
de vue divergents, fait beaucoup de pédagogie et de communication,
cherche le compromis. C'est une méthode naturellement lente, et
il est encore trop tôt pour juger de son efficacité.
Yves Roucaute - C'est
vrai, mais le compromis a ses limites. Gouverner, c'est avoir le courage
de sauter les obstacles, pas de les refuser. Ses « mains tendues
» sont naïves, à l'Iran par exemple. Jimmy Carter est
resté dans cet infantilisme et il n'a jamais été un
bon président. Ronald Reagan, lui, était un stratège.
Dès le départ, il savait ce qu'il voulait : détruire
l'Union soviétique et libéraliser. A peine élu, avec
le 11 Septembre, George W. Bush a dû choisir une stratégie
globale. Le problème d'Obama, c'est la démagogie. Il faut
l'oser pour clamer sans sourciller «Yes, we can !» En vérité,
Barack Obama, c'est « Mr. Can't ». Parce qu'il y a des invariants
inhérents à la puissance américaine. D'ailleurs, pour
se valoriser, il doit mentir sur la politique de Bush. Dans son discours
du Caire, il dit : «Nous, Américains, allons enfin marquer
de l'intérêt et du respect pour les musulmans.» George
W. Bush anti-musulman ? C'est absurde, depuis son projet de grand Orient
avec son ami le roi du Maroc jusqu'au soutien des Etats du Golfe, de l'Egypte,
de la Jordanie, de l'Irak ou de l'Afghanistan, et il favorisait même
l'adhésion des Turcs à l'Union européenne. Obama devait
tout changer, c'était le slogan majeur de sa campagne. Mais on ne
peut pas abandonner brusquement l'Irak, ni lâcher Israël, ni
déserter l'Afghanistan. Fermer Guantanamo ? Il faut bien mettre
les prisonniers pris les armes à la main quelque part. En vérité,
he can't.
Nicole Bacharan -
Imagine-t-on un homme politique faisant une campagne électorale
sur le thème de l'impuissance ? «Yes, we can !» signifiait
d'abord : « Oui, nous pouvons élire un Noir à la présidence
», colossale évolution dans un pays qui a connu deux siècles
d'esclavage et cent ans de ségrégation. Les Etats-Unis et
une bonne partie du monde se sont identifiés à cette capacité
de changement. Au bout d'un an de mandat, «Yes, we can !» a
rempli certaines attentes : le système bancaire a tenu, du moins
jusqu'à présent ; la croissance repart aux alentours de 3
%. La réforme du système de santé, elle, sera peut-être
moins ample que ne le souhaitait le candidat Obama, mais elle marquera
un tournant historique. Sur le plan international, c'est une autre histoire
: Obama a ouvert tous les chantiers, mais, c'est vrai, sans guère
de résultats. Là encore, il applique sa méthode et
pratique le soft power, un cocktail de diplomatie et d'ouverture culturelle.
Il tente de tendre la main aux populations du Moyen-Orient qui restent
partagées entre la fascination pour l'Amérique - l'envie
d'immigrer n'a pas faibli - et la haine anti-américaine héritée
de la période Bush (quelles qu'aient été les intentions
véritables de George Bush, la guerre d'Irak a bien été
perçue comme anti-musulmane). Mais, quand il a parlé dans
son discours du Caire du «droit des femmes à se voiler»,
j'aurais préféré qu'il insiste sur le droit des femmes
à ne pas se voiler. Reconnaissons que, dans le même discours,
il a aussi affirmé clairement la réalité de l'holocauste
- une vérité que l'on n'entend jamais dans cette partie du
monde. Il reste qu'Obama a peu d'influence sur ses vrais interlocuteurs,
des régimes autoritaires qui n'ont rien à gagner à
s'ouvrir au pluralisme. Il n'a pas les moyens, pour l'instant, d'imposer
un changement de cap au Hezbollah, au Hamas, encore moins à l'Iran.
Et même pas à la Syrie ou à Benyamin Netanyahou. Les
pays arabes, mais aussi la Russie, voient les Etats-Unis affaiblis, en
pleine crise économique, empêtrés dans deux guerres,
et ils considèrent les tentatives d'ouverture d'Obama comme de la
faiblesse. L'Amérique ne fait plus peur. Ce qui n'est pas forcément
une bonne chose.
Yves Roucaute - Et
nous revoici devant la question de la méthode. Toutes les chancelleries
des pays musulmans, Syrie et Iran compris, se sont secrètement réjouies
de l'intervention en Irak qui les déstabilisait. Obama, lui, craint
de déplaire. Pour être applaudi, il a prétendu que
George W. Bush ne savait pas s'y prendre. Avec le Hamas, le Hezbollah ou
l'Iran, «moi, je veux leur tendre la main !» a-t-il dit. «Tendre
la main, d'accord, répondent-ils, mais vous nous laissez caraméliser
Israël ou pas?» On a un vrai problème Obama : il manque
de charpente. Aucune stratégie, aucune vision de la place de l'Amérique.
C'était flagrant dans son attitude courbée face à
l'empereur du Japon ou dans sa monumentale bourde avec l'Inde. Pour la
défense des droits de l'homme ou la misère en Afrique, il
n'est jamais en première ligne. Pas un mot à propos du dalaï-lama
lors de son voyage en Chine. Exactement le contraire de ce qu'avait fait
Bush. Agir, trancher, risquer sa popularité, il ne sait pas. Lors
de la crise financière, c'est Nicolas Sarkozy qui s'est retrouvé
en pointe au G20, pas Obama. Encore Nicolas Sarkozy avec Lula sur les questions
d'écologie malgré les promesses d'Obama. Obama se désintéresse
même de l'Union européenne. Son absence de Berlin lors de
la commémoration de la chute du Mur est symbolique, car cette chute
n'est pas l'effet d'une main tendue mais d'un bras de fer où Jean-Paul
II et Reagan ont gagné en refusant tout compromis sur les valeurs.
Il est temps pour « Mr. Can't » de retrouver le sens de la
politique plutôt que celui du spectacle et de renouer avec les fondamentaux
américains.
Nicole Bacharan -
Difficile pour Obama de prendre l'initiative sur l'économie quand
son pays est en grande partie à l'origine de la crise. Sur l'environnement,
le Congrès ne le suit guère. L'expression « l'homme
le plus puissant du monde » est trompeuse. Le président américain
a moins de latitude qu'un président français. Le système
institutionnel américain est extraordinairement lourd, sans cesse
bloqué par les contre-pouvoirs. Obama n'est pas un faiseur de miracles,
laissons-lui du temps ! Son mandat sera jugé sur l'état de
l'économie et sur l'évolution de la guerre en Afghanistan.
Ce que l'on peut attendre de lui, c'est qu'il trouve le bon équilibre
entre main tendue et exercice de la puissance. Il vient de prendre la décision
d'envoyer de nouvelles troupes en Afgha nistan. La guerre n'est pas populaire,
mais les Américains semblent encore faire confiance à leur
président. En sera-t-il de même avec ses alliés ? Le
suivront-ils ? Si l'on veut qu'Obama soit fort, alors aidons-le ! |
Lecture |
Kossi
Efoui : Une oeuvre inclassable
Afriscope
Le dernier numéro d'Afriscope vient de paraître. Au
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•On
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et Fatima Kouider, tandem gagnant à Cenon !; •Nos Droits : Salariés
sans-papiers : du nouveau dans leur régularisation ?; •Des hauts
et débats : Mamadou M’Baye : « Être français,
c’est être moi ! » Culture
: •Musique : Pytshens Kambilo,
sur les marches du succès; •Cinéma : Les Secrets de Raja
Amari; •Danse : Gladys Foggéa, la danse au-delà du handicap
et •Théâtre : Kossi Efoui, une œuvre inclassable.
Revoilà Kossi Efoui sur le
devant de la scène littéraire ! Son dernier roman, Solo d’un
revenant, a remporté le prestigieux Prix Tropiques 2009. Les 12
et 13 février prochains, son théâtre fait l’objet d’un
colloque au musée Dapper à Paris. Une occasion à ne
pas manquer pour plonger dans l’œuvre déroutante de det enfant terrible
de la littérature francophone. Il y a vingt ans Kossi Efoui, jeune
philosophe et opposant politique togolais, remportait le prix interafricain
de Radio France Internationale avec Le Carrefour, une pièce déconcertante
pour le public occidental qui s’était forgé une certaine
idée des canons de l’esthétique théâtrale africaine
et de sa dramaturgie exotique et musicale. C’est le début d’une
longue carrière, durant laquelle Kossi Efoui, depuis la France où
il s’est installé, ne cessera de dénoncer l’acharnement de
la barbarie et l’injustice des sociétés dictatoriales à
travers l’errance de personnages déracinés. Pour beaucoup
de critiques, le théâtre de Kossi Efoui reste encore aujourd’hui
un Ovni : non identifiable mais surtout non classifiable. Il faut dire
que son œuvre travaille justement sur l’insaisissable, la frontière
entre le vrai et le faux, l’illusion que nos sens nous imposent.
Un théâtre qui se
joue des masques
Le théâtre de Kossi
Efoui propose une réflexion sur nos sociétés actuelles
: l’immigration, l’altérité, l’exode, le retour au pays...
des thématiques qu’il explore à travers un processus d’écriture
original. Tel un jazzman, Efoui s’amuse, d’après un canevas dramatique
identique, à réécrire, rejouer, ré-imaginer
ses textes. Tout y est en mouvement, en projections, à l’image que
l’auteur se fait de l’humanité : une humanité éphémère,
qui ne peut se penser qu’en devenir, qu’en évolution, qu’en tâtonnement…
en correction. « Je ne suis pas dans une quête identitaire.
Ce qui m’intéresse c’est de jouer avec toutes les figures possibles
et imaginables de l’identité parce que je pense que les territoires
de l’identité sont une scène de théâtre. [...]
Il semble que les hommes ne soient pas encore prêts à faire
des choix de civilisation qui n’intègrent pas la perception qu’ils
ont d’eux-mêmes et celle qu’ils voudraient que les autres aient d’eux-mêmes.
»…Une belle réponse au débat qui agite la France en
ce moment… et une œuvre passionnante à (re)découvrir d’urgence
!
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Destin
Les dernières heures
d'Albert Camus
Par Jérôme Dupuis
Alors qu'on célébre le cinquantenaire de
la mort de l'écrivain et après la polémique sur son
éventuelle entrée au Panthéon, retour sur les circonstances
de l'accident qui a coûté la vie à l'auteur de L'Etranger.
"A la semaine prochaine, monsieur Camus !" Suzanne Ginoux n'a jamais
pu oublier la dernière phrase qu'elle a lancée au célèbre
romancier au moment où il prenait place dans cette Facel Vega qui
allait être son tombeau. C'était le 3 janvier 1960 au matin,
dans une petite rue de Lourmarin, ce village ocre du Vaucluse où
l'écrivain s'était installé deux ans plus tôt.
La fidèle gouvernante du prix Nobel de littérature - que
nous avions rencontrée en 2005, peu avant sa mort - se souvenait
aussi parfaitement de la réponse de l'auteur de La Peste, au moment
où l'élégant coupé sport démarrait pour
Paris : "Oui, Suzanne, je fuis l'épidémie de grippe ! A dans
huit jours !" Ni dans huit jours ni jamais. A peine vingt-quatre heures
plus tard, "monsieur Camus" meurt dans le plus célèbre accident
de voiture des lettres françaises. A 13 h 55, ce 4 janvier 1960,
les 355 chevaux de la Facel Vega percutent violemment un platane le long
de la nationale 5, un peu au sud de Fontainebleau. Albert Camus, 46 ans,
meurt sur le coup. C'était il y a cinquante ans, tout juste.
Retour à Lourmarin. A quoi sert le prix Nobel de littérature
? A s'acheter une belle maison dans le Lubéron. Grâce au chèque
de l'académie de Stockholm, reçu en 1957, Camus devient propriétaire
d'une ancienne magnanerie, ces fermes où l'on élevait des
vers à soie, dans la Grand-Rue - aujourd'hui rebaptisée rue
Albert-Camus.
Loin du ballet protocolaire du Nobel, des polémiques avec Sartre
et des intrigues de couloirs de la maison Gallimard, l'auteur de L'Etranger
revit dans ce pays de soleil et de vignes, qui lui rappelle son Algérie
natale. On le croise régulièrement au bord du terrain de
foot, encourageant la Jeunesse sportive lourmarinoise, ou à la terrasse
du café Ollier. Comme en paix avec lui-même. "J'y ai passé
quelques semaines en juillet 1959, se souvient sa fille Catherine, qui
avait 14 ans à l'époque et publie ces jours-ci un somptueux
livre illustré sur son père. Il était dans son élément,
en adéquation avec ce ciel, cette terre. Il s'y déplaçait
avec le naturel d'un chat."
Qui est le Camus de cette fin 1959 ? "On a parfois laissé entendre
que c'était un auteur "fini", mais c'est totalement faux, s'insurge
Jeanyves Guérin, maître d'oeuvre de l'excellent Dictionnaire
Albert Camus, qui vient de paraître dans la collection Bouquins.
Il travaillait au Premier Homme, ce chef-d'oeuvre sur l'Algérie,
qui ne sera publié que bien plus tard, et on sait aujourd'hui que
Malraux s'apprêtait à lui confier les clefs d'un grand théâtre
public, l'Athénée ou le Récamier." Parmi les papiers
retrouvés après sa mort, on découvrira un horoscope,
que l'écrivain avait découpé et sur lequel on pouvait
lire : "L'oeuvre donnant l'immortalité se situe entre 1960 et 1965."
Justement, Noël 1959 approche. Son épouse Francine et leurs
deux enfants, les jumeaux Catherine et Jean, le rejoignent à Lourmarin
pour les vacances. On réveillonne joyeusement - 13 desserts au menu...
- et on ouvre les paquets. "Il m'a offert une montre, car avec lui il fallait
toujours que les cadeaux soient utiles", en sourit encore Catherine. Le
2 janvier, femme et enfants prennent le train du retour, en Avignon. On
sait aujourd'hui, tragique flash-back du destin, qu'Albert Camus devait
lui aussi rentrer par le chemin de fer, deux jours plus tard, en compagnie
de son ami René Char. Il avait même déjà acheté
son billet. Il ne s'en servira jamais.
Car entre-temps sont arrivés à Lourmarin - au volant d'une
Facel Vega... - Michel et Janine Gallimard, accompagnés de leur
fille Anne et de leur chien Floc. Le neveu de Gaston Gallimard et son épouse
sont des intimes de Camus. Michel, qui dirige la célèbre
collection La Pléiade, est tuberculeux, comme Albert, ce qui crée
un lien invisible entre eux. Janine, elle, était la secrétaire
du comité de lecture de la maison Gallimard, le jour de 1941 où
L'Etranger fut accepté dans l'enthousiasme général.
En 1953, déjà, l'écrivain était remonté
du Midi à Paris dans leur voiture, par ces mêmes routes qui
allaient leur être fatales...Car, c'est entendu, Albert Camus rentrera
dans la Facel Vega de ses amis. Le 3 janvier au matin, le romancier glisse
donc dans sa serviette noire à soufflets son passeport, quelques
photographies, le manuscrit du Premier Homme, un exemplaire du Gai Savoir,
de Nietzsche, et une édition scolaire d'Othello. On fait un dernier
plein à la station Shell du village et le garagiste en profite pour
se faire dédicacer son exemplaire de L'Etranger : "A monsieur Baumas,
qui contribue à me faire revenir souvent dans le beau Lourmarin",
écrit Camus... Puis ce sont les adieux à la fidèle
Suzanne Ginoux. Tout le monde - Michel, au volant, Janine, Anne, Camus
et Floc - grimpe dans la voiture. Oui, à dans huit jours...
Nationale 7, déjeuner à Orange, puis remontée vers
la Bourgogne, discussions animées sur les velléités
théâtrales d'Anne Gallimard, encouragées par Camus,
nationale 6 et, enfin, halte pour la nuit au Chapon fin, deux étoiles
au Michelin, à Thoissey, un peu avant Mâcon. Le dîner
est joyeux : on célèbre les 18 ans d'Anne Gallimard. Au matin
du 4 janvier, on repart tranquillement vers Paris. Bien qu'il aimât
les puissantes voitures de sport, Michel Gallimard n'était pas,
comme on l'a parfois laissé entendre, un "fou du volant". Il goûtait
la mécanique et roulait beaucoup. Tout juste son ami Albert devait-il
parfois le tempérer d'un : "Eh, petit, on n'est pas pressés",
comme le confiera Janine Gallimard au biographe de Camus, Herbert R. Lottman.
Les amis s'arrêtent à Sens pour un bref déjeuner
à l'hôtel de Paris et de la Poste. Puis c'est la nationale
5 jusqu'à Paris (autre signe du destin, la construction de l'autoroute
du Sud, qui aurait peut-être pu éviter le drame, commencera
cette même année 1960...), Camus est assis sur le siège
passager, sans ceinture de sécurité (non obligatoire à
l'époque), les deux femmes à l'arrière. La voiture
vient de passer Champigny-sur-Yonne et aborde une longue ligne droite bordée
de platanes. Que s'est-il exactement produit à cet instant ? La
Facel Vega sort de la route, frappe de plein fouet un premier arbre puis
rebondit 13 mètres plus loin sur un second platane, autour duquel
le châssis s'enroule. Les débris de la voiture, littéralement
coupée en deux, sont éparpillés sur des dizaines de
mètres, comme en témoigne une saisissante bande d'actualités
tournée peu après et visible sur le site de l'INA. Les gendarmes,
qui penchent pour un pneu éclaté et, sans doute, une vitesse
excessive, relèvent une trace de 63 mètres de long. On n'a,
semble-t-il, signalé aucun autre véhicule ni obstacle imprévu
à proximité du drame.
La tête d'Albert Camus est passée à travers le pare-brise
arrière. Il est mort sur le coup, selon le médecin qui l'examina.
L'écrivain Emmanuel Roblès, qui veillera le corps cette nuit-là
à la mairie toute proche de Villeblevin, dira : "Sous la lumière
d'une lampe nue, il avait le visage d'un dormeur très las." Michel
Gallimard, qui souffre notamment d'un éclatement de la rate, saigne
abondamment. Il est transporté d'urgence dans un hôpital,
mais mourra six jours plus tard. Les deux femmes sont miraculeusement indemnes.
Le chien a disparu. Des décombres, maculée de boue, on extrait
la serviette d'Albert Camus. A l'intérieur, donc, les 144 feuillets
du Premier Homme. Ce chef-d'oeuvre, sur sa mère, sur son Algérie
natale, ne paraîtra que bien plus tard, en 1994. Pour tous les amoureux
de Camus, le choc provoqué par ce dernier livre sera immense. Avec
lui, l'écrivain accède encore un peu plus à l'immortalité.
Son horoscope ne s'était pas trompé.
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